‹ Révolution militaire du 2 décembre 1851: précédée de "la Vérité quand même àChapitre 45 sur 54 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Marche des deuiK colonnes de la h94§;mA^ Herbillon. — Tristes épisodes.— Mort dm tamboiir-nifilor du S^ de lif^e.

Le général Levasseur, conformément au plan du général en chef, mit les deux colonnes d'attaque de la brigade Herbillon en mouvement , à deux heures sonnantes au beffroi de THôtel-de- Ville , et prit, de sa personne, le commandement de la première, pendant que le général Herbillon se plaçait à la tête de la seconde.

Parvenue, à la hauteur de la rue des Blancs-Manteaux, TavQnt- garde est accueillie par une décharge de mousqueterie partant des croisées ; les soldats ripostent, mais sans s'arrêter, l'obstacle n'étant point sérieux, et continuent leur marche vers le boulevart, en suivant,

dans foute sa longueur, la rue du Temple , détruU sanl successivement toutes les barricades , élevées ou ébauchées, et que les insurgés n'eurent pas le temps de rétablir dans cet intervalle, du moins de les rendre formidables.

Le général Levasseur arriva donc au ChAteau-d'Eau, en quelque sorte sans coup férir, vers deux heures et demie, et fit tête de colonne à gauche pour marcher vers la porte Saint-Martin, où il devait masser sa colonne à l'abri des maisons, et y attendre, l'arme au pied la jonctioD du général Herbillon qui opérait dans la rue Saint* Martin.

Le général Herbillon en se séparant du général Levasseur, à la hautçur delà rue de Rambuteau, dut, presque aussitôt faire jouer sa pièce d'artillerie contrôla barricade qui lui en barrait le passage, à cent mètres plus loin, et que «défendaient des insurgés placés à toutes les croisées voisines.

Elle ne tarda pas à être à moitié détruite, et par conséquent abandonnée. On courut dessus malgré le feu des croisées , qui en un instant fut éteint par la vivacité de la riposte des soldats.

Le général Herbillon fit ,tête de colonne à droite et pénétra dans la rue Saint-Martin, où se trouvaient de véritables retranchements à enlever, car là l'on est bien expert en ce genre de fortifications passagères.

La rue Aumaire, entre autres, qui débouche dans la rue Saint-Martin, s'est acquis, en ce genre, ninecélé-

brité en février» comme en juin iS48, et tenait à honneur de la conserver en décembre 1851.

Là donc, une bande d'individus sortis de différentes petites rues de ce quartier, avaient élevé une barricade digne d'être battue en brèche par Tarlillerie avant son assaut. L'ingénieur était un ancien soldat des zouaves, le nommé Victor V***, ouvrier ciseleur. Son énerg^ie et ses services militaires l'avaient fait reconnaître pour chef par ces soldats-émeutiers, et pendant qu'il confiait à un certain nombre de ses miliciens le soin de veiller à la défense de cette tète de pont, il allait de sa personne, établir une salle de pyrotechnie chez un pharmacien du voisinage, dont il brisa la devanture pour couper court à toute opposition du docteur qui prétextait son ignorance en l'art de fabriquer la poudre de guerre.

Mais en homme prévoyant, en habile émeutier, Victor V*** lui en remit la formule écrite, et chacun tira de ses poches, qui le salpêtre, qui le charbon pulvérisé, qui le soufre.

Le docteur était pris et n'avait plus d'autre ressource que de paralyser l'action de ces divers ingrédients au moyen de quelque autre mélange hétérogène; ce qu'il fit, en effet. Ce subterfuge, toutefois, eût pu lui coûter cher, si l'arrivée de la colonne du général Herbillon à quelques centaines de pas de la barricade n'y eût appelé brusquement tous ses défenseurs et particulièrement leur chef. Et pendant que le pharmacien livrait sa poudre, des coups de fusil retentirent : c'était le 3* de ligne

i, tambour-major eo tète, se présentait pour monter i l'assaut.

A sa vue, Tancien zouave, armé d'un fusil à deux ' coups et tireur habile, s'embusque en disant, en loustic parisien : « Je vais descendre ce tambour-major. Il tire et Toitot tombe mort aux pieds du colonel Chapuis, auquel il avait avait dit la veille, et répété le matin : a Mim « colonel, je vous demande de me permettre de voue «i eervir de cuirasse pendant le combat. »

Ce noble et vieux soldat, décoré en récompense de ses services, a tenu parole, car il ne voulut pas quitter un instant son colonel et fut tué devant lui, et par qui T. . . par un ancien soldat qui payait un si bel acte de dévoûment militaire par un fratricide et une vanterie de si mauvais goût.

Le colonel Chapuis fit déposer le corps de son malheureux tambour-major dans une maison du voisinage, pendant que le général Herbillon faisait lancer deux obus contre la barricade d'où était partie la balle fratricide, et peu d'instants après elle était enlevée et détruite.

Parmi les émeutiers pris les armes à la main, se trouvaient deux gamins de dix à douze ans. Que faire de ces petits polissons? Us méritaient cependant un châtiment avant d'être renVoyés à leurs parents ; le général ordonna de les fouetter sur la barricade môme d'où ils avaient fait feu sur les soldats. Cette correction infligée au milieu des éclats de rire de tous les témoins,

leur servira-t-elle pour l'avenir?... Je n'oserais l'affir mer. N'est-ce pas toujours une partie de plaisir, poui les gamins de Paris, que de courir aux barricades, alors même qu'on ne les paie pas, comme ils Tonl été cette fois pour la plupart?

Le général Herbillon ayant achevé ses opérations ne tarda pas à se réunir, sur le boulevart, à la colonne du général Levasseur.

Après un repos sur le boulevart, les deux colonnes se remirent en marche pour revenir à leur point de départ, c'est-à-dire l'Hôtel-de-Ville.

Cette expédition coûta à ces deux colonnes une vingtaine d'hommes hors de combat.

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