‹ Révolutions de Constantinople en 1807 et 1808: précédées d'observations générales sur l'état (volume 2)Chapitre 10 sur 14 · EXPLICATIVES ET JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

EXPLICATIVES ET JUSTIFICATIVES

DU PREMIER VOIUME.

Page 5. — . U ambassadeur Porter et le cheça^ lier d! Ohson sont les auteurs qui ont le mieux écrit sur les lois politiques et religieuses des Turcs.

J^ivBiis pu citer Knolles, auteur d^une Histoire de TEinpire Ottoman , eir anglais , dont le docteur Jobnsott fait le plus grapd éloge dans son Ramùier. Cet ouvrage n'a pas été traduit en français.

L'Histoire Ottomane, parTabbé Mignot, est peu exacte. Celle qui a été publiée en i8i3, par M. le comte de Sa« laberry, vaut mieux , et renferme quelques observations lumineuses 9 fruit des voyages de cet historien à Gonstantinople et dans le Levant.

Page 5. — Le chevalier d' Ohson nous a peint les Turcs dans sa laborieuse et savante compilation^ etc.

Le chevalier d'Ohson dit dans le discours prélimlnavire qui précède sou tableau général de l'Empire

iS8 NOTES EXPlICATrVE&

Ottoman : t Pour réformer les Ottomans , il ne faudrait c qu^un esprit supérieur , qu*un sultan sage y éclairé , « entreprenant. Le pouvoir que la religion met dans ses c mains , Taveugle obéissance qu'elle prescrit aux sujets c pour tout ce qui émane de son autorité, en rendraient « Tentreprise moins hasardeuse, et les succès moins iiw c certains. »

Le sultan Sélim III, qui avait résolu de réformée les Ottomans, était sage, éclairé , .entreprenant , et avait un esprit supérieur. Cependant il a échoué, quoique son pouvoir fût fondé sur la loi , tandis que celui des oulémas et des janissaires, qui ont triomphé, n'avait d'autre appui que des abus.

Page 4- — Vempereur des Turcs est regardé par les mahométans sunnites comme le successeur légitime du Prophète et des califes orthodoxes.

La plupart des auteurs disent sunnites et schytes. Mais le chevalier d'Ohson les appelle sunnys et schys. Le premier mot signifie orthodoxe ^ fidèle ; le second a le sens de séditieux et d'impie.

Les longues guerres que les Ommiades et les Abassides^ ont soutenues contre les partisans d'Ali, ont excité à tel point les haines entre les deux sectes , qu'un Turc qui

ET JUSTIFICATIVES. rtg

Uic en temps de guerre un Persan (les Persans étant scLcïtes,) , est regardé comme ayant plus de mérite aux yeux du prophète , que s'U avait tué dans un combat soixante-dix chrétiens.

( Même page. ) — - Les empereurs ottomans ét^nt d'origine tartare y n'ont dû qu'à leur autorité les honneurs du caùfat.

^ L'imam principal , dit le prophète dans l'Alcoran ,

* doit être de la race des Coureîschs. » La famille à

Jaquelle Mahomet appartenait, tirait son origine de Zihr

Coureisch , d'où descendaient également les Ommiades

el lés A'bassidés.

Les princes de la maison ottomane seraient donc exclus, d'après la décision même du prophète , du titre de calife > et du droit de remplir les fonctions de l'imameth , ou d« premier Imam.

