‹ Révolutions de Constantinople en 1807 et 1808: précédées d'observations générales sur l'état (volume 2)Chapitre 9 sur 14 · S RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

S RÉVOLUTIONS

cause du mal, se contentent d'attribuer les nombreuses disgrâces des dernières campagnes à la colère céleste , et ne manquent jamais de proposer de l'apaiser par le sacrifice des ministres qui leur donnent de l'ombrage par leurs talents ou par leur influence.

I II est à craindre que cet aveuglement ne se dissipe que lorsque, attaqués par des armées nombreuses , dont la marche ne sera plus gênée par des considérations politiques, ils verront leurs troupes dispersées, la Romélie envahie, Constantinople menacé et les Grecs en armes.

Alors ils reconnaîtront leurs funestes erreurs,

/ et regretteront de n'avoir pas' adopté le régime militaire des Francs , de s'être laissé aveugler par des prêtres ambitieux , et d'avoir affaibli l'autorité de leur sonversftn. Heureux , si en portant en Asie ce tardif repentir, ils y adoptent des idées et des institutions propres à les rendre une puissance respectable dans ce continent, qui fut le berceau de leur grandeur et où ils pourront former encore tine nation nombreuse et respectable !

Malgré les repi?oches qu'on doit faire aux janissaires , on ne peut cependant s'empêcher de reconnaître que l'existence de ce corps est line

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des causes qui ont le plus contribué à la conservation de Tintégrité de cet empire contre les entreprises intérieures des pachas et des gouverneurs des provinces ; car il forme une puissante corporation , qui étend ses nombreuses ramifications dans toutes les provinces , et qui ne reçoit son mouvement que d'elle-même ou de son chef.

Avant qu un pacha parvienne à acquérir assez de richesses pour se procurer une armée particulière et permanente et se mettre à labri de 1 avidité et des persécutions du gouvernement, les janissaires de sa province sont pour lui ce que sont ceux de la capitale à l'égard du Grand- Seigneur et de ses ministres. Leurs menaces et leurs mouvements ont souvent paralysé dans leur origine les projets criminels d'un pacha plus ambitieux que puissant ; et leurs plaintes , adressées à leur chef, et portées par lui au pied du trône i ont coûté la vie à plusieurs de ces gouverneurs.

Nous avons vu que les janissaires , devenu* formidables à l'autorité souveraine, sç sont constitués d'eux-mêmes les tuteurs des princes captifs du sérail. En arrachant plusieurs d'entre eux à la mort qui leur était destinée par des empe-» reurs. ombrageux et cruels, ils ont empêché plus

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d une fois rextinction entière de la maison ottomane , et ont par conséquent sauvé l'empire^

Mais c'est assez parler du corps des janissai* res ; les détails précédents suffiront pour en donner une idée exacte. Nous allons faire coûnaître Ils autres corps militaires qui , sans avoir la même importance politique , sont susceptibles de devenir plus utiles pour la défense de la Turquie.

De VAniUerie.

Nous commencerons par le corps des topchis ou c^nonniers. Les mémoires intéressants du baron de Toit nous apprennent que sous le règne de Moustapha III et d*Abdul Hamid, les Turcs navaient pas encore de canons de campagne. Cependant ils s'étaient montrés autrefois égaux , et quelquefois supérieurs aux autres nations européennes dans l'usage de l'artillerie , et avaient profité avec soin de toutes les nouvelles découvertes. Leurs progrès ne se sont arrêtés que ' lorsque les oulémas, et les janissaires , en paralysant complètement l'action du Gouvernement, eurent porté l'inertie dans toutes les branches de l'administration publique,

Depuis cette époque , l'orgueil des Turcs n'é«

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tant plus nourri que par le souvenir de leurs anàiennes victoires , lés porta à concevoir une admiration stupide pour les instruments de guerre qui les leur avaient procurées , et à dédaigner autant par indolence que par mépris les progrès successifs des Francs dans lart militaire.

Les batteries de côte étaient armées de canons monstrueux , dont quelques-uns sans affûts , sans tourillons , sans boutons de culasse , et ne lK)uvant être remués , servaient à lancer des boulets de granit de sept à huit cents livres. La principale défense des remparts de leurs villes de guerre , consistait dans des canons , qui pla-* ces sur des affûts longs et massifs , lançaient des boulets de cent vingt livres , et nécessitaient l'emploi dé plus de vingt canonniers pour être remis en batterie.

A ces armes gigantesques , dont les batteries de côte et les places de guerre continuent à être encore hérissées , ils ajoutaient pour leur artillerie de -siège , des pièces de canon de tous les calibres , depuis celui de quarante jusqu a celui dé douze ; et, par un sentiment de haine- contre toute innovation \ ils conservaient avec soin aux pièces nouvellement fondues et à leurs affûts les proportions et les formes qu'elles avaient dans le temps de leur adoption en Turquie.

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Ils ne faisaient pas de distinction entre lartilerîe de siège et celle de campagne. L'artillerie qui suivait les armées ottomanes , se composait quelquefois de pièces de canon de plus de dix calibres différents , et dont les longs affûts étaient portés s(ur des rou^s basses et pleines* Celles-ci qui n'offraient que peu de prise à Jaction des leviers , s'engageaient facilement sur des routes mal entretenues , et retardaient à tout instant la marche de l'armée. Des buffles , animaux trèsvigoureux , mais lents , pouvaient seuls convenir pour former les attelages de canons si lourds et d'affûts si peu roulants et si massifs.

Le corps des artilleurs avait un chef particulier ; mais il dépendait , par son organisation , de celui des janissaires , et en retirait les hommes qui étaient nécessaires à son service. Les seizième et dix*huitième odas des janissaires étaient spécialement destinés à accompagner et à servir l'artillerie , çt se distinguaient des autres odas par des images de bojulets et de cs^nons , pemteâ sur leurs drapeaux particulier^.

Le relâchement de la discipline parmi leâ janissaires avait nécessairement influé sur les pilleurs. Ceux-ci ne faisaient presque jamais les pianceuvres. du canon ; leurs officiers n'allaient à aucune écojb ; et cet wt , qui a besoin de qud-

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que étude et de beaucoup de pratique , n'était cultivé que par un petit nombre d'amateurs. Ces derniers devenaient des hommes extrêmement précieux , les instructeurs du corps et la ressource des armées , lorsque la guerre obligeait la Porte d'envoyer son artillerie en campagne.

Jkms la gueire terminée par le traité de Kainardgi , l'artillerie des armées russes , par la vivacité de son feu , l'activité de ses mouvements , et ses effets destructeurs , avait toujours paru aux. yeux des Turcs plus nombreuse qu'elle n'était en effet. Au contraire , les canons traînés a la suite des armées ottomanes , étaient ordinairement embarrassés dans les boues où encombrés sur les routes, lorsque ceux des Russes étendaient, déjà leurs ravages sur les colonnes profondes de l'infanterie et de la cavalerie ennemie. La. plupart étaient détruits ou démontés avant de pouvoir combattre ; les a|itres ne faisant qu'un feu lent et incertain , ne produisaient aucun résultat utile; les uns et les autres ne manquaient presque jçtmais de tomber en masse entre les msiîns de re»i;iei[ni après une dé£s^ite. ^

Moustapha III,..e&ayé pwles te^exs de ses armées et par ses pertes considérables en artillerie, résolut da aubstituo:* aux canons massife traînés pardes^Mffliesdes pièees.iég^s decaippagne

attelées avec des chevauk. Ses ordres menaçants , son zèle et sa fermeté ne produisirent d'autre effet que de faire fondre , monter et équiper à Constantinople quelques pièces d'artillerie légère par les soins du baron de Tott. Celui-ci forma une centaine de canonniers.

Ces nouveaux canons ne furent pas envoyés au^ armées ; les efforts du baron de Tott pour perfectionner les diverses branches de lartilleriè » devinrent inutiles. Moustapha III mourut ; la paix se fit , et rien ne fut changé dans le personnel et le matériel de lartilleriè otto-» mane. ^

Dans la guerre terminée par le traité de Yassy , les défauts de l'artillerie turque se firent d'autant plus sentir que celjie des Russes s'était besgiicoup perfectionnée pendant la paix précédente. Mais l'indolent et vieux Abdul Hamid n avait ni volonté ni intelligence , et faisait consister la sagesse à laisser régner tous les abus.

Selim III , doué d'un génie actif , et animé par l'exemple de son père (Moustapha III ) , forma la réildlution hardie de régénérer ses armées et sa nation. Il demanda des officiers intelligents à la France , à la Suède et à l'Angleterre , accueillit ceux qui lui furent envoyés par ces puissances anùes , les encouragea par ses largesses et adopta

plusieurs de leurs projets pour' le génie , la ma-> rîne et rartillerie.

Les fonderies turques avaient été dirigées avec assez d'intelligence vers la fin du dix^ septième siècle, par un renégat italien, nommé Sardi, autrefois officier de lartillerie vénitienne. Cepen^ dant celui-ci , que les Turcs regardent comme le régénérateur de leurs ancien^ établissements de Tophané, et dont les écrits en langue turque sur lartillerie existent encore et sont estimés, se contenta de perfectionner les fourneaux, la composition des moules , la fonte et la polissure des canons ; mais il se vit obligé de suivre les anciens modèles.

La fonderie de Tophané, mise par les officiers français suif^ un pied respectable , fut destinée à servir de modèle aux autres établissements du même genre. Les fourneaux furent perfectionnés ; on discontinua de couler des canons au-dessus de trente-six livres de balle; on adopta les nouvelles dimensions des pièces françaises. Des canons de i â , 8 et 4 furent exclusivement destinés à l'usage de Tartillerie de campagne., d apriès le système qui régnait alors en France. La construction des aff*ûts fut dirigée par dés ouvriers français. Ceux -ci ne tardèrent pas à former des élèves habiles. On abandonna^

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dans la fonte deâ canons de bronze , l'tiàage inutile des noyaux ; et les pièces ^ cduléeà entières , furent forées par des alézolrs Verticaux et horizontaux , qui existent et qui ont été perfectionnés depuis cette époque.

Les nouveaux changements ne furent pas adoptés avec un esprit servile d^imitation pour tout ce qui tenait à lartilleiie française; car ks Turcs , ayant remarqué , par des elpérienceâ tépétées, que les obusiers alongés de six poucé^ des Russes avaient une portée plus étendue que ceux que la France leur avait envoyés , ils le» préférèrent à ces derniers et les adoptèrent. Ils ont ajouté dernièrement , par des raisons semblables, des pièces de six, suivant le modèle autrichien , à leur artillerie de campagne*

Les oulémas et les janissaires ne firent eu" tendre aucun murmure à l'occasion de ces cfaan-gements opérés dans le matériel de lartillerie , parce que les malheurs des dernières guerres en avaient fait sentir la nécessité : ces innovations utiles ne faisaient d'ailleurs aucun tort a leurs privilèges; mais lorsque le sultan Sétim voulut organiser le personnel de lartillerie, et parut disposé à adopter pour cette arme le système d'organisation et la discipline des Francs , il con--

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nul bfentôt par les murmures des soldats com-' bien cette entreprise serait dangereutse.

Ce monarque laissa aux topçhis leurs titres et leurs prérogatives de janissaires ; mais il divisa ce corps en cent dix odas de cent vingt hommes chacun. Les oflGiciers et sous-officiers de c s pdas devaient avoir les mêmes titres , jouir de la même solde et obtenir les mêmes récompenses que ceux des janissaires; mais la solde moyenne un simple canonnier , au lieu d être de vingt aspres par jour, fut portée à quarante aspres , afin que cel: encouragement utile servît à grossir ce corps y que le sultan Sélim avait résolu de sou-^ mettre aune discipline sévère, et dont il voulait se servir comme d'un modèle et d'un appui pour ses autres réformes militaires.

Le chef du cprps , sous le titre de topchy^ bachy, obtint les honneurs de pacha à deux queues , et reçut trente mille piastres d appoin-r tezpents annuels; mais on lui ôta les droits abu* Àtfs, qu'il retirait de la fabrication de la poudre, des fonderies , et de la vente des emplois. .Un nazir ou intendant fut chargé de l'administra-* tion des vivres., de la solde des troupes et de la comptabilité de toutes les dépenses relatives aux établissements d'artiïlerîe , et reçut dix mille piastres d'appointemeate. Ces deux chefs, aatU'

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reliement rivaux, eurent des attributions qui les forcèrent de se surveiller mutuellement , et purent correspondre séparément avec le grandvizir.

Cependant dans ta crainte que leur intérêt personnel ne les réunît pour tromper le gouvernement et le voler , le sultan Sélim ordonna que toutes les opérations importantes , relatives à Tartillerie et aux établissements qui en dépendent» seraient discutées et déterminées dans un divan composé du topchi-bachi , du nazir , du directeur des fonderies et de tous les tchiorbadgis du corps , qui se trouveraient à Constantinople.

L'ambassadeur de France , Aubert-du-Bayet , avait amené avec lui à Constantinople un détachement d artillerie à cheval. Les manœuvres promptes et précises de ces canonniers , et les mouvements rapides des pièces , qui pouvaient suivre partout la cavalerie, même sur les chemins les plus difficiles , étonnèrent et enchantèrent les Turcs. On s'empressa d'imiter les Français ; oa aggrégea deux compagnies d'artillerie à cheval au corps des topchys. Tous* les canonniers turcs désirèrent faire partie de ce nouveau corps d'élite $ une émulation utile s'établit entre les soldats admis à cet honneur. Leur bonne volonté et les excellentes qualités des chevaux turcomans reâ«

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dirent bientôt ces nouvelles compagnies compas* ratrles par la vivacité des feux , la célérité deê manœuvres et la bonté des attelages à tout ce qu'il y a déplus parfait dans^^ ce genre dans les armées européennes. Ce corps s'accrut par la suite ,. €t s'élève en ce moment à près de 800 hommes. • La discipline des artilleurs à pied et à cheval ftit sévère sous le gouvernement du sultan Sélim. Tous les soldats non mariés étaient astreints à se retirer le soir dans le» casernes , où Ton avait rétabK les lois rigoureuses qui existaient autrefois parmi les janissaires^ et les sages précautions qui tendaient à garantir la jeunesse du plus affreux, des vices. Les canonniers se rassemblaient deu& fois par jour et s'exerçaient trois fois la semaineaux manoeuvres du canon ; ils avai^it reçu uii> uniforme disttnctif » lequel assorti au costumeasiatique , était cependant commode pour la guerre et' convenable aux fonctions de leur état-, Depuis la déposition du sultan Sélim la disci* pline dés- topchis s'est affaâblie ;: les^ exercice» sont devenus, plus rares et les moeruFS«niHns pures. Cependant lé bon esprit établi dans ce^çorps par le sultan Sélim , dont la mémoire^ est toujours, c^re aux topchis , n'est pas entièrement éteint». Les canonhier^ se rassemblent encoteuiie fois la ifemaine pour s'occuper de . manoei^vres , et se,

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distinguent des autres militaires par leur bonne .conduite envers le public et par leur entière Boumisl&ion au gouvernement.

Los arabadgis ou condul^eurs de lartiUerie ne se composaient autrefois que de charretiers de toutes religions , et principalement de Bulgares» Ramassés à Çonstantinople ou sur les routes que les armées traversaient pour se rendre auK froatières. Le sultan Sélim les organisa miUtairement et leur donna un chef particulier , connu sous le titre d'arabadgi-bactii : mais rinstituttou de qette troupe est restée imparfaite, <^ les arabadgis, conservés en petit nombre en temps de pài^ > sont bien loin de ressembler à ces soldats 4ià train . si braves , si patients et si utiles » qui sont devenus depuis fingt ans une arme impor^ t^nte dans les armées européeimes.

Les dépenses totales du corps des topchys ^et des établissements qui ^i dépendent^ montexA à près de q^iatre millions de francs ; mais <m ne feit pas entrer daâs celte somme la valeur du cuivre fourni pat les riches mines de Tocat, du fer qu'on retire du mont Hémus , let des bois qui sont coupés dans lès forêts impériales. L'abondance ' du cuivre, sed bo^ifes quartés et la facilité de son traôspoM^par tner de Trt^isonde à Constan^^ tînople; ont engagé la Porte à n'^nployer que cet

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méUl pour tm 9rtUle|rie de terre et de mer , et à pe faire us^ge du fer que pour le3 projecf Ues de toutes ei^pèce$,

Des Combaradgis ou Bomhfiî^diers,

Les bombardiers ou combaradgis forpnent un corps séparé de celui des topchys , et odI. un chef particulier , connu nous la dénomination dp combaradgi-bachi, I^ur organisation ^est.tout-4^ fait différente de celle des topchis et des janis-. «aires , et annoncela nouveauté de leur institution» ils sont: divisés en escouades de quipze hommes chacune , sous la sur?eillance d'un chef qui porte le titre de calfa. L'officier qui copimande ciâq de c/es escouades , prend le titre de bachcalia; et il existe douze de ces ojSSciers supérieuini dans tout le corps des combaradgis.

Les bombardiers faisaient partie autrefois du corps des canonniers ; mais la difficulté de trouver dfms toute lartillerie ottomane des hommes -eap^ables défaire le service des morbiers à bombe, engagea au commencement dii dix -huitième siècle le célâ>re renégat , baron de Bonneval (i) ,

(i) Le baron de Bonneval fut la vicUj(ne d^ son car«ic*^ iëre difiEMle et intraitable. Il servik d'abord la Franco y sa patrie , contre T Autriche, combattit en$uite W faveur

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connu depws sous le nom d'Almet-Pacha , i ^proposer au gouvernement turc de former un corps particulier de bombardiers , dont il devint le chef. Ce corps , composé primitivement d'Albanais et de Bosniaques , dont les combaradgis actuels portent encore le bonnet distinctif , se fit d'abord remarquer par une discipline sévère et par son instruction. Mais , négligé bientôt par le gouvernement , dont il avait fixé dans les premiers temps lattention et la bienveillance , il commença à décliner , et tomba enfin dans cet état de torpeur et d'inertie , où languissaient tous les corps militaires au moment de l'avez ment du sultan Selim.

Ce prince rétablit l'ancienne discipline , ordonna des exercices fréquents , perfectionna tous les établissements relatifs à cette arme par des règlements sages , leur assigna les fonds nécessaires , et mit à la tète de ce corps un ren^;at anglais très-intelligent , du nom de Campbell ,

de celle-ci contre la France , alla enfin offrir ses service* aux Turcs et trahit sa religion pour se venger des mauvais traitements qu^il prétendait avoir reçus de la cour de Vienne. Il mourut négligé et méprisé par les Turcs , qui l'avaient d'abord accueilli et fait pacha à deux queues. Sa famille existe encore en Turquie et langUii dans la misère.

qui avait été oflScier supérieur dans les arlnées britanniques (i).

Des LaghuTndgls ou Mineurs.

Les laghumdgis ou mineurs sont séparés de»

bombardiers , sous les ordres d un chef particu* lier , intitulé laghumdgis-bachi. Leur organisation et leur costume sont semblables à ceux desr bombardiers. Ils sont divisés en escouades de quinze hommes , et ont pour officiers des calfa et des bach*calfa. Leur force totale est d eni^iron deux cents hommes. U»^ exercent fréquemment â la construction des mines , pour lesquelles ifs ont des tables , tirées des ouvrages français rela^

(i) Ce malheureux Campbell , connu par les Turcs sous le nom de Ingliz-Moustapha., est mort dans la plus profonde misère^ Un autre renégat anglais , nommé Séiim j» homme de beaucoup d*esprit et de talents , a été encore plus malheureux que Campbell. Il n*a pas eu y comme lui , de place éminente et est mort , dit-on , dans le désespoir et la mendicité. Le sort de ces renégats ne paraît pas malheureux aux Turcs, qui sont accoutumés à ces instabilités de fortune 9 et qui passent sans s'émouvoir de Topulence à la misère ; mais il n'est pas encourageant pour les Francs, qui croient parvenir à un état brillant et heureux en Turquie en abjurant la religion de leurs pères» /

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tifs â oet art / et mettent dans leur constructioB beaucoup de temps , de patience et de solidité ; mais il n existe parmi eux aucun officier qui entende parfaitement la théorie des mines et des contremines , et qui puisse faire un bon usage de ces moyens puissants d'attaque et de défense.

