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et ignorante y si le mufty , en qualité de chef du corps, n'avait pas conservé soigneusemeQt le droit exclusif de nommer à tous les emplois ecclésiastiques. D'ailleurs, la coutume qui s'établit bientôt , de ne choisir pour le service des mosquées , que ceux des élèves qui montraient le moins d'adresse , d'intelligence et de zèle pour l'étude , et de réserver les autres pour la ma^s^ trature , rendit la classe des prêtres inférieure à cell^ des juges , non-seulement par les richesses , jpcï^i^ encore par les lumières et les talents.
Cependant les hommes de loi sentant l'impor*tance des fonctions sacerdotales A'y renoncèrent Jamais. d'une manière expresse et les remplissent encore dans quelques circonstances. C'est n^éme pour consacrer ce principe, que le mufty a seul le droit de réciter les prières dans les deux événe-r inents les plus iinportants de la vie des eippereurs Turcs , c'est-rà^dire leur avènement au trônç et leur mort, et qu^ les deux chapelains du sérail, quoique sortis.de la classe des iipans , foEit pf^rtie du premier ordre de la magistrature^
Tous les O sraanlis peuvent prétendre à être admis dans le corps des oulémas. Mais les jeunes gens^ destinés à cette carrière doivent ftiirç leurs études sous le titre de softas ou patiens dans Içs pédressés ou collèges de théologie et de dyoit, qui
DE CONSTANTINOPLl. aS
sont attachés aux grandes mosquée^ dans les Tilles principales de lempire. Ces élèves «niassent, après quelques années d'étude , un examen peu rigide sur lalcoran, sur la langue arabe et. sur la psalmodie des prières publiques , et peuvent dès-lors être employés au service des mosquées ; mais admis dans le sacerdoce , ils ne doivent plus avoir d'autre vue que de terminer leur carrièrcf dans cette classe inférieure du corps desoulénias^
Les soflas, qui se destinent à la judicature» doivent continuer leurs études et parviennent ^ après plusieurs examens et une assez longue at- . tente , au titre de muiazvm ^ qui est le premier grade d'introduction dans la classe des hommes de loi. Ces mulazims deviennent cadis ou juges ^ et naibs ou lieutenant de juges.
Mais ceux d'entre eux , qui fondant leurs espérances sur leurs talents , leurs connaissances e% leur bonne conduite , ou bien sur la faveur plus puissante des chefs du corps, désire^nt açquérii^ le titre de mudéris ou docteur , dpivent continuer leur ennuyeux noviciat pendant sept ans , après lesquels ils subisent un dernier examen en présence du mufty. Ce pontife a seul le droit de leur conférer ce titre honorable , sans lequel on ne peut parvenir aux principales dignités 4^ la magistrature.
-»6 aÉYOLUTIONS
Léd enffilDts des priticipaux oulémas sont àîà* pensés de ces lentes et nombreuses formalités par une côUtUttie injuste et contraire àlessence de ce gouvernement , et dont la faiblesse seule du souverain a pu permettre l'introduction. Éle-* vés dans la maison paternelle , ils obtiennent souvent le titre de mudéris avant Tâge de dix ans, et se trouvent pat andenUeté à la tête du corps avant d'avoir atteîtit leur quarantième année. Les enfants des vîsirs et des grands dignitaires de la Porte obtiennent quelquefois un pa*jreil avantage par la fdveur spéciale du Grand- Seigneur, et sont distingués sous le titre de beyknoUas. Mais ces derniers exemples sont rares, tandis que les privilèges des enfants des niôllâs ,. ne dépendant pas de la faveur du souverain, sont devenus par l'usage les dtoits légitimes d'une aristocratie héréditaire*
Les mudéris de Constantinople sont divîsés^ entre eux en dix ordres ou grades successifs ,. dont le plus élevé est celui de Soulîmanyé. GeiiX qui sont paï^'venùs à ce dernier grade , peuvent iseuls prétendre aUi principales digiiitës de la magistrature.
Les mudéris des autres villes de l'empire ne Concourent pas avec c^Ux de la capitale , ^^tn'dnt d'autre perspective ou d'autre destinâition qua
DE OONSTANTINOPLE. ay
les empioîs de mufty dô province ou les fonctions de professeurs dans les collèges de droit.