D'après l'exposé des dogmes de ^Islamisme , suivant Omet-Nessefy, ouvrage qui tient lieu de catéchisme aux écoles publiques et dans les médressës , « le premier c imam a le droit et l'autorité de veiller à l'observation « des préceptes de la foi, de faire exécuter les peines lé-

< gales, de défendre les frontières , de lever des armées, ^ de percevoir les dîmes, de réprimer les rebelles et les « brigands, de dire les prières publiques les vendredi

< €t ks beyrams , et de juger les citoyens. »

190 NOTES EXPLICATIYES

Leg empereurs ottomans ont toujours exercé dans leurs états ces prérogatives souveraines réservées au premier imam sans en demander l'autorisation^ des califes de Bagdad ou du Caire. — Il est vrai, queBajazet I**, craignant que, pendant qu'il allait combattre la grande armée des confédérés chrétiens qu'il défit à NicopoUs, les princes musulmans, qui régnaient encore dans l'Asie Mineure, ne s'entendissent avec les mamelucks d'Egypte pour lui ravir ses états d'Anatolie, envoya une ambassade solen* nelle au calife Abasside du Caire pour lui rendre bommage et lui demander l'investiture de ses conquêtes et de celles de ses aïeux. Mais cette démarche avairété dédaignée parles prédécesseurs de Bajazet T', et a paru un exemple honteux aux yeux des monarques qui lui ont succédé.

Plusieurs mudéris de Cpnstantinople , trës*versés dans rhistoîre de leur pays , m'ont assuré qu'en exerçant les pouvoirs de l'imameth, les premiers empereurs otto^ mans prenaient dans leurs États le titre de calife, ainsi que les benorkitadé à la Mecque ,: les beno-taba ou xçyad dans l'Yëmen, les beno-idris à Maroc, et enfin les fathimites en Afrique, en Espagne et en Égsrpte. — Mahomet II, conquérant de Constantinople , se croyait tellement au dessus des califes Ahassides qu'en établi»* sant le muf ty chef du corps des oulémas et en le char-»

géant spécialement de rinteq)rétation des loîs^ ill^appela scheick-islam ou. chef de la foi 9 titre que prenaient les an« ciens califes. -^Séliail'% après avoir vaincu le^mamelucks et renversé le frône des soadans d*Égypte 9 ne oberoha pas à légitimer ses nouvelles conquêtes et ses aneiennes possessions en demandant Tinvestiture à Mahomet XII , dernier a^life de la race des Abassides y qu*il trouva au Caire*' Il Ke traita au contraire en rival et en ennemi^ et le força do renoncer à son titre de premier imam et de lui remettre le sandjack-schérif ou le drapeau du prophète. — Le sCà^iérif de la Mecque , de la race d'Ali , s'étantspumis àla.nième époque àTautorilè de SéJimP* et lui ayant £aiit prést^nter par son fils les clefs du kéabé, personne n'osa rèfuseï'c'^ux empereurs ottomans , malgré l'exclusion formelle du p\ ^phète , le titre de calife et d* premier imam* de ' la sectt * orthodoxe des mahométan» sunnites.

Le califat des princes ottom ans, lequel , n'étant basé primitivement que sur la force , a acquis depuis Sélim !•• la sanction vénérable et générale ^'^^ exercice non contesté de pliju de trois sièéles, eiiûy arrasse beaucoup les auteurs canGhiîqiie» twcs ^ qui désîi '«raient concilier la décision du prophète atee la puîssanct ' religieuse deleurs empereurs. Il» croient avoir résohi um "^«i tes difficultés, m citant k ci» sujet l'opinion dé Zotissoa ^ > auteor cano-

>9a NOTES EXPLICATIVES

mqae très-estimé ^ qui vivait dans les premiers siècles de rhégire.

Celui-ci dit que rautorité d^un prince , c qui aurait c même usurpé le sacerdoce par la force et la violence ^ c ne laisse pas que d'être légitime , parce qu'après Vexc linction du califat parfait , c'estTà-dire de celui qui a c été exercé légitimement pendant trente ans par les ik quatre premiers successeurs 'du prophète (Mahomet c avait annoncé que le califat parfait ne durerait que c trente ans ) ^ la souveraine puissance est censée réc sider en la personne du vainqueur , du dominateur , c du plus fort y dont le droit de coounander est fondé € sur celui des armes. »

Maïs les califes Ommiades que Zoussoul voulait ^accuser par cette opinion, étaient de la race^ à laquelle

les princes ottomans n'appartiennent pas.

