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CHAPITRE YIII

Avant la construction de l'orgue déjà cité de Birkenhead, on avait l'habitude d'obtenir et de régler la pression du vent, alimentant les tuyaux, en chargeant les soufflets avec des poids, mais à cause de leur inertie les soufflets lourdement chargés ne pouvaient pas se mouvoir rapidement, par suite quand un accord en staccato était frappé dans ces orgues avec tous les jeux tirés, on n'obtenait que peu ou pas de réponse des tuyaux.

Voici pourquoi : la laye devenant instantanément vidée, l'inertie des poids chargeant les soufflets, ne leur permettait pas de descendre assez brusquement afin de donner une nouvelle alimentation immédiate à la laye (i).

Emploi des ressorts au lieu des poids.

Certes dans les premiers brevets d'Hope-Jones, on trouve encore des poids, mais ils servent seulement à comprimer des ressorts, qui à leur tour pressent sur la table supérieure des soufflets; (2) mais, déjà avant ce brevet, dans sa pratique il avait complètement abandonné les poids pour les ressorts ; ce simple détail : ressort remplaçant les poids, a eu une influence marquée sur la musique d'orgue, il a rendu possible la disparition de l'ancienne instabilité de vent, qui était plus ou moins le défaut

(1) Ces orgues « poussifs » avaient une soufflerie mal comprise et insuffisante, voilà tout.

(2) Robertson parle des ressorts interposés entre les poids et la table supérieure des réservoirs, pratique abandonnée, et remplacée avec avantage par des ressorts, d'un usage courant chez tous les facteurs d'orchestrions, mais ce n'est pas une solution obligatoire. — D' G. B.

des orgues à cette époque, il facilita l'attaque du mécanisme et du son des tuyaux, d'une façon étonnante, ouvrant un champ nouveau et plus vaste au Roi des instruments (i). En 1894, John Turnell Austin (maintenant à Hartford) prit son brevet, connu sous le nom de Sommier Universel où les ressorts remplacent les poids ; le Sommier Universel, a résolu le problème d'une pression de vent presque immuable, mais pratiquement, il donne seulement le même résultat qu'un petit réservoir à ressort n'ayant pas la centième partie de son volume, aussi on se demande si le sommier Austin, qui a d'autre part quelques désavantages, sur vivra.

Soupape individuelle.

11 y a cinquante ans, le sommier à glissière et à soupape était employé partout, mais plusieurs facteurs allemands, et Roosevelt en Amérique, vantèrent beaucoup et employèrent des sommiers ayant une soupape, un piston ou une membrane contrôlant l'arrivée du vent pour chaque tuyau. Dans ces cas, de petites soupapes rondes étaient employées ; un bon sommier à glissière est difficile a faire, construit par des ouvriers peu soigneux ou avec du bois mal choisi, il donne des emprunts, c'est-à-dire une communication de vent d'un tuyau à son voisin ; dans les mauvais sommiers à glissières celles-ci se gonflent quand le temps est humide, et au contraire se rétrécissent et ne sont plus ajustées quand le temps est sec.

Les sommiers à soupape individuelle coûtent meilleur marché et n'ont pas les défauts précités^ mais ils ont toutefois des défauts particuliers, et pas un de ceux garnis de soupapes rondes ne permettra aux tuyaux de bien parler. Willis, Hope-Jones, Carlton Michell et d'autres artistes, après de longs essais indépendamment poursuivis, arrivent à la même conclusion que les meilleurs résultats sonores ne sauraient être obtenus par ces sommiers à bon marché (2) ; de longues

(i) Je connais beaucoup d'orgues en France et en Angleterre, sur lesquelles un grand choeur peut être joué en staccato sans altération, quoique les soufflets et les réservoirs soient chargés avec des poids ; mais tout y est largement compris pour parer à ces dépenses subites et intermittentes de vent par les tuyaux.

(2) Un sommier à piston, à boursette, bien fait avec de bons matériaux, muni d'une double introduction séparée pour les dessus et les basses, revient aussi cher, sinon plus, qu'un sommier à registre et gravure ancien modèle.

soupapes donnant beaucoup d'air à pression constante sous chaque tuyau sont considérées comme l'idéal.

