RÉ Y O LUT! ON S
souvent les camps que les casernes , étaieiit distingués entre eux par les numéros des marmites employées à leur usage. De là provenaient le- titre de Tchiorbadgy ou Directeur de la soupe domié au chef de chaque oda , et l'importance attachée aux fonctions de la cuisine.
L atchy ou cuisinier, les karakauloudgys ou marmitons 9 les saccas ou porteurs deau devinrent les sous-officiers de. chaque. oda, et furei^t chargés de larrestation et de la punition des coupables. Les marmites elles-mêmes , étant le poiat principal de réunion des janissaires, acquirent une plus grande considération que les drapeaux. Le bairaçtar ou porte-enseigne fut subordonnéa latchy ou. cuisinier.
La division des janissaires par odas nécessita I addition de deux nouveaux emplois. Les odasbachy ou chefs de chambre, les vékils-kbadgy eu dépensiers devinrent les lieutenants du tchiorbadgy ; les premiers pour la surveillance et la discipline intérieure , et les autres pour la comptabilité et les vivres.
Les tchiorbadgys sont choisis par laga des janissaires, qui a coutume de vendre cette place, à un :oda-J;>achy pour la somme de cinq à six mille piastres. La solde d'un tchiorbadgy est peu de chose, mais ses profits sont assez considéi^les»
DE CONStANTiNÔPIB- 4$
el ce tîlre ouvre la carrière aux premières dignités militaires de l'état. Les tchiôrbadgys profitant du système corrupteur, qui règne dans toutes les branches du service public, s'efforcent de s'indemniser de leurs avances en disposant des emplois subalternes. Mais les odas-bachys, qui ne peuvent être choisis que parmi les janissaires du mémeoda, et quin'ont pas entre leurs mainè la dis« tribution de la solde et des vivres, fihan<fent peu pour leur charge non lucrative. Tirés du nombre des janissaires du même oda , et ayant dû passer par tous les grades , ils sont regardés par les soldats comme leurs défenseurs naturels et jouissent d'une influence qui les rend formidables à leurs chefs.
La solde d'un oda-bachy est de cent vingt aspres par jour , celle du cuisinier est de quatrevingt-dix , celle du bairactar de quatre-vingts; les marmitons et les porteurs d'eau reçoivent cinquante à soixante aspres ; les oturacs ou vété-% rans ont jusqu'à quatre-vingt-dix aspres. La solde moyenne des simples janissaires est de' i^ingt aspres (i).
(i) Cent vingt aspres valent une piastre turque. La piastre qui valait 4 fr. 80 cent, vers le commencement du 18* siècle est réduite actueltemm.! à ao sens.
fio RÉTOLUTIONS
Ces rapports , qui établissent une différence de solde trop faible entre des fonctions si différentes, ne pouvaient convenir qu'a un corps composé primitivement d'hommes égaux parleur élut d'esclavage. Depuis la réduction de l'aspre à deux deniers , c'est-a-dire , à la cinquième partie de sa valeur primitive , la différence de solde entre ces divers emplois est devenue encore moins sensible; la considération, attachée au jgraide et à la supériorité d'appointements , a été . réduite presqu'à rien; les officiers n'ont pu commander qu'en flattant les soldats, et le gouvernement a perdu le plus puissant moyen d'jnfluen* cer la soldatesque par la voie de ses officiers.
Le corps des janissaires recevait du trésor public, vers la fin du XVIP siècle, la somme de trois mille sept cent quatre-vingt-quatre bourj^es (i) pour sa solde annuelle ; ce qui fait un peu plus de nejiif millions de francs, puisque la piastre, turque valait alors environ quatre francs quatre -vingt centimes de notre momiaie ac- «tuelle. Cette ^lilice reçoit actuellement près jde 1 0,000 bourses. Si Ton ajoute à la solde le prix des comestibles fournis aux soldats , qui habitent les casernes de Constantinople et celles des
(1) La bqw»^ ^ dQ cinq cents piastiws»
DE CONSTANTINOPLE. 5i
places de guerre , on aura une somme d*envH ron vingt millions de nos francs pour le total des dépenses occasionnées à Tétat par le corps des janissaires.
Les chefs principaux qui composent Tétat^ major général des janissaires sont, laga des }anissaires ( yenit-cheri^-agasi ) , le seymen-bachi , ristambol-^agasi , le kiaya-bey , le , yenit'cheri-efendi , le musuragasi ; le bach-tehiaous €t rorta-lehiaous.