Page 1 1 , ligae g.r- tt est 'vrai qu* il arrive quelquefois que le Grand - Seigneur exerçant rautorité préçdtale y etc.

Plusieurs auteurs, lentre autres d'Obson etToderini, prétendent que les empereurs ottomans ont le droit de mettre à mort q^iatorze personnes par jour , sans avoir recours à des formes judiciaires et à. la dépositioA des témoins, et seulwnent par inspiratiç»f

ET JUSTIFICATIVES. ig5

Tous les mudéris , que f ai consultés à ce sujet , m'ont assuré que le Grand-Seigneur peut mettre à. mort , sans avoir recours à des témoignages humains et seulement: par inspiration > les employés du gouvernement ou es- ^ claves du sultan qui , abusant de leur pouvoir y parviennent souvent à cacher et à étouffer les plaintes des opprimés.; ils ajoutaient que, pour limiter Texercice de cette terrible prérogative , la loi ou plutôt la coutume a décidé que le nombre journalier de ces victimes de la sévérité du monarque ou de ses caprices n'irait jamais au delà de quatorze.

Page 18. — Un kodjeuy ou précepteur y est chargé de les instruire dans FAlcoran^ de leur apprendre les éléments des sciences cultivées autrefois par les Arabes j ainsi que les cahculs chimériques de V astrologie.

Les« Arabes 9 comme on peut le voir dans Pouvrage intéressant de Tabbé Toderini, sur^a littérature turque , avaient traduit les écrits d'Aristole, sur la logique, la , morale, la physique, Thistoire naturelle, la rhétorique; ceux de Dioscoride sur la botanique ; les aphorismes d^Hipocrate, les ouvrages de Ptolomée sur l'astronomie; y avaient ajouté des découvertes utiles, et avaient inventé l'algèbre et la chimie.

Le proph^e Mahomet condamne dans son Alcoran I. x3

t^l N©TE8 EXPLICATIVES

réCuée de raMroloçie judiciaire , et dit c qu'ajouter foi c aux prédictions des de? ibs sur les éyénements occultes « et à Tenir est un acte d^infldéUté. b

Malgré le respect que les musulmans ont pour TAle^raii et pour tous les préceptes qu^îl renferme, il n'y a pai de loi religieuse qu*ils observent moins que celle qui déHNid d'avoir recours aux devinis, keahin et aux astvelogues» munedgvm, et d'ajouter foi à leurs prédietîons.

lia perte de Fanneau de Mahomet , qo'Osaoftan, un de quatre premiers califes , portait au doigt, à l^exemple ^ de ses prédécesseurs, fomenta des troubles même dans cette époque si rapprocbée du prophète , à cause des sinistres présages qu'on tira de cet événement, et occa- 4onna le meurtre de ce prince.

Les promesses des devins préparèrent la grandeur de la maison ottomane , en excitant Ertogul et Osman l" à fénaer les entreprises hasardeuses qui le rendirent

trieiitdt maîtres d'une partie de l'AnatoIie. D'après les munedgimli de Constantînople, tous les triomphes qui ont élevé Témpire ottoman , ou toutes les disgrâces qui l'ont affligé, àvïiîent été prévues par les devins et les aâtrologaes du séraiL La croyance dans les prédictions de ces imposteurs a toujours été si aveugle et si com^ plète , qu'Amurat II , père du conquérant de Constan-

itnople, ayant été averti par un derviche que range de

KT JDSTiriCATIYES. 19$

la mort était à sa porte, se prépara aussitôt à sa fin ^ régla la suoeeto^o aa t*4ne , dicta ses vetoatés àet^ nières et, 4^oîqa*avec use conttitation très-» forte et tans maladie, succono^a le trotûtoie Jour à sa douleur et à son abattemeat. La plupart des aateurs turcs disent que Gonstantinople , qui avait résisté à Bajazet 1*% n^esi

tombé au pouvoir de Mahomet II que parce que ce prince était le septième sultan dé sa famfSe.