La loi d ancienneté est suivie avec assez de ri- ^eur pour les premiers grades de la hiérarchie des mudérts (i). Mais la volonté du mufty dérange souvent Tordre régulier du tableau dans les grades supérieurs , et pour le choix des sujets qui sont appelés aux emplois de cadis*askers et à ceux de mollas de i "* et s* classe.
Les deux cadis - askets de Ronïélie et d'Anatolid, le stambol- cadisi ou Juge de Gonstantinople, et les mollas de la Mecque et Méditie,' d'Andrlnople^ de Broui^e, de Damas, du Gaire, de chacun des trois faubourgs de la capitale ( Gakta, Sctttari et Eyub), de Jérusalem, deSmyrne, d'Alep, de Larisse et de Salonique occupent dix- Sept tribunaux, auxquels on parvient successivement par ancienneté ou par faveur^ et font partie du î*' ordre «le la magistrature. Gelui-ci se compose non-seulement des titulaires actuels ^ qui ne j^euvent jamais rester pliis d'une année en fonction; mais encore de totsis ceulc qui, ayant occupé un de ces tribunaux, conservent airêc le droit d'être réélus , les honneurs de leur dernière dignité. Los individus de ce premier ordre stot
(0 y oyez d^Dnsoif,.
aS RÉVOLUTIONS
au nombre de cent : leur chef ^ qui est le plus an* cien de ceu|: qui ont occupé la dignité de cadis^ askers de Romélie, est connu sous le nom de reisouléma. Il jouit de très<^^nds honneurs , et succède ordinairement à la dignité yacante de mufty.
Les deux cadis- askers deRomélie et d'Anatolie sont les chefs des cadis ou juges , Tun en Europe, et l'autre en Asie, et nomment à tous les cadilics vacants dans leurs départements respectifs. Le premier , ayanjt une juridiction plus étendue , et pouvant seul juger les causes rela-^ tîves aux revenus de la couronne , a le pas sur son collègue.
La loi, qui exige que tous les cadis soient rem^ placés dans leur emploi au bout de dix -huit mois d'exercice , afin de les empêcher d acquérir^ une influence locale , qui pourrait devenir dan^
gereuse ou incommode au Gouvernement, augmente le crédit et les richesses des cadis-askers , à cause du choix des nouveaux juges , et par les, profits, qu'ils retirent de ces fréquents change-, ments.
Cinq grands officiers du sérail , quoique n'é-^ tant pas employéis à des fonctions judiciaires,, sont considérés comme appartenant à ce premier ordre de la magistrature, et peuvent y pf\r-^
DE CONSTANïINOPIE. sg
Tenir aux dignités les plus éminentes. Ceux-ci sont le khodgea ou précepteur du Sultan , le hekim-bachy ou premier médecin, le munedginbachy ou chef des astronomes et astrologues , et les deux hunkear- imamis ou chapelains du Grand-Seigneur.
Lés moUas des dix villes de Bagdad , Bosnie , Mèrasch , Sophie , Belgrade , Antab , Kutaya , Conyà , Philipopoli et Diarbekir forment le second ordre de la magistrature ; celui-ci se compose des mu^éris qui \ ne comptant pas sur la faveur des chefs du corps , nont pas la patience d'attendre leur rang tardif d admission dans le grade élevé de là soulîmanyé. Leur carrière est limitée. Us ne doivent pas espérer de sortir de ce second ordre de la magistrature. Leurs fonctions sont annuelles et amovibles comme dans Tordre plus élevé.
Nous avons vu que les mudéris , étrangers à la capitale , n'avaient d'autre perspective que celle d'être employés comme muftys de province ou comme professeurs de médressés. Ces muftys ont dans leur district particulier des fonctions analogues à celles de grand mufty , ou chef du corps en sa qualité dmterpréle des ïois; mais , comme leurs décisions ne sont relatives qu a des questions individuelles et à des intérêts
5a ftÉVÔLUtlONà
fia grandeur précaire , tandis que le mufty n'a à craindre que la destitution et lexiL
D'ailleurs ce dernier châtiment que le souverain peut infliger sans danger , lorsqu'il n a d'autre intention que de punir les prévarications et les intrigues personnelles d'un mufty trop avide ou trop remuant, aurait des résultats funestes, si ce pontife était considéré par les oulémas comme la victime malheureuse de son zèle pour la religion , l'état et les intérêts de son corps. Le nouveau mufty , quoique souvent ennemi personnel de son prédécesseur , serait alors obligé de suivre les mêmes principes et de s'exposer au même sort, et l'obstination du Gouvernement, dans un pareil cas, produirait infailliblement une insur-^ rection dangereuse pour le souverain et toujours fatale à ses ministres»
Tel est l'effet de la puissance , qu'a acquise et qu'exerce par son chef un corps, qui, autrefois feible , soumis et respectueux , n'était que l'ins-^ trumaat aveugle de l'autorité souveraine , et qui est parvenu par sa politique et ses privilèges à se rendre indépendant d'elle et à la maîtriser.