L'aga des janissaires est le chef suprême du corps. Il choisit à son gré tous les ^néraux et les colonels de son arme , fait arbitrairement la distribution des détachements qui doivent corn-* poser la garnison des villes de guerre confiées aux janissaires , et nomn^e les gouverneurs de ces places. Ces nominations , pour lesquelles il consulte ses intérêts pécuniaires et politiques , augmentent considérablement sa fortune et soutiennent son crédit.
Mais pouvant être destitué et mis à mort sans jugement , par ordre du Grand-Seigneur comme un de ses esclavqs, Taga des janissaires n a de ressource pour éviter ou éloigner cette disgrâce que dans raffection de ses soldats. G est vers c^ but que tendent ses principaux efforts ; et lors-? qu'il a réussi à acquérir sur les janissair<^ . une
Sa RÉVOLUTIONS
influence prédominante , il devient alors Thom^ me le plus dangereux pour 1 autorité souveraine.
Mais la situation de ce chef est plus incommode que brillante , et plus dangereuse qu'utile ; car s'il craint d'un côté les caprices du monarque et les intrigues dune cour corrompue ; de lautre , il est en butte à tous les mouvements séditieux d'une soldatesque indisciplinée , qui ^ -semblable à une populace devenue souveraine , ajoute plutôt fol aUx accusations qu'aux éloges » n'encense que pendant un moment y et dont ' les* caresses excessives sont toujours lavant-coureur de la mort.
Les empereurs ottomans avaient coutume autrefois de conférer cette Importante dignité à un de leurs itch-oghlans élevés dans le séraU. Mais. depuis que les janissaires sont devenus si puissants, c'est parmi les officiers de l'état-major- ' général ou parmi les simples tchiorbadgis, c'està-dire parmi des hommes élevés dans le corps
et imbus des principes qui y dominent , que le
Grand-Seigneur est obligé de choisir celui qu'il destine à remplacer un aga mort ou destitué , ou celui dont les fonctions ont cessé de droit après 4itt an d'exercice. Cette limitation dans le choix ^es hommes appelés à cette haute dignité aurait
été le coup le plas terrible porté à latttorité sou* veraine et à la tranquillité ,de lempire , si les ja-« BÎssaires n'avaient eux-mêmes détruit leffet de cette grande prérogative par leur indiscipline et leurs cruautés. Caria fin tragique de plusieurs agas , •• que les janissaires ont sacrifiés à leurs fu-* reurs , a rendu timides la plupart de ceux qui ont été appelés à remplir ces fonctions précaires et dangereuses. Ceux-ci nageantentre deux écueils et instruits parie sort de leurs prédécei^sejurs, se sont toujours efforcés de comprimer les mouvements séditieux de leurs soldats, et ont montré de grands ménagements pour la cour.
Les dernières révolutions de Constantinople en sont un exemple. Ëxicitées^ par des chefs snbal-» ternes et dirigées par les oulémas, toutes ces insurrections ont toujours entraîné et quelquefois englouti dans leur mouvement rapide les agas des janissaires ; mais elles n'ont jamais reçu d'eux leur première impulsion.
Le seymen*bachi est le chef de ces odas de janissaires, qui sont compris dans la classe des seymanis. Il est le premier lieutenant de l'aga, a coutume de lui succéder et le remplace de droit sous le titre de yenit-chéri-agasi-caimacan toutes les fois que celui-ci s éloigne de Constan* tinople en temps de guerre pour accompagner
le grand-vîsîr et prendre le commandement des janissaires de l'armée.
Le yenît-cheri-kiaya-bey est le second lieutenant de laga des janissaires. U expédie au nom de cèluî-ci les brevets des officiers et les ordres de mouvement et de •service ^ et reçoit tous les rapports. On peut le regarder comme le chef d'état-major-général de ce corps.
L'istambol - agasi est le commandant particulier de tous les janissaires de Constantinople. Cet emploi est d'autant plus important, que c'est dans la capitale que les janissaires montrent leur funeste ascendant contre l'autorité du gouvernement. * • Le yenit-cheri-efendi est le juge du corps. Tous les différens importants , qui s'élèvent entre les janissaires, sont soumis à son tribunal. Les soldats accusés d'un crime capital ou d'un acte dUnsubordination qui cesse d'appartenir par sa gravité à -la police inférieure et particulière des odas , sont renvoyés devant lui. Mais ses sentences sont soumises à l'approbation de l'aga des janissaires qui juge en dernier ressort.
