EXPLICATIVES ET JUSTIFICATIVES
DU PREMIER VOIUME.
Page 5. — > L' ambassadeur Porter et le chevalier d' Ohson sont les auteurs qui ont le mieux écrit sur les lois politiques et religieuses des Turcs.
«i'JlVbais pu citer KnoUes, auteur d'une Histoire de rjînipire Ottoman , en anglais , dont le docteur Johnson fait le plus grand éloge dans son Rambler. Cet ouvrage n'a pas été traduit en français.
L'Histoire Ottomane, par l'abbé Mignol , est peuexacte. Celle qui a été publiée en i8i3, par M. le comte de Salabcrry, vaut mieux , et renferme quelques observations lumineuses, fruit des voyages de cet historien à Constantinople et dans le Levant.
Page 5. — Le chevalier d' Ohson nous a peint les Turcs dans sa laborieuse et savante compilation^ etc.
Le chevalier d'Ohson dit dans le discours prélimiivaire qui précéda sou tableau général de l'Empire
i88 NOTES EXPLICATIVES
Oltoman : i Pour réformer les Oîtomans , il ne faudrait « qu'un esprit supérieur, qu'un sultan sage, éclairé, « entreprenant. Le pouvoir que la religion met dans se» c mains , l'aveugle obéissance qu'elle prescrit aux sujets t pour tout ce qui émane de son autorité, en rendraient « l'entreprise moins hasardeuse, et les succès moins in- « certains. »
Le sultan Sélim III, qui avait résolu de réformer les Ottomans, était sagç, éclairé , entreprenant, et avait un esprit supérieur. Cependant il a échoué, quoique son pouvoir fût fondé sur la loi , tandis que celui des oulémas et des janissaires, qui ont triomphé, n'avait d'autre appui que des abus.
Page 4- — Ll empereur des Turcs est regardé par les rnahoniétans sujinites coninie le successeur légllime du Prophète et des califes orthodoxes.
La plupart des auteurs disent sunnites et schytes. Mais le chevalier d'Ohson les appelle sunnys et schys. Le premier mot signifie orthodoxe , fidèle ; le second a le sens de séditieux et d'impie.
Les longues guerres que les Ommîades et les Abassides ont soutenues contre les partisan» d'Ali, ont excité à tel point les haines entre les deux sectes , qu'un Turc qui
tue en temps de guerre un Persan (les Persans étant scheïtes ) , est regardé comme aj'ant plus de mérite aux yeux du prophète , que s'il avait tué dans un combat soixante-dix chrétiens.
( Même page. ) — Les empereurs ottomans étant d'origine turtare y n'ont dû qu'à leur autorité les honneurs du califat.
« L'imam principal , dit le prophète dans l'Alcoran , « doit être de la race des Coureischs. b La famille à laquelle Mahomet appartenait, tirait son origine de Zihr Coureisch, d'où descendaient également les Ommiade» et les Abassides.
Les princes de la maison ottomane seraient donc exclus, d'après la décision miême du prophète , du titre de calife , et du droit de remplir les fonctions de l'imameth , ou de premier imam.
D'après l'exposé des dogmes de l'Islamisme , suivant Omer-Nessefy , ouvrage qui tient lieu de catéchisme aux écoles publiques et dans les médressés , « le premier € imam a le droit et l'autorité de veiller à l'observation « des préceptes de la foi , de faire exécuter les peines lé- « gales, de défendre les frontières, de lever des armées, € de percevoir les dîmes , de réprimer les rebelles et les « brigands , de dire les prières publiques les vendredis t et les beyrams , et de juger les citoyens. »
i<)o NOTES EXPLICATIVES
Les empereurs ottomans ont toujours exercé dans leurs étals ces prérogatives souveraines réservées au premier imam sans en demander l'autorisation, des califes de Bagdad on du Caire. — 11 est vrai, qucBajazet I", craignant que, pendant qu'il allait combattre la grande armée des confédérés chrétiens qu'il défit à Nicopolis, les princes musulmans, qui régnaient encore dans l'Asie Mineure, ne s'entendissent avec les mamelucks d'Egypte pour lui ravir ses états d'Anatolie , envoya une ambassade solennelle au calife Abasside du Caire pour lui rendre hommage et lui demander l'investiture de ses conquêtes et de celles de ses aïeux. Mais cette démarche avait été dédaignée par les prédécesseurs de Bajazct I", et a paru un exemple honteux aux yeux des monarques qui lui ont succédé.
