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D'UN SYSTÈME ÉLECTRIQUE

L'exemple de la cathédrale St-Paul, cité plus haut, montre que déjà on réclamait le moyen de pouvoir jouer l'orgue sur des claviers situés loin de l'instrument. Dans les cathédrales l'orgue trônait ordinairement sur un jubé séparant le chœur et la nef et interceptant la vue. On demandait le changement de

(i) L'auteur confond la vitesse du son avec celle de l'impulsion pneumatique, il néglige les travaux de Biehle, que j'ai vérifiés expérimentalement, et qui montrent que, dans une transmission tubulaire d'orgue bien éiablie, le retard est de 5 millièmes de seconde par mètre, avec des tubes de ô % intérieur, et de 4 millièmes, avec 8 % diamètre intérieur ; une différence de 6 mètres dans la longueur des tubes donnerait donc 3o millièmes ^ 3 centièmes de su-conde, retard inappréciable ; la totalité des retards qui est de 1 dixième de seconde, pour 12 mètres de tube, provient d'autres causes, dans la console, les relais, etc., etc.

(2) De même avec le levier de Barker ou le système électrique, lors de mon premier voyage à Londres, c'est le vénérable facteur Bryceson qui me disait à ce sujet «comparez le toucher d'un petit orgue à traction directe (comme celle « d'un ancien Positif par les bascules éventaillées) au toucher d'un orgue avec « machine pneumatique ou électro-pneumatique interposée ; c'est un peu comme « si vous embrassiez une jolie cousine, par procuration donnée a un notaire ! »

cette position de l'orgue, chose réalisée à St-Paul et dans les cathédrales de Chester et Durham ; dans les grandes églises paroissiales le quatuor vocal qui était avec l'orgue dans la tribune du front ouest disparurent, les chantres furent installés dans le sanctuaire, laissant l'orgue et l'organiste à la tribune s'arranger comme ils pouvaient. Dans les cathédrales également l'organiste se trouvait ainsi fort loin des choristes ; quelle belle chose s'il avait pu les accompagner étant placé au milieu d'eux.

Dans une lettre adressée au Musical News en 1890, H. Willis note qu'on leur avait souvent demandé cette disposition mais qu'ils avaient refusé parce que « dame nature se mettait en travers » ; ce qu'elle aurait sûrement fait si l'on avait employé le système tubulaire (i). Le fait est que jusque là tous les systèmes électriques essayés avaient montré qu'ils étaient plus ou moins dignes de confiance, et Willis, qui désirait conserver sa réputation artistique, ne voulait pas employer l'électricité (2). Comme exemple de leur imperfection, nous dirons que l'on considérait une pointe de platine plongeant dans du mercure, comme étant le meilleur système, comparé à d'autres contacts devenant inutilisables par une oxydation rapide.

Vers 1852, le Docteur Gauntlet prit un brevet pour un système électrique de jonction entre le clavier et les soupapes ; son idée était de pouvoir faire jouer toutes les orgues placées à la grande Exposition de Londres, en 1851, par un seul clavier central ; il proposait de placer un électro-aimant sous chaque soupape du sommier ; ce qui aurait nécessité une énorme dépense de courant électrique. L'idée ne fut jamais réalisée, elle paraît avoir été tentée en 1872, par Wilkinson, facteur d'orgue à Kendal, mais il l'abandonna après quelques essais.

(i) Plus exactement : Je trouve dans Musical News, 1892, une lettre de Willis disant : « On nous a souvent demandé de jouer avec les claviers placés dans le « chœur un orgue situé sur la tribune du portail ouest, mais la Nature empêche « cette réalisation en limitant la vitesse de propagation du son » ; Le système tubulaire n'a rien à voir là dedans, car le défaut dû au retard de propagagation du son aurait été le même avec l'électricité ; nous en avons eu des exemples à Paris, St-Jacques du Haut Pas, Lyon. St-Nizier, la transmission électrique est quasi instantanée, mais le son prend un certain temps pour venir de la tribune jusqu'aux oreilles de l'organiste placé dans le chœur, j'en ai fait moi-même l'expérience dans ces deux églises.