Les privilèges communs à tous les oulémas , 6ont de ne payer aucune taxe ni aucune imposition publique, de ne pouvoir pas être punis de teort et de n'être pas exposés à la loi arbitraire
BE GONSTANTINOPLE. 53
des confiscations. Seuls ils jouissent de ces prérogatives dans un pays où la mort et les confiscations sont les moyens ordinaires dont le monarque se sert à 1 égard des fonctionnaires publics pour affermir sa puissance et augmenter «es revenus.
Les auteurs turcs remarquent que c'est depuis environ deux siècles que les oulémas jouissent sans obstacle de ces privilèges , qui leur avaient ' été souvent contestés par les souverains qui ont régné avant cette époque. Cette observation prouve que la faiblesse des sultans dégénérés a pu seule jj leur concéder de si grands avantages. Mais le plus grand privilège que les chefs des Oulémas ont retiré des calamités publiques et de la faiblesse du gouyernement , est d'avoir réussi à former dans leur corps une véritable aristocratie, en assurant à quelques familles la jouissance héréditaire et presque exclusive des principales ma gistratures , et en assujétissant le sultan à suivre dans le choix du mufty Tordre des classement» établis par les règlements du corps (i).
Les oulémas possédant des lumières ique les
■Il II..» '
(i) Le Grand- Seigneur ne choisit plus les niuftys que parmi les cadîs-aslLers 9 ex-cadis-askers ou les muftyt déjà destitués. Il les prenait autrefois indistinctement parmi tous les membres de l'ordre.
54 RÊVOLWTIOîrt
Turcs estiment , des richesses qui inspirent da respect dans tous les pays , et ayant acquis des droits et des privilèges , indépendants de Tautorite souveraine , sont un objet continuel de terreur et de jalousie pour les monarques régnants. Cependant, quoique souvent ennemis de la personne du monarque , on peut les regarder Comme le plus ferme appui de Tordre actuel des choses et de la dynastie Ottomane.
La cause d une telle conduite tient à leur éducation , à leurs principes et à leur état politique. Destinés à remplir des fonctions purement ecclésiastiques et judiciaires, ils sont élevés^dans la haine des armes et dans la jalousie des hommes de guerre. La crainte que ceux-ci , en s'infcro* duisant parmi eux , ne dérangeassent Tordre des /Classements fondés sur des connaissances et des études tfaéologiques , et ne parvinsent à les assimiler aux autres corps de Tétat , leur a fait adopter, de bonne heure, pour loi fondamentale « que tout ouléma serait à jamais exclus de la prêtrise et de la magistrature , aussitôt qu'il aurait accepté des fonctions qui ne seraient ni sacerdotales ni judiciaires.
Cette loi , exécutée avec une rigueur inflexible» a établi une barrière insurmontable entre le» hommes de guerre et les oulémas. La politique^
Tintérét et la crainte d un danger commun , ont coutume de réunir ces deux corps ( qui devraient être naturellement rivaux ) , et les portent quelquefois à déposer un monarque , dont ils sont également mécontents, pour le remplacer par un prince de la même famille , sans considérer cette action comme une infraction aux lois de Tempire. Mais comme toute révolution qui aurait pour but de renverser la d3nQastie actuelle , ne pourrait être conduite et soutenue que par des hommes de guerre et par un général audacieux, à qui rien ne paraîtrait 9acré , elle serait vue avec horreur par les oulémas, dont lés droits, les privilèges et l'influence politique , fondés sur la fai« blesse du gouvernement actuel ; s'écrouleraient avec les débris de la maison Ottomane, à laquelle sont attachés d'une manière inséparable toutes les lois , les institutions et les abus actuels de cet empire.