Plusieurs mudéris de Constanlinople, très-versés dans l'histoire de leur pays , m'ont assuré qu'en exerçant les pouvoirs de l'imameth, les premiers empereurs ottomans prenaient dans leurs Etats le titre de calife, ainsi que les beno-kitadé à la Mecque, les beno-taba ou zeyad dans l'Yénien, les beno-idris à Maroc , et enfin les fâthimites en Afrique , en Espagne et en Egypte. — Mahomet II, conquérant de Constantinoplc, se croyait tellement au dessus des califes Abassidrs qu'en établissant le mufly chef du corps des oulémas et en le char-
géant spécialement de l'interprétation des lois, il l'appela «cheick-islam ou chef de la foi, titre que prenaient les anciens califes. — Séliml", après avoir vaincu les mamelucks et renversé le trône des soudaus d'Egypte , ne chercha pas à légitimer ses nouvelles conquêtes et ses anciennes possessions en demandant l'investiture à Mahomet XII , dernier calife de la race des Abassides , qu'il trouva au Caire. Il le traita au contraire en rival et en ennemi, et le força de renoncer à son titre de premier imam et de lui remettre le sandjack-schérif ou le drapeau du prophète. — Le sclïérif de la Mecque , de la race d'Ali , «'étant soumis à la même époque à l'autorité de Séliml" et lui ayant fait présenter par son fils les clefs du kéabé , personne n'osa refuser aux empereurs ottomans , malgré l'exclusion formelle du prophète, le titre de calife et de premier imam de la secte orthodoxe des mahomélans i^unnites.
Le califat des princes ottomans, lequel , n'étant basé primitivement que sur la force, a acquis depuis Sélim I" la sanction vénérable et générale d'un exercice non contesté de plus de trois siècles, embarrasse beaucoup les auteurs canoniques turcs , qui désireraient concilier la décision du prophète avec la puissance religieuse de leurs empereurs. Ils croient avoir résolu toutes les difficultés, en citant à«e sujet l'opinion de Zoussoul^ auteur cauo-
iga INOTES EXPLICATIVES
nique tiès-eslimé , qui vivait dans les premiers siècles
de l'hégire.
Celui-ci dit que Tautorité d'un prince , « qui aurait « môme usurpé le sacerdoce par la force et la violence, c ne laisse pas que d'être légitime , parce qu'après l'ex-. s tînetion du califat parfait , c'est-à-dire de celui qui a c été exercé légitimement pendant trente ans par les c quatre premiers successeurs du prophète (Mahomet « avait annoncé que le califat parfait ne durerait que « trente ans ) , la souveraine puissance est censée ré- « sider en la personne du vainqueur , du dominateur, ( du plus fort , dont le droit de commander est fondé « sur celui des armes. »
Mais les califes Ommiades que Zoussoul voulait excuser par cette opinion, étaient de la race, à laquelle les princes ottomans n'appartiennent pas.
Page 1 1 , ligne 9. — // est vrai qu'il arrive quelquefois que le Grand - Seigneur exerçant l'autorité prévvtale y etc.
Plusieurs auteurs, entre autres d'Ohson etToderiui, prétendent que les empereurs ottomans ont le droit de mettre à mort quatorze personnes par jour , sans avoir recours à des formes judiciaires et à la déposition de» témoins, et seulement par inspiralion.
ET JUSTIFICATIVES. ïqS
Tons les miidéris, que j'ai consultés à ce sujet, tn'ont assuré que le Grand-Seigneur peut niellre à mort, sans avoir recours à des ténaoignages humains et seulement par inspiration , les employés du gouvernement ou esclaves du sultan qui , abusant de leur pouvoir , parviennent souvent à cacher et à étouffer les plaintes des opprimés; ils ajoutaient que, pour limiter l'exercice de celte terrible prérogative , la loi ou plutôt la coutume a décidé que le nombre journalier de ces victimes de la sévérité du monarque ou de ses caprices n'irait jamais au delà de quatorze.
Page 18. — Vnkodjeay ou précepteur, est chargé de les instruire dans VAlcoraUy de leur apprendre les éléments des sciences cultii^ées autrejbis par les Arabes , ainsi que les calculs chimériques de l'astrologie.