Le but des sommiers à soupapes individuelles était d'éviter les altérations par « emprunt » (robbing). On remarquait dans les sommiers à glissières que, si le vent était suffisant et stable avec un ou deux jeux tirés, d'autre part, quand tous les jeux étaient mis, les gros tuyaux volaient aux petits tuyaux voisins leur alimentation en air comprimé, ce qui faisait baisser leur accord tandis que, avec une soupape pour chaque tuyau, ce défaut, disparaissait, ces sommiers supprimaient aussi les longs registres à glissières en bois, sujets, comme nous l'avons dit plus haut à subir les variations de la température.

Un exemple frappant de la différence entre ces deux types de sommiers, se trouve à l'église de AU Angels, de New-York, construit par Roosevelt (deux claviers avec sommier à soupapes individuelles), -en 1897, lors de l'agrandissement de cette église, Jardine remonta l'orgue a dix mètres en l'air avec une transmission électrique ; en même temps il ajouta un troisième clavier de positif électrique, mais avec sommier à registre ; la supériorité comme rapidité d'attaque pour les basses du positif sur celles du grand orgue et du récit est étonnante (i), de même à Saint- James de New- York oij l'orgue de Roosevelt fut modifié par Hope-Jones en 1908.

Vent à forte pression.

Nous l'avons déjà dit, il y a 50 ans, la pression maximum était de 75 millimètres ; en 1833, Hill mit un Tuba avec 22 centimètres de pression, dans son orgue du Town Hall de Birmingham ; mais le son était si rude et si éclatant que ces jeux ne furent employés pendant longtemps que pour de très grandes églises ; quelques paroisses les firent même supprimer. Plus tard Cavaillé-CoU utilisa des pressions un peu plus fortes pour les dessus que pour les basses des jeux de fonds, et aussi pour les gros jeux d'anches, perfectionnement dont il fut le pionnier avec beaucoup de succès.

(i) Le temps perdu dans le& sommiers Roosevelt et analogues, par le petit soufflet-soupape ou le piston, est de cinq millièmes de seconde (expériences multipliées de Joseph Bielhe), et poui ce qui est de la supériorité du sommier k registre, il suffit de lire la discussion de IQ07, dans Musical Opinion, pour voir qu'elle n'est pas admise par tout le monde. — D' G. B.

Néanmoins, c'est Willis qui a fait faire le plus grand pas dans l'utilisation des pressions fortes pour les anches.; le premier, il démontra que l'avantage des fortes pressions pour ces jeux n'est pas seulement d'augmenter leur puissance, mais d'améliorer aussi la qualité du son Henry Wiliis fonda ainsi une nouvelle méthode d'harmoniser les jeux d'anches, dont l'influence n'est pas près de disparaître.

Tout orgue, ayant quelques prétentions d'être moderne eut alors des pressions de 200 à 250 millimètres pour les anches du récit et du grand orgue, et les tubas du solo, dans les très grands instruments, parlaient avec 500 ou même 600 millimètres de pression. Willis introduisit l'anche fermée, le « closed eschallot » ou anches à larmes et créa une révolution dans l'art d'harmoniser les jeux d'anches.

Il eut beaucoup d'imitateurs; mais il sera difficile de surpasser les superbes exemples de son habileté dont il a doté beaucoup d'orgues des cathédrales anglaises et de beaucoup de salles municipales de concerts.

Avant Hope-Jones, vers 1887, nous ne croyons pas que l'on ait dépassé 600 millimètres de pression. Nous l'avons dit, la pression de 75 millimètres était la plus universellement employée et l'harmonisation des jeux de fond à forte pression était pratiquement inconnue (1) : pour les jeux d'anches, Willis employait des pressions modérées, sauf pour les tubas dans les grands locaux. Hope-jones démontra qu'avec des tuyaux épais, un peu ventrus au milieu (2) avec des lèvres recouvertes de peau, et le biseau renversé il pouvait, en usant de fortes pressions, arriver non seulement à des puissances illimitées, mais en même temps ajouter à la douceur des sonorités produites par les tuyaux harmonisés à vent faible suivant l'ancienne méthode. Il employa des bouches étroites, laissa de coté le réglage du vent par le pied du tuyau, et utilisa le « choc pneumatique » obtenu par son système électrique (3). Il inaugura « une méthode entièrement nouvelle dans l'art d'harmoniser les jeux d'anches» Dictionnaire des jeux de l'orgue Wedgwood, p. 167).