Autrefois les calfa et bach-calfa des bombardiers et des mineurs devaient servir également comme ingénieurs militaires , et avaient ordre de se rendre deux fois par semaine à Técole de Sulidzé , où des khodgeas ou professeurs étaient destinés a leur donner des leçons sur les mathé* matiques, le dessin et les fortifications. On n'obéissait point à cet ordre ; des khodgeas igno-^ rants » quoiqu'assezbien salariés , se rendaient en Tain à Fécole aux jours fixés pour instruire les officiers de ces deux corps. Personne ne se présentait ; les khodgeas ne portaient aucune plainte ; les chefs n y mettaient aucun intérêt ; le gouvernement ne demandait ai|cun rapport; et les Turcs , qu'on regarde comme les inventeurs du système bastionné , et qui les premiers ont fak usage de parallèles et de tranchées , n'avaient plus parmi eux un seul officier qui fût en état de conduire un si^e.

DE CONSTANTINOPLE jS

Des Muendis ou Ingénieurs militaires.

Méconlent de la défense des places d'Oczakow et d'Ismaêlow , dans laquelle les Tiircs n avaient montré qu'un courage aveugle , le sultan Sélim , qui avait senti combien il lui était important d avoir de bons ingénieurs militaires , résolut de donner une organisation plus parfaite à ce corps et a l'école de Sulitzé. Les vieux khodgeas furent renvoyés et remplacés par d'autres professeur^ qui avaient été autrefois les élèves volontaires du général Lafîtte (i). Des jeunes gens furent admis a 1 école de Sulitzé, depuis lage de huit ans jusqu à celui de douze , et reçurent par voie d'en-t couragement les vivres et un traitement d^ quinze piastres par mois.

Ceux de ces élèves , qui après quelques années d étude , avaient acquis assez de connaissances pour se rendre utiles , passaient à une iîlasse

(i) Le général Latitte avait été envoyé en Turquie pai; l'ancien çouvemement royal. Il resta près de quatorze ans à Con^tantinople , y forma plusieurs élèves dans la science des fortifications, et fut chargé de quelques ôpëf i^ations pendant la guerre qui éclata entre les Turcs et ici itissesea 17S7.

jflr RÉV0H3TI0NS

supérieure et obtenaient , sous lé titre de mueii* dis-calfa ou sous-ingénieurs , des appointements de trente à quarante-cinq piastres par mois. Touf les professeurs de Técole de Sulitzé et une vingtaine d'anciens élèves , qui après^huit ans d'étude avaient donné par leurs travaux des preuves suffisantes de leurs talents et de leurs connaissances dans le génie militaire , formaient le corps des muendis ou ingénieurs.

Le traité de l'attaque et de la défense des places , de Vauban , qui avait été déjà traduit en turc par un prince de Valachie , fut imprimé. Des traductions de.plusieurs autres ouvrages sur l'art militaire et les mathématiques^ obtinrent. le même honneur. Une bibliothèque , coi||^posée des meilleurs livres français sur l'art de la guerre , la physique , l'artillerie et les fortifications y et contenant près de quatre cents volumes , psu^mi lesquels on distinguait l'Encyclopédie française^ fut établie â l'école de Sulitzé pour l'usage des professeurs et des élèves. On y ajouta des instrumens excellents , qu'on fit venir d'Angleterre» pour faire des opérations geodésiques. Un pro^ fesseur de langue française fut attaché â cette école , et parut une nouveauté extraordinaire et hardie dans un établissement d'éducation où de&

musulmans seuls pouvaient être admis. £nfiu ^

quelques officiers supërieuiis du génie miljtaîre , français ou anglais , furent employés successivement pendant plusieurs années pour être les directeurs principaux de Téçole de Sulitzé et pour surveiller et instruire les professeurs et les élèves.

L'ancienne loi , qui ordonnait aux calfa et bach- Cdlfa des bombardiers et des mineurs de se rendre deux fois la semaine à 1 école de Sulitzé , continua à subsister ; mais on dispensa ceux d entre eux, qui étaient avancés en âge,i^ cette obligation inutile , et Ion réserva la moitié des emplois d'officiers de ces deux corps pour les élèves de l'école. Le meinmar-aga, qui est le contrôleui: général de tous les édifices publics et particuliers, fut attaché avec tous les officiers, qui dépendent de lui, au corps du génie militaire. Le Sultan déclara dans son Kattichérif , que cet emploi honorable et utile cesserait d'être accordé» à la faveur , et qu'il servirait de récompense , à lavenir , à oeux des ingénieurs militaires qui se seraient distingués par leur zèle , leurs connaissances et leurs servicies.

Le sultan Sélim , qui avait étudié avec fruit ^ns les écrits laissés par les Arabes , les ouvra-' ges d'Aristote ^ les sciences physico-mathémati**^ ^es , et qui était regalrdé par les Turcs xomme

8o RÉVOLUTIONS

maïs il s*en console en pensant que de plus grands malheurs pouvaient lui arriver • que ce choix lui sauve la vie , et qu'en perdant une grande partie de ses richesses , il acquiert le droit de solliciter un nouvel emploi qui l'indemnisera bientôt de toutes ses pertes.

Des Touhimbadgis ou Pompiers.

Les toulumbadgis ou pompiers forment un corps destiné à arrêter les incendies , et sont <livisés à Constantinople , en quatre odas de deux cents hommes chacun. Us tiennent par leurs institutions au corps des janissaires , dont ils ont été tirés primitivement et sont habillés comme les artilleurs.

Les ravages effrayants causés par les incendies ont fait établir des règles sévères de précaution et de police pour arrêter les progrès des flammes et empêcher les vols et les autres crimes, qui ont - coutume d'accompagner ces funestes événements. Aussitôt que les cris alarmants de feu se sont fait entendre du haut des tours destinées à cet usage, et que la voix lugubre des gardes de nuit les a repétés dans tous les quartiers de Constantinople, legrand-visir, le capitan-pacha , l'aga des janissaires et tous les commandants militaires

DE GONSTANTINOPLE. |i

doivent quitter leurs palais pour se porter en, toute hâte au lieu de rinceadie. Le Graud-Seigneur lui-même est obligé par l'usage de sortir de sou harem , de monter à cheval et quelquefois de traverser le Bosphore au milieu d une nuit orageuse pour donner lexemple du zèle^ animer les travailleurs et effrayer les scélérats.

Si dans ces occasions malheureuses le Grand- Seigneur arrive au lieu de l'incendie avant sou grand-visir , celui-ci est condamné à lui payer une forte amende. Le capitan-pacha et l'aga des janissaires sont traités de même, s'ils se laissent précéder parle visir, et ils exercent un droit semblable à l'égard de leurs subordonnés. Ces règlements institués par Mahomet II, confirmé^ par les canons du grand Soliman , et conservés par l'usage , sont très^louables et rappeUent l'activité des premiers empereurs turcs.

Mais ils servent quelquefois à causer le mal qu'ils sont destinés à détruire. Car lorsque les janissaires mécontents de leur souverain veulent lui donner une leçon utile , ils mettent le feu dans un des quartiers de Constantinople et l'obligent ainsi à venir entendre par lui-même leurs menaces séditieuses et les motifs de leur mécontentement.

Que de chagrins , d'inquiétudes et de fatigues I. 6

Su HÉVOLUTIONS

les monarques ottomans n'éviteraient - ils pas , que de malheurs et de désastres seraient épargnés aux habitans de Constantinople et des villes turques , si , au lieu de rues étroites et de maisons bâties en bois , le gouvernement pouvait exiger que tous les édifices publics et particuliers fussent construits â lavenir avec des pierres ou des briques si communes dans ce pays et si durables sous ce climat conservateur ! ! Mais l'usage en^^ nemi de toute innovation engage lesTurcs et leurs sujets à bâtir leurs maisons comme elles l'étaient autrefois. Aucun d'eux ne consent à mettre ses propriétés à la disposition d'un gouvernement toujours avide et nécessiteux et à renoncer à son terrain pour y percer des rues ou des places publiques; les lois et les oulémas viennent à l'ap^ pùi de ces prétentions particulières ; là religion sanctionne cette résistance en consacrant le principe dangereux, qu'il est inutile de s'opposer aux arrêts du destin. Enfin le souverain sans forces, voit sa capitale devenir tous les' jours la proie des flammes sans pouvoir prévenir les «iTets d^un si funeste aveuglement*

DE CON&TANTINÔPLE. 8à

Des Dgébedgis

Les dgébedgis forment un corps très-ancien ^ dont l'existence est particulière à la Turquie et dont les fonctions ont toujours été d'accompa^ gner les équipages ^ les vivrez et les munitions de guerre dans les marches , et de les protéger durant les combats. Ce corps qui devrait être composé d armuriers pour la réparation des a)>* mes et de soldats disciplinés pour la défense des équipages n'existait que de nom avant le sultaû Seltm. Cependant il figuraitpourune somme assez forte dans les dépenses du trésor public. Mais les timars destinés au paiement des officiers ^ étaient partagés entre les principaux employés du sérail et de la Porte, et la solde des dgébedgis détournée de sa première destination ne Servait guèref qu'à alimenter la foule des valets , des intrigants et des espions , qui entouraient ces grands personnages.

Le mal était si enraciné, que le sultan Sefim ayant voulu rendre à ce corps sa première orga* nisation ne put pas y réussir entièrement. La dépo^tion de ce monarque a fait renaître les I anciens abus ; et ce corps , qui compte près de quatre mille hommes sur ses registres,, qui

possède de droit plus de soixante timars et qui retire près de 600,000 fr. du trésor public, aurait peine à réunir cinq cents hommes effectifs pour marcher à la suite des armées^

Le sultan Selim , en rétablissant l'ancienne dis^ cipline des dgébedgis avait Tintention de réunir les armuriers de ce corps dans une ou plusieurs manufactures d'armes, afin de pouvoir mettre de Tuniformité dans larmement des troupes ottomanes. Mais ses tentatives n'eurent qu'un faible i&uccès. Les armuriers de Constantinople , dont une grande partie appartenait au corps des dgébedgis , crièrent contre ces innovations sous le prétexté que leur but impie était de changer la forme de ces armes terribles , avec lesquelles les lidèles Ottomans avaient conquis tant de royau- «les. Les autres corps de métiers de la capitale s'intéressèrent à leurs cris et à leurs prétentions et le Sultan, conseillé par des ministres intéressés à la conservation des abus ^ se vit obligé d'abandonner ou de modifier ses projets.

' Chaque armurier suivit sa routine partîcu- It^re. Les soldats turcs continuèrent à se pourvoir eux-mêmes , suivant leur caprice , d'armes de toutes formes et de toutes espèces. Les nizam-' gedittes mêmes ne purent jamais être armés d'une manière uniforme , parce que les mànufactiireir

établies par le sultan Selim ne suffirent pas à leui* fourniture.

Les armes d'un soldat turc ( infanterie ou cavalerie ) consistent en général en un fusil , dont le canon et la batterie ressemblent à ceux des fusils espagnols , en un sabre courbe et une paire de longs pistolets. Peu d'entre eux font usage de la baïonnette , quoique les elfas des muftys aient reconnu l'utilité de cette arme , laquelle , adoptée par les nizam-gedittes , a presque entièrement? disparu depuis leur abolition*

Des Spahis ou cas^ alerte permanente soudojée

par VEtat.

Les Spahis sont divisés en six buluks ou ré-* giments dont chaque chef s'appelle bulukagassi. Le premier buluk, fort d'environ huit mille hommes , se distingue des autres par la cornette rouge , et a pour chef le spahilar-agassv ou général commandant le corps des spahis.

Le second buluk marche sous la cornette jaune» Il n'est. composé que d'environ 5oo cavaliers;, mais il est commandé par le selictar-agassi ou 1q porte-glaive du sultan. C'est aux spahis de la cornette jaune, qui formaient la principale force des armées dOsman V% qu'on doit attribuer Jes

premiers succès des osmanlis et la fondation do cet empire. Us jouissent de très-grands privilèges» Leur chef est un des personnages les plus importants du sérail ; tous les cavaliers de ce biiluk sont traités comme officiers , et ont leurs appoin-tements assignés sur des fiefs ou timars. Les pages du Grand-Seigneur ambitionnent la faveur d'être admis dans ce corps distingué y qui fait un service constant auprès de la personne du monarque.

Le 3*. buluk de la cornette verte est fort d'environ mille hommes.

Le 4^ buluk , distingué par la cornette blanche , est de la ni^me force que le précédent.

Le 5**. et le 6*. buluk , qui ont des cbrnettes mi-partie rouge et jaune et verte et blanche, forment ensemble un effectif d environ quinze cents cavaliers.

Le corps entier des spahis est d^environ douze mille hommes. Il était beaucoup plus considérable autrefois : mais cette cavalerie , qui coûte près de trois millions de francs au trésor public » ayant excité plusieurs fois des troubles à Constantinople , a été envoyée en Asie.

Les spahis se montrèrent turbulents et séditieux long-temps avant les janissaires, parce qu'ils abandonnèrent beaucoup plus tôt que ces der-

niers les règles sévères de leur ancienne disci^ pline. La sublime Porte , voulant se délivrer de CCS cavaliers incommodes , se servit des janissaires pour les réprimer , et n'eut pas de peine à diminuer leur nombre , en limitant l'achat des chevaux sous le prétexte souvent bien fondé de» embarras du trésor public.

Des Tchîaous.

Les tchiaous formaient autrefois un des corps de la cavalerie permanente soudoyée par l'état ; mais ils ne servent en général aujourd'hui que comme huissiers de justice en temps de paix , et comme courriers en temps de guerre. Us sont au nombre d'environ neuf cents à Con-* stantinople. Leur chef, connu sous le titre de tchiaous-bachy , doit rester constamment auprès du grand-^visir , fait exécuter ses ordres , et est chargé de lui présenter tous les personnages importants qui obtiennent Thonneur d'une audience publique. C'est à ce titre qu'il fait les fonctions d'introducteur des ambassadeurs.

Les tchiaous coûtent peu à l'état et sont payés sur des timars et sur les profits qu'ils retirent des jugements dont l'exécution leur est confiée

Tels sont les corps d'infanterie et de cavalerie ,

ftS * RÉVOLUTIONS

ijuî étant constamment sur pied reçoivent leur Solde du trésor public. Ils forment la milice régulière et disponible, cçnnue sous le nom de capiculi ou d esclaves de la Porte : mais , outre fcette milice capiculi , le gouvernement turc a le moyen d'accroître considérablement ses armées en temps de guerre , en appelant à lui les troupes connues sous les noms de topraclis et de serralculis, et les corps particuliers commandés et coudoyés par les pachas.

Des Topraclis ou des troupes féodales fournies : par les Zaims et les Timariots,

Les topraclis ( i )ou troupes du pays sont la même , chose que les rassemblements des arrière^bans dç nos anciennes monarchies féodales : mais les fiefs jou. fimars sont mieux réglés en Turquie , qu ils ne l'étaient dans le reste de l'Europe , parce que le gouvernement a toujours été assez fort pour empêcher ces terres féodales de devenir entièrement héréditaires dans les familles. Le possesseur d'un fief n'a aucun droit légitime de domination et de justice sur les personnes qui l'habitent. Sa seule prérogative est de retirer la dime des biens

(i) Toprac veut dire Urreoxi pat/^

^ui ont été destinés à cet usage dans le temps de ïa conquête , ou le produit des terres réservées pour la couronne e^ concédées précairement par le souverain.

Lorsque les Turcs s emparaient d'un pays possédé par des Chrétiens ; ils avaient toujours coutume de partager en trois parties les domaines nationaux et les impôts territoriaux. La première de ces portions appartenait aux mosquées; la seconde à la couronne , et la troisième était des-» tinée à composer des ziamettes et des timars en faveur des serviteurs et des défenseurs de l'état. La partie destinée aux mosquées n a fait que s'accroître aux dépens de la couronne par les fondations pieuses et trop fréquentes des monarques ottomans. Les ziamettes et les timars ♦ qui sont toujours restés les mêmes , ont cessé de répondre au but utile et politique qu'on s était proposé en les créant. Les révenus appartenant à la couronne ont été détournés en grande partie de leur destination primitive par Tavidité des ministres , des officiers du sérail et de la foule des principaux agents de l'autorité souveraine-

Le territoire de l'empire ottoman est divisé en 210 Beys , en 3oo Zaïms et en 5o,ooo Timariots. La différence de revenus établit la subordination de ces divers grades. Les timajriots

oo KÉTOLUTIONS

doivent marcher sous les ordres des zaims ; ceux-ci obéissent aux beys ; ces derniers sont sous le commandement des pachas : mais cette dépendance relative entre les beys , les zaîms et les timariots n'existe qu'en temps de guerre et pendant leur réunion. Ils rentrent tous en temps de paix sous la juridiction commune des pa-?

chas 9 des ayans militaires et des cadis.

Chacun de ces possesseurs de fiefs doit se faire accompagner d un homme à pied à raison de cinq mille aspres de son revenu ; la masse résultante de tous ces rassemblements devrait être d'environ cent Vingt mille, hommes ( cavalerie et infanterie mêlées ) : mais , malgré les ordres menaçants de la Porte , il est rare de voir dans les armées ottomanes plus de trente mille hommes appartenant à la classe des topraclis. Il est inu* file de parler de la discipline et de l'utilité de ces corps de troupes , rassemblés â la hâte , combattant sans ordre , variant sans cesse et dispersés pendant la paix.

De$ Serratculis ou troupes des frontières.

Les serratculis sont chargés spécialement de la défense des frontières de l'empire. Ils se composent d'infanterie et de cavalerie. L'infen-

DE CONSTANTINOPLE. qe

terie serratculi se divise en trois parties , les azzaps pu soldats d'élite, les seymenys et les musselins : ces derniers servent en général comme pionniers et sont employés aux réparations des routes et aux travaux militaires. La cavalerie serratculi se compose de gungiullis ou grosse cavalerie , qui reste dans les places de guerre , des beslys ou cavalerie légère , et des delys ( i ) ou partisans. Toutes ces troupes reçoivent leur solde sur des fonds particuliers établis dans leur province , dépendent du pacha du pays et l'accompagnent , lorsque le théâtre de la guerre n 'est pas trop éloigné des frontières qu elles sont chargées de défendre. Depuis long-temps les serratculis ne sont plus rassemblés qu'au moment d'un danger pressant. Us ne reçoivent de solde, pendant leur réunion , que sur des fonds mis provisoirement à la disposition des pachas , et ne forment des corps respectables que dans quelques provinces, telles que l'Albanie , la Bosnie et la Macédoine , où l'âpreté du climat , la nature montueuse du sol , et des mœurs austères ont conservé les habitudes guerrières des anciens habitants.

(ï) Dely, en turc, veut dire /bu. Cette dénomination sert à caractériser le «ourage bouillant et inconsidéré de ces partisans.

9!i RÉVOLUTIONS

Les troupes serratculis , que la Romélie , 'la Bosnie et TÂlbaiiie envoient aux armées ottomanes près des rives du Danube , sont pour elles un renfort important , qui peut s'élever dans quelques circonstances à près de quarante mille hommes d'infanterie et dix mille chevaux ; maii les serratculis des provinces asiatiques sont la soldatesque la moins estimée de l'empire (i).

Des troupes particulières desPachaSySandjeaks et des principaux Ajans.

Lorsque les circonstances nécessitent un rassemblement de troupes dans une des provinces de l'empire , la sublime Porte autorise le pacha , qui la gouverne, à se procurer les fonds nécessaires et à lever un corps pour le Service de l'état. Ce pacha ne manque pas de profiter avec empressement de cette autorisât! on avantageuse, rançonne les riches particuliers, dispose des fonds publics, s'efforce, sous le prétexte de l'intérêt de la religion, d'arracher de l'argent aux avares éco-

(i) Les succès de Taraiée de Bonaparte dans la Syrie ^ à Aboukir et à Héliopolis, ont été obtenus contre des troupes asiatiques. Mais la place de Sain t-Jean-d' Acre , défendue par des Albanais et des nizam-gedittes, a résisté à plus de dix assauts, et a forcé ce j^énéral à t'étrograder*

DE GONSTANTINOPLE. 9S

liomes des mosquées, et parvient bientôt à créer des corps de cavalerie et d'infanterie toujours plus nombreux que les rassemblements exigés par le gouvernement. Ces pachas, d abord fidèles observateurs des ordres du sultan , exécutent avec ponctualité ce que la Porte leur commande , marchent et se battent avec zèle contre ses ennemis extérieurs ou contre d'autres pachas rébelles : mais devenus riches par leurs extorsions multipliées , et puissants par raffection de leurs troupes auxquelles ils s efforcent de plaire en leur permettant la licence, ils ont coutume d'opposer des difficultés au licenciement de leurs soldats , lorsque le danger, qui en avait nécessité la levée , a cessé d'exister , et se mettent quelquefois en état de rébellion , si le gouvernement insiste sur l'exécution de cette mesure.