LorMju^un suHan ottoman monte sur le trdùe, on écoute attentivement les premiers mots qu'il pfondKîe , et on les regarde comme servant de prosestio ail Bon*^ beur ou an maitieur de son règn^

La pa^, la guerre, les> résolatiMs iiA^ertante» m •ont arrêtées «u comasencées qu'aus époque» et aux heures fixées par les astrologues. Enfin, malgiré la dé* fense du prophète Mahomet, qui traite d'infidèl^ ei dlmpie tous les devins et ceux qui a|ottteot foi à leurs prédictions, Taveuglement des Osmanlis à ce sujet est si général et si complet, que le munedgim hgfihi, bu .chef des astrologues, est non-seulement uù des principaux officiers du sérail , mais encore un des membres le^ plus distingués du corps des oulémasi

lifi NOTES EXPLICATIYBS

Page 19 — La série brillante dont F histoire des nations n'offre aucun autre eacemple des dix premiers empereurs ottomans j qui tous coopérèrent à la gloire et à t agrandissement de cet empire. . . .\

Cette série se compose des princes suivants : 1*. Osman I*' fonde la monarchie au conunencement «lu j4' siècle. — Il partage avec six autres émirs ou

chefs les domaines d^Aladin , dernier sultan de la dynastie des seljeucides, et obtient pour sa part laBythinie>

qu'il agrandit bientôt par la conquête d'Icopiam.

a*, O^an s'empare de Nicée et de Nicomédie. — Soui son règne les Osmanlis passent et s'établissent en Eu-^ Tope en i556.

^•. Âmurath I" s'empare de toute la ThraCe à l'exception d'un faible rayon autour de Constantînople y établit le siège de l'empire à Andrinople, crée la dignité de grand-vislr , fait des lois très - sages pour le gouvernement de ses états , institue les janissaires et ron[q)t par le gain de la bataille de Gassovre la ligue des chrétiens qui voulaient forcer les Turcs à repasser en Asie en 1389.

4*. Bajazet. I*' -achève la conquête de l'Asie Mineure "et détruit ou soumet les descendants des émirs qui •avaient partagé avec Osman I** les dépouilles d'Aladin.

La Macédoine^ laTbes'salie el une partie de Tancienne Grèce se soumettent à son pouvoir. — - La victoire de Nicopolis' fait échouer une nouvelle croisade des chrétiens d'Europe contre lès musulmans, -r- Mais il dut céder à la puissance irrésistible de Tamerlan qui , ayant réuni autour de lui quatre cent miUe hommes , défit et prit Bajazet qui n'en avait pas deux cent mille (140a).

5". Mahomet I" eut à t^ombàttre ses frères et à r^arer les malheurs de la défaite et de. la prise de Bajazet. -r Ce prince , mortjen 142 1 , sauva l'empire , déchiré par des guerres intestines et menacé par les chrétiens , et conj^erva les conquêtes de ses aïeux.

6*. Amurath II assiège en vain Constantinople et Belgrade; maL<i il s'empare des forts grecs du Pont-Euxia, ainsi que de la Grèce et d'une partie de la Morée , et oblige

la Bosnie à lui payer un tribut. — • Il assure ses coiifquêtesen remportant la victoire de Varna contre le jeune et imprudent Ladislas^ roi de Pologne et de lIongi:ier

7° Mahomet II s'empare de Constantinople et donne le coup de mort à l'empire romain. Le&. empereurs de Trébisonde, la Caramanie, la Bosnie 9 la Valachîe et l'Albanie se soumettent au pouvoir de ce conquérant. Il chasse les Génois de la Crimée et les Vénitiens de Tile de Négrepont , débarque des troupes en Italie , s'empare d'Otrante et porte l'effroi dans toute la chrétienté.

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