Les Arabes , comme on peut le voir dans l'ouvrage intéressant de l'abbé Toderini, sur la littérature turque, avaient traduit les écrits d'Aristote, sur la logique, la morale, la physique, l'histoire naturelle, la rhétorique; ceux de Dioscoride sur la botanique ; les aphorismes d'Hipocrate, les ouvrages de Ptolomée sur l'astronomie; y avaient ajouté des découvertes utiles, et avaient inventé l'algèbre et la chimie.
Le prophète Mahomet condamne dans son Alcoran I- i3
l'élude de l'astrologie judiciaire , et dit « qu'ajouter foi « aux prédictions des devins sur les événements occultes a et à venir est un acte d'infidélité. »
Malgré le respect que les musulmans ont pour l'AIcoran et pour tous les préceptes qu'il renferme, il n'y a pas de loi religieuse qu'ils observent moins que celle qui défend d'avoir recours aux devins , Iteahiii et aux astrologues, muncdghn, et d'ajouter foi à leurs prédictions.
La perte de l'anneau de Mahomet, qu'Osman, un do quatre premiers califes, portait au doigt, à l'exemple de ses prédécesseurs, fomenta des troubles même dans cette époque si rapprochée du prophète , à cause des sinistres présages qu'on tira de cet événement, et occasionna le meurtre de ce prince.
Les promesses des devins préparèrent la grandeur de la maison ottomane, en excitant Erlogul et Osman I" à former les entreprises hasardeuses qui le rendirent bientôt maîtres d'une partie de TAnatolie. D'après le» munedgims de Constanlinople, tous les triomphes qui ont élevé l'empire ottoman , ou toutes les disgrdces qui l'ont affligé, avaient été prévues par les devins et les astrologues du sérail. La croyance dans les prédictions de ces imposteurs a toujours été si aveugle et si complète , qu'Amurat II , père du conquérant de Constantinoplc , ayant été averti par un derviclie que l'ange de
ET JUSTIFICATIVES. ujS
la mort était à sa porte , se prépara aussitôt à sa fin , régla la succession au trône , dicta ses volontés dernières et, quoiqu'avec une constitution très -forte et sans maladie, succomba le troisième jour à sa douleur et à son abattement. La plupart des auteurs turcs disent que Constantinople , qui avait résisté à Bajazet 1", n'esj tombé au pouvoir de Mahomet II que parce que ce prince était le septième sultan de sa famille.
Lorsqu^un sultan ottoman monte sur le trône , on écoute attentivement les premiers mots qu'il prononce , et on les regarde comme servant de pronostic au bonheur ou au malheur de son règne.
La paix , la guerre , les résolutions importantes ne sont arrêtées ou commencées qu'aux époques et aux heures fixées par les astrologues. Enfin , malgré la défense du prophète Mahomet , qui traite d'infidèle et d'impie tous les devins et ceux qui ajoutent foi à leurs prédictions, l'aveuglement des Osmanlis ù ce sujet est si général et si complet, que le munedgiin bachi, ou chef des astrologues, est non-seulement un des principaux officiers du sérail , mais encore un des membres les plus distingués du corps des oulémas.
iy6 NOTES EXPLICATIVES
Page 19 — La série brillante dont V histoire des nations n'offre aucun autre exemple des dix premiers empereurs ottomans , ijui tous coopérèrent à la gloire et à l' agrandissement de cet empire
Celle série se compose des princes suivants :
1°. Osman I" fonde la monarchie au commencement du i4' siècle. — Il partage avec six autres émirs ou chefs les domaines d'Aladin , dernier sultan de la dynastie des seljeucides, et obtient pour sa part laBjHhinie, qu'il agrandit bientôt par la conquête d'Iconium.
2*. Orcan s'empare de Nicée et de Nicomédie. — Sous son règne les Osmaulis passent et s'établissent en Europe en i556.
5°. Amuralh I" s'empare de toute la Thrace à l'excepfîon d'un faible rayon autour de Constanlinoplc , établit le siège de l'empire à Andrinople , crée la dignité de grand-visir, fait des lois très -sages pour le gouvernement de ses états , institue les janissaires et rompt par le gain de la bataille de Cassovre la ligue des chrétiens qui voulaient forcer les Turcs à repasser en Asie en loSg.
4°. Bajazet I" achève la conquête de l'Asie Mineure et détruit ou soumet les descendants des émirs qui avaient partagé avec Osmau I" les dépouilles d'Aladin.
