‹ Révolution récente dans la facture d'orgueChapitre 25 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

JEUX TRANSFERES

11 y a cinquante ans les jeux du récit, je suppose, ne pouvaient être tirés que sur ce sommier, de même les jeux du grand orgue du positif et de la pédale ne pouvaient être joués que par leur clavier respectif ; maintenant on trouve de plus en plus des dispositions permettant de jouer les tuyaux d'un même jeu par des claviers différents ; si <5n a recours à ce système pour ne donner qu'une réduction du nombre des jeux réels dans un grand vaisseau, c'est un leurre et on ne saurait trop condamner cette tendance.

Mais, d'autre part, un facteur, qui d'abord place le nombre de jeux suffisants pour assurer la variété sonore et le volume nécessaires pour le local ou l'orgue est placé, et qui, ensuite, s'arrange pour qu'un certain nombre de jeux puissent parler sur des claviers multiples, ajoute réellement aux ressources de l'instrument et doit en être félicité.

Beaucoup d'orgues modernes doublent ainsi les ressources de leurs effets de sonorité.

11 est difficile de dire quel fut le premier inventeur des jeux transférables, puisque dès le seizième siècle on en trouve des exemples authentiques. Depuis cinquante ans, les facteurs (Schyven, Dryvers, Delmotte), ont de nouveau travaillé dans cette direction, il est indubitable que le grand entraîneur est certainement Hope-Jones ; si d'autres ont eu la même idée, c'est lui qui a donné par centaines les preuves d'une réalisation pratique et a ainsi attiré sur les avantages artistiques de ce système, l'attention de tous ceux qui s'occupent d'orgue. Son idée de traiter l'orgue comme une simple unité « Unit Organ »

en rendant possible le fait de tirer n'importe quel jeu sur n'importe quel clavier à des octaves différentes, fut développée dans une conférence faite en mai 1891, à Londres, au Collège Royal des Organistes.

En adoptant ce système partiellement et en disant qu'il a fait un « Unit Organ » un facteur emploie une expression inexacte qui menace de devenir générale. Tous ceux ..qui ont joué un « Unit Organ » de Hope-Jones vantent son équilibre artistique, sa puissance expressive et sa souplesse ; mais ce genre d'instrument révolutionne beaucoup de choses réputées intangibles, par suite rencontrer beaucoup d'adversaires. Néanmoins on ne trouve plus que quelques organistes ne reconnaissant pas l'utilisation du principe, comme étant, à un degré plus ou moins grand, une chose vraiment utile dans n'importe quel orgue. Par exemple, quel est celui qui n'a pas regretté de ne pouvoir jouer, avec la pédale, le bourdon du Récit rendu indépendant, ou encore l'impossibilité de faire parler la clarinette du Positif à volonté sur le Récit, sans accoupler les deux claviers. Compton de Nottingham emploie cette méthode de transférer et de dédoubler les jeux dans tous les instruments qu'il construit. (1)

Une méthode additionnelle, permettant le transfert des jeux se trouve dans la double touche et le pizzicato-touche ; la double touche, quoique réintroduite par Hope-Jones dans les orgues qu'il fit dans ces quinze dernières années, fut, néanmoins trouvée par un français qui l'appliqua aux harmoniums. Dans l'harmonium français de Mustel, la première touche s'obtient en abaissant la note d'environ deux millimètres, ce qui produit un son très doux, si l'on enfonce la touche plus profondément on obtient un son plus fort. Dans l'orgue à tuyaux la double touche est un peu différente, le premier enfoncement fait parler les jeux tirés et dépendant de ce clavier, en enfonçant plus fortement la touche (d'environ trois millimètres) on produit la double touche donnant l'augmentation de son en faisant parler d'autres tuyaux ; le système est ordinairement constitué avec des accouplements et fonctionne suivant la volonté de l'organiste. Ainsi, jouant la flûte sur le

(1) Pratique égUeraent courante chez Rieger, Hofferveizer, et qui permet d'augmenter fa variété et jusqu'à un certain point la réelle puissance d'un orgue avec moins d'encombrement. Puget a utilisé ce procédé pour la pédale de rorgu« du Théâtre des Champs-Elysées. — D' G. B.

Positif, tout en ayant tiré le hautbois du Récit, l'organiste, s'il a la double touche, peut, par une pression plus forte, faire parler telle ou telle note de hautbois, tandis que les autres touches pressant moins fortement font seulement chanter la flûte du Positif.

Le pizzicato-touche est une autre invention de Hope-Jones, elle date de 20 ans, mais au début n'eut pas le mérite d'attirer l'attention comme récemment (quand il fut placé en 1909 dans l'orgue de Hanson Place Baptist-Church New- York). Ce système s'emploie beaucoup avec les accouplements, il donne ceci : avec des jeux doux au Grand Orgue, si l'organiste met le pizzicato de Récit sur G. O., quand il touchera le G. O., la touche correspondante du Récit s'abaissera, mais remontera aussitôt, même si la note est tenue au Grand Orgue. Hope-Jones met le pizzicato à toutes les orgues qu'il construit en Amérique. Une grande variété d'effets musicaux peut être ainsi obtenue.

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