(2) Inexact : L'orgue de la cathédrale de Canterbury avait été doté en 1886, par Willis, d'une transmission électrique, qui a été maintenue depuis.

Un orgue à traction directe fut construit par Weiglé, de Stutgard, en 1870. Malgré des résultats assez défectueux, il en fit un autre semblable pour l'Exposition de Vienne, en 1873 ; mais à cause de la quantité de courant nécessaire pour ouvrir les soupapes, les contacts formèrent des arcs d'étincelles qui furent la cause d'incendies partiels de cet orgue.

En réalité c'est à Peschard qu'il faut reporter, dès 1866, tout le mérite du levier électro-pneumatique : Peschard inventa le système et Barker, son associé, le réalisa dune façon pratique.

MM. Brycesson Frères sont les premiers qui, en Angleterre, introduisirent le système électro-pneumatique en i868, ayant obtenu une concession du brevet Peschard-Barker. Leur premier orgue fut celui de Her Majesty's Opéra, Drury L. Lane, à Londres; situé derrière la scène, mais avec les claviers dans l'orchestre, il fonctionna d'une façon parfaite pendant un an, après quoi il fut démonté et montré comme une curiosité à l'Institut Polytechnique de Londres, où deux fois par jour on y donnait des récitals.

Schmœle et MoUs, Debierre, Merklin, Conti, Trice el bien d'autres furent les pionniers de l'orgue électrique en Europe, tandis que Roosevelt en fut le grand promoteur aux Etats-Unis. Beaucoup de constructeurs de différents pays ont depuis fait breveter une foule de petits perfectionnements ou modifications, mais pas un n'a fait faire un grand pas à la question. Aucun des anciens systèmes électriques ne se montra assez rapide d'attaque ni suffisamment à l'abri des dérangements ; de plus leur entretien était très coûteux.

Sir John Stainer, dans l'édition de 1889 du «Dictionary of Musical terms » expédie la description du système électrique dans un paragraphe de quatre lignes, comme une chose de peu d'importance (i). En 1889, l'auteur demanda à Monsieur Wt. Best de venir visiter à Birken Head l'orgue de St-Jean, dont on commençait à parler ; mais Best sourit à la seule idée que l'on put faire quelque chose de bon avec une transmission électrique. C'était un homme de grande expérience qui, donnant des récitals dans toute l'Angleterre, connaissait très bien toutes les tentatives faites dans ce sens et n'avait plus souci de voir un orgue électrique (2).

(i) L'auteur devrait dire que dans la 3" édition de son Traité (1877), Hopkins consacrait déjà 600 lignes à l'orgue électrique.

(2) Voir la note sur Peschard et l'Orgue de Salon {Hors-Texte page 2S).

28 SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉI,ECTRO-PNEUMATIQUE

Cette forme de transmission avait donc une mauvaise réputation, ne faisait pas de progrès, elle était même presque abandonnée, quand un électricien ingénieux, Robert Hope-Jones s'en occupa vers 1886. Ne connaissant rien des orgues, ni des tentatives antérieures pour leur appliquer l'électricité, il construisit de ses propres mains, et avec l'aide d'ouvriers d'occasion pris dans les membres du chœur qu'il dirigeait, la première console mobile, avec touches d'appel des jeux, doubles touches, basse appropriée, etc. commandant une transmission électrique qui fit sensation dans le monde des organistes. Dans ce système le «choc pneumatique» (1) fut pour la première fois obtenu avec une précision d'attaque et de répétition dépassant tout ce que l'on pouvait concevoir à cette époque en matière d'orgues ou de pianos.

Hope-Jones introduisit le contact par des fils ronds qui constituent des points de frottement parfait, et fit ces contacts de métaux différents non oxydables, (or contre platine), il remplaça les règles empiriques par des calculs scientifiques préconisant la valeur des faibles voltages, des bons isolements ; il corrigea les inconvénients de la self induction, avec ce résultat que l'électro-pneumatique bien fait devint aussi sûr que le mécanisme de tirage par vergette avec ou sans levier pneumatique.

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