(i) Ne pas oublier cependant que les erands orchestrions de Gavioli, Limonaire, Gasparini avaient des jeux de fonds Harmonisas sur25o% bien avant itSUj et quelques-uns avec une sonorité tout à fait remarquable.

(1) La pratique de «donner du ventre ■» aux tuyaux des jeux de fonds est bien antérieure a HopeJones, surtout en Angleterre. — D' G. B.

(3) Voir note page 18.

Hope-Jones n'emploie jamais moins de 125 millimètres et va jusqu'à 50 pouces, soit i mètre 2',, ses travaux dans cette direction ont produit une influence marquée sur la construction de l'orgue et les meilleurs constructeurs dans tous les pays ont adopté ces pressions, ou tout au moins font des essais du même genre. Comme toutes les nouveautés, les hautes pressions furent âprement discutées ; mais maintenant les organistes et les « acousticians » s'étonnent que l'idée ancienne de la faible pression ait prévalu si longtemps, alors qu'ils savent que des pressions très fortes sont employées, par la voix humaine dans le chant, et aussi par les différents instruments à vent de l'orchestre, pour obtenir de belles sonorités.

Charles Gottlieb-Weigle, de Stuttgard fut légèrement en avance sur ses confrères, en employant des pressions déjà assez fortes, mais comme il négligea les bouches étroites et les lèvres garnies de peau, il obtint la puissance sans distinction. Avec de fortes pressions il faut d'abord viser la beauté et la pureté du son, la puissance existant toujours.

Soufflerie mécanique au moteur.

Le vieux balancier de la soufflerie antique était invariablement accompagné par le « pompeur d'orgue », quelqueiois par plusieurs ; on connaît la vieille histoire du souffleur refusant de travailler jusqu'à ce que l'organiste ai consenti à dire « nous avons bien travaillé tous deux aujourd'hui ». Le métier de souffleur d'orgue est maintenant complètement perdu (surtout en Amérique), bien que nous connaissons actuellement en Angleterre des orgues ayant besoin de quatre souffleurs.

Quand Willis construisit le grand Orgue de la Salle St-Georges à Liverpool en 1855, il installa pour la soufflerie une machine à vapeur de huit chevaux ; à la cathédrale de Chester on mit en 1876 une machine à vapeur de six chevaux. Les moteurs à gaz, à pétrole, à essence ont été très employés en Angleterre, fournissant un moteur moins cher que l'homme, mais moins réglable, ces moteurs étant appliqués aux soufflets-pompes de l'orgue. D'autre part, le moteur à eau a été la forme la plus commune de soufflerie mécanique, étant économique, facilement réglable partout où

il y avait une pression d'eau suffisante ; mais beaucoup de villes ayant refusé l'emploi de l'eau sous pression pour la force motrice, le moteur électrique agissant sur des ventilateurs ou des turbines devient la solution idéale. Le principe des ventilateurs conjugués en série introduit par Cousans de Licoln en Angleterre, est maintenant regardé comme un modèle réalisé dans le « Kinetic Blower », constitué par un certain nombre de turbines ingénieusement montées en séries sur le même arbre, la première turbine fournissant à la seconde de l'air à 75 millimètres de pression je suppose, pour l'élever à une pression plus forte en passant successivement dans la turbine voisine (i). Cette méthode est une solution économique pour avoir du vent à des pressions intermédaires différentes ; comme il tourne lentement le Kinetic (étant monté sur le même arbre que le moteur, sans courroie) est à la fois silencieux et d'un bon rendement.

(i) Actuellement il existe des ventileurs tournant 1 900 tours, assez silencieux pour être placés sur la tribune même de l'orgue; du premier coup, avec une seule turbine ils donnent 200;?^ de pression ; leur rendement électrique excellent car ces ventilateurs silencieux fournissent à la minute 25 mètres cubes St i3o % avec une dépense de 800 watts. On en construit maintenant en France. — D' G. B.

SOUFFLERIE d'oRGUE

ACTIONNÉE PAR UN MOULIN A VENT, DÉCRITE PAR HÉRO d'aLEXANDRIE, 200 ANS AVANT L'ÈRE CHRÉTIENNE.

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