C'est ainsi que s'est formé le pouvoir indépendant du fameux pacha de Saint - Jeau - d'Acre ( Dgezzar ) qui , ayant été autorisé par la Porte à lever des troupes pour combattre les Druses et les pachas rebelles d'Alep et de Damas, défit d'abord les ennemis du gouvernement, annexa leurs armées a la sienne et devint assez puissant pour n'exécuter les ordres du Grand-Seigneur que quand ceux-ci convenaient à ses intérêts particuliers.

94 KÉVOLUTIÔN»

Passavan-Oglou , pacha de Viddin, profita éga« lement de Tordre qu'il avait reçu de lever des troupes, pour contenir les Serviens. Plus imprudent et moins politique que Dgezzar , il se mit bientôt en état de rébellion ouverte , fit trembler le sultan par ses courses dans la Romélîe, et se rendit enfin assez redoutable pour obliger la Porte à ordonner une marche générale des fidèles musulmans contre ce perturbateur du repos public.

Le pouvoir de Moustapha-Bairactar, qui fat assez fort pour renverser le sultan Moustapha , changer tout le ministère ottoman, et se constituer lui-même grand-visir , ne dut son origine qu'à une cause semblable. La Porte s'est repentie plus d'une fois d'avoir permis à l'astucieux Ali- Pacha de lever des, troupes pour mai^cher contre Pas^avan-Oglou , les suliotes et les brigands de la Romélie. Les pachas ne sont pas les seuls , qui aient réussi à se constituer des armées particulières et permanentes. Les familles de ïchiapan- Oglou (i), et de Garaosman-Oglou qui, quoique cormposées de plus de cent branches collatérales

(i) Les Tchiapan-Oglou dominent dans le nord de FAsie mineure. LesCaraosman-Oglou sont pour ainsi dire les souverains des riches provinces qui avoisment Smyme^

sont devenues riches et puissantes par leur réunion volontaire et compacte sous un chef dé leur sang, ont des adhérents nombreux et des troupes soudoyées , qui leur donnent une trèsgrande Influence dans les affaires de la Turquie», Quelques riches ayans , tels que ceu& de Sérès dans la Macédoine, et de Philippopoli dansla Thrace sont parvenus par leurs qualités personnelles et par leurs richesses long-temps accumulées dans le secret, à réunir autour deux un nombre d'hommes suffisants pour se faire craindre de leurs voisins et se rendre utiles ou formidables à la Porte.

Le gouvernement turc punissait autrefois, comme un acte de rébellion, tous les rassemblements militaires qui continuaient à exister malgré ses ordres. Mais depuis que les janissaires devenus indociles, sont souvent plus nuisibles qu'utiles à l'autorité souveraine , que les troupes féodales, ou topraclis, ne servent en général qu'à embarrasser la marche des armées , à consommer inutilement beaucoup de vivres et de foinrrages et à ravager les provinces , le gouvernement turc s est vu obligé de mettre presque tout son espoir dans les serratculis et surtout dans les troupes particulières , soudoyées par les pachas.

06 KÉVOLUTIONS

Ces troupes particulières, qui ont composé h principale force des armées ottomanes dans la dernière guerre contre les Russes, ont pour ainsi dire trai^sformé la Turquie en une aggrégation de petits souverains, qui se surveillent mutuellement, qui combattent souvent entre eux et qui n'ont d autre point politique de réunion, que le Grand - Seigneur auquel ds désobéissent fréquemment , en ne cessant jamais de le reconnaître pour. leur cbef suprême. Ils présenteraient une image exacte de ce qu'était Tempire germanique , dans les derniers temps , si les pacbas et les ayans parvenaient à faire ce qu Ali -pacha de Janina a déjà exécuté avec succès dans ses états, c est-à-dire, à rendre les pachalics et les goù- "vernements héréditaires dans leurs familles.

ObservatioTis générales ^ sur la tactique des

Turcs.

Les armées turques , qui conquirent tant de royaumes, avaient une excellente tactique, dont tous les auteurs contemporains s accordent a faire le plus grand éloge. Leur cavalerie , composée de chevaux forts , vigoureux et infatigables et d'hommes bien armés et sans cesse exercés , ne cédait pas par le courage à nos brillants et

DE GONSTAiHTINOPLE. Q'f

valeureux chevaliers des temps de la féodalité et les surpassaient en discipline. Leur infanterie vivant sous un régime austère et s'occupant con* tiiLuellement de manoeuvres et d'exercices sous l^s-yeux de leurs monarques guerriers avait une immense supériorité 43ur tous ces vilains mal armés, qui suivaient à pied lès chevaliers chtétiens.

Ces deux armes , au lieu d agir inconsidérément et en isolaiit leurs mouvements , ne rece-* valent leur impulsion que de la main du chef; la cavalerie couvrait les deux ailes de l'armée et remplissait les intervalles des diverses colonnes d'infaiterie. Une forte réserve composée de troupes d'élite se tenait toujours prête à réparer les accidents et à soutenir les corps qui étaient ou paraissaient accablés par des forces supérieures.

Les Turcs ont toujours fait usage de l'ordre profond dans toutes leurs manœuvres d'attaque et de défense , et c'est dans l'emploi sagement combiné des divers groupes de cavalerie et 'd'infanterie , qui se mêlaient et s'appuyaient mutuellexnent, suivant les circonstances et lès localités, C[ue consistait le mérite principal de la tactique de leurs généraux. Les évolutions sur trois mngs et en ligne leur ont toujours été inconnues.

Les ancîe&sTurcs, suivant GalchondiOe, étaient très-savants dans la castramétation. L'assieitc d€

98 llilrOUJttÔNS

IcUM camps était tôi^ours Wën choîsSe$ les divers corps étaient ,^kcés dans un ordre parfait; la^plus grande tranquillité et propreté y régnaient sans césse-Des retranchements construits avec soin les tnettai^ït à l'abri de toutes surprisés et lorsque FoiE«tip»ti(m^çrécaii»e d'une position ne leur domiait pas le temps dé s'y retrancher, les chariots dé bagages étaient toujours disposés de manière à opposer à * l'émiemi des obstacles difficiles à yaincrer 1 Les Turcs oot ^é les premiers à faire usage de penftons portés sur des haquéts pour la constructien dès ponts. Ib soAt aussi les inventeur^ des tranchées études pai!!âll^les pour l'attaque des pkced*

Les Turcs actuels font leurs mouvements en colonaies commeleurs anéétres ; mais il ne savent pas; coniàie eux> naettte tte rensemble dans léd manœuvres -combinées de leur infanterie et de leur cavalerie. Leurs camps sont en général mal choisis Bt rarement retranchés. I^ics cadavtes des chevate, qu'on y laisse pourrir, en rendent le séjour au!Ssi malsain que désagréable. Il ne resté parmi eux* aucune trace et aucune idée des ha^ quets et des' pontàûs qui suivaient les armées de IMbbôaïet IV, dans sa^ première espédîtîon de

DE CpKSfF^ANTINOPLE. 09

Ce n est quç depuis rétablissement de Técole du génie de Sulitzé , q^lls ont appris à connaître, par les soins des officiers européens ^ en consultant leur^archivesNiQlIitaites et lesplans de leurs apoiea^ ingétii^ura, c^ .chemins etx^ parallèles : de trajoçbée, dont ceux-^^t lont été les inTenteurs, et cpiioat tant illu^tiré le sîége de. Candie.

Lorsque les Tartares^du Budgeak et de la Grimée . dépe&daient de la âublime.Porte, lès corps nombreux de cavalerie' légère, qu'ils > envoyaient au seoours.de leurs alliés^ servaient par leurs courses continuelles et hardies à éclairer, une très^gi^de étestdue deipays en -avant des sormées .ottomanes; et permettaient à cellèsrci de vivre sans inquiétude et sans prendi^ de précautions* Les Turcs aveu* ^ ^éiaaat soumis à l!habitude n'ont pas encore, chaiigé leur, ancien: système desunrfiillance;.ami4^ xx'ayant.plus les mêmes édaireurs^ vigilants, ilsi qnt été plus d'une fois oruellem^it punis, dq^ leur négligence dans le cour ScdëSideuxaiormèses giierresL En sentantia grftpdeupdahijperte'qa'ilfl^ vavaient faite, ils n'ont pu Sv'onpéchsr degémir* ern ^peximnt que ces mêmes Tai^ares , qui étaient» l^ulT' sauvergarde, rendent aGtueUemeni::£ la Rus^» sia le» semces'^qiie la sobHmè Poiâe leu recevait

i«o RÉVOLUTIONS

De la Marine i

t X Les Turcs , pendant les deux premiers règnes des sultans Osman P' et Orcan , n avaient aucune idée de la marine et témoignaient pour la mer: cet éloignement qu elle inspire aux peuples deé montagnes ou de Fintérieur des continents. Quoiqu'ils se fussent déjà rendus maîtres du golfo de Nioomédie et< d'une grande partie de la cote • orientale de la Propontide sous le règne d'Orcan, ils regardaient les détroits du Bosphore etde^ rHellespont comme une barrière insurmonr^ table ;et ce ne fut qu'en i356 qu'ils tentèrent le passage du canal de Gallipoli et pénétrèrent dans * la Thracé, opération hardie, qui décida du sort de l'empire Grec , et que les empereurs de Cens- ^ tantin6plé auraient pu empêcher en stationnant > quelques vaisseaux dans -ces mers resserrées.

Lorsque i le sultan Mahomet II s'empara de Gonstantinople ,' iL dirigea son génie actif du côté de la marine , traita avec ménagement les Génois de Galatà, attira d'excellents pilotes et beaucoup de marins^ créa une flotte respectable et s'en siervit « pgomr «oumettre les îles, de l'Archipel: et lesprovinces maritimes de la Romélie. Ses soc^ eesseurs immédiats s occupèrent avec zèle d^.

DE CONSTANTÏNOPLE. i«i

l'agrandissement et du perfecUonriement de leur marine, tinrent constamment sur pied des escadres nombreuses , les employèrent utilement pour faciliter la conquête des iles importantes de Chypre et de Rhodes et luttèrent avec succès contre les forces navales de là république de Venise.

Le grand Soliman voulant augmenter sa puissance maritime et diriger Fattention de ses sujets vers la nier, donna au capitan-pacha ou grand*amiral la prééminence sur tous les pachas a trois queues, et attacha les revenus de toutes les îles de FArchipel et de quelques provinces maritimes au département de là marine.

Mais la bataille de Lépante fut funeste à la puissance navale des Turcs. Depuis ce coup terrible la marine Ottomane n'a plus eu d'éclat.

Avant la guerre terminée par le traité d« K.ainardgi les flottes turques, qui ne sortaient du port de Constantinople que pendant les mois d'été pour croiser dans les mers de la Syrie et de l'Archipel et pour purger ces para^ ges des pirates , qui ont encore la coutume de les % infester; étaient composées de gros vaisseaux dé guerre, nommés caravelles, et de frégates.

Ges caravelles ayant leur pouppe surchargée i d^une * monstrueuse dunette , étaient hautes ,

109 RÉVOLOTiaNS

courtes , mal gréées , et ne pouvaient guère naviguer que dans la saison favorable , choisie pour leur apparition dans ces mers. Les capitaines , pris -parmi les valets du capitaine-patha ou des grands personnages du sérail et de la Porte , - n'agissaient que comme simples passa* gers , et laissaient diriger toute la manœuvre par • des pilotes provençaux ou. grecs. Ces xlerniers n ayant à leur disposition quelles matdtots ind«* ' eiles , inexpérimentés et ramassés à la hâte dans r toutes les mes de Constantinople, omettaient leur ' confiance dans les esclaves chrétiens y renfermés dans le bagne , et surtaatidansies matelots , qui avaient été pris sur les ' corsaires ée' l'ordre de Màlthe.

L'artillerie de ces vaisseaux ; fermée jde pièces de toutes espèces dé calibre ^ et "portées' sur des âflFùts à longs élasques , empêchait souvent de ' faire feu des deux bords.

Lorsqu'une de ces caravelle ëtait attaquée /la confusi^Hï ne tardait pas à se- mettre parmi les^ éléments hÛE^rresqui formaient son équipage; Le (apitirâke igi¥)raiit , mais re^poiiisaUe &ur sa t^e de la conservatioil dû bâtiment y reprctnait; alors le commandement et ' se- domiait beauco^ de mouveBo^nt pour^ tout confondre. lies matelots turcs étweût toujours prêts à crier à la trahison

DE CONSTAIîTINOPLE. fo5

eontre leurs camarades <l'une autre religion , et surtout coQtre les malheureux ei^elayes qui exécutaient les manœuvresv Leurs cria menaçants se mêlaient aux piailles des canonniers , à qui on appointait rareiaent les J^oulets et' les gar|;ousses convenables à leurs .pièees. L'iitfortuné pilote , assourdi jpar les leodférations et.par les menaces du capitaine etidcs imatelots jnfmsulmans , ordonnait en trembkint la manœuvre au piilieu dea^ poignards dirigés contre lui J

Dans cet état de .c^ose&\ ces cara^ydlles ne / pou'Vâient. Êûi>e ;jg[u'une. fdil)l| résistance quand elles étaient attaquées avec vigueur ; aussi Ttitstoire;des che^iers :de;:- Mftltbeinous présentet*-eUe des eau^«pkaiimiidbr^i«x [de ces énornoest vaisseaux attaqiu^s^ et: pilis pasr .desibâtîmeitf s mal-^ I tais , qui n ayat€^;p9s la^iâxîènsie ;pwlâe de hsat

force et^de leur svalnme.

Lorsque leaJlusses montrèrent aux yeux éton-

né& des TuiseSfi «ne ,ilptte ennemie , iqut , piirtie | de la mer jBultique >^^vcilt pénétré jusque dans! TArchî^l , et quié la màflhteutéuse issue du combat de Tchestnë eut fôtt sentir au gouvernement ottoman .les défauts des anciens v^iisseaux et a«

tQ4 RÉVOLUTION»

européens ; mais leur armement , la composition de leurs équipages et l'ignorance des capitaines n^éprouvèrent aucun changement.

Les efforts continuels de l'infatigable Hassanpacha (l) ne servirent qu'à augmenter le nom- . bre des navires et à perfectionner un peu le matériel de la marine. Mais quoiqu'il eût établi une école pour l'instruction des officiers et de^ ca* sernes spacieuses pour lé logemait des galiosidgis , les officiers continuèrent à croupir dans leur honteuse ignorance , et> les marins n,e cessèrent pas d'être turbulents^ .féroces et indiséiplinés.

Le règne du sultan Sélim fut l'époque où l'an- - cien système de construistic^n pavale fut enti^»ment abandônnié. Le ohoii qùe^^cè prinde -fit de Clutchuk-Hiisseyn-pacha (a) v un de sei pages favoris, pour la dignité de càpîtashpachà., fut un

(i) Hassan-pacha, né à Alger ^ sorti.de la dasse^iefl

simpies in^telotsi^ . se flt rjCfliarfl^et, par mf^ brayi)|<^re

^ brillante au combat de Tchesméi I^fut fait <{a]^itdn-|Kicka

, et occupa pendant plusieurs année^ cette place éminente.

(2) Husseyn , né en Géorgie ,, avait été donné au sultan

Sélim y pour le servir pendant sa première jeunesse et sa

captivité. Le fedne esclave, sni (jlaiie ai' son khitîàre. lïelui-

' ' et apprécia ses talents naftûi«ls^, 4^:01' i^à);^t%ibe^éh^e

^ - tdeoMtapr^ bii donna une 4e sqijeoUfiiiescBi 'inaQû^e>

DE CONSTANTINOPLE. loS

ëvéDemèot heureux pour la marine ottomane.

Cutchuk-Husseyn actif » infatigable , hardi , sévère , très*intelligent , extrêmement généreux « et sûr de k faveur de son maître , résolut de faire - une révolution complète dans le département qui lui était confié ; il y réussit

Il engagea son souverain à demander des ingé* meurs-constructeurs à la France , son ancienne alliée » et à la Suède , qui par ses defrniers efforts en faveur des Turcs en méritait également le titre. La France envoya MM. Roi » Brun et Benoit La Siiède fit passer à Constantinof^le plusieurs ingénieurs y dont un seul ( M. Rodé ) se rencfit utile par la constructioti d'un bassin et de plusieurs ouvrages hydrauliques.

Les iogénieurs français donnèrent aux . vaisseaux turcs la coupe , les proportions et les |;rée« mests qui étaient suivis dans le port de. Toulon. Les tndgasins de la marine furent abondamment pourvus de tous les objets nécessaires. Plusieurs chantiers furent mi$ en activité. Le plus grand drdre/y régna. Les ;anpiens établissements niari- -limosrde Rhodçs et dfi Sjnope ne tardèrent; pas - i étrp dQ^s: smr. un. pied aussi, respectable que ceux 'de Cçns^i^^inople. La Turquie vit sortir en peu dafm^eS;decçs trops ppjçts près de vingt vaissgaji^ de ligne , dont,]qui$lf}ues<^]U^n8^ à t;rois pouSi'poV'*

io6 RÉVOLUTIONS

valent être mis eu parallèle avec les pins hcai^x navires de la France ou de TÀDglet^iape.

L'école kde marine / fondée par Je baron de iTott , ^^établie par fiassan-Paoha , . fut mise par

• CiâQfaiikr*Husseyn en état de:pouvèir'étre utile. Des professeurs Jiâi>ile8 vdirigéS'par dêsingémeurs euiiqpiéeiis^ liti^nt chargés de TiBStrucAion de plus de deux cents élèves ^ui , dîvisés>€«i ^deux classes ,

* éta^t destinés à f ourdir des oficier^pour laonar ine, et des ingénieurs poui^ laeonstruiclion navale.

> Les «Qtarins ^ 'encouragés ^ par 4es ^ largesses de Cutchuk-Husseyn et contenus par sa sévérité ^inexorable , cessèrent d'être redoutables aux ha- - bîtents de ConiBtanllno|^e'par<leup licence et par leurs excès. Ils furent aouvent occiipés et exercés -dansidos cvoiitières , sur tes ^mers de; T Archipel *etid6 la Syrie.

^ Les; superbes if ovàts de. la Glhaine»mépridi«aale du.'Taurus^t dejBesnoinbrGux conlnàlbrts.fiurent ^' mises sous IHnspeolion d'koiiùnes'dnMrttits, qui ^n réglèrent les coupes et en assu^èrcmt - la* conservation. Les mines fort riche» de cuivre des enmons deXocat-et de Trébisonde durent aoumises à une sàgQ régie. Elles augmièiilèfent considérablement les revenus publiée^ et fournirent sJ)ondamment'tout le 'métal ^écèysaire pour le doublage ide» yaisffeaux de fÉtàt^

DE CONSTANTINOPLE. tny

Toutes ces améliorations faites en ^ peu d'aanées et la force navale de la Tmrquie , élevée au point de la faire figurer parmi les puissances maritimes de TEurope , prouvent ce xpie peut le génie d'un seul homme dans ces contrées si riehes et sî favorisées de la nature. Mais la morttle ^ Ciitclitilofiwseyn et surtout la déposition du sultan Selhn , oût fàit'rètèmber la iiliai*kie dans son étatpiiimKif ide faiblesse et de langueur. Les matériaux devimfejit rares; les établissements d^nstmictfonfurent négligés; les marins ou galiondgis reprirent leur « première licence ; Fargent mancpia ,- et 4cs constructions nouvelles ne BiiflSreM f)lus pour remj>lacer les vides ^que la mam -destr«idtive du^ temps causa {^romptemeut parmi ces machines si périssàfl^Ieset^i' fragiles. On peut craioldre avec raison tjue la maWne tmv que ne soit ré^dutte en peu' tf années à qudques bonnes frégates et àiin petit nomSbre dé Vaisseaux de' Jîgne , incapables de servir. (* ) , Cependant en voyant le «uperbe portée Goustantinople , calme dans tous les temps , et où plus de cinquante vaisseaux de ligne peuvent*

(i) Le- gouvernement turc, depuis* huit ans, n'a toftsimlt qu^tm ou deux vaisseaux cle Hg;ne tt xiùe demi-* douzaine de frégates.

lo8 ^ RÉVOLUTIONS

mouiller sans danger ; en longeant le détroit du •Bosphore , qui sur une longueur de sept lieites et sur ime largeur moyenne de cinq à six cents toises y offre partout un mouillage tranquille , commode , et d'une bonne tenue; en parcourant la Propontide ou mer de Marmara » ce vaste et * magnifique bassin , d^environ quatre cents lieues ; carrées de suriface , où des escadres nouvellement armées peuvent manioeuvi^er » jeter l'ancre , s'exercer et former leurs équipages sans crainte . qu'un ennemi plus fort ou plus expérimenté . vienne les interrompre ; en descendant le célèbre détroit des Dardanelles » facile à défendre ,>et qu'on doit regarder comme un port sûr dans toi|te sa longueur de près de vingt lieues , on ne peut s'empêcher de recounaitre que cet empire ayant en même temps à sa disposition une popu* lation nombreuse et des ressources immenses ^ pour le matériel de la marine , pourrait devenir facilement et en peu de temps une des premières . puissatices maritimes de l'Europe»

Des Reî^enus de l'empire ottoman.

Les revenus de l'empire ottoman se composent de deux parties ; i*. ceux du mîri ou trésor public; 2', ceux à^n hasné ou tréspr particulier du Grand-Seigneur.

DE CONSTÀNTINOPLE. loo.

Les reveniis du miri sont soumis à une comp* tabilité tr^s-compliquée , mais sagement distri-^^ buée dans ses détails. Le grand terfterdar est le coDtràléur en chef des finances. Tous les comptes doivent être soumis à son approbation.^ Aucune somme > quelque petite quelle soit «ne peut sortir des caisses du trésor public sans son ordre particulier. .

Les principaux bureaux de la terfterdarie sont au nombre de douze. Les emplois de chefs de ces bureaux sont regardés comme très-honora- • bles ; les ministres non militaires , en quittant • leurs fonctions , sont charmés de pouvoir les obtenir. Un archiviste est attaché à chacun de ces bureaux.

I*. Le premier de ces bureaux est celui du bach-moukas&ébé. Oh y règle la comptabilité générale.

2*. Celui du buyuk-rousmanié est chargé de la rentrée des deniers publics et de donner les acquits définitifs.

3*. Malié est le bureau d'où sortent tous les fîrmaas relatifs aux finances; les berattes ou lettres patentes qui paient un droit au Gouver-» • nement , telles que celles qui sont relatives aux • nominations des métropolitains \ grecs , latins »

iior aérottiTroiCK

arméwafts^, sont, délivrées * pw k chef- de. ce busream.

4V Maliluané est-le bureau • ou^ Ton aflerme tous, les Semaines, nalioiuux} etlôs revenus-publkft , qui ne sont p^s en r^^.

5^ Le merkoufat^est le bureau d^ Tâdâiinis^ tfalkm-des p^sies/ Il est^ cbargé en «même tenaps de lapprovisionnement de la capitales

6*. Buyuk-Takouf et kutcbuk-yakouf sont d^ix bureaux établis pour la régie et la comptabilité diss biens et; revenus àpparteiliant aux mosquéei^ de fondation impériale.

7*. Le maden-calemi est lé bureau chargé des jnrodùits-dès' mines.

8*. Le buyuk-calemi est chargé des dépenses relatives à 1 entretien des grandes forteresses.

9'. Le kutchuk-calemi doit s'occuper des frais relatifs aux forteresses du second ordre.

lo'^.Lefaaremein est chaîné d'administrer les .retenus* dès' villes saintes.

1 1*. Le broussa-calemi a l'administration partîculièredès revenus* de la province de Brousse, qui ajfmit été l'ancienne capitale de l'empire ottoman eOi soumise à . un> sjrsté^e moins expressif de boaftion.

1^* Le mulsajefat a seul.' le; droit de wcueillir

DE C0N6TAMTIN0PLE. ut

ki sttccesfiioas de ceux qm ont encouru la peine de mort et dé confiscation.

Les comptes de tous ces bureaux sont soumis à l'inspection du premier d'entre eux qui .est le bach-mpukassébé , d'où épianent tous les mandats sur le trésor pour les diflférents services (i).

Le. terfterdar envoie tous les jours au grandvisir un état de situation des finances ainsi que de la rentrée et de la sortie des fonds pendant les vingt-quatre heures. Cette comptabilité journa* lière , la sage répartition des^ bureaux et la simplicité du travail , y font régner le plus grand or* dre ; et qupique dans ce gouvernement orageux

" Il I ■ I « I. I I I II I l.l I M il. I MU

(i) Tout homme qui a une somme à réclamer du gouvernement turc pour appointements , pensions 5 ou fournitures, doit présenter sa demande, avec des pièces àPappui, au bureau de la comptabilité générale. Le chef dé bureau énonce son opinion par écrit > sur la validité de la demande, et envoie sa déclaration au terfterdar et au grand-visir. Si ces deux personnages approuvent la décision du bach-moukassébé^ «t si celle-ci est favorable i la demande du solliciteur , on prépare dans les mêmes bureaux un teskeré ou mandat sur le trésor public. Cette nouvelle pièce doit être revêtue de la signature du grand* trésorier , du grand-^visir et du tchiaous-bàchy (ce dernier servant à conârmer la signature du premier ministre) , elle devient alors un ordre payable au porteur et sans <lulttao€e par le caissier du mirL

119 HÉTOLDTIONS

les terftetdàrs et les chefs d administration soient souvent les victimes des intrigues de la cour ou d^s mouvements populaires , le système des fi-

nances n est pas dérangé , parce que les employés subftllemes n*ont rien à craindre de ces vicissitudes , ne sont pas changés et continuent à diriger sur des principes invariables la marche des affaires de ce département. Les impôts sont assez modiques. Les terres ne paient que la dime ; mais le produit de cet impôt n entre guère dans les caisses de l'État ; une grande partie en a été détournée depuis longtemips pour former de nouveaux tîmars , lorsque les terres de oonquéte , destinées à cet usage , avaient été entièrement distribuées.

Les maisons mulkte, ou libres, ne paient quW droit , qui varie depuis quatre jusqu'à douze piastres par an. Celles qui dépendent du vakouf , et appartiennent aux mosquées ( et c'est la grande majorité) ne paient aucun impôt» comme servant à l'entretien du culte. Ces deux objets , qui devraient composer une des principales branches des revenus du Gouvernement, ne procurent pas au miri la somme de huit millions de francs. Les domaines de la couronne devraient être considérables, puisque le tiers de tout le territoire conquis appartenait de droit au souverain. Mail

lamaniedes legs pieux, etde la fondation fastueuse de ces grands et riches établissements , connus sous le nom de mosquées impériales^ et que chaque souverain a le droit de bâtir pour éterniser son nom , après avoir remporté quelque victoire sur les , ennemis de Tlslamisme , ont absorbé une grande partie des domaines de la couronne.

Ceux qui restent sont peu considérables , et n'augmentent pas de dix millions de francs les revenus de lempire.

Les douanes de Constantinople , de Smyrnê et des autres Échelles du Levant produisaient autrefois un revenu considérable , parce que la population étant plus riche et plus nombreuse, faisait une plus grande consommation de marchandises européennes , et n'avait pas encore adopté aussigénéralement qu'à présent l'usage ruineux desT cachemires et des marchandises de l'Inde si pré-^ judiciables aux richesses d'un pays , et si faciles à soustraire aux recherchas des douaniers. Cependant ce système était contraire aux vues poétiques qui dirigent les autres gouvernements , et favorisait les Francs ouj^trangers , qui ne payaient que trois pour cent de droits d'entrée aux dépens des rayas ou sujets , qui en payaient cinq» Loin de suivre la marche progressive du^ prix des marchandises importées , il était réglé , comme il u 8

l'estcacete eu partie, siirwi tarif ancien ^ invariable (i)*

Le ^odut principal de ces dottaneB cotims^

tût sur rentrée dea tabacs , dont ht eoftsonntialîoa eat immenie dans ce pays , twi cette plante narcotique forme un de» besoins «saentids des habitant». Le» droits de ^belle ont tonfours éXè fort modiques , el donnent à peine un revenu de deux milMons*

Les douanes sans gabelle rendaieM; à p^n^f douze miUions de francs, iovsique le saltnn Séiim ayant le profet de fornler une armée disi^ipHnée à 1 européenne , sentit la aéeessitéd'amélior^'Ses finanoes. Ù ^èeva à sbk piotrr ceu^ le droit d'^ea^ée des tabacs , assujettit le vin et Teaù-de-vie 4 «1 droit de deux paras par ioiftie (2) pour la pi«* mière de ces denrées, et de quatre paras po«ir b $eoonde .(3) , et soumit les saies, les ^CQte«ES*, les poils de dièvre,'le café, les bestiaut, les &uits

(1) te nouveau tarif arrêté entre la Porte el mgU^ ambassadeur actuel , le marquis de Rivière, nous (sat certainement avantageux , puisqu'il a été endtièrement adopté par rinternonce Autriéhien.

(») L'oque est un poids usité ea Turquie et cotvespond à 4<K> dragmes.

(^) Ce droit déplut aux ^lés Mosulinans yiparoeqn'it tuctiponait la vente publique, de «es liqueurs probîbéû^

DE CONSTAMTINOPLE. nS

secs , eafin presse toutes les marchandises et denrées du erà du pays à payer un impôt modéré à leur entrée dans G>nstantinople et dans les TÎIles principales (i).

Ces droits triplèrent presque les produits des contributions indirectes , et les portèvent à près de trente-neuf millions de francs.

i Le kharadge , jou la capitation cpie paient tous lès rayas ou sujets non musulmans de Teifipife , ^ t^jours été uitô des inranches pi^incipales des «eir<ei)u&diii goii¥omemeoit.Les fmnmes, lêsenfants, les jeunes gens au-dessous <le Tâge de quatorze ^118 , et les mendiants infirmes , sont seuls ^eseeptés de cet impôt > qui, loin de suivre les j^afipoPts des fortunés, ne varie que depuis trois jusqu'à quatorze piastres (2).

Le produit 4e œlte capitation a été 4eiliné

(1) t^ar les nouveaux droits du suftan Sélim 9 la soiib ptiàe a piastres, i5 paras par teffé ; les cotoas 1 para par dqiue; tes besUovà» 1 para par tète , et.te calé ^ 8 paras pai'oque.

(u) La capitation des infidèles est établie par les lois tnémes de rAlcoran 5 qui leur permet de continuer à professer leur religioii en payant uq tribut. Les lois sévères relativement au costume des rayas ont principalement . pour but de faire connaître facHement aux c(dlecteurs du kharadge les individus qui doivent payer ta capitaliôii»

ai6 RÉVOIsUTIOÎfS

par les prémi^s empereurs turcs à dssurer la solde ^es janissaires. C'est d après cette cbnsidération que cette puissante milice s est constituée et déclarée dans tous les temps la protectrice des rayas , et les a souvent garantis collectivement de quelques mesures rigoureuses et cruelles adoptées à leur égard par des empereurs fanatiques.

La capitation étant établie sur une classe divisée en plusieurs nations, lesquelles, soumises pdt une longue habitude, sont sans moyens de résis- .tance, a pu être modifiée d'après la marche prol^ssive du prix des denrées , et a subi un accroissement sensible depuis le dcSrnier siècle. Le kfaa^ radge levé sur les seuls rayas de la capitale propureaumiriunrevenu.de près de six imUioas. On peut estimer à quinze millions de francs le produit de la capitation dans tout 1 -empire. .

Le gouvernement ottoman pourrait retirer d'assez |[rands avantages du monopole des.grains , que les Turcs trouvèrent établi à Constantinople par ces emperieurs grecs qui, réduits à leur senlo capitale, cherchaient tous les moyens possibles de se créer des revenus , non pour soudoyer des armées capables de défendre leur empire , mais pour soutenir un faste arrogant et pour satisfaire la foule avide de leurs nombreux coui^tisans , porteurs de grands titres. ;

DE GONàTANTINOPLE. ti>

Les cultivateurs ne peuvent pas exporter leurs blé hors des limites de leur province , et sont' obligés de vendre le. surplus de leur consommation pour un prix modique aux préposés du ' Gouvernement.. Ceux-ci doivent faire passer cesblés dans les greniers publics de Gonstai)tinople , seul dépôt , où les boulangers de cette ckpitale-et. des. environs peuvent se pourvoir des farines -né-, cessaîres à leur manutention.

Ces restrictions contraires^ à la prospérité générale de lempire , mais favorables à la population, de Constantinople , que la Porte. a toujourssoin de ménager, en tenant le pain à iin^prix trèsmodéré , devraient proçiu^er un revenu copsidérable au miri : mais la malversation , pluà active en Turquie que partout ailleurs , parée» qu ellet est soutenue par le^ grands qui s y intéressent , détruit presque tous les avantages que ce mono•^ pôle devrait produii:e , et réduit à moins de dix, millions le revenu réel, que le miri retire de cettiÇî mesure ruineuse pour lagrieulure.

L exploitation des mines d'or , d'argent, da^r; et de cuivre pourrait de^venir un objet important à cause de leur richesse et de leur abondance; mais le Gouvernement, accoutumé à être volé par ses subdélégués qu'il rançonne à son tour » a renoncé à l'idée de les faire exploiter pour son

lit RÉV0LJTI0N9

compte , les a affermées et e» retire trôfe à quatre loailiions dé francs.

La plupart des impôts , dont nous venons de faire metitioù , sont doiïnés à ferme sous le titre de malikianés aux plus grands personnages de Tcmpire , contre lesquels personne n'ose lutter iauî enchères publiques de Cpnstantîncple. Ceuxci en retiretit des profits considérables , qui forment quelquefois leurs seuls émohiments pour les divers emplois qu'ils occupent. Revendus à des agents su))aIterQ:es, ces inypots sont augmentés par Tavidité des traitants. La nation paie le double de ce que ïe gouvernement exige , et les rayas , toujours faibles et souvent persécutés impunément , supporteiit en grande partie le poids dé ces aggravations,

Le sultan Sélim avait cherché à mettre fin 4 ces abuià , et avait soumis à tine régie , dont luimême avait inventé le mode d'administration , les malikianés les plqs forts et les plus productifs. Cette opération , qui existé encore en partie et contre lafqùelle luttent sans cesse les principaux

agents de l'autorité souveraine , a fait regagner au ïiiiri un revenu annuel de plus de six millions. Ce moùarque infortuné, qui ne s'occupait que du boilheur de son peuple et de la prospérité de son pays , connaissant rinutîlité du service dès

traupes féodales ou to|u?aclis , avait orcUmné que tous les tiboars au-d^ms de cinquante miUfi pia^tre^ de revenu reutreraieut dans les d^ juaiaes de )a couroDue après la niai^t des ^i^ laires aciïuels , et seraic&t attachés au pi^H^ CfifUl" ci fut autorisé par un f irmafi à ex^r af^iiie))^ meut 1 ^p asprei» des beys « fto<^ des ^ijm. % f t t^o des tioaariots. L^es taveira^s. spv^yeot ptQS^ critas ^t lo^)ouj?s inpq^r^dfttctiives furent soumises p^ ce la^iiarqiie éclaifi^ à i^a 4x^ ^ licence», qui augmenta les retenus du gc^veroeinie^ ^le reiiQ^lfi^Ueiii^t £inuuQl des fir mans et Jberattes de n^minatieiit à toiiited les charges publiques devînt aussi une »ouveHe source de richesses pour r^^bat, psiree que chaque brevet ou palieDie Cut soumis â une taxe proportionnée À Importance et a« produit de ces eniplois*

Les aagfes dispositions de Sétiin , 'Ses nouveaux impots t sa vigUaoçe continuelle p^^rvinretit enfin À &îre monter à près de deuii^ i^eiit mîUe be^f s^s ou plus^ de cent millions de francs les i^evenus du mirif qui ne s'élevaient pas à c&nt mitte bourses , lorsque ce prince monta sur le* trône ( i ) . ^■^^~— ^— — >»i^— — i^— — ■^— — ^■^— >— — i— ■ ' '■■ ■ ' '^■^— ^*^

(1) Lorsque le sultan Séllm fut déposé 9 la factîqn triomphante demanda au nom du pçuple Tal^olitiçn des taj^es établies par ce prince. Majs les besoins du ^^ouy^r-

Maïs le sultan Sélim entraîné par les embarras continuels des trois guerres qui affligèrent son règne , fut obligé , pour faire face à ses dépenses , de continuer à faire usage de la Voie pernicieuse de l'altération des monnaies, mesure, dont il rcconnaissait en gémissant les abus et la tendance funeste. Cette altération fut faite même avec si peu de modération, que la piastre turque, qui se soutenait encore à cinquante sous au commencement du Tègne de ce prince, était tombée à trente sous vers le temps de sa déposition (i )•

Je ne m'arrêterai pas à détailler les éfièts nuisibles qui résultent d'une pareille noésurê,' laquelle ne tend pas seulement à anticiper sûr les revenus, mais encore à les détruire; Je ne la comparerai pas à la voie des emprunts perpétuels ou racheiables , laquelle, en accroissant les- chargés futures d'un pays par le paiement des intérêts annuels , tend du moins à donner une plus grande • circulation aUx capitaux. Je me contenterai de

M «JM^-^i— . <J 1 ■

iiement fflrent plus écoutés que les cris des séditieux et Içs taxes restèrent , quoiqu'eUeS' eussent été destiaées primitivement au soutien des nizam-gedittes.

(i) Cette conduite imprudente, qui date du commen-

cernent du 18* siècle , a réduit la piastre' turque , qa^ valait encore près de cinq francs à cette époque , au cinquième de sa valeur primitive.

DJE CONSTANTINOPLJ?. lax

foire ûbser?er que , dans un pays régi par des loi^ pre3qu'invariables et par un système d administration fondé sur d anciens usages , et où rétablissement d une nouvelle taxe produit toujours une réaction violente et dangereuse contre le souverain , les contributions ne pourront jamais éprouver une hausse numérique proportionnée à la dépréciation de la monnaie courante.

• II en résulte que, qupiqtie le Gouvernement retire toujours des anciennes impositions la même quantité nominale , et ne paie la solde des troupes et ïes salaires des^^ employés que sur Tancien tarifa cependant les produits des taxes < qui existaient avant le sultan Sélim , se trou V4înt réduits au tiers et au quart de leur ancienne va-* leur réelle , parce que les dépenses de rhabillement , de larmement et de l'entretien des armées , Tachât du matériel nécessaire aux diverses admi»^ nistratious;«tla main d œuvre ont dàse ressentir inévitablement des variations successives de la val<eur intrinsèque des monnaies courantes.

Quand on considère la vaste éteibd^e dé cet empire , le haut prix de la main d œuvre et le luxe effréné qui règne dans toutes les classes, surtout dans la plus élevée , on ne conçoit pas facilement comment , avec un revenu d environ centmillions de francs , le gouvernement ottoman peut faire

hct à toQê ses beabias : mats les mkiîdtre& , qvA reçoiYa^tt fort peu de cbQses du tréaoc pubUc i retireatdes ttmars quybacciiaiuleQt,etsiiirtQiit des présents sans lesquels oa b obtient ric^ da»sk ce gouyerneuient corrompu » ua re?e«tu iKMPfe^ «eukment suffisant pour leurs dépensea f»s*.

tueuses » mats encore pour leur permettra dV*^ cheter des bijoux précieux qu'Us s'efforcent ds soustraire è Tavidité du fisc , en cas de disgrâce.

Les gouverneurs de.s proyinces et les cpmr mandants des villep vifent aux dépens du pay^ «qu'ils adimnistrent ^ et versent de l'arg^nl d^m les caisses du mif i.

L'administration de la justiee se fiiit âiuçx dépens des plaideurs et des condamnés. Les juges , qm i^etirent dl^ pour cent de tow les procès , ^u lien d'être à charge à Tétat ^ sont obligés de payer un^ redevance au trésor public.»