Des Janissaires et des autres corps militaires
de r Empire.
Nous allons parler en premier lieu des jànissaires, qui partagent et soutiennent l'influence politique des Oulémas , et qui, ayant été les principaux auteurs de la puissance et de la gloire de
cet empire , sont devenus par leur fanatisme et
leur indiscipline la cause de sa décadence actuelle.
Les premiers empereurs turcs ne durent leurs
grands succès contre les Grecs énervés qu'à la réunion volontaire et accidentelle de leurs compatriotes Tartares , que lespoir du butin , ou celui d'un établissement conforme à nos anciennes tenures féodales, attirait sous leurs drapeaux victorieux. Mais les services de ces guerriers peu disciplinés cessaient ou devenaient peu utiles aussitôt qu'ils avaient obtenu la récompense qui lés avait attirés. Le concours seul de nouveaux avanturiers également avides soutenait et aliment£^it les armées ottomanes.
Amurat I" sentit le défaut de ces rassemblebleménts précaires , et résolut de former uii corps permanent qui reçut une solde régulière du trésor impérial, et qui, par son institution même, ne dût jamais posséder des timars ou domaines féodaux. Il employa à la formation de ce nouveau corps ses propres esclaves , et ordonna que le cinquième des prisonniers de guerre , et le dixième des enfants des villages chrétiens et tributaires y seraient incorporés. Ce prince sut toujours se procurer par sa grande économie des fonds suffisants pour fournir une nourriture iaine et abondante , et une solde exacte à ce»
nôuyeaux soldats. H le^ rendit dociles par sa sé-^ vérité impartiale et ses faveurs; et braves et infatigables par l'exemple de sa bravoure et de son activité. Résolu d'ajouter aux bienfaits les prèstiges de la religion toujours puissante sur une jeunesse nouvellement convertie , il fit appeler Hadgi-Béktache , le plus célèbre santon de ce siècle, et l'invita à bénir et à nortimer cette association de jeunes guerriers. Bektache les nomma Janissaires ( i ) ^ les bénit , leur inspira par ses discours un enthousiasme brûlant , et fut l'auteur des règlements de dicipline qui les gou^ vernent encore. La manche blanche de ce santon suspendue au bonnet de janissaire rappelle sana cesse à ce9 soldats les conseils et les lois qu'ils ont reçus de lui. Bektache est devenu leur protecteur céleste. Son nom invoqué dans les combats a servi plusieurs fois à ranimer leur courago et à affermir -la victoire. C'est aunomde cemémesanton, qu'on à toujours vu se former à Constantinoplç ces attroupements nombreux de janissaires , qui ont dépdsé tant de sultans et fait périr leurs ministres. Les janissaires étant une troupe permanente de soldats aguerris et saumis à une disciplioe sévère «devinrent le principal appui des armées otto-
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5« RJÉVpjLUTfpNS
luanes et acquirent: un ascei^fdaii^t irrésUtible sur toutes les levées féodales que les chrétiens pppp^ sèrent aux entreprises des Turcs. La çobéreuoe inébranlable de$ ra^gs serrés d^ leurs çolqnn^ d'ipfanterie les fit tripiiipber de la çav^lerje brîllan):e que les confédérés phrétiens aipenèrept dans les plaines de Cas^qyie, de Nicopoli, de Varna çt de Mpbatz e|: détruisit: lempire d^^ soud^p^ d'Egypte, dont les cavaliers Circa^ses, Meme\^cp étaient regardés comme ipvincibles. Ils ne furent vaincus , que lorsqu'on leur opposa des trQupas^ d'infanterie perinanenl^s, régulières etdisqipli*nées comme eux.
