‹ Révolution récente dans la facture d'orgueChapitre 26 sur 50 · LE ''UNIT ORGAN · texte numérisé non relu

LE ''UNIT ORGAN

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Le « Unit Organ » consiste en un seul instrument divisé en cinq familles sonores, chacune dans une boîte expressive spéciale :

1° Jeux fondamentaux : diapasons, diaphones, tibias, etc.;

2° Les bois : flûtes, hautbois, clarinettes, etc. ;

3° Les cordes : gambes, vicies d'orchestres, dulcianas etc. ;

4" Les cuivres : trompettes, corponeéas et tubas ;

5" Percussions : timbales, gongs, carillons et glockenspiel, etc.

N'importe lequel de ces jeux pris dans la famille des fonds, des bois, des cordes, des cuivres peut être tiré sur n'importe quel clavier, à l'unisson en huit pieds, à l'octave grave en seize pieds ; dans quelques cas en quatre pieds, en deux pieds ; même à la quinte ou à la tierce pour certains Jeux (i).

Ainsi disposé, l'orgue devient un instrument tout à fait

(i) En 1870, L. Dryrers, de Louvain, plaçait chez les Ursulines de Werchter (Brabant) un orgue de dix jeux réels dédoublés, transférés en 4o registres sur deux claviers manuels et un pédalier; le principal de 16 pieds y est dédoublé en sept jeux de 16, 8, 4, 2 pieds dont certains peuvent être tirés indépendamment au Grand Orgue, au Positif, ou à la Pédale ; l'année précédente il avait placé un orgue semblable chez les Ursulines de Lierre près Anv.rs. L. Drivers était un précurseur, mais cette tentative pour sortir il y a 40 ans., de l'ornière habituelle, succomba dans la complication du mécanisme. — D' G. B.

différent, il est très souple, car non seulement les sonorités peuvent être modifiées en appelant les jeux à l'unisson ou à l'octave soit grave, soit aiguë mais encore dans chaque famille la force du son peut être modifiée par sa boîte expressive spéciale. Ainsi les jeux de fonds peuvent dominer, et en manœuvrant les pédales d'expression on pourra faire prédominer les cordes, en estompant la sonorité des fonds. A leur tour, les cordes peuvent s'effacer devant un rinforzando des bois, jusqu'à ce que, en ouvrant leur boîte spéciale les cuivres, dominent à leur tour ; la variété des combinaisons sonores est ainsi illimitée.

L'adoption de ce principe évite des répétitions inutiles de jeux, ainsi dans l'orgue de St-George's Hall Liverpool, on trouve aux manuels : cinq diapasons, quatre prestants, cinq doublettes, trois clarinettes, deux hautbois, trois trompettes, trois ophicléides, trois trombones, six clairons, quatre flûtes etc.. Dans l'orgue « Unit » de Hope-Jones à Océan Grove, six jeux suffisent à obtenir tous ces effets ; l'organiste de Toure Synagogue New-Orléans a exprimé l'opinion que son « Unit Organ » de dix jeux est l'égal d'un instrument ordinaire de soixante jeux.

L'interférence des ondes sonores, connue chez les facteurs sous le nom sympathie ou d'entraînement, est leur bête noire ; ce curieux phénomène acoustique est enèore une nouvelle raison contre la répétition de jeux semblables dans un orgue. Quand deux tuyaux identiques de diamètre et de hauteur se trouvent placés de façon que les ondes qu'ils émettent puissent passer de l'un à l'autre, si on les joue séparément, ils parient bien ; si on les fait parler ensemble on ne les entend plus, par leur mélange, leurs ondes sonores se détruisent réciproquement et l'on ne perçoit plus que le bruit d'un jet d'air. On peut démontrer néanmoins, que chacun de ces tuyaux émet un son, au moyen d'un tube ayant une extrémité près des lèvres de l'un des deux tuyaux et l'autre extrémité contre l'oreille de l'auditeur qui alors perçoit nettement le son du tuyau. En d'autres termes: un son détruit l'autre; voici l'explication de Helmholtz : quand deux ondes sonores identiques sont en opposition, la première détruit l'effet de la seconde, et le résultat donne une ligne droite, donc pas d'ondes sonores résultantes, donc pas de son. Si la crête d'une onde sonore d'une grandeur et d'une forme déterminée coïncide avec

l'émission d'une onde exactement semblable, le résultat sera une onde ayant le double de hauteur, donc augmentation du son ; si la crête d'une onde coïncide avec le creux d'une autre onde, le résultat sera une destruction réciproque et l'on n'entendra rien (i).

C'est pourquoi les anciens facteurs, quand ils mettaient plusieurs jeux semblables, s'efforçaient de détruire cette sympathie en employant des tuyaux de diamètres (taille) différents, mais avec un résultat médiocre, les gros tuyaux semblaient avaler les petits.

Dans l'orgue gigantesque du Town Hall de Leeds, il y avait un tuyau du prestant que personne ne pouvait accorder, l'accordeur le retournait de toutes les façons mais sans résultat ; il y réussit en le postant au moyen d'un tube assez loin de sa place sur le sommier (2). C'est un exemple d'une chose qui arrive fréquemment ; dans les orgues de Hope-Jones le plan ordinaire des sommiers séparés: côté UT et côté UT dièze, est abandonné, les tuyaux sont mis en échelle chromatique, cette disposition ingénieuse évite les interférences en grande partie (3).

(1) Cette expérience de laboratoire réussit dans des conditions spéciales qui peuvent se rencontrer fortuitement dans un orgue, mais c'est plutôt rare : ce qui est beaucou* plus fréquent, c'est l'altération par voiiinage, corrigée en déplaçant les tuyaux capricieux, ou en les mettant sur un pied plus élevé pour empêcher que le voisinage des bouches ne produise l'entraînement, l'auteur le dit plus bas.

(2) L'histoire de ce tuyau récalcitrant, sur les 6.400 de l'orgue monumental de Leeds, est de minime' importance, et ce n'est pas la crainte de ce défaut, si facilement corrigeable, qui fera adopter intégralement 1' « Unit Organ ». 11 faudrait que les architectes en général entêtés et ignoran'S (oh ! combien) en matière d'orgue, donnent aux facteurs la place que ceux-ci réclament pour bien espacer leurs tuyaux. Mais le principe de l'Unit Organ est utilisable comme remplaçant partiel cle certains instruments de l'orchestre : une sonate de flûte de Bach ou de Haendel jouée en selo à l'orgue et accompagnée au piano peut prendre un grand caractère artistique.

(3) Certains facteurs sont d'une opinion opposée, trouvent que l'entraînement se produit plus facilement entre tuyaux voisms d'un demi-ton ? — D' G. B.

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