La Macédoine , la Thessalie et une partie de l'ancienne Grèce se soumettent à son pouvoir. — La victoire de Nicopolis fait échouer une nouvelle croisade des cîxrétiens d'Burope contre les musulmans. — Mais il dut céder à la puissance irrésistible de Tamerlan qui , ayant réuni autour de lui quatre cent mille hommes , défit et prit Bajazet qui n'en avait pas deux cent mille (1402). 5". Mahomet I" eut à combattre ses frères et à réparer les malheurs de la défaite et de la prise de Bajazet. — Ce prince , mort|en 1421, sauva l'empire, déchiré par de» guerres intestines et menacé par les chrétiens, et conserva les conquêtes de ses aïeux.
6". Amurath II assiège en vain Constantinople et Belgrade; mais il s'empare des forts grecs du Pont-Euxin , ainsi que de la Grèce et d'une partie de la Morée, et oblige la Bosnie à lui payer un tribut. — Il assure ses conquêtes en remportant la victoire de Varna contre le jeune et imprudent Ladislas, roi de Pologne et de Hongrie.
7° Mahomet II s'empare de Constantinople .et donne le coup de mort à l'empire romain. Les enipereurs de Trébisonde , la Caramanie, la Bosnie, la Valachie et l'Albanie se soumettent au pouvoir de ce conquérant. Il chasse les Génois de la Crimée et les Vénitiens de l'île de Négrepont , débarque des troupes en Italie , s'empare d'Otrante et porte l'effroi dans toute la chrétienté.
— Ce prince, qui aimait les arts et les sciences, fut aussi distingué par ses connaissances dans les beaux -arts et la littérature que par ses talents guerriers. Il mourut en i4Si.
8'. Bajazet II , entravé par les guerres intérieures qu'il eut à soutenir contre Zizim ou Gein, son frère, qui lui disputait le trône , fit peu pour Tagrandissement de l'empire ottoman. — Cependant ses flottes battirent celles de Venise; les places de Lépante, Modon et Coron dans la Morée se soumirent à son autorité. — Un corps d'armée, ottoman, débarqué^dans le Frioul à la sollicitation de Ludovic-Sforce , duc de Milan , y fit une diversion niile en faveur de ce prince contre Louis XII et les Vénitiens.
9°. Sélim I" , devenu empereur en 1 5 1 a , après avoir fait déposer et empoisonner Bajazet II , son père, fui le plus grand conquérant de la dynastie ottomane. Victorieux contre le Schah-Ismaël, souverain de la Perse, à la bataille de Tchaldiran , il soumit l'Arménie et le Diarbcckir. — La bataille de Bury, qu'il gagna contre Gauri, soudan d'Egypte, lui valut la conquête de toute la Syrie. — La bataille de Matarée , dans laquelle les cavaliers circasscs mamelucks , qui avaient vaincu d'abord la cavalerie ottomane , furent défaits et mis *pn déroule par les janissaires, procura à S( lim \c trône d(
Eï JUSTIFICATIVES. 199
l'Egypte , et fit disparaître ce fantôme de calife Abasside, dont l'ombre de puissance, réduite à un vaiiî titre, ne servait qu'à sanctionner les opérations des soudans électifs qui gouvernaient TÉgypte et la Syrie.
Ce conquérant audacieux, qui faisait trembler ses ministres autant que ses ennemi», et à qui ses cruautés valurent le nom de yavus ou féroce, avait formé le projet de s'emparer de la Perse , et l'aurait exécuté, si la mort ne l'eût pas surpris en iSao, au bout de neuf ans de règne. 1 o'. Soliman I" , dit le sage et le magnifique , commença son règne par la conquête de Belgrade , soumit l'île de Khodes, envahit la Hongrie , gagna la bataille de Moliatz, et fil proclamer Jean Zapoli comme successeur de Louis II , tué dans ce combat , au trône de Hongrie ; il porta ses ravages jusqu'à Vienne, qu'il assiégea. La Moldavie se soumit volontairement à son autorité. — Les royaumes de la côte africaine , dite Barbarie , le reconnurent pour leur maître. Ses flottes victorieuses dans l'Archipel , l'Adriatique et la mer Rouge , portèrent les ravages de la guerre jusque dans l'Inde. Plus éclairé et moins fanatique que ses ancêtres, il chercha des alliés parmi les princes chrétiens, et seconda, par politique, François I" contre Charles- Quint. Législateur éclairé aussi-bien que guerrier intrépide , il mit de l'ordre, de la clarté et de l'uniformité par ses célèbres canons , ou ré-
glements clans la législation confuse et obscure de ses vastes États. — Son règne de 46 ans afFermit ses lois , se» nouvelles conquêtes et celles de ses ayeux , et doit être considéré comme l'époque où la grandeur, la puissance et la gloire des Osmaulis parvinrent à leur zénith.
Même page , ligne 19. — Celle sctie brillante fut remplacée par une ligne honteuse de princes. . . .
Aucun des successeurs de Soliman I" nlalla aussj loin que lui. Le courage des janissaires , et les divisions des princes chrétiens , permirent ?iux Turcs , pendant près de cent ans après la mort de ce grand empereur , de conserver la Hongrie, de conquérir quelques îles, et de menacer de nouveau la ville de Vienne. Mais l'empire ottoman s'affaiblit dès le règne. de Sélim II, fils de Soliman, et la décadence commença par la marine. — La bataille navale de Lépante, en 1671, terrassa la marine ottomane , qui n'a plus d'éclat depuis ce coup funeste. — Sélim II mourut en iSj^-
« Amuralh III, fils de Sélim II, s'abandonna aux astrologues , et à l'influence des femmes et des eunuques, et dédaigna la gloire militaire, ne commanda jamais ses armées, n'eut aucune confiance dans ses ministres, fut méprisé par les janissaires, et ne parvint à les calmer
dans dix révolles successives qu'en leur distribuant de l'argent et en leur livrant ses plus Hdèles serviteurs. — Ce fut sous le règne de ce prince que les oulémas commencèrent à exercer avec succès leur influence politique, et que les janissaires , qui méprisaient leur monarque lâche, cruel, efféminé, secondèrent les prêtres, afa» de légilimcr par la sanction des ministres de la religion leurs mouvements sétliiicux.
Mahomet III, fils d'Amurath III, commença son règne en iSqS, par faire périr "dix-neuf de ses frères. Barbare envers sa famille , il le fut envers ses ministres et ses sujets , et vécut sans cesse dans la défiance et dans la crainte. Ce fut socs son règne que les Ottomans , qui avaient été toujours agresseurs, commencèrent à élro attaqués par les impériaux. Gran fut repris par ces derniers. Le grand-visir , Sinan-Paeha, fut battu par un simple prince de Transilvanie. — Les Turcs ne possédèrent bientôt plus en Hongrie que quelques places fortes. La bataille Indécise de Careste , dans laquelle Mahomet III prit la fuite .avant de connaître le dénouement de l'action, compléta les désasîres de ce règne.
Ahmed I" , en montant sur le trône en 1G02 , épargna son frère : mais plus remarquable encore par la faibles? e de son caractère que par sa douceur , il s'abandonna au\ plaisirs du harem , et négligea ses armées. — Le son' i
de Perse, Abbas le grand, profilant des circonstances, attaqua la Turquie , défit le grand-visir Cioala , reprit Bagdad, ITrak-Agémi, et tout ce que le grand Soliman avait enlevé aux Persans.
« Moustapha T', frère d'Ahmed, était fou et imbécile. Les Osmanlis en eurent honte , et le déposèrent au bout de quatre mois de règne, en 1618. Mais le jeune Osman IL son successeur , fougueux , avare et étovirdi , entreprit contre les Polonais, malgré l'avis de tout le divan, une guerre que ses mauvaises dispositions rendirent malheureuse, mécontenta les janissaires par ses reproches et en leur refusant les gratifications d'usage , et eut l'imprudence d'annoncer qu'il allait opposer à cette milice séditieuse une autre milice tirée de la province d'Egypte, où il n'existait pas de janissaires. Ce prince devint la victime de la fvireur de ses soldats, et fut accablé d'injures, et abreuvé d'amertumes avant de périr par le fatal cordon.
Moustaplia I", tiré de nouveau de captivité en 1621 , reparut sur le trône. Mais se montrant e/reore plus stupide, plus inepte et plus cruel que la première fois, il fut déposé en 1622 , renfermé dans une tour du sérail et bientôt étranglé.
Amurat IV, frère de l'infortuné Osman II, avait obtenu de la nature une grande force physique , beaucoup d'adresse et des passions fougueuses. Sa force et sa valeur
ET JUSTIFICATIVES. 2o3
lui acquirent l'estime des soldats. Sa cruauté et sa vigiance les firenttrembler ainsi que tous les agents desonautorlté souveraine. Son courage le porta à entreprendre luimême le siège de Bagdad, où il montra sa férocité parle massacre de trente mille Persans. Aussi grand guerrier que les premiers empereurs de sa dynastie, il n'eut aucune de leurs vertus et mourut en 1640 à trente-un ans, victime de ses débauches et de son ivrognerie. Il aurait été par ses exploits et sa valeur une exception à la ligne honteuse des sultans dégénérés, si ses dispositions crapxdeuses ne l'avaientrenduencore plus méprisable. Ce n'était pas d'un pareil prince qu'on pouvait attendre des réformes utiles. Il se contenta de faire trembler ses ministres, ses pachas et ses sujets. Les oulémas, dont il avait fait étrangler plusieurs des principaux chefs malgré l'inviolabilité prétendue de leurs personnes, se prosternèrent humblement devant son sceptre de fer.
Ibrahim 1", frère d'Amurat, ne vit dans le pouvoir suprême que la liberté de s'abandonner à tous les plaisirs, et porta l'oubli des convenances au point de faire enlever par force la fdie du mufty pour satisfaire sa lubricité capricieuse. — Les janissaires et les oulémas, qui avaient tremblé devant Amurath IV , ne craignirent pas un souverain efféminé, le déposèrent en 1G46 et le firent périr par le lacet. — Mahomet IV , âgé de sept ans, succéda à
Ibrahim V* , son père. II n'y eut pas de régent de nommé. Sa mère et sa grand'mère furent chargées de la garde do sa personne. Le grand-visir exerça en son nom la même autorité que de coutume. — Mais la minorité de Mahomet IV fut l'époque des plus grands orages politiques. Les deux sultanes chargées de la tutelle du jeune prince se querellèrent pour la vente des emplois. Le sérail divisé devint un foyer d'intrigues et de crimes. L'ayeule du sultan dut céder à la mère et fut étranglée.— Les plus j^rands désordres régnèrent à Constantinople et dans les provinces; plusieurs pachas se révoltèrent; six visirs furent déposés et périrent. Les janissaires et les spahis, unis pour demander la déposition ou la mort des ministres, se battaient entre eux pour partager leurs dépouilles.— Cesexcès durèrent jusiju'à ce que Mahomet IV, parvenu à l'âge de qrinze ans, eut choisi Mehemed- Kinperli pour son grand-visir.
Mehemed-Kinperli, qui mourut grand-visir et qui laissa en mourant celle place éminenle à son fds Ahmed , digne de marcher sur ses traces, sentit que dans im pays agité depuis long-temps, les ménagements et la douceur étaient dangereux; il se montra sévère et inflexible, tit périr les pachas rebelles et tous les auteurs des derniers désordres, déclara la guerre à l'Autriche pour occuper Us janissaires etjes spahis, et Iranstéra le siège de l'En*-
ET JUSTIFICATIVES. 2o5
pire à Andrinople, afin d'éloigner Mahomet IV d'un» population sédilieuse.
La longue et vigoureuse administration de Kinperli ranima la gloire du nom ottoman. Candie aprt.-s un siège de vingt- cinq ans fut enlevée aux Vénitiens. Les armées ottomanes, favorisées par Tékéli et par plusieurs magnats hongrois, qui étaient ennemis de ia maison d'Autriche, eurent des succès, prirent Gran et allèrent mettre une seconde fois le siège devant Vienne. Nais à cette dernière époque les deux Kinperli n'existaient plus. L'ambitieux et ignorant Cura-Moustapha commandait les Turcs; l'illustre Jean Sobiesky dirigeait l'armée chrétienne de secours. Les Turcs furent vaincus ; le siège de Vienne futlevé ; Bude rentra au pouvoir des Autrichiens; la Hongrie presqu'entière fut reconquise, tandis que les Vénitiens enlevaient à la Porte les îles ioniennes et la Morée.
Les janissaires vaincus dirigèrent leur fureur contre leur maître et furent soutenus par les oulémas, toujours disposés à entraver et à affaiblir l'autorité souveraine pour affermir leurs prérogatives et accroître leur influence. Mahomet IV, qui pendant un règne de quarante un ans avait mieux aimé faire la guerre en personne aux bétes fauves des forêts d'Andrinople qu'aux ennemis de son empire, se vit obligé de quitter le trône en 1687 en faveur de Soliman II . son frère.
aoG NOTES EXPLICATIVES
Le nouvel empereur avait cinquante ans d'âge et de captivité lorsqu'il monta sur le trône. Sous le règne de ce prince craintif, irrésolu , et livré aux pratiques d'une dévotion minutieuse , les désordres intérieurs recommencèrent, et les malheurs de la guerre continuèrent , malgré la diversion que Louis XIV fit à cette époque en faveur des Osmanlis : Belgrade fut pris par le duc de Lorraine ; les Hongrois , délivrés de la funeste protection de la Porte , reconnurent enfin les droits héréditaires de la maison d'Autriche ; le souverain de la Transylvanie , qui avait été li long -temps tributaire du sultan ottoman , passa sous la protection de Léopold.
Mais un troisième Rinperli , fils d'Ahmed , parut alors sur la scène, et devenu grand-visir retrempa sa nation ; il reprit Nissa, Orsova et Belgrade, et alla ravitailler Témesyiixr. Le mérite de ce grand homme effraya le sultan Ahmed IL, successeur de Soliman en 1691. — Ce prince, cédant aux sollicitations du chef des eunuques, avait déjà ordonné la mort du grand-visir, qui était le soutien cl la gloire de l'empire. Mais Kinperli , protégé par les janissaires, garda les sceaux de l'État malgré le sultan, et fit périr les intrigants du sérail , qui avaient juré sa [»erle. Résolu de reprendre la Hongrie, ce grand-visir audacieux et infatigable se mit en marche contre les impériaux à la me de deux cent mille hommes, et manœuvra avec
habileté. Ses sages dispositions allaient lui assurer la victoire à Salankemen sur le prince Louis de Bade, lorsqu'une balle de mousquet, l'atteignant à la tempe, termina sa carrière glorieuse et causa la défaite de l'armée ottomane. La Hongrie fut perdue à jamais pour les Turcs. Mustapha II , fds de Mahomet IV , montra à son avènement au trône eu iCgS, des dispositions belliqueuses, et alla commander ses armées. Mais la bataille de Zenta , gagnée par le prince Eugène de Savoie , dans laquelle le sultan , effrayé par la défaite de son armée , prit la fuite et disparut pendant quelques jours aux yeux de ses soldats, qui le crurent miort, termina par le traité de Carlowitz la longue lutte des Osmanlis et des Autrichiens, assura à l'Autriche la Hongrie, la Transilvanie et l'Esclavonie, laissa les Russes en possession d'Asoph, et lit restituer à la Pologne la Podolie et l'Ukraine. — Ces revers et les conditions de la paix soulevèrent les janissaires. — Ceux - ci forcèrent Mustapha II à résigner en 1702 son autorité entre les mains d'Ahmed III, son
frère.
Le nouveau sultan vit bientôt arriver dans ses états
Charles XII, Roi de Suède, qui ne faisant consister la gloire que dans les combats, avait parcouru l'Europe pour en changer la face politique , sans que la Suède eût profité de ses victoires, et qui plutôt soldat audacieux
2o8 îsOTES EXPLICATIVES
que général hubilc, avait vu périr toute son armée dans une seule bataille et s'était trouvé réduit à demander un asile à un souverain mahométan. Traité généreusement par le sultan Ahmed et parvenu à faire déclarer la guerre parles Turcs à la Russie, Charles XII vit bientôt le monieiit où Pierre-le-Grand, engagé sur les bords du Piiith, allait périr avec foule son armée; mais Pierre, tiré d'embarras par l'adresse de sa femme et par l'altitude fière de son armée, répara proniptement sa faute et reprit l'asccndant que lui assurait son génie, tandis (jue Charles, ne cessant de se plaindre des ministres ottomans, les dégoûta, fatigua le sultan, n'obtint rîen, refusa départir, combattit l'escorte d'honneur qui devait l'accompagner jusqu'aux frontières, et oublia pendant près do trois ans son royaume, sa gloire et ses intérêts, pour persister sans succès, avec une obstination inébranlable, dans son projet de renouveler la guerre de la Porte contre la Russie. — Le règne d'Ahmed eut un moment d'éclat par la reprise tîe la Moiée, dont les habitants grecs préféraient le joug des musulmans à celui des Vