‹ Révolution militaire du 2 décembre 1851: précédée de "la Vérité quand même àChapitre 42 sur 54 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Op^ratioiui de la brii;aile

L'ordre formel du général en chef était de ne commencer l'attaque qu'à deux heures précises, mais toutes les colonnes devaient se mettre en mesure de s'ébranler simultanément et de culbuter tout ce qui se présenterait devant elles.

k une heure, le général de Bourgon, commandant la 2* brigade de la 1" division , fut informé par le colonel Mayran.^du 58®, que l'on élevait des barricades sur plusieurs points et que bientôt peut-être il lui deviendrait impossible de gagner ses positions de combat sur le boulevart du Temple, n'ayant de disponible à Popincourt qu'un bataillon de son régiment, quatre compagnies du 28* de ligne et une compagnie du génie moment»-

nément casernée à la Courtiile, la majeure partie des autres bataillons était de service à TElysée.

Les troupes établies à la Nouvelle-France et au JUon tblanc reçurent aussitôt Tordre de prendre les armes, et la colonne, formée du 3® bataillon du 28®, des trois bataillons du 33® de ligne, ainsi que de la 10* batterie du 6® d'artillerie, s'élance par la rue du Faubourg- Poissonnière et débouche sur le boulevart Bonne-Nouvelle.

Elle rencontre, à droite sur le boulevart Poisonoière, une foule menaçante; à gauche, une série de barricades dont la première était la lunette élevée entre la rue Hauteville et le poste, et la dernière à la hauteur du théâtre Saint-Martin , sur le boulevart même de ce nom.

Au même instant le général de Bourgon reçoit l'aTis que les rues aboutissant aux boulevarts sont toutes barricadées et que sa colonne va être prise en flanc.

Il fait d'abord mettre deux de ses pièces en batterie pour contenir la foule qui arrive par le boulevart Montmartre, donne l'ordre au commandant Bax, du 33*, de s'engager avec son bataillon dans la rue des Petites-Ecuries , de marcher parallèlement aux boulevarts et de prendre à revers toutes les barricades élevées dans les rues perpendiculaires à la direction que va suivre sa ce* lonne.

De sa personne le général de Bourgon, suivi de son aide de camp, le capitaine Yillette, se porte avec les gre-

nadiers du 28* sur la première barricade, qui est enlevée

à la baïonnette.

Une décharge de ses défenseurs n'atteint personne,

mais donne le signal à tous ceux qui, placés dans les

maif^ons voisines, -commencent un feu roulant sur la

tête de la colonne.

11 était en ce moment deux heures cinq minutes ('). La grande barricade sur laquelle flottait le drapeau

est aussitôt déblayée et di"! ce point culminant, deux obu-

siers dirigent leur feu sur celles placées entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin et sur celle du théâtre.

Ces obstacles renversés, la colonne poursuit sa roule, dégage la rue Hauteville, essuie le feu des rues de la Lune et de Cléry dont les barricades sont enlevées avec un élan admirable, et desfend à la porte Saint-Denis où elle est assaillie de tous côlés par un feu terrible, heureusement mal dirigé, mais qui néanmoins renversa blessés quatre des canonniers.

Deux compagnies. Tune du 28% l'autre du 33* de ligne, se portent au pas de course sur la première barricade de la rue Saint-Denis à soixante-dix mètres des boulevarls. l'enlèvent, s'établissent derrière ses débris elsedisposaierït à attaquer Inspconde, placée à deux cents mètres de celle-ci et présentant un relief formidable,

(>) Les individus tués à cette barricade furent déposés dans l'angie formé par le boulevart et la maison Jouvin.

lorsque parvint un ordre du général Carrelet au général Bourgon de continuer à suivre la ligne des boulevarts jusqu'à la rue du Temple, dans laquelle il devait s'engager pour se rendre ensuite par les rues de Rambuteau, Paradis, Vieille-du-Temple, sur les boulevarts et s'y mettre en communication avec le 58"^, qui devait être en position sur le canal.

Une dernière volée de mitraille est envoyée à la deuxième barricade de la rue Saint-Denis et la colonne exécute l'ordre reçu. Ce petit engagement mit néanmoins hors de combat vingt-huit hommes, dont quatorze du 28^" de ligne et quatorze du 33^

Pendant ce temps, le commandant Bax parcourait la rue des Petites-Ecuries, enlevait la barricade de la rue Neuve-Saint- Jean, celle de la rue du Faubourg-Saint- Denis et ralliait la colonne au moment où elle se mettait en mouvement.

De la porte Saint-Denis à la rue du Temple on ne rencontra aucun obstacle sérieux, les barricades ébranlées par les obus ayant été abandonnées par leurs défenseurs qui emportèrent leurs blessés et même leurs morls, car l'on n'y découvrit que des mares de sang, témoignages des effets des obus.

A la hauteur du Château-d'Eau le général de Bourgon se croisa avec le général Levasseur, qui venait de parcourir, dans toute sa longueur, la rue du Temple, d'enlever et de détruire toutes les barricades qui s'y trouvaient, mais que les émeutîers relevèrent après le passage de celle première colonne; elles furent dé-

truites une seconde fois , en quelque sorte sans résistance par le général de Bourgon.

Enfin la colonne, après avoir si bien rempli sa tâche, déboucha sur le boulevart des Filles-du-Calvaire et s'y mit en communication avec le 58^^ de ligne.

Pendant que le général de Bourgon opérait ainsi avec quatre bataillons de sa brigade, le colonel Mayran tenait tête avec sept ou huit cents hommes seulement à l'hostilité du faubourg du Temple et des abords du canal.

Dès neuf heures du matin, le colonel du 58* avait appris, par des renseignements certains, que l'insurrection devenait menaçante sur plusieurs points; il fit aussitôt prendre les armes à tout ce qu'il avait de disponible en ce moment, pour s'établir en position sur le canal Saint-Martin. Â peine arrivé il reconnut l'urgence d'interrompre toute communication depuis le pon t Saint- Sébastien jusqu'au-delà du pont Grange-aux-Belles, l'envahissement des masses paraissant surtout imminent depuis ce dernier point jusqu'au débouché du faubourg du Temple. Il apprit en effet bientôt que l'on élevait des l)arricades dans la rue des Vinaigriers.

Chargé spécialement de défendre l'entrepôt , le commandant Goy, reçqi l'ordre d'en protéger les abords contre toute tentative de barricades.

Un détachement du 58*, sous le commandement du capitaine Laterrade, s'élança résolument dans la rue des Vinaigriers, et enleva une forte barricade , défendue par plusieurs centaines d'hommes.

Une décharge, en quelque sorte, à bout portant, n'arrêta point l'élan des soldats, et la barricade fut franchie et démolie.

Le lieutenant Bertrand, du 58®, ainsi que trois fusiliers, furent blessés.

Cette expédition terminée, le capitaine Laterrado se relira, pour éviter d'être enveloppé dans un réseau dt^ barricades, et parliculiëreinent dans la rue d'Albouy, dans laquelle le sous-lieutenant Charpentier avait déjà dû, par son énergique activité, s*opposer à des tentatives de ce genre.

Mais vers une heure et demie de l'après-midi, le lieutenant Ecoiffiers'étant aperçu, à travers le brouillard, que la barricade détruite par le capitaine Later- . rade était rétablie, demanda au capitaine Diémcr l'autorisation de Tenlever avec vingt de ses soldats.

Il s'engage aussitôt dans la rue des Vinaigriers; parvenu à quatre-vingts pas de la barricade, il s'écria : A la baïonnette, pas de course!

A dix pas d'elle , il essuya une décharge qui tua le fourrier Mongenot et blessa un caporal, mais le retranchement fut enlevé , et ses défenseurs tués ou mis en fuite.

Je dois citer encore ici un beau trait militaire qni honore le caporal Mauny, du 5S^.

Envoyé en ordonnance sur les boulevarts , ce brave soldat se jeta dans les rangs des grenadiers du 28® de ligne , au moment où ils s'élançaient sur la première

barricade delà rue Saint-Denis, et eut Thonneur d'enlever le drapeau qui la surmontait.

Vers siï heures du soir, une patrouille du 33*, composée de quatre compagnies sous le commandement du chef de bataillon Duporlal, ayant, sur Tinvitation d'officiers du 58®, poussé sa reconnaissance jusqu'à l'extraité de la rue des Vinaigriers, cette manœuvre eut pour résultat de placer les insurgés entre deux feux, et de faire tomber entre les mains du 58* une centaine de prisonniers, une vingtaine de fusils, des cartouches» une boite de pistolets de tir, des sabres et des baïonnettes.

Pendant ces opérations, les quatre compagnies du 33* détachées par le général Bourgon, pour protéger la *gare de Strasbourg, payaient aussi leur tribut de zèle, de courage et de dévoûment, en enlevant, sous le commandement immédiat du chef de bataillon Ferru, le redan élevé au point d'intersection de la rue Chabrol et du faubourg Saint-Denis. Celte barricade enlevée, le commandant Ferru fit immédiatement occuper les maisons des quatre angles, et détruire la barricade par les habitants mêmes qui l'avaient laissé faire sans s'y opposer. Il détacha une de ses compagnies à la gare du Nord pour la protéger contre toute attaque de la Chapelle.

Ce faubourg, qui, dans les journées de juin 1848, avait fourni un si nombreux contingent à l'insurrection, s'était disposé, cette fois encore, à prendre part à la lutte engagée, et avait déjà élevé plusieurs barricades

qui furent presque aussitôt abordées et déti^iites par les compagnies du 28®, chargées d'observer les mouvements de cette population que l'on savait très-affiliée aux sociétés secrètes.

Mais bientôt le commandant Ferru apprit que de nouvelles barricades s'élevaient dans la rue du Faubourg-Saint-Martin, et notamment rue des Récollets; à cet avis, il confie au capitaine Niceville Tbonneur <]e l'enlever avec ses grenadiers, ce qui fut exécuté au. pas de course avec l'intrépidité que l'on devait attendre de soldats qui avaient déjà donné tant de preuves de leur courage en Afrique, comme au siège de Rome.

Il était» en ce moment, trois heures, et l'on vitappa* raitre des chasseurs à pied, du 5* bataillon, qui, après avoir enlevé trois barricades dans la rue du Faubourg- Saint- Martin, et passé par les armes un certain nombre de leurs défenseurs, marchaient' vers la barrière de la Villette.

L'administration du chemin de Strasbourg a témoigné sa reconnaissance au 33* par une lettre officiellement adressée au ministre de la guerre. C'était là un juste hommage, car, sans cet appui, que ne se serait-il peut-être pas passé sur ce point?...

Le départ du 33® ayant enhardi les barricadeurs^du voisinage de la Nouvelle- France , le sous-lieutenant Massonat, momentanément de garde à la caserne, n'hésita pas à prendre sur lui de s'élancer avec quelques hommes seulement sur la barricade de la ruo

Montbolon. II l'enleva, la détruisit, fit deux prisonniers et s'empara de plusieurs armes.

Tel fut. dans son ensemble conime dans tous ses détuils, la participation de la brigade Bourgon à la mémorable journée du 4 décembre 1851.

Général , officiers et soldats , tous ont fait vaillamment leur devoir ; et comme historien, le mien est de le proclamer ici.

La brigade du général Bourgon ne perdit, pendant ses opérations, que quatre tués et trente-huit blessés.

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