Le copimencement du dix -septième sîà(^e est l'époque intéressante où plusieurs souverains de l'Europe , entièrememt délivrés d^ entmvi^ du système féodal, commencèrent à avxiir sur pied , des troupes nombreuses d'infanterie. Celles ci, constamment occupées d'opérations et d^ m$knœuvres militaires, acquirent la force d'ensemble et l'activité d'action , qui sont les premières qua?lités des armées. La tactique , la stratège l'attaque et la défense des places furent étudiées avec soin et avec succès. Les chances de la guerre dépens dirent m^itis du nombre ef; des lyspositions des soldats et -purent êtresoumises au caleuL
On vit alors Turenne couvrir avecmoixis de
DE CONSTANTINQPLE. 3^
4o,ooo hommes les frontières du nord et de la France, que plus de i5o,ooo ennemis menaçaient sur différents points. Les {nrogrès de quelques peuples de l'Europe, dans Fart de la guerre, devinrent bientôt communs aux autres nations chrétiennes , que Tidendité ou la similitude d'opinions religieuses dispose à adopter les nouvelles institutions et les découvertes utiles. Mais ils furent perdus poor les Turcs:
C'est à peu près à cette même époque, que les empereurs turcs, élevés dans la captivité du sérail et cessant d'être guerriers virent leur autorité s'affaiblir avec la perte de leur réputation , que les Oulémas commencèrent à acquérir une influence contraire à l'esprit militaire de cet empire, et que les janissaires au lieu d'^re, comme autrefois, Les défenseurs du trône, devinrent lés instruments aveugles de l'ambition des prêtres et des magistrats. Nous avons vu plus haut, qu'il était de l'intérêt des Oulémas, de; s'opposer fortement à Tintroduction des nouvelles armes et des institutions militaires, qui auraient rendu au souverain son ancienne force et aux' troupes leur discipline.
Les empereurs turcs, au lieu de combattre les funestes effets de la politique des Oulémas en se rapprochant des janissaires et en gagnant leur
4o RÉVOLUTIONS
estime et Icfur aflfection, sd firent un devoir constant de letir montrer de Féloignement et sappèrent eux-mêmes les fondements de leur au to-^ rite , en changeant entièrement la composition de ce corps*
Les janissaires avaient été remarquables jusque vers le milieu du seizième siècle de notre ère par leur bravoure, leur discipline et leur dévouement à leur souverain , parce qu'ils n'avaient ' formé jusqu'alors qu'une association de jeunes esclaves, qui, sans patrie, sans parents et san« fortune regardaient leur corps comme leur patrie, le Grand-Seigneur comme leur père et n'attendaient leur fortune que de leur valeur et de le\ir bonne conduite. Mais ces qualités qui les avaient rendus utiles aux entreprises militaires des monarques ottomans disparurent en partie; lorsque ce^ souverains, endormis dans leur harem préférèrent les plaisirs à la igloire, dédaignèrent leurs soldats et permirent que l'esprit d'indiscipline et de faction s'introduisît et s'affermit dans leurs trou- 'pes.' Écoutant les conseils de leurs lâches courtisans, et en traînés par la malheureuse înjfluence de leur (éducation efféminée, ces empereurs- turcs crurent qu'il était plus simple et plus avantageux d'affaiblir et de dénaturer la milice des janissaires , que de se corriger eux-mêmes.
DE COÏ^STANTINOPLE. 41
Les services» importans que les janissaires avaient rendus à l'État, leur avaient acquis de grands privilèges , qui excitaient lenvie des autres corps mUitaires et du reste de la nation. Ces privilèges qtii ont survécu à la gloire et à la discipline des janissaires et qui existent encore , sont detrele premier corps militaire de rÉtat,de servir de gardes au souverain , aussitôt qu'il sort de son sérail , de recevoir du trésor impérial, outre une nourriture saine et abondante , une solde qui, modique d'a- IxDrd , s'accroît avec les années de services , et d'obtenir enfin dans un âge avancé une pension de retraite et des commandements militaires.
Uâ forment pendant la paix la garde sédentaire des places de guerre, dont les clefs ne peuvent être confiées qu'à des officiers de ce corps. A 1 avènement d'un sultan , ils ont coutume de recevoir, et réclament impérieusement, comme les gardes prétoriennes des empereurs romains , une gratification considérable que Tépifisement du trésor public ne permet pjls de leur payer depuis plusieurs règnes (1). Toiis ces privilèges - « — p ■ ■ 1 1 .... ,. — .
( I ) Quelques odas ont des privilèges particuliers. Les cinq premiers odas sou t toujours employés à la garde des plates de guerre les plus importantes 9 et leurs chefs en «ont de droit gouverneurs. Les 60% (Ji*, 6a* et 65' oda$^
4t JHèVOLUTIONS
({énëraux el paiticuCers , acquit par ée$ serriccs îaiportants et par des actes hoiïorables de dévoue*' ment, avaient fait naître dans le cœur des musul* mans nés libres , le désir de pouvoir y participa* On permit d'cibord â un petit nombre de ces derniers d'entrer dansie corps des janissaires , et on cessa d y incorporer les prisonniers de guerre» Ceux - ci furent vendus pour augmenter les re* venus de 1 Etat.
Le • concours des musulmans fit abandonner peu à peu f usage d'exiger des villages chrétiens la ^me d^ enfants mâles pour en f(H*mer les compa^
dits des goiacs^ soni composé^ de soldats d^éiite pris dans tout le corps des janissaires. Ceux-ci marchent toujours à côté du sultajD y ont un casque doré et un habit semblaUe à celui des gardes des empereurs grecs et sont armés de lances , même en temps de paix et durant les cérémonies religieuses. Les 64*9 68* et ji* odas sont employés à la garde des chiens et des oiseaux de chasse da Grand-r^eigneur , quoique les princes Ottomans aient Kenoucé depuis long^temps aux [daisirs f^itigants de la chasse , aussi bien qu'aux dajigers de la guerre. Les chefs de ces odas ayant Tavantage d'approcher souvent du souverain , parviennent facilement à des dignités émînentes» Le 17* odas y dit des ceria^ ^ a le privilège honorable^ eo temps de guerre y de placer ses tentes vis-à-vis ceUe du €rand-Seigneur , de manière à obliger celuJi*ci à les tra-^ verser pour entrer dacs la sienne.
DE Ç^HSfANymOPLE. 45
pàe$ 4^ ^e«i-og)iiap$ , ou 4e9 novices du corps. Déj^, yer^ Tai^ée 1680 , le^ rayas étaient entièrsmwnt dSiyféf^ ,d^ ce jt^ibut» le plus cru^l dç tom cmi^ 1^ le}»: ayaient ^é imposés par le droit de conquête.
On permit aussi dlnjSidïrîre sur les coi^trôle» des û<pas nu grand nombre de volontaires qui » ne faisant Jàucmi service , qjç recevaient aucune solde, piais qui ûevik de porter le nom 4p j^ms- •aires i^ai^nt sûrs d^ trouver dans les ^Idats de ce corps des proliecteurs ^élé^ aui^qiifeU ils devenaient eux mêmes dies compagnons utiles dans les nu>nieiits de crise et d'insurrectiop. Quelques chrétiens même furent admis à cet honneur.
Comme un6 volonté librp guidait le choix de cef volontaires inscrits , on yit fes rôles de quelque^^ odas célèbres , ^ çQoiposer d^ plus de dix mille toms , tandis que d'autres n'en contenaient pas deux çeflts. Il résulta de labandon du principe primitif, qui n'admettait que des esclaves et des prisonniers de guerre dans le corps des janissaires , que cette milice cessa d être un instrument facile à manier entre Içs mains du souverain , et qn'identifiée ^v^ la nation , elle fut entièrement ious Vin^ite^çe dejs qpinions populaires.
V^nçkn^fi^ di^ipUçie , qn| ayait été le nfeyf et
la gloire des jaaissaires , né tarda pas à B*afiaiblir. Des musulmans libres avaient trop de peine à ' se soumettre au régime imposé à des (esclaves. Les lois concernant le célibat des janissaires furent négligées ; on permit aux hommes mariés d'habiter hors des casernes.
' Comme une ancienne loi refusait la soupe aux janissasiresqui n étaient pas présents aux heures de distribution , le gouvernement crut qu'il lui serait plus" avantageux d augmenter ses revenui par la diminution de la consommation des vivres , que de forcer ces soldats à remplir leurs devoir&t en recevant avec exactitude leur subsistance journalière.'
Les casernes ne furent plus habitées que par des hommes qui , étant sans métier et sans industrie , n'avaient pas d'autre moyen de se procurer leur subsistance. Les exercices et les ma- BÔeuvres /ordonnés par le grand Soliman , furent abandonnés. Les janissaires ne se rassemblèrent pîus qu'aux époques du paiement de la solder pour défiler par oda et deux à deux devant les liazirs ou inspecteurs.
Ils ne firent plus que le service des gardes et dès patrouilles. Leurs armes en teinps de paix ne furent que de simples bâtons; on leur défendit de j^orfcÇT des arnies à feu , j^arèe que ce*
DE CONSTANTINOPLB. 45
hommes insubordonnés auraient été plus nuisibles qu'utiles à la tranquillité publique avec des instruments de guerre.
La résidence dans les casernes n étant pluç indispensable pour recevoir la solde de janissaires , tous les principaux employés du gouvernement eurent soin de faire inscrire leurs domestiques sur les rôles des «soldats actifs de ce corps et les firent salarier par l'état.
Les pensions de plusieurs oturacs ou vétérans fuirent souvent accumulées sur la tête d'un courtisan ou d'un valet; la solde même des janissaires, étant payée sur des certificats individuels des y
chefs de corps , fut soumise à un agiotage favorable à la malversation , et ruineux pour les soldats.
Ainsi la gloire, la discipline , les exercices , l'expérience militaire et la force morale et physique des janissaires disparurent ; mais leur or-^ gueil , leurs prérogatives , leur importance politique et les dépenses de l'état pour leur entretien s'accrurent au lieu de s'afl'aiblir , et le souverain se trouva maîtrisé par une troupe qu'il avait cherchée à réprimer en la dénaturant.
,Le corps dfss janissaires , qui compte trois à quatre cent mille noms inscrits sur ses registres , et qui reçoit annuellement du gouvernement la
46 AÉVOLtTIONS
solde de plus de soixante mille soldats préte'ndùs actifs, n a jamais fourni dans le coûts des trois' dernières guerres un contingent de plus de vîngtcinq mille hommes. Ceux-ci , nbuyeaux dans Texercice des armes et n'ayant pas rhabitude'd'agir en masse, ne présentaient en général que laspect d'une cohue séditieuse plus bruyante que brave , et plus disposée à se disperser (}u'à combattre.
Comme les principaux acteurs des révolutions de 1807 et 1 808 appartiennent à toutes les classes du corps des janissaires » et quelques-uns même' aux dernières , il est nécessaire d'entrer dan« quelques détails sur la composition de ce corps. Le corps ou orta des janissaires a été divisé par les règlements du grand Sôlimati en 196 odas > d'après le nombre des chambresf qui étaient destinées à cette troupe dans les casernes de Constautinople. Ces 196 odas étaient divisés en 101 odâs de jaja-beys, 61 debolukis, etd'e34déseymanys. Les premiers, à qui la garde des places de guerre et des frontières était spécialement confiée , se distinguaient des autres par le droit qu'avaient leurs officiers dé porter des botties jaunes et d'accompagner à cheval Faga des janissaires ; tandis que ceux des bolukis et deà seymanys ne pouvaient avoir que des Ëottes rouges et étaient obligés de suivre à pied leur général.
DE COHSTANTINOPtE. 47
Cefte organisation a éprouvé pea de change^ ment. La distinction des coolears des bottes eikte encore ; mais les fonctions et rîmportance de ces trois corps se sont confondues. Gomme nousp f ayons dit, queUpieft-uns^deicesodasou régiments,^ tels que le trente-unième , sont très-forts , et rea-^ ferment plus de dix mille soldats , et volontaires inscrits ; d'autres n'ont pasdeux cents hommes ; la force de la plupart d'entre eux roule entre quatre et cinq cents janissaires^ de toutes dénominations. Le soixante-cinquième oda, auquel appartenait le soldat qui osa porter ses mains criminelles sur la personne sacrée d'Osman II, dans ¥é-meute de i6a3, n'existe plus depuis cette épo-* que, et malgré tant de séditions postérieures n'a^ pas encore cessé d'être un sujet d'anathème dans les prières du soir des janissaires*
La célébrité ou le discrédit de chacun de ces odas , ainsi que l'état de population et les dis-^ positions plus ou moins belliqueuses des habi^ tants du district particulier destiné à son re« crutement, sont la cause de cette différence, que les militaires européens regardent , avec raison , comme une irrégularité monstrueuse et qui prouve comblai legouyemementturc est lié par les anciennes institutions devenues abusives*
Les premi^^rs janissaires , qiJit habitaient plus