chapitre IV
par des revers de fortune et de famille, ce malheureux n’avait eu d’autre intention que de recourir, par cet acte, à une sorte de suicide. Aussi avait-il tiré sans ajuster, et avec un mauvais pistolet de poche qui ne pouvait porter à la distance où il se trouvait.
Cependant les déclamations recommencèrent sur les fureurs des partis ; le ministère s’en fit une arme électorrdc, et bien des esprits crédules se laissèrent entraîner h une indignation qui ne fut pas sans influence sur les opérations électorales.
Pour d’autres, on plus petit nombre, cette tentative s’accomplissait si à propos, l’acte était si maladroit, et par le moment, et par le lieu, et par les moyens, qu’ils étaient tentés d’y voir une manœuvre au profit des candidatures ministérielles.
Les uns et les autres se trompaient, et dans leur indignation et dans leurs méfiances. Mais si le ministère n’en fit [)as une combinaison, il sut en tirer parti.
La cour des pairs fut cette fois assez sage pour écarter toute idée de crime politique. Joseph Henri fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Le résultat des élections dépassa même les espérances du ministère. Les conservateurs revinrent nombreux et compacts ; l’opposition était considérablement amoindrie, et la position de M. Guizot semblait désormais inébranlable.
Cependant il y avait, au milieu de ce triomphe, des symptômes qui auraient servi d’avertissement à un ministère moins opiniâtre. Chez les électeurs, comme chez les candidats, le mot de réforme avait été partout prononce comme une espérance, presque comme une condition. Les conservateurs eux-mêmes, dans tous leurs programmes.
dans toutes leui*s professions de foi, promettaient des améliorations morales et matérielles, et il devenait évident que lamajoriU* avait reru pour mandai de faire prédominer une politique plus en harmonie avec les nouveaux besoins.
Déjà plusieurs conservateurs avaient eu à ce sujet des conférences avec M. Guizot. M. Emile de Girardin, entre auti’es, auquel la direction du journal la Presse donnait une certaine importance politique, avait résolûment fait les conditions. « Ou des réformes politiques, avait-il dit au nunistre, ou des réformes matérielles. A cette condition seulement vous aurez Tappui de mon journal et de mon vote. » M. de Girardin, il est vrai, appartenait à cette école qui mettait les réformes matérielles au-dessus des réformes politiques. Pour lui les droits' électoraux n’étaient que des vibslractions qui n’ajoutent rien au bien-être des citoyens. 11 voulait plutôt donner satisfaction aux besoins qu’aux idées, et une conquête dans le domaine politique lui semblait bien moins imporUinte qu’une diminution sur la taxe
des lettres ou une modification dans la loi des douanes. C’était ce qui le séparait de l’école ifidicale qui soutenait, à bon droit, que la réforme politique entraînerait toutes les autres. Quoi qu’il en soit, M. de Girardin comprenait que le pays tout entier appelait des réformes, et qu’il fallait quelles vinssent sous une forme ou sous une autre. M. Guizot promit, sans cependant laisser voir par (pielles réformes il commencerait.
D’autres conservateurs, MM. Desmousseaux de Givré, Sallandrouze, tenaient à honneur de ne ])lus comj)ter panoi les qu’avait signalées M. de Lamartine. llsfornuTent plus lard le noyau d’une opposition conservatrice (pii voulait arrêter la contre-révolution. Mais alors M. (iuizol leur