L^e» frais du culte sont couverts pailles reyefittf des mosquée , et çeUes-çit dont les recettes sont infinimwt supérieures aux dépenses ordinaires » agrandissant tous les )oui?ff ]mr^ immonsQft ca-* pitaui.

Les grandes routes et les édifices publics sont en général répiUés et entyeteQus par d^ 1^ qu'une pi^é éclairée a destinés à cet usage. Si les produits dé ces fondations ne suffisent; pas , Iç

DE CONSTANTIMOPLE. ia5

déficit des dépenses reste à la charge des pro-^ vÎBces. C'est également aux frais des provinces que sont faites les réparations peu considérables des places de guerre qui y sont enclavées. Nous avons vu que, lorsqu'il s'agit de la construction d'une nouvelle place ou de l'addition de qnelques ouvrages importants aux fortifications d'une ancienne vHte de guerre , la Porte , suivant son ancienne coutume, choisit un ou deux individus enrichis a» service dfe l'état , et les force à dépenser pour l'intérêt général une partie de leurs richesses acquise^ aux dépens du public.

Les chefs militaires et les principaux officiers des corps permanents retirent leurs appointe-^ ments d'tin ou plusieurs timars mis à leur dis^ position.

La mavine jouit exclusivement de tenus les revenus des tles de l'Archipel et de quetq«ies provinces maritimes , et n a comfUeiicé à être u chai^ à l'état que depuis que ces île&%t ces provinces ont été appauvries par les vexations contt^ nueltes d'une administration tyrannique. Son matériel et cehii de 1 artillerie ne coûtent rieih ail min. -^ . -

Lorsqu'mie nouvelle guerre contre les infidèles nécessite des dépenses extraordinaires ^ le Grand- Seigneur a le droit alors de kver une contrfbu-

124 RÉYOIOTIONS

tion particulière sôus le titre de salanié sur tôu« ses sujets , et d'en étendre même lapplicatioii aux propriétés ecclésiastiques.

C'est ainsi qu avec un revenu de près de cent millions de francs le gouvernement ottoman parvient à subvenir- à tous ses besoins, à remplir ses engagements avec exactitqde et à mettre ses dépenses annuelles au niveau de ses recettes^ • La caisse particulière du Grand-Seigneur, sous le nom de hasné , a pour revenus l'investiture des pabhalics , le droit d'hérédité du souverain à l'égard de tous les agents de son pouvoir militaire et civil , les tributs de l'bgypte et ceux des provinces de Valachie et de Moldavie, les diverses denrées fournies par quelques provinces pour l'usage du sérail , et enfin les présents envoyés au, monarque à l'occasion de la circoncision des^ jeunes princes et des fêtes annuelles des Beyrams.^

Ces.rcvenv^ sont presque tous accidentels .et indéterminés ; cependant ils suffisent aux dér^l penses énormes du sérail , égalent et quelquefois] surpassent ceux, du miri et permettent aux sut«| tans écootimes de satisfaire une maiiie. assez commune parmi les princes de la dynastie, ottomane, celle d'accumuler et de laisser après leur mort uu trésor considérable., .

Ainsi la substance arrachée aux peuples par

DE CONSTANT! NOPLE. n5

ties administrateurs insatiables n'est pas perdue pour le souverain. Mais la Turquie , victime de ce système aussi absurde que vicieux , voit dépérir insensiblement sa population , son agriculture, son commerce et toutes les branches de son ancienne industrie.

Les biens des mosquées , qui, n'étaient composés primitivement que du tiers des terres conquises , ont absorbé par des acquisitions successives les deux tiers des propriétés immobilières de l'empire. Les mosquées doivent cet accroissement considérable de fortune aux legs pieux des souverains et des riches particuliers , aux fondations des mosquées impériales et surtout au système des vakoufs. Tout particulier possesseur d'un immeuble , qu'il désire mettre à l'abri de la rapacité du Gouvernement et conserver à ses descendants directs, le cède pour une somme modique à une mosquée , à condition çue . celle-ci n'en aura la possession libre et entière qu'après* l'extinction de la descendance linéale et directe du vendeur.

. Par ce contrat nommé vakouf , qui exclut à perpétuité de tout droit de succession à cet immeuble toutes les branches collatérales de la famille du vendeur , la mosquée devient le pro-.

ia6 RÉVOLUTlONfi

priétaî«e priiKnpal et reçoit domiellemeiit une faible redevance à titre de loyer.

La peste par ses ravages , qui éteignent en peu de temps des familles entières , semble destinée À favoriser l'avarice des prêtres d une religion , qui défend de s en garantir. C'est ainsi qu'on voit tomber tous les jmups , dans le gouffre des possessions immenses des mosquées, tant de propriétés qui n en peuvent plus sortir «

Si par une révolution heureuse les monarques ottomans pouvaient reprendi^e tous les timars et les biens des mosquées en se chargeant des dépenses du culte , et soumettre en même temps les revenus de Tétat à une sage administration , la Porte retirerait facilement cinq à six cent millions de francs de toutes ses possessions asiatiques et européennes. Le souverain deviendrait fort, parce qu'il serait riche; la corruption, le yol et le péculat ne formeraient plus la base vicieuse de ladministration de cet empire ; Fordrei et la prospérité publique renaitraient en peu tic temps , et la Turquie reprendrait en Europe b place éminente , qui lui appartient par sa posi-' tion, ses ressources naturelles et sanomfor6Usd population.

DE C0NSTANTl5S[0PLE. 12?

Observations générales sur le Commerce de la

Turquie.

Avant que le commerce de l'Inde eût pris une nouvelle direction vers le milieu du dix-septième siècle et que les Européens , en créant des colonies en Amérique , eussent procuré de nouveaux débouchés à leur activité industrieuse , le Levant était le grand théâtre des spéculations des principauii: commerçants de l'Europe .On allait y chercher les marchandises de l'Inde^t'de la Perse , les drogues de la Tartarieet les produits riches et variés des provinces Ottomanes et de l'Arabie. Ce commerce concentré pendant longtemps en^ tre les mains des Vénitiens et des Génois soutenait la puissance et faisait la richesse de ces deux ré^ publiques. Celles-*ci n'en tirèrent jamais les profits dont il était susceptible^ à cause àe leur fa^ iouflie mutuelle. Le s^at de Venise sacrifia souvent ses avantages commerciaux à l'orgueil de sa domination sur quelques lies de l'Archipel , et lutta avec gloire , mais sans succès , contre la Turquie , dans le temps de sa splendeur et de sa plus grande force.

Les ressources du commerce du Levant restérent longtemps incpnnues aux autres nations de

nS RÉVOLUTIONS

TEurope. Jacques-Cœur , dans le cours du quinzième sîècle , étonna nos ancêtres par la prompte «réation et la grandeur de sa fortune colossale qu'il devait , dit-on, au commerce du Levant, et

passa pour sorcier aux yeux du vulgaire.

Les Anglais qui connurent de bonne heure les . grands avantages qui résultent du commerce extérieur , dirigèrent dès le seizième sîècle leur attention vers rOrient. Leur compagnie du Levant fut créée sous le règne de Jacques!", environ cinquante ans avant l'expédition des Chartes qui constituèrent les compagnies des deux Indes et du Sud. C'est au commerce de Turquie que les plus anciennes maisons commerçantes de la Cité dé Londres doivent le commencement de leur fortune (i). C'est en se livrant à des spéculations heureuses dans cette partie du monde , que les plus illustres familles d'Angleterre parvinrent à réparer les pertes qu'elles avaient éprouvées dans le cours des guerres civiles. Le titre de facteur -de la compagnie du Levant fut longtemps considéré en Angleterre comme extrêmement hono-

(i) Le fameux Hampden, si célèbre dans les guerres civiles du règne de Charles I" , était facteur de la compagnie anglaise du Levant, et mourut àConstautînople, t)ii Ton voit eneôre son tombeau*

DE CONSTAKTliarLE. 199

rabte ,, et il oouaet ve enc^nre uise partie de aron ascieii éclat » malgré la àécmàence mtiMÏÈe de eette faible branche de Fimmeme commerce de la Grande-Bretagoe.

La France , (ftti a . en dei» rdialioas amicale» avcfc la Turquie dès le commeiicemeBFt du s^ième «fèclè y s^'eftt .laissé devancer dans le commerce ào: Levant comme dans celui des iadés OFieslales et de rAfiàéri^ae par FAnfletevre et b Bi»llaaftde. CepeMiant Af de baroi^de Brete9 ( 1 ), ambassadeur de Hefirî IV , prè»la suMime Porte , était paorreim par son adresse insiwiaule ioblenir le» ptus grands avantages commerciaux en faveur de la Praliee » ^étaôl fs»t eonstHuer par t» Porte le protecteur de tous les Franc» trafiquant dans le Levant, et avaif réusi» à obtemmu firman du Grand ^Seigneur, quidéfenidait à tous tes bâtiments emtH péens de se présenter dans les^ mers de Turquiesous itn autre pafviMo» que celui de France.

Mai^ Te^prit belliqueux et turbulent né de nofr guerres civiles , lequel animait âdor$ toute la notion , h misère générale et les orages continuels du règne de Louis XHI et des premières années de cehri de Louis XlVdonnaientpeude dispositio tis* aux Français pour les spéculations commerciales.

•*<MM^^a>««^^W*iM««

(i) G'cst celai qui afaitbàtàrlepalabdeFraace iPera.

i5o RÉVOLUTIONS

Ce ne fut que. lorsque Colbert par de sages dispositions eut ranimé Tindustrie nationale et favorisé, le commerce extérieur , que les négociants français dirigèrent leur attention du coté de la Turquie. Nos manufactures de Lyon , du Languedoc et de la Provence furent animées par ce commerce , dont les retours ét^ent aussi avantageux que les envois.

Les grands profits qui résultaient du commerce de ces riches contrées , devinrent un puissant motif de haine et de jalousie entre les puissances niaritimes qui y participaient.

Les parages de la Turquie furent souvent témoins de combats terribles que se livrèrent les flottes rivales de l'Angleterre , de la France et de JU Hollande , et dans lesquels s'illustrèrent les Ruyter et les Duquesne.

; Un sé)our de quelques années dans le Levant 3uffîsait dans ces temps heureux pour faire k fortune dun négociant actif et économe. Cest avec une surprise .mêlée d'ehvie, que les commerçants actuels observent par la lecture des livres de correspondance de leurs prédécesseuri» qu'une spéculation était alors regardée comme peu heureuse ^si elle ne produisait qu'un profit aet de vingt-cinq à trente pour cent sur la facture.

Cependant les Hollandais ; s'étant rendus maîtres

DE CONSTANTINOPLE. i5i

du cap de Bonne-^Espérance et ayant formé dç nombreux établissements dans les iles les plus riches de la mer des Indes , se retirèrent peu-à^ peu du Levant vers le commencement dn 1 8"^.

siècle pour diriger la plus grande partie de leurs capitaux vers le riche et immense marché des îles des épiceries et de la presqu'île de Tlndostan.

Les Anglais négociants et conquérants à la fois, ayant arraché plusieurs des îles A^itilles à l'Espagne , fondé un vaste empire sur le continent de r Amérique septentrionale» établi de nom* breux comptoirs sur la côte d Afrique , et étant devenus maîtres de la riche province du Bengale , «>ù ils prenaient et achetaient de première main les marchandises de llnde , se montrèrent avec moins d afiluence dans les marchés de la Turquie.

Le nombre des facteurs anglais établis dans les échelles diminua à tel point , que la compagnie du Levant, qui avait été chargée , par les conditions de sa charte de création , de toutes les dépenses relatives à l'entretien de l'ambassade et des consuls d Angleterre en Turquie, se vit obligée en 1754 d avoir recours à la bienfaisance du parlement britannique. Celui-ci, voulant epcourager cette ancienne et respectable branche du commerce de l'Angleterre et se trompant sur la cause du mal , crut qu'il suffisait de mettre fin au

,5a iit\OtVtîÙ^&

moviepùle , ^ pei?mit à îovÊ parlicuHeif de faire llbfenïeÀt le cômiftéree du Leva»! en payait une faible redevaii<^e à la compagi*îe , et eA pramettaBtpat sermen* d'<*éii* à se» règlettie»*» et aux ordre^de ^esgomernenfs. LafactcHferîeduLevant cortiBua à être chargée de leiitretfeû de» an»bassffdeurs et des coôsàfe : i»afs , deveiïMit plus pauvre de jour ea joui*, elle na pu faire face à ges obKgatîoM , et le gouvernement anglais » est vit obligé dernièremeM de payer lui-même se»

représentants et ses agents consulaît'ei^

La France , à qui te cotomerce éa Levant convint beaucoup plus tpjCaxtx deux autres puîssattices à cause dk sa proximité de I« Ttirquie , mit tou-* Jotrfs betftttottp de zèle à entretenir ses relation* commerciales avec elte , et profita de quckpies eitconstanees politiques pour leur domaer un plus grand développeioent. Outre Tenvet da produit de sea manufactures et clés demréfe» dé ses colonies , elle avait trouvé le moyen d'^étabfir entre les proviiice&maritimes de lempîre otf oman tin commerce cfe cabotage , qui lui était plt» profitable que celui de ses liaisons directe». La terreur, que les corsaires maltais (i) înspir

(i) Par ces corsaires maltais , je n'ai pas Tintentlon de désigner les b4itineBt& armé» appartenadi à Tordre de

DE CGNSTANTÎNOPLE. iS5

iraient dans tous ces parages , «^gageait les 4:^miDercants tares â se servir de b&timents frdâçaiis pour faine tcafidpoi:^lera37.ec sàreté leurs marchandises d une Échelle à ïsuÉb:^.

Le coiaadtterce français du Levant , fa^<m6é pm* Coules ces circonstances, était devefm actif et avantageux. La ("rance, d après les caflculs de IT. Peyssonel^ y ^employait encore ep 1792 un capital de itrenle miUsons de francs. €e capital y circulai; a^ec iouoe extrême rapidité , tant â cause de 4à {Hnomptitude des en3v;ois et des retours dans le -coHaonerce dÎDect » que de lactîvtté des op^atî^is {larticMiières qui avaient Ueueutre les différenftet^ Édbelies.

il est i «craindre que les ressources , ^ùe la France retirait du commerce du Levant avant la gua:*re de 1793 , n aient disparu pour toujours. jbes riches capitalistes de Marseitte , de Lyon €td^ 9»0e^ovince$ méridionales oixt péri presq^;!^ tôu« a^ec leurs richesses. Notre colonie de Saiot-Dolïiingue d'où nos négoctaiïts de la Provence

Saint-Jean-de* Jérusalem y et commandées pardes.chevâliers ; mais des emt)arcatiûns souvent légères dirigées par 4es aventuriers de toute espèce et dont Tarmement ^ait autorisé parle Grand-Maître , en sa quàtîlé de sou-« werain de Tlk de Malte.

i54 DÉVOLUTIONS

retiraientles plus utiles denrées de leur commerce du Levant , languit sous la domination de deux hommes de couleur, qui se disputent la souve* raineté. Malte , dont les corsaires aussi audacieux qu'avides en effrayant les Turcs les obligeaient à avoir recours à la protection du pavillon de France , a passé sous le joug de l'Angleterre. La Porte y qui a été justement irritée contre nous d cause de notre invasion Ae TÉgypte , n'a plus pour nous cette prédilection et cette confiance , qu elle nous témoignait autrefois comme à ses plus anciens et plus fidèles alliés. Les négociants turcs , n'ayant plus depuis long^temps de communication directe av^c nos ports., se sont procuré par d'autres voies les marchandises que nous avions coutume de leur fournir.

Les négociants français aussi bien que ceux de la Hollande et de l'Angleterre s'accordaient d'ailleurs à se plaindre, plusieurs années avant Tép^qué de notre révolution, que le commerce du Levant la'offrait plus les mêmes avantages qu'autri&fois , et attribuaient ie peu de débit de leurs marchandises et la diminution de leurs profits à la misère toujours croissante et 4 la dépopulation de liji Turquie ( i ) , Celle-ci doit avoir eu nécessairement

(i] Cette dépopulation est tellement sensible dans

DE CONSTANTINOPLE. i35

une grande influence sur la décadence du commerce des Francs dans le L(^ vaut, mais elle n'en est pas la seule cause*

Je croift qu'on ferait bieix de regarder comme le^ causai principales du peu de succès de. nos ^péciiktiona commerciales en Turquie » le réveil de la nation grecque, les progrès rapides qu elle a faits depuis environ cinquante aus^ dans la civi-. Uj^Uioneet surtout l'intraduçtion de ses^^ négociants dans le commerce de. notre continent. Aulrefbis )^a Grecs accablés soiis le {.oiig du despotispie ottoman, ne portaientpaslesspeculations.de lew* commerce lan^issant et timide aur-delà dçsi imites, de 1 empire turc et recevaient, 4 l'exemple de leurs maîtres, les marchandées d'Europe ^e la n^aiin d^eê facteurs européens établie dan^ tes échelles. Mais réveillés depuis près de cinquante ana par Tçspep^'ancje souvent trompée d'un, av^ir plus heureux, Ûsopl cultivénotre langue^ adoptçnnéparttedenosmiûeurset de nos usager et ont çjherçhé à connai|re l'Europe en la parcourant. Leurs négociants, aussi sagaces que hardis,

quelques provinces , que de vingt villages florissants .» qui existaient autrefois dans les environs d'Alep , on en voit h peine quatre ou cinq. La tyrannie des gouverneurs des provinces force les habitants des campagnes à se retirer dans tes viUes , où bientôt la misère, les dévore.

in EÉTOLfJTIOUA

nWl pas tMdé à moàiinattn qnWalImt cher*' cher eux-mêmes aux époipie» des grandes foires deLéipsick » Sioigaglia et Beauonre, lesmardhsHCi^ diees que les £icteurs eorapéens y faisaieiit acheter par leurs cerrêftpondaflts, ils pourraient krtter eoutre evOL et obtenir des profits eonsidérables 4 'méuie eu ks débitant À tinpiû iuéérieiir â œkÉi de leurs rivaux.

On a f u tes plus riches d «Htro eux quitter leur pays natad , tra^rerser obseupémcnl: les villes prin^ cipales de f Europe , y Ti¥t>e avec la jf^s sovdide économie et faire des acbats «oniidérabies sans avoir aucun commis pour les aider dans leunr courses et dans le travaU-dèleurcorrespondanee.

Pensant que les draps d* Allanagfne , quoiquV^ général grossiers et mal tèmt^^ leur convenaient mieux , à cause de la modicité du prix «t 4e W facilité de leur transport par le Danube que oeux' de France et d'Angletetifê , ils en importèrent «mS' grande quantité en Turquie , les ¥^dirent à unprix ntodéré et accoutumèrent peu à peu les' Turcs à se servir de ces draps et à les préférer a<tf autres. On les a vus durant la dernière guerre entre la Turquie et TAngleterre , faire des expéditions uniui^nses de coton en France « en Suisfi(s et en Autriche , laeocMni^Bgner eux-smémes ks voitures durant leier long et pàiibie tea)«t par

DE COKfiTAffTiNOPLE. iS^

b Uo^Bgth ^ ÏAAem9^àe, ^ moubsee autant' dWresee et 4'^»eli vjAé ibiM leurs aérations cem* mer eiîale» que 4e ^pAroatipoîe dans ieur maniéiie de i!!tvre.

VmiUviSÉ du eoaiiaerçaiDts grecs ne «e £t pas rei»aB^cr leuleneiit daas le^» piwcîpales Échel-' Imt oa yit fes Misidaires de [i'Arckipel et eiïtre autMS )es ltaiiîtaBl:« de la petite !le d'H^a près d^goUkd'Aâhknea^ coastruire des navires de plus de deux •eesAs iesmeaux , paFoourit la Médita* ranée, se lancer dans TOcéan et aJier cberctier le» «ki»ées cofesiûalet a Londres et ju^ue dans im frkueipdus p«irts de rAmérique.

ho» AiQig^is ont coutume de porter dans le hi^yfwt dl^ dtdps dont les Turcs £91^ f&A d'usage ,* dtf iacIîniswUetie , des 4Mitil8 de fer > des montifes , desjpevidules, du f>kitnb,duler blanc, der^in, dm la mome» quelques perçâtes et de la cocbe*^ nîHe, atn» que du sucre et du eafé. • c- *

Letars «gcportations consistent en so^ écruev cotons, poils de chèvre et de cham^u, tapis , eaié'de Afoka , drogues médicinales^^ vin , huiles, bojsd'ébène» bois de cyprès, dniel, -cire ^fruits

La Frenee y împortak des draps de tou pèœ fort estimai dànis le pays , de la otii lerki . dès moiâffes ^ Genève , des dewées

i38 RÉVOLUTIONS

niales, desfefsoubonnels, des toiles et beaucoup de soiries. Elle en retirait à peu près les mêmes <Ajets que TAngleteire. La promptitude des envois et des retours rendait ce commerce infiniment plus profitable à la France qu a rAngleterre. Mais noire commerce avec le Levant étant coûtrarîé par les causes que j'ai énoncées plus haut et qui tiennent aux malheureux événements de notre révolution, languira long-temps et aura beaucoup de peine à reprendre une partie dew» ancienne activité.

La Hollande, qui apportait dans le Levant le fruit de Tindustrie des autres peuples , en expo^ tait des matières brutes qu elle allait débiter dans les pays manufacturiers. Il est probable que le nouveau gouvernement des Pays-Bas qui a perdu ses plus belles colonies de l'Inde, fera des effort* pour rendre à la Hollande cette branche de son ancien commerce de transport et pour procureP dans le Levant un débit avantageux aux drap* de la Belgique,

L'Autriche , qui vient de joindre à ses vastes domaines tous les états maritimes de l'ancienne république de Venise , va lutter avec avantage contre les autres puissances odminfetçantes dans les marchés 'de la Turquie. Là ville de Venis© avait des niani^factures actives cjui n'étaient des-

DE CONSTANTINOPLE, iZ^

tinées que pour le commerce du Levant. Ce sera sous le pavillon d'Autriche qu'on verra* entrer à l'avenir dans ces échelles les verres de Bohême» les draps de TÂllemagne, les produits des manufactures de la Suisse et les soieries de la Lon:bardie. Ce pavillon y deviendra plus commuu <jue celui de France et d'Angleterre. /

L'Espagne, qui depuis treate-trois ans ,'a fait sa paix avec les Turcs et qui entretient constam-* ment un envoyé extraordinaire à la Porte et des consuls dans les échelles, n'a jamais eu de rdia-tion commerciale avec le Levant. Cette puissance qui, ayant les plus belles et les plus riches colonies du inonde, négligeait le commerce de ^ses propres états , ne pouvait guère s occuper de celui d'un pays où elle aurait eu à lutter contre les na^ tions les plus industrieuses de rEuroJie.

La Russie est de toutes les puissances euro* péetines celle qui fait le commerce le plus avantageux avec laTurquie; car elle n'en reçoit quuu peu de vin et des fruits secs et y fait des envois considérables de beurre, de suif, de caviar, de goudron, de toiles, de fourrures et de grains provenant de la Pologaie et de la Crimée. Elle attire â elle juie grande partie de 1,'argent des Turcs et travaille à leur ruine autant par son cQmnierc^ que par sa politique.

i4^ lÉV.OLUTiONS

C'est avec les pnmnceB méridionales russes dont la prospérité gwdée par les priacipe» lei plus sages , crok tous les jours d'uAe manière merveiUeuse et daaàs lesquelles on a vu le bauieau obscur de Khpdgea-bay <:hanger de nom (i)» s'agrandir et devenir en moias de vingt ans une des villes les jrfus commerçantes de l'Europe, qu'il conviendra dorénavant aui^ puissances à fUi lés Turcs ont peimis le passage de la mer Noire, d'aller chercher un théâtre actif et profitable pour leurs spéculations commerciales*

Le commeit^e que les Turcs faisai^it autrefois avec les Indes et la Perse se soutient encore par des caravanes dans lesquelles les Arméniens ^^ les principaux intéressés* Mais depuis que lel marchsmdifies de ces pays ne sont plus destinée» comme autrefois à être exportées pour l'Ew^ et sont consommées presqu'^ntièremeint dans le pays , ce commerce est devenu extrêmement pr^ judiçiaisle à la Turquie dont il enlève k nu»»^ raire (2).

(1) Oiiessa. .

(2) Surtout , par ia grande consommation des schai» de Cachemire , dont la mode s^est trop généralement répandue depuis trente ans , et qui sont éerenûs P^*'' les deux sexes des classes un peu opulentes , «» dH^* première nécessité..

Les caravanes qat se rendent de l'Inde dans la Torcpare , se partagent après avoir passé le Candaharetle pays des Afgans, en deux parties dont Funeprend la route d'Ispahan et se rend de là à Bagdad et à Aïep, et Fantre marche directement Èur Téhéran , capitale actuelk des rois de Perse,

et se dirige après cek sur €onstantinople par

Sultanié, Erzértin, Tocat et Angara.

Des différentes nations qui composent la population de VEmpire Ottoman.

La population de Tempire ottoman se composa de plusieurs nations que le droit de conquête , la force et une longue habitude lient ensemble , et dont une, qtii se dit lesclave du Grand- Seigneur, regarde et traite les autres comme se» sujets. Quoique vivant sous le même climat et le même gouvernement , elles diffèrent entre elles par leur costume , leurs mœurs et leurs institutions aussi bien que par leur croyance religieuse. Cependant la différence de religion est la seule barrière qui les sépare : c'est par elle seule qu'elles se distinguent Fune de l'autre. Tout individu qui abjure la religion de ses pères, change en même temps son habillement, ses usages, sou^ état politique et partage la condition du peuple dont il a adopté les principes religieux.

i4ï RÉVOLUTIONS

La première, la. plus nombreilse et la plus {Puissante de ces natioas est celle des OsmanUs. C'est elle qui par ses conquêtes a fondé cet empire; elle seule est chargée de le défendre; toutes les autres lui sont subordonnées. Cette nation s accroît tous les jours par des déserteurs des .autres sectes ; mais elle ne permet à aucun des siens de l'abandonner pour changer d'état et de croyance. Elle est relativementauxautresnations soumises , , ce que les Français étaient à 1 égard des Gaulois dans les premiers siècles de notre monarchie. On peut la regarder comme la noblesse de l'empire ottoman dont les autres nations seraient les classes roturières.

r Des institutions tout a fait militaires et le souvenir de leurs anciennes victoires , donnent aux Osmanlis le caractère fier , noble et hardi des peuples guerriers. Une. religion, qui en élevant lame de ses sectateurs vers des contemplations séduisantes , leur ' prêche des vertus simples, l'aumône, la charité, l'obéissance, tend à rendre les Osmanlis charitables, hospitaliers « probes et respectueux envers leurs chefs.

Le dogme de la prédestination , quellslamisi»^ consacre , leur procure dans la douleur et au 0»*" ' milieu des plus grandes calamités une résign*" \ tion supérieure à celle des anciens Stoïciens-

L'égalité politique qui existe entre tous les Osmanlis , et l'espoir que chacun d'eux a de parvenir aux plus hautes dignités , donnent a tou.^ un air de fierté et 'd'importance. L'Osmanli, qui du dernier rang est parvenu à occuper une place énainente, prend sans effort et sans exciter le moindre étonnen(ient le ton et la gravité nécessaire a son nouvel emploi. Mais des révolutions fréquentes, un gouvernement militaire, des lois sévères, des exécutions nombreuses, accoutument rOsmanli à la vue du sang et le disposent à la cruauté. L^influence d'un clergé ambitieux qui craint l'introduction des lumières , porte les Turcs à confondre dans un égal mépris les peuples civilisés de l'Europe avec les rayas de leur empire et à rejeter avec dédain des itistitutions qui amélioreraient leur sort politique , et les arts qui adouciraient leur existence sociale.

Ces funestes préjugés en font un peuple isolé et barbare sur le continent d'Europe dont il occupe une des plus belles parties.

Nous avons fait connaître dans le tableau précédent les lois qui gouvernent ce peuple, sa force, sa puissance, ses richesses et les vices de son administration. Nous allons jeter un coujp d'œil rapide sur la nation grecque autrefois si florissante^ maintenant si malheureuse , que beaucoup d'au-

J44 HÉVOLOtlONS

feiirs ué S6ttt plu» à décrier parce qrte sans censîdérer la différence des temps et des positrons , ils y ont cherché en Taîn les héros et les* sages de raïkcientie Grèce.

Des Grecs.

Las Cireos tafaiçtti par Rame, c^mttvkrent le nom et une partie de la gtdire du p^aplerotasàtL, pendant phas de dix aîèeles après la cbate de eette orgueilleuse capitale. Ce tie fut qu'en i4^ V^ la nouvelle Home , afHrès avoir résisté à tant de sièges, tomba enfin sous la domination des Barbares. Elle aurait probablemenlt évité ce sort si dans ks derniers tennps qvi ont précédé sa chute ^ elle n avait pa§ été courbée sous le fong àna clergé arrogant et ambitieux, et si les patriar-^ ches n'étaienit devenus plus pmssËUits que les empereurs t et les' nu>ines plus nambreos que les soldatSL

Mahomet 11^ qui joignait à sestalcnti guerriers une sagacité extraordinaire , ne tarda pas à appré-. cier les Grecs , et à découTrir la véritable eaas« de leur faiblesse et de leur chute. Il résolut de les contenir en les remettant sous la de«iHnatio«^ du patriarche et du clergé) tel fut le motif poli^ tique qui dicta ce fameux kattichérif que leê

DE GONSTANTINOPLE. 145

Grecs regardei^t comme leur Charte constitutionnelle.

Ce prince judicieux établit, par ce kattichérif , le patriarche de Constantinople chef de la nation grecque , président du synode et juge suprême de toutes les affaires civiles et religieuses. Il l'exempta du kharadge aussi-bien que tous les membres du synode (1) ,*lequel, composé de douze métropolitains , fut destiné à former le grand-conseil de la nation.

Tous les cadis et gouverneurs militaires turcs eurent ordre de faire exécuter les sentences ju-* dicisdres du patriarche à l'égard des chrétiens du v'it grec y celles des évéques à l'égard de leurs parpissiens , et d'assister le clei^é dans le recouvrement de ses droits et de ses revenus. Le patriarche de Constantinople et tous les autres métropolitains furent autorisés à exiger une contribution annuelle de douze aspres de chaque famille et d'un sequin de chacun des papas de leur diocèse. Tous les legs pieux furent déclarés

(1) Lesdouase mélropolitaiiv qui composent le synode et qui résident constaminent à Constantinople, 'sont ceux de Césaréé, d'Éphèse , d'Héraclée, de Cisique , de NIcomédie 9 deNicée, de Calcédoine, de Saloniqne , de i)oroo|ci , de Ternove , d'AndriQople , d'Amasie et 1« patriarche Ae Jérusalem.

146 EÉVOIUTIONS

légitimes. B iut (h*doniiéaiix osmanlis de regarder les églises comme des lieux sacrés et inviolables» Aucun Grec ne put être contraint d'abjurer la foi de ses pères pour embrasser celle du peuple conquérant.

Mais tous les avantages decetteChartesontpour tés prêtres. Leurs droits , leurs privilèges ^ leurs pouvoirs y sont déterminés et garantis i le peuple 6*y est mentionné 4]ue pour payer et pour servir.

Cependant Mahomet II , voulant flatter un peu la nation grecque, déclara, dans son kattichérif , que l'élection du patriarche de Constantinople ou du chef suprême de l'élise œcuménique itérait faite par les représentants du clergé et de la nation , et qu'il ne pourrait être déposé que par le consentement et d'après la demande du corps qui l'aurait élu. Cette considération , €pn paraissait si favorable , est devenue depuis une cause de dissensions continuelles parmi les Grecs , et une mine abondante où le gouvernement et les ministres turcs ont coutume de'puiser pour satisfaire leur avarice.

Le premier patriarche , qui fut Hhi d'après le kattichérif de Mahomet II , reçut le cafletan et le hazeran ou bâton de commandant en présaice de ce mimarque^ qui liii fit remettra une ^Ratification de mille séquins. Les patriarches grecs

DE COKâTAMTIHOPLE. 147

ci>nservèreiit œttè prérc^athre jwqv'i Parttiénius qui y égaré par ramlMtkm. cm le fanatisme^ se rendit coupable et pea^jtire euyerft la Porte.

Depuis cette époque les patriarches de Ccnos* lantinople ne sont phis admis à la présence du éultan , et ne reçoivent le caffetan d'honneur et le hazeran que sous les yeux du graud-^isir. Au lieu de toudher , comme autrefois , une gratification de miUe séquins , ils sont obligés de payer à la Porte une soHlme de cent bourses à titre de présent d'installation.

Le patriarche tient divam chez lui deux fois par semaine pour juger les causes civiles* Ses sen-» tences ne deyraiënt pas être définitiyes , puisqii}e ks parties ont le droit d appeler de son tribunal 4 cefaii des Turcs ; mais on les engage toujours d'a:T»nce , par un semiant et par un compromis, â s'en tenir à la sentence qui aura été pr^no^céa 1^ le dnef de rég^4 i

> JLes csrîioes i^ apiO; pas de sQn ressort ; les tri- Imuaw turcs peuyeutseuls s'en occuper « Cepen^ d^it , pour conserver la dignité du nom chrétien , a festrare que les Grecs remettent jà: la justice, defr Turcs les voleurs et les asaassiq^ qiii sont de leur rit, Ceux-^i , jugi^s par le patriarche, sont €wd%H|nés ordii^irement aux galères ^t vont grossir, d'après la sii^ple demaade de ceppptife,

i4ft ftÉYOLUTIONS

la foule des esclaves enchaînés qui travaillent dans les arsenaux de Constantinople.

L'administration de la justice forme un des revenus du patriarche et de tous les métropolitains. Tous prélèvent im droit de dix pour .cent , pour chaque cause , sur la valeur de l'objet contesté. Les profits du patriarche doivent être considérables , puisqu'il est obligé de reinettre soixante-dix bourses par an au miri pour ce seul article de revenus. *

Mais , outre les produits des revenus perma-*nents , autorisés par le kattichérif de Mahomet II, et les profits considérables qui proviennent de l'administration de la justice, le . patriarche a coutume de réclamer vingt bourses de chaque métropolitain pour les frais de son installation ^ et vend aux prêtres subalternes le droit d'exercer leurs fonctions.

Ces prêtres subalternes sont divisés en trois classes / 1 \ celle des proestos , qui sont les économes des églises. Ceux-ci prennent part atlx' produits des quêtes , se font payer chèrement le» cérémonies des mariages , dies enterrements et des baptêmes , et retirent un revenu assez corisidé-» rable de la coutume qu'ils ont établie de bénir^ tous les mois Ijes m'àiisons ,• les terres ^t les per^ Mnnes de leurs paroiskièns; . ^ ■ ^

a*. Celle des pneumaticos ou confesseurs , qui transigent avec leurs pénitents et vendent le plus cher qu'ils peuvent l'absolution des péchés;

o*. La classe des épbemerios ou journaliers.

C est sous cette modeste dénomination que sont connus les prêtres célébrants qui n'ont d'autres revenus que le prix de leurs messes.

Les évêques imitent le patriarche œcuméniqu et retirent comme lui leurs principaux revenus de l'administration de la j^ustice et de la vente des fonctions ecclésiastiques.

Tous les dignitaires de l'église grecque i*ançonnent les prêtres subalternes et ceux-ci rançonnent le public (1).

(i) Leiogothète, ou chancelier, quiexpédie les patentes de nomination des archevêques ^ des évêques et de tous les principaux dignitaires de Téglise , vit des droits qu'il retire de ces expéditions.

Le premicier retire les espèces dues au patriarche pour toutes Jes causes soumises à son tribunal , s'en réserve une portion et vend les excommunications et les divorces*

Le protosingelos inspecte la conduite des prêtrejs , le» punit ^ les soumet à des amendes dont il profite condtme les proestos , et préside le petit divan , dont la principale occupation consiste à arranger les querelles de ménage.

L^archimandrite , qui est le premier des curés de Téglise patriarchate » recueille les successions des prêtre»

i5» RÉTOLDTIONS

lement leur attention, qu'il leur reste peu de resrpect à accorda aux saintes vertus du christianisme (i). Aussi Yoit-on parmi eux des hommes coupables des plus grands crimes, se regarder cqmme moins blâmables ou plus dignes de la miséricorde divine que ceux , qui ayant plus de respect pour les lois sociales , osent enfreindre les abstinences ou négliger les nombreuses cérémonies recommandées par leurs prêtres.

C est à ces maximes funestes qui tendent à dé* grader le cœur de cette nation si sensible , qu'on doit attribuer les vices que plusieurs écrivains reprochent aux Grecs. On les a accusés d'être superstitieux, hypocrites, fourbes, ignorants, orgueilleux et lâches.

Nourris dans la haine des nations , qui professent une religion diflFércnte de la leur, il n'est pas étonnant qu'ils soient disposés à montrer de Téloignement pour tout ce qui n'est pas Grec.

pm~

(i) Pierre-Ie-Grand voulant diminuer rinfluence du clergé dans ses états, dispensa ses troupes et ses ouvriers des trois grands carêmes de l'église grecque, ainsi que de Tabstinence dans les jours maigres. Il ordonna qu'on n'entrerait dans les cloîtres qu'à cinquante ans , et défendit qu'on y reçût, à quelque âge que ce fût, un homme revêtu d'un emploi public. ( Voyez Histoire de Riissic 9 par Yoltàuib. )

DE GONSTANTINOPLE. i53

Élevés par des prêtres pour qui une vaîue érudition théologique tient lieu de toutes lès sciences, lesGrecs du commun méprisent les connaissances que leurs papas n'ont pas. Leur fourberie à l'égard des étrangers pourrait être comme dans les Juifs , la suite immédiate de la haine qu'ils leur, portent. Tous ces défauts proTiennent du fanatisme religieux et doivent disparaître avec lui.

Quant à la lâcheté qu'on leur reproche et qui , d'après le souvenir des anciens héros de la Grèce , parait si contraire au caractère de cette nation comprimée et égarée , die n'est qu'apparente. On a vu des Grecs du Levant admis dans les armées rusises y déployer la bravoure et les qualités brillantes qui ont caractérisé leurs ancêtres.

Cependant les voyageurs impartiaux ont pu remarquer avec plaisir que depuis environ quarante ans, les Grecs du Levant commencent à sortir de leur long état d'engourdissement et que les principaux d'entre eux ont donné à leur Dation une impulsion qui tend à la régénérer. C'est aux familles grecques du Fanar (i) qu'on doit attribuer ce changement heureux. Celles-ci en fournissant des dragomans à la Porte et des

(i) Le Fanar est un faubourg de Constantinople où habitent les principales faniiUes grecques de cette capitare.

iS4 RÉVOLUTIONS

souverains temporaires aux deux provinces de Valachie et de Moldavie (i), se sont vues obligées d'étudier avec soin les langue3 et la politique des cabinets de l'Europe afin de conserver leur ascendant suc les ministres turcs.

Devenus riches et puissants , les Grecs noUes du Fanar, ont cherché à diminuer l'influence des prêtres pour augmenter la leur et ont senti que le meilleur moyen d'y réussir était de répandre les lumières parmi leurs concitoyens. Des écoles ont été établies par eux à Cônstantinople, à Smyrne, à Salonique et dans les principales

(i) Les habitants des provinces de Yalachie et de Moldavie ^ en se soumettant aux Turcs » deoiahdèrent el obtinrent la condition de n'être gouvernés que par des vaivodes de leur religion , dont le choix dépendrait de la Subliixie Porte. Ils oublièrent d'exiger que ces princes fussent nés parmi eux. La Porte en n'y envoyant que des C^recs appartenants à des familles établies à Constan* tinople, en diangeant souvent ces agents de son autorité, et en les mettant dans l'obligation de fouler leurs sujets pour soudoyer le gouvernement et capter la bienveillance des ministres , a établi y entre ces vaivodes étrangers au pays et leurs administrés , une défiance et un éloignement inévitables. C'est ainsi que la Porte a pu conserver jusqu'^à nos jours sa domination sur ces deux provinces importantes par leur position et susceptibles de devenir, extrêmement riches sous un gouvernement protecteur.

DE CONSTANTINOFLE. i55

Tilles de la Grèce » pour enseîgaer aux jeuues gens du rit grec la langue française , les belleslettres , la médecine et les sciences physiques et mathématiques.

Ces étabU«gements qui furent approuvés par le sultan Sélim , à qui tout projet de cette nature était toujours agréable, répandirent les lumières, les connaissances et une partie des usages des Européens parmi les Cdrecs, et adoucirent les mœurs dans les familles aisées, en leur ôtant cette austérité farouche qui ne leur permettait d adbnettre dans l'intérietur de leurs maisons que des parents ou des prêtres.

Les élèves de ces écoles, en se répandant dans toutes les classes, travaillent à faire disparaître insensiblement du sein de cette nation si ingénieuse et autrefois si éclairée , Sa haine pour les Européens et ces funestes préjugés qui depuis près de dix siècles perpétuent son avilissement politique.

Le réveil et la régénération des Grec» doivent être funestes aux Turcs. Ceux-ci , fascinés par leur stupide engouement pour leurs anciens usages, ferment les yeux aux dangers qui les menacent. Cultivateurs ou matelots , et généralement habitués à la fatigue et au travail, les GreM ont les qudit^ physiques qui sont nécessaîl^es à

i56 RÉVOLUTIONS

des soldats. Leur âme ardente est susceptible des sentiments les plus élevés. Ils commencent à connaître leurs droits , leur force et la faiblesse de leurs ennemis et n'attendent que Uoccasioa favorable d'écraser leurs oppresseurs.

Des Arméniens.

Les Arméniens , qui venus de l'Asie en Europe à la suite de leurs maîtres forment un dixième de la population de Constantinople et sont répandus dans toutes les villes commerçantes de l'empire , ont conservé leurs mœurs asiatiques. Ils vivent à la manière des Turcs, ont leur démarche grave, lente et silencieuse. Leurs femmes sont voilées comme les musulmanes. Nepouvant pas comme leurs maîtres s'adonner au métier de la guerre et suivre la carrière de l'ambition , ils ont tourné toutes leurs vues vers le commerce et les manufactures et y ont porté un espritspéculatif , entreprenant \ beaucoup de sagesse et d'économie et un fonds général de droiture.

Les caravanes , qui viennent de Tlnde et traversent la Perse et l'Asie mineure, sont composées en grande partie de négociants arméniens. Cest à cette natioii laborieuse que la Turquie doit la plupart des manufactures qui y existent.

DE CONSTANTINOPLE. i5y

C'est à des Arméniens que les Turcs*coiifi'ent la fabrication des monnaies et la direction de leurs moulins à poudre.

Les Arméniens doivent à leur modération et à leur probité d'avoir réussi à accaparer les emplois de seraffes ou de banquiers des ministres et des principaux personnages de lempîre ( i ) et à supplanter les Juifs dans cette branche de commerce.

La nation arménienne se divise en deux .sectes ; la première est celle des schismatiques , qui est la plus nombreuse et qui a adopté les erreurs d'Eutychès; la deuxième est celle des catholiques

(i) Les seraffes sont les banquiers des ministj^s de la Porte et des principaux employés. Chargés de retirer les revenus de leur maître , de les accrottre par tous les tnoyens connus dans ce gouvernement corrompu 9 et de payer toutes les dépenses, ils identiiient leur fortune avec celle du ministre qui les emploie. Si ce dernier succombe avant d'avoir pu s'enrichir » le seraffe perd alors , nonseulement ses avances , mais il est quelquefois mis à la torture pour payer la valeur des trésors supposés du mi^ nistre disgracié. Il parait que^ malgré de pareils dangers, ce commerce offre de bien grands avantages , puisque les Juifs y qui l'avaient autrefois et qui Tout perdu par leur trop d'àvidité, le regrettent encore et envient bonheur des ÂrméiueDs«

i58 HÉVOLUTIONS

romains. Des luttes fréquentes s'élevaient a«lrefois entre les Arméniens des deux rites. Les catholiques moins nombreux et moins riches étaient toujours persécutés. C'est ainsi, que saint Comidas ayant renoncé aux dogmes d'Eutychès pour se faire catholique paya de scm sang sa aouTelle croyance.

Mais pour met&e fin à ces querelles , la cour de Rome décida , que les papas schismatiques auraient seuls le droit d'administrer les sacrements , de faire les mariages, les baptêmes , les enterrements et de retirer les profits qui y sont attachés,. et que les prêtres arméniens catholiques n'auraient que le prix de leurs messes et le produit de la charité des fidèles. Les prêtres schismatiques , qui n'étaient persécuteurs que par intérêt pécuniaire, cessèrent de l'être depuis cet arrangement. Les prêtres arméniens catholiques, favorisés par quelques ambassadeurs, ont la congélation de voir s'accroître journ<dlement par des conversions le nombre de leurs disciples. *

Lès Arméniens ont quatre patriarches, dont un réside à Constantinoplë , un à Césarée . de Cappadoce et les deux autres dans l'ancienne Arménie. L^s patriarches ainsi que leurs évêques suffragwts administrent la justice daw Ifurs 4io* cëses au même taux et aux xoêmes^ C0nditioii9

DE CONSTANTINOPLE. iS^

que les Grecs et vendent comme eux les sacrements. Mais le clergé arménien ne possède pas les privilèges et l'influence dont le clergé grec est redevable au kattichérif de Mahomet IL

Les Arméniens sont humbles , froids, timides , et ignorants. Le commerce est leur seule occupa* tion. Les sciences , les lettres , les beaux-arts sont dédaignés par eux. Ils n apprennent dans leur enfance qu a lire, écrire et compter. Aussi ignorants que leurs maîtres , ils paraissent attachés à leur servitude et ne conçoivent pas qu'il puisse y avoir pour eux un autre état politique. Pacifiques et craintifs, ils détestent les secousses révolutionnaires et verraient avec peine la chute de lempire ottoman. Ils ne donnent aucun ombrage aux Turcs , qui , pour les caractériser d une manière aussi exacte qu'expressive, les comparent aux chameaux , ces animaux si doux, si patients et si xé6le%.

Des Juifs.

Les Juifs , qu'on voit dans la Turquie d'Eu-^ rope et dans l'Asie mineure , descendent presque tous de ces malheureux Israélites , qu'une politique aussi absurde que barbare chassa de l'Espagne au commencement du i6*. siècle. Us ne parlant entre e» que la langue espagnole, con-

iSo RÉTOLUTIONS

servent plusieurs usages .de leur ancienne patrie et donnent encore à leurs officiers municipaux le nom ^de régidors , sous lequel ils sont counus en Espagne.

Les Turcs, moins fanatiques et plus éclairés que les Espagnols du l6^ siècle, accueillirent ces exilés et leur accordèrent quelques privilèges. Loin de les regarder coinme des hommes dangereux , à cause de leurs principes et de leur croyance religieuse, ils se contentèrent de voir en eux des rayas utiles , qui venaient augmenter les revenus de la capitation. Les Juifs profitèrent des dispositions favorables des Turcs à leur égard, se livrèrent au commerce , à la banque, devinrent seraffes des grands de lempire et courtiers des négociants européens.

Un de leurs n^ociants obtint le titre de bazir^ gl^ian-bachi ou chef de marchands et devint lagent commercial chargé de Fhabillement de la milice des janissaires. Cet emploi est resté entre les mains des Juifs. Mais leurs dispositions frauduleuses , une avidité insatiable , des banqueroutes trop fréquentes leur firent perdre peu à peu la confiance des grands de la Porte. Ils ont été supplantés par les Arméniens dans les fonctions lucratives dé- seraffes. "

Les Juifs de Constântinoplç , qui sont au nom-

DE CONSTANTINOPLE. i«i

hre d^environ cinquante mille > répartis dans les trois quartiers populeux de Balata, Hassekeûi et d'Ortakeùi , sont régis par une forme particulière de gouverniement , laquelle contraste avec le régime des autres nations soumises à la domination des Turcs.

Un kakam-bachi ou grand rabbin et deiix rabbins adjoints , choisis à vie par la nation, forment un triumvirat qui est chargé de l'autorité principale. Il participe à la formation des lois et sert en même temps de tribunal suprême.

Un conseil de sept membres nommés à vie par la nation fbrme la seconde branché du pour voir législatif , a le droit de faire des remontrances au triumvirat et peut seul convoquer l'assemblée nationale.

Toutes les questions agitées et approuvées dans l'assemblée natiotiale doivent obtenir le consentement du triumvirat et du conseil des

sept , pour devenir obligatoires et faire partie des lois de la nation.

Cette constitution assez extraordinaire se rapproche beaucoup de celle que nous avons essayée en 1795 , lorsqu'égarés par l'incertitude de nos, systèmes de constitution et par la mànîe des innovations nous faisions des expériences politiques «t des révolutions journalières. Il est probable •I 11

l^ RÉVOLUTION»

<}U0 le peuple )^if , renommé par son indocilité , n'aurait pas conservé plu9 long-temps que noua cette constitution bisarre , si. la verge de fer , qui pèse sur eux , n'avait pa^ été un frein suffisant pour les forcer à vivre tranquilles » et n'avait transformé leurs lois constitutionnelles en des n^dsures de police et de surveillance mutuelle e^tre leur^ principales a^tprités.

JLa justice qst administr4e au^ Juifn è tcès.peu 4e frais. Les émoluments des employés ont été déterminés par la plqs stricte écQiiomie» U est ;^ar<e q\)e les Juif^ ^'adrespent pai* un, appel aux

tril^Wf^ux turcs pour fia^e c^Mçr h9k lentenee» de leurs juges particuliers.

Les Juifs. , qui par éducation ^t par i^it^d^ détestent la guerre et l'agriculture , n'ont aucune des qualités des peuples guerriers et. agriç^çs « et sont regardés comme des ^res faiblcis qt swf énergie. N'ayant d'autre profes^iqn que le çommerce et d'autre passion que l'amour de IW»gent , ils cherchent le gain >usque dan^ kft mé*tiers les plus vils et les plus dégoûtants. Les principes d une religion intolérante le^ di^po^^it à détester tous les autres peuples et à les trompear. Les Turcs ont pour les Juifs le plus profond mépris , et d'ordinaire ne les daignent que par des éjpithètes déshonorantes. Ceux^i , qui ont cessé

DE CONSTANTINOPLE. ifô

d aimer leurs anciens bienfaiteurs depuis que ces derniers leuîp ont retiré leur confiance , verraient tomber l'empire ottoman sans faire aucun effort pour le soutenir , et pour hâter sa chute.

Telles sont les quatre principales nations qui forment là poplilatièn de !a Turquie. L'Osmanli , "^ ayant conservé la plupart des vertus nobles et guerrières de ses ancêtres , dort tranquille sur les bords d'un abyme qui est prêt à Tengloutir. Le Grec , qui se réveille et qui commence à sentir sa forcé eft la faiblesse de ses oppresseurs, attend avec Une espèce d'impatience le moment favorable d'exercer ses vengeances. L'Arménien pacifique voit dans son esclavage un état tranquille et heureux , et montre un attachement sincère pour un maître qui le préfère à ses autres esclaves. Xe Juif n'est attaché à personne. Toutes les révolutions lui sont indifférentes ; il ne désire ni le trioiiiphe des Chrétiens , ni la chute des Turcs : tous deux lui sont également étrangers et adieux. Si Tempire ottoman vient à s'écrouler, 6il verra les Juifs trafiquer au milieu dçs décomlMfes et brocanter avec les dépouilles de tous les partis.

Du Sérail et de la Porte.

Après avoir décrit les lois de l'empire ottoman , sa puissance militaire , ses finances, son commerce et les différents peuples qui composent sa population , il nous reste à faire connaître les forces motrices qui mettent en jeu les nombreux ressorts de cette machine compliquée , c est-àdire , le sérail et la Porte.

Je ne chercherai pas , en parlant du sérail , à détailler la \ie intérieure du harem et à lever le voile qui couvre les mystères amoureux de cette éiiceinte. Je ne parlerai que des personnages puissants, dont Finfluence s'étend au-delà du jpalais du Grand-Seigneur et qui forment par leur aggrégation ce que les Turcs appellent la faction de Tintérieur.

Le premier personnage du sérail est la Sultane valide ou Sultane mère^ Si cette princesse , qui peut habiter hors du sérail et qui seule, entre toutes les musulmanes , a le droit de se montrer à visage découvert aux yeux du peuple comme une mère au milieu de ses enfants , est intrigante et que le monarque régnant soit doux et facile , elle devient un des principaux ressorts de. cet empire.

DE CONSTANTINOPLE. i65

Le kislar-agassi , ou le chef de ces eunuques noirs, pour qui la laideur et la diflTormité sont des qualités utiles, ne peut pas manquer d acquérir ixxxe grande influence par la nature des fonctions dont il est chargé. Dans ce pays , où tout, appartient à la race ottomane , le conservateur de ce sang précieux doit être nécessairement un homme puissant dans Tintérieur du sérail et vénérable aux yeux de tous les Osmanlis. Aussi lui donne-t-on le rang de pacha à trois queues. "

Le hâsnadar, ou trésorier du Grand-Seigneur, appartient également à cette classe d esclaves noirs et mutilés. Comme trésorier et comme second chef des eunuques noirs il jouit d un trèsgrand crédit dans le harem et hors du séraiL

Les eunuques blancs , qui sont chargés de la garde extérieure du harem et qui n'ont aucun ^ rapport immédiat avec le Grand-Seigneur et les sultanes, jouissent de très-peu de considération politique. Cependant leur chef ( le capir-aga ) est un des grands-officiers du sérail.

Lorsque le Grand-Seigneur quitte l'enceinte du jharem , il laisse les eunuques , ses concubines et leurs esclaves pour passer entre les maina de ses domestiques et de ses pages. Ceux-ci dans lesquels la nature n'a pas été outragée , présentent par leur beauté et l'élégance de leurs for-

i6« RÉVOLDTIONS

mes un contraste absolu ayec les hideux gardes de Tintérieur du harem. C'était autrefois parmi cette jeunesse brillante , que les ^npereurf et* tomans avaient coutume de choisir les principaux o0iciers de Ve^ipbe. Cette coutume n'est pas to^mbée , puisque nous avona vu de Bps jcfori sortir de la classe des pages , ee fameux Hussem pacha j qujk fut le régénéraleiy:* de la marine.

Ces pag;es , dœit quejquesr-uns ont été acheté coipgi^me esclaves et dont la plupart appartienrnent aux premières fanûlle& de Constantinople , laiiiguiâsent long -temps dans la captivité du sérail S:'îlflk n ont pas des qualités distinguées. Ils TLWt^ plus la perspective brillante qu'its avaient auti^efpi^. , parce que la prépondérance que les janissaireftoat acquise depuis lafiaiblissement de rai^torité souveraine , obEge presque toujours le Crçaiild^Seigneur à prendre parmi ces derniers ceux qu'il éiève au commandement des troupes ou au gouvernement des provinces.

Les titres de salahors* et les fonctions de capidgi-bftchi (ces derniers sont ordinaireltnent chargés de faille exécuter Ifes ordres secrets du Grand- Seigneur ) sont ordân^rrement le terme de leur grandeur et de k^r élévation. C'est cependant parmi eux , que le Granid-Seigneur choisit son baçh-tchoadar ou premier valet-de^chambre, son

âeikttir-àgassi ou pôrte-glaive , son sëir-kîatib ou secrétaire prité , don buyuk-émirahor ou grandécuyer et «on cutchuk-émîrahor (1) ou petitécuy», qui tous ayant Thonneur d^étre sans cesse avprès de leur mattre acquièrent facilement uti grand crédit et deyiennent souvent les dispensateurs des grâces.

Les muets «ur lesquels on a écrit tant de contes ridicules , ne sont que des pages nés sourds, qui Sont employés à cause du défaut qui les distingue, à servir le Grand-Seigneur durant les délibérations des conseils secrets , axtxquéls ce monig'que appelle ses ministres dans Tintérieur du sérail.

Les révoltes fréquentes des jaiiissaires , la crainte que cette milice séditieuse ne vldî à por-ter sa fureur jusque dansTintérieur du palais ont fait prendre depuis^ environ dein siècles le parti d'armer et d'organiser militairement les bostangeis oU jardiniers et les baltagis ou bûcherons du sérail. Ces hommes ont été enlevés à leurs fonctions primitives pour être employés à la garde des palaris impériaux. Leur chef connu sous lé titre de bostangi-bachi accompagne partout le

ij.^

(r) Le'cutchnk-émîrahor est chargé cTavoîr soin de^ Kiulefg et chameaux appartenants au GTand-Seip^èûr.

i6ft RÉVOLUTIONS

Grand-Seigfieur , tient le gouvernail du bateau impérial lorsque ce monarque, ftort par mer .et fait les fonctions (l'intendant du sérail pour tout ce qui est relatif aux subsistances. G est sous ce rapport qu*il prélève un droit de dix pour cent sur tout le poisson mis en vente sur les mar-* chés de Constantinople et qu'il étend son autorité et sa surveillance sur le canal du Bosphore et sur les deux rives adjacentes.

Seul entre tou,s les employés du sérail , le bostangi-bachi a le droit de porter la barbe à cause de son commandement militaire hors de de l'enceinte du palais. Ses prérogatives^, son autorité et son importance sont très-étenducB^; mais elles l'exposent à la haine de ses rivaux et à des dangers continuels.

Les employés du sérail étant nourris aux, dé-: pens du Grand-Seigneur , reçoivent très-peii de salaire ; mais il leur est permis d'étendre leur influence au dehors , d'agir en faveur ou contre les ministres , d'intriguer dans les provinces, et de trafiquer des emplois. C'est ce que les Turcs appellent les cabales de la faction de l'intérieur. C'est d elle que dépend en général le choix des ministres, des pachas , des muftis même. C'est en sadressa];it, par le moyen puissant de l'or et des présents , aux chefs de cette faction , que les.

DE CONSTANTINOPLE. lég

ambassadeurs étrangers ont réussi quelquefois à obtenir . des avantages qu'ils n'auraient jamais eus par la voie officielle des ministres de la Porte* Mais cette faction mue par l'avidité est sujette à des dissensions continuelles et voit sans cesse ses membres se détruire et se déchirer entre eux. Le Grand-^Seigneur contemple avec indifféreùce et quelquefois avec plaisir, ces scènes de discorde entre, des esclaves , dont il est l'héritier et dont la vie dépend de ses caprices.

De la Porte.

Le premier des ministres de la Porte^ et qu'on serait tenté de regarder comme le seul , est le grand-visir. Il est le lieutenant du Grand-Seigneur et le dépositaire de son autorité temporelle. Son pouvoir est basé sur la faculté de se servir du cachet du monarque , que celui-ci lui remet eu le nommant à cette place éminente et dont l'impression seule suffit pour constater la volonté du souverain. Ce n'est que par un kattichérifc écrit de la main du sultan , que tout acte signé par le yisir et portant l'impression du cachet im-périal peut être annulé.

Le grand-visir commande toutes les armées , possède seul Qomjine le Grand-Seigneur k <jroit.

iy% RÉYOlUTIOÎfS

de Tie et de âaort dans toute Tétendue de Tempire contre le» criminels pris en fla^nt délit çt peut nommer , destituer et faire mourir tous les ministres et les agents de lautorité souveraine. n proclame et fait exécuter les nouvelles lois, n est le chef-supréme de la justice qu'il administre 9 cependant avec Tassistance et d'après l'opinion des oulémas. Il représente enfin son maître dans toute l'étendue de sa dignité et de sa puissance temporelle non-seulement dans l'empire , mais encore auprès des autres puissances étrangères. Mais autant ce pouvoir est beau et étendu , autant il est dangereux et précaire.

Les premiers empereurs ottomans remplissaient eux-mêmes leurs fonctions souveraines. Tous leurs commandements étaient datés d^ FÈtrîer impérial , parce que c'était à cheval et sur leurs étriers , que ces princes actifs et inftitigabtes étaient supposés se tenir au moment où ils écrivaient ou expédiaient leurs ordres. Mais en exerçant leurs fonctions souveraines , les monarques ottomans devenaient eux-mêmes l'objet immédiat de la haine et des murmures que pouvaient e:s^tter parmi le peuple leurs injustices et leurs erreurs.

. ^Ainurat 1" , et qui la Turquie doit ses phis sagea et ses plats utiles institutions , fut le pre-

DE CQN8TANTIN0PLE. i;i

mier qui remit Vf xercice de son pcmTôir à un grapd-visk. Celiû*o) éennt aussitôt le but, contre lequel ^ flirigèrei^ h$ plaintes et les cris des sujets. Le sacrifiée de ce lieutenant , tfm souvent o'élait caixpai>le q^e de trop de fidélité envers SOI» maître, f^t dè^lor^» ceanme il Va été depuis ^ un m^^eok poUtique f^t presque toujours certain de ram^neip )e c^me et de satisfaire la nation.

|liaiii& eer pays » otà tetil se vend , ou les grands doni^Qf: peu. et ref olyeiit de tous côtés , les immenses a^antoige» aAtacbés à k place de grand- Y.isir et qui hii preicurènt ^ dit-on , un revenu de deux milUons de 4ratics , donnent naissance à une foule d'intrigue^ pour le rançonna , le des^ tituer ou le faire périr. C'est surtout contre ee premier agent de l'autorité souverai^Eie que left principauTi acteurs de, la faction du sérail' dii^ gent leurs iutrigues, et qu'ils s efforcent de satîsfaii;e leur avidité dévorante en le raneQia^nt o» en travaillant à le renverser. ...

Exposé à ces intrigues^ aux fureurs diji peuple et au^ soupçons d'un monarque oinbf ageux ^ le grand-visir mène une vie miséralafle. par les inquiétudes qu'il éprouve , et péniUe par les nomliireuses occujKsitlons dont il est accabJié.

Gonwie juge , il eat obligé de tenir divan trois fois la seiiMdQe , la* première pour les, affaires gé^

nérales avec les deux cadîs-askers ; la deuxième, pour les affaires de Constantinople avec le stamboul-cadissi , et la troisième avec les moUas de Eyouîb , Galata et Scutari pour les causes relatives aux habitants de ces trois faubourgs. Mais il se

contente de confirmer l'opinion des hommes de loi et ne fait qu'ajouter le mot 9ah , ( ainsi soit fait ) aux sentences préparées par ces oulémas.

Comme chef du ministère , tout le fardeau des affaires publiques pèse sur lui. Le kiaya-bey , le terfterdar , le réis-efendi ne sont pas (comme tant d'auteurs ont cherché à les définir) les mi^ nistres dé l'intérieur , des finances et des affaires étrangères ; ils ne sont que les subordonnés du visir , ne travaillent qu'avec lui et reçoivent leurs ordres de lui seul. Le grand-visîr a seul le droit de correspondre directement avec le Sultan.

Comme commandant en chef de toutes les forcés militaires , il nomme les généraux et les gouverneurs des villes et des provinces , dispose des mouvements des troupes, et dirige lui-même^ en temps de gtierre, les opérations des armées ottomanes. C'est en cette ôdcasîdn que les ministres , qui ne pouvant agir que par lui et en son nom , quittent Constantinople pour le suivre dans tous ses mouvements militaires. II est alors remplacé hii-niéme auprès du Grand-Seigneur

par un caimacan , et ses subordonnés le sont par des yekils , dont lautorîté expire après le retour •de ceux dont ils ne sont que les substituts.

Comme chef de la police , le grand-visît parcourt lui-même avec ses gardes , et le plus souvent incognito , la ville de Constantinople et ses iipmenses dépendances. C'est dans ces courses fréquentes , qu'à l'exemple du Grand-Seigneur, il déploie cette autorité arbitraire , que plusieurs écrivains ont représenté comme l'unique essence de ce gouvernement , et qu'en frappant comme la foudre un prévaricateur pris en flagrant délit, il inspire à la populace une terreur salutaire.

Le kîaya-bey est le lieutenant du grand- visir pour toutes les affaires de l'empire. C'est par ses mains que doivent passer tous les rapports relatifs au service public. Il les examine , entre dans les détails et prépare les décisions. Cet en^loi est très-important. Lorsque l'individu qui l'occupe est souple , adroit et insinuant , il s'entend avec son chef et devient la cheville ouvrière du gouvernement. Mais il arrive quelquefois que le kîaya-bey, quoique entretenu aux frais du grandvisir , se met en opposition avec lui , épie sa conduite et cherche à lui nuire par ses intrigues dans le sérail.

INous avons vu à l'article des finances quels

1^ RÉrOtUtlONS

«ont les droits , les fonctions et les prérogatives du terfterdar. Ce ministre s appuyant sur les formalités nombreuses de sa comptabilité très-compliquée, trouve souvent le moyen d'échapper à la d^iendtfice et aux demandes du grand-visir.

Le reîs-^fendi n'était autrefois tjue le chef de tous les écrivains de la -chancellerie comme son titre l'annonce. Toutes les archives sont sous sa garde. Tous les diplômes , ordres ou fîrmans de la Porte sont faits dans ses bureaux. Étant chargé de rédiger les rapports^ dU grand-visir à sa Hau* tesse , il est devenu le pivét principal de la politique exiiérieure de ce gouvernement.

C'est par ses liiains que doivent passer toutes les noies que les aad^assadeurs adressent à là sublime Porte.

Lorsque la Porte , fièrè de sa puissance , regardait avec une espèce de mépris tous les souverainfi de l'Europe , le rëiSHefendi ne jouait qu'un rôle secondaire dans le ministère ottoman. Mais depuis que les Tures alKiiJbiis ont appris à connaître la force des grandes monarchies de l'Europe et ont commencé à craindre pour leur existence politique , la place de reîs^fendi est devenu une des plus importantes et celle qui est la plus diflicile à remplir à cause de la difficulté de trouver des sujets qui possèdent une connaissance

DE eONSTANTINOPLE. i^i

suffisante de la marche des affaires et de la polv* tique des cabinets de l'Europe.

L^ beylikchi est le chef des bureaux de la chancellerie pour lexpédition de tous les ordre» et firman3 de la Porte; il dépend du reis-efendi*

Le nischandgi n a pas d'autres fonctions à remplir que celle de mettra le chiffre du Grande Seigneur au-dessus des firo^i^â. Comme cet offi<* cier a le droit de faire des représentations moti-» vées avant d'apposer sur les ordres émanés de lat chancellerie ce signe indispensable , il devknk une espèce d^'entraye à l'autorité de» autrcs mi^ nistres.

lie tchiaous-bachi , est , comme nous avons wk déjà , le chef de ces tchiaous qiii formaient autres fois un corps de cavalerie , et qui ne sont plus quo des agents de police et les huissiers des tribU'-» oaux. Cet officier accompagne partout le grand» visir , fait exécuter ses volontés , confirme seft ordres , en y ajoutant sa signature > amène les accusés et les plaideurs à son tribunal et lui prés sente les ministres étrangers (i).

Le grand -visir, le kiaya-bey, le terikerdar,

(i) Lebuyuk et cutchuk-teskeredgis sont chargés de lire 9 dans les audiences où le grand-vizir administre la justice y les placets des plaideurs et d*éerif« les prooé-*

17» ' RÉTOltTIONS

le reis'-efendi ; le beylikchy , le nischàndgi , le tchiaous-bachy et te capitan-pacha , lorsque ce dernier se trotive à Constàntinople , forment le conseil dès ininist|*es de la Porte. L'ordre donné parle sultan Sélim , de soumettre toutes les affaires aux délibérations de ce conseil , avait beaucoup diminué Tinfluence et l'autorité du grand-visir. Depuis la mort de ce prinee, le grand-visir ne cherche plus à s'étaycr de l'approbation du conseil des ministres que dans les affaires importantes, et lorsqu'il craint de compromettre sa 9Ûreté personnelle.

Le grand conseil d'État comppsé des ministres actuels , dés anciens titulaires et de tous les pachas ou gouverneurs qui se trouvent dans la capitale , n'est rassemblé que pour déterminer la paix , la guerre , les alliances politiques et toutes les opérations qui regardent la tranquillité générale et les grands intérêts de TÉtat.

'- Lorsi^u^ll- s'agit de modifier les anciennes ordonnànceS'des enipèréûrs ou de faire une loi qui , en déracinant ûii abus , tendrait à heurter une portion nombreuse de la nation , le grand-

dures. On peut les regarder comme les greffiers de ce tribunal suprême : cet emploi a été souvent un échelom pour parvenir au niinistère.

DE GONSTANTINOPLE. 177

TÎsir a coutume de convoquer le conseil général des chefs de la nation. Tous les pachas , les sandjaks , les beys , les ayans et les principaux officiers militaires reçoivent Tordre de s y rendre ou de s'y faire représenter. Tel fut le conseil-général que Moustapha-Baïractar assembla après

la mort du sultan Sélim , pour proposer des changements dans l'organisation des janissaires et la création du corps des seymens.

Les résolutions de tous ces conseils sont communiquées au Grand-Seigneur par son visir. Ce prince ne tarde jamais à faire connaître par uu kattichérif son approbation ou son rejet.

Des . Pachas j des Sandjaks et des Ayans.

€e mode simple de gouvernement se reproduit dans les provinces. Chaque pacha exerce , dans le pays qui lui est soumis, la même autorité que le grand-visir déploie à Constantinople.

Son kiaya ou lieutenant , son hasnadar ou frésorier y son divan-efendi ou çhaAcelier forment son conseil et remplissent auprès de lui les mêmes fonctions que le kiaya-bey , lé terfterdat et le reis-efendi exercent à Constantinople.

Un mufty particulier est chargé de le diriger par ses fëtfas , et de lui faire connaître le véri^

i;S RÉVOLUTIONS

table sens des lois dans les cas extraordinaires et épineux.

Il a le droit d'appeler auprès de lui tous les chefs militaires et les notables de son pachalic , pour les consulter sur les grands intérêts de la province.

Les pachas , ayant coutume d acheter aux enchères publiques de Constantinople les malikianes ou les revenus affermés de leur gouvernement , en tirent un grand parti pour s enrichir ; mais ils se trouvent par là intéressés à persécuter ceux dont, ils devraient être eux*mémes les fr(H tecteurs contre la rapacité des traitants.

Les fonctions des pachas, quoique brillante!

et lucratives, sont presque aussi dangereuses que celles du grand-visir. Surveillés par les hoihmes de loi et par les janissaires de leur, pravince , ^posés aux mouvements séditieux de ces dernjlei^ , ils doivent se tenir constamment en garde contre le$ intrigues avides de la faction du sé« T^îl et des ministres de la Porte. Gomme ce ne§t que par largent, qu'ils peuvent se soute* nir , toutes leurs vues tendent à se procurer ce métal çcsTFupteur , afin de contenter leiirs* soldats et de satisfaû^e l'avarice des principaux valets du sérail.

. L^tn^pire .ottoman est .divisé entreAte-ipiatre

pacfaâlic» , dont onze en Europe , dix-neuf en Asie et quatre en Afrique.

Ceux d'Europe sont les pachalics de Roméli^ , dont Serbie est le chef-lieu, de Belgrade, de Bosnie , de Négrepont , de Candie , de Scutari , de Yanina , de la Morée , de la Moldavie , de la Valachie et de l'Archipel , qui dépend du capitan* pacha.

Les pachalics de l'Asie sont peux d'Anadhoilly dont le chef lieu est Kutaya , de Tr^bisonde , de Sivas, de Konié,de Merasche, d'Adana, d'Aghalzighe ou Géorgie turque , du Diarbeckir, de Kars^ d'Erzerum, de Van , de Mossoul, de Bagdad (ce dernier a englouti les pachalics d'Orfa et de Bassbra ) , de Chypre dont les revenue appartiennent au grand-^yisir , d'Alep , de Tripoli , de Syrie V de Seyde , ou Acre , et de ï^amas.

Les pachas ou gouverneurs de l'Afrique olto-« ioane sont le pacha du Caire et les deys des ré^ gences de Tunis, Alger et Tripirfi.

Quelques pachas ont le titre de êeyiesêef et le droit de se faire précéder par ttois queues de chevâd. Les pochas d'Anadhouly et de Romélie , ^ontde droit beylesbeyset pachas à trois queues , parce que ces gouverneurs commandaient autre- * fois en chef les troupes d'Europe et d'Asie. Mais ce titre honorable est accordé aussi pour des ser

iSo RÉVOLUTIONS

TÎces importants à des pachas qui possèdent des gotivernetnenls inférieurs^

Les pachas ont sous leurB ordres des sand js^s ou gouverneurs de district. Ceux-ci exercent dans larrondissement qui leur est confié une autorité semblable à celle des pachas; mais ils ne peuvent faire porter devant eux qu'une seule queue de chevak II existe cinquante-huit sandjaks en Europe et cent quatre vingt-seize en Asie.

Les villes sont administrées par des ayans qui laissant aux cadis la justice , exercent lautorité civile etmilitaire (i). Il arrive quelquefois qu'un simple ayan parvient par son courage, son adresse ou ses richesses -à se procurer une troupe soldée et de nombreux adhérents, se rend indépecidant du pachà et du sandjak et devient même redou table ou incommode au ministère ottoman.

Tel est le gouvernement turc ; simple dans sa composition, uniforme dans sa marche , expéditif dans ses opérations , il annonce son origine militaire. D donnait une grande force au souverain lorsque celui-ei trouvait dans les agents de son autorité » Tobéissance absolue que des subordonnés militaires doivent à leur chef.

(i) Tels sont les ayans de Sérès et de Philippopoli. Tels étaient deroièrement les ayans de Bur^as et de RutsAouL.

DE CONSTANTINOPLR iSi

Depuis Faffaiblissement de la puissance sou-» ▼eraine, ce mode de gouvernement semblerait propre à favoriser la ehute de la maison otto^ mane et la dissolution de cet empire par la £acilité que des pachas audacieux trouvent à rassem** bler des troupes et à Lutter contre . leur maître. Cependant malgré tant de guerres , de révoltes et de changements dans les monarques régnants » l'empire turc est encore intact et la maison ottomane contin^e à régner.

Cette force et cette stabilité tiennent aux prîn*' cipes que )'ai expliqués plus haut, surtout é celui <|ui représente la natioa des Osmanlis comme une aggré'gation d'individus plutôt que de fa-^ milles. L'égalité politique de taus les Turcs et le droit incertain des successions » empêchent le fils d'un pacha de penser à hériter de l'autorité d^ son père à moins qu'inspirant à celui-ci ulie enr tière confiance ( ce qui est assez rare), il n'aijt l'habitude d'être son lieutenant dans le comman-dément des troupes.

La nécessité qui oblige les pachas de vexer les liabitants de leur province pour soudoyer leurs troupes, les fait détester par leurs administrés et par les. janissaires du pays, et les. force à avoir recours * à des étrangers mercenaires.

CeuX*€i, indociles et capricieux, sont toujours

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prêts à déserter, ne peuvent être retenus que par des présents et des caresses, et ne manquent presque jamais de se disperser après la mort de leur maître temporaire pour aller offrir leurs services à d^ nouveaux aventuriers.

Cest pour cette raison qu'on a vu depuis plus d un siècle tant de pachas refuser d'obéir aux ordres du sultan , combattre ses troupes , se soutenir long-temps et conserver même jusqu'à la mort lès rênes du pouvoir. Mais aucun d'eux n'a laissé son titre et son autorité à ses descendants directs et la Porte a rarement trouvé des obstacles pour s'emparer après leur mort des trésors qu'ils avaient accumulés pendant leur vie. .

Convaiiicu de l'utilité des pachas, le gouvernement turc a fait , il y a quelques années , de trèsgrands efforts pour détruire le pouvoir de vingtquatre beys mamelucks quiavaient réduit le pacha du Caire à n'avoir en Egypte qu'une vaine représentation. Les pachas meurent ; leur puissance disparait avec eux; leurs trésors tombent dans les coffres du Grand-Seigneur. Mais la milice des mamelucks se reproduisait d'elle-même*; ses chefs se succédaient entre eux par principe jd'ad option. Leur pouvoir et leur influence restaient inaltérables ;Ies immenses ressources de l'Egypte étaient perdues pour la Porte. Il était donc de l'intérêt

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du gouvernement de détruire l'autorité des inamelucks pour rétablir celle des pachas.

Mais il existe actuellement en Turquie quatre grandes autorités qui paraissent faites pour donner de sérieuses inquiétudes à la maison régnante. Celles-ci sont: Mahomet-Ali, pacha d'Egypte, Ali, pacha de Yanina, ^t les maisons opulentes de Caraosman-Oglou et de Tchiapan-Oglou.

Depuis que Mahomet- Ali , à la tête d'une troupe d'aventuriers albanais, est parvenu à chasser de l'Egypte les mamelucks que l'armée française d'Ofient avait déjà beaucoup affaiblis ; il exerce sur cette province un pouvoir presque indépendant. Mais il est pacha ; il commence à vieillir. Maîtrisé quelquefois par une soldatesque capricieuse et indocile , sa vie court sans cesse de grands dangers. Il est probable qu'à sa mort , la Porte aura autant de facilité à saisir ses trésors, que ceux du fameux Dgézar-Pacha (i).

(i) Dgézar-Pacha, renommé par sa cruauté,, a été pacha en Syrie pendant plus de 5o ans. La Porte a cherché plusieurs fois à s'en défaire par des voies détournée^; mais cet homme sanguinaire, qui a montré dans plusieurs occasions ^ et surtout au dernier siège de Saint-Jean-d*Âcre, une valeur brillante^ a toujours su déjouer les entreprises du gouvernement turc contre sa

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Âli , pacha de Janina ( i ) , qui , au courage d'uu Turc, joint la prudence astucieuse d'un Grec , f3s| de tous les pachas actuels , celui Cfai pourrait donner de «plus ^ives inquiétudes au gouvernement turc , parce que ses fils , accoutumés à commander aux troupes de leur père , sont trop puissants pour ne pas lui succéder. L autorité da commandement parait donc affermie, au moins pour une génération dans cette famille. Celle-cf sage et éclairée sur ses véritables intérêts , a toujours évité en s'agrandissant de choquer le gouvernement turc , et pénétre , par les intrigues de ses agents, presque tous Grecs, non-seulement dans l'intérieur du sérail, mais encore dans 1er cabinets des principales puissances de l'Europe. Mais on croit qu'à la mort du vieux Ali-Pacha la rivalité du commandement divisera ses enfants , tous pleins d audace et d'ambition , et parviendra peut-être à détruire l'édifice politique que ce pacha a éleyé avec tant de peine et d'adresse.

vie ; il est mort tranquillement dans son lit à un àg% avancé.

La Porte a hérité de son immense fortune.

(i) Ali-Pacha descend d'un renégat grec , écrit à peine la langue turcjue et ne parle en général que le grec vulgaire.

Les familles de Caraosman-Oglou et de Tchiapaii^ Oglou , dont la première gouverne tout le riche pays qui est situé entre le Méandre et la Propontide , et la seconde celui dont les fleuves San*^ garius et Halys déterminent les limites , possèdent héréditairement des richesses qui les mettent en état de soudoyer des troupes , d'intriguer avec succès dans le sérail, et d'exercer dans leurs domaines une autorité presque indépendante.

Mais ces familles ne sont fortes que parce que chacune d'elles est composée d'un grand nombre de beys ( i ) héréditaires qui tous , provenant de la même souche, sont soumis par intérêt et par habitude au chef de la famille. Celui-ci est ordinairement choisi parmi les membres de la branche la plus riche et la plus puissante.

La crainte du gouvernement et des pachas, et une rivalité inévitable entre deux familles voisines et puissantes ont cimenté de plus en plus l'union qui fait la force de chacune d'elles. Mais cette crainte elle même, en mettant le chef dans la dépendance de tous ses parents , maintient entre eux une égalité fraternelle. Il est difficile , d'ailleurs ^

(i) Nous avons vu 9 à Toccasion des troupes topracHf ou féodales, que les possesseurs des fiefs héréditaires « quelques petits qu'ils soient , s'appellent Beys»

que ces deux maisons puissent jamais s'entendre

pour agir contre l'autorité du gouvernement

ottoman.

Ainsi la dynastie , qui depuis cinq siècles gou- Yemc les Osmanlis , a vu chasser du trône plusieurs de ses chefs par les mouvements séditieux des oulémas et des janissaires. Elle a dû souvent souffrir avec patience Tinsolence et les menaces de quelques pachas rebelles. Cependant n'ayant presque rien à craindre des troubles intérieurs de cet empire, elle parait destinée à occuper encore long-temps ce trône orageux , si ses puissants voisins consentent délaisser languir Sous le joug d'un peuple, dont la barbarie semble incorrigible, ces provinces si favorisées par la nature , et qui ont été le berceau des^arts et des sciences.

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