Le nmsur-agasi est l'agent de tout le corps des janissaires auprès de la Sublime Porte , et tire son nom du musur ou cachet du corps , qu'il porte 6am cesse sur lui* Il réside constamment
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auprès du graud-visir. Son devoir est d'être le défenseur des intérêts collectifs et individuels des janissaires auprès du gouvernement. Il a le droit de réclamer ceux d'entre eux qui ont été arrêtés ^ afin de les envoyer à la police particulière de leur oda ou devant le yenit-cheri-efendL
Le bach-tehiaous est chargé de l'admission des nouveaux soldats et de tenir les registres du corps. Il doit recevoir les derniers en les tirant par l'oreille et en leur donnant un soufflet. Ce trai-
tement , qui n'est pas humiliant dans un pays où les coups ne sont que le simple chàtimeni d'une faute commise, avait pour but de faire sentir aux jeunes esclaves admis dans ce corps leur extrême dépendance à l'égard de leurs supérieurs et la soumission aveugle qu'ils leur devaient.
. L'orta^tehiaous est chargé de l'exécution de toutes les sentences prononcées par l'aga des janissaires, par le yenit-cheri-efendi ou par les chefs dès od^s. Il est aidé dans ces opérations par deux tehiaous.
Tout janissaire condamné à mort perd ce titre honorable avant d'être exécuté. Son nom est rayé des registres de son oda. Cet exemple de respect pour l'honneur du corps avait un effet puissant et utile , lorsque les janissaires étaient des esclave»
Sô ; EÉyOLUTIONS .
enorgueillis par la rictoire et habitués aux vertus de leur état par un rude apprentisage et par une discipline sévère. Il n'est plus qu'une simple formalité depuis que ce corps est confondu avec la nation musulmane.
Depuis que les janissaires sont dévenus dangereux au Gouvernement par leurs fréquentes révoltes et presque inutiles à la défense de l'état par leur ignorance et leur indiscipline , il paraîtrait de l'intérêt du souverain de corriger ou de licencier cette milice pernicieuse. Le premier de ces deux partis serait le plus sage y puisque ce corps par son ancienneté , ses services et son état actuel est devenu un des éléments essentiels de cette monarchie militaire. Le second n'est pas praticable » tant que la Turquie voudra être une puissance indépendante; car pour licencier le corps des janissaires, il faudrait leur opposer une nouvelle milice tirée de la nation et nous avons vu que la partie la plus vigoureuse et la plus guerrière de la jeunesse musulmane a coutume de se faire inscrire dans les odas de janissaires.
La régénération des janissaires était praticable » lorsque ce corps ne contenait que des esclaves quelquefois turbulents mais toujours faciles à ramener. Depuis que la composition de ce corps A changé de nature» et que des monarques éner-
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Tes ont mieux aimé porter la langueur des harems daDS le sein de la discipline militaire que de soumettre eux-mêmes et leurs soldats à la vie dure et rigoureuse des premiers temps, les janissaires, ne pourront être corrigés que lorsque le souverain et la nation le seront eux-mêmes.
Un prince qui , né dans le sérail , élevé dans la mollesse, captif pendant la meilleure partie de sa vie , et enchaîné dans ses opinions par les préjugés les plus propres à abrutir Fesprit humain» porterait sur le trône le discernement nécessaire pour connaître le néant de sa grandeur apparente et les vices des institutions actuelles, et qui , en faisant les réformes indispensables , donnerait lui-même l'exemple des vertus et deô qualités qu'il voudrait inspirer à ses ministres et à ses soldats , serait iin phénomène extraordinaire qu'il n'est guère raisonnable d'attendre et d espérer, ,
Les malheurs des dernières guerres auraient dû ouvrir les yeux aux Turcs. Mais , comme les armées victorieuses des Russes n'ont pas encore passé la chaîne des Balkans, la populace de Gonstantinople et les habitants de l'Asie mineure , égarés par les jactances des janissaires , attribuent ces revers à la trahison. •
Les oulémas, qui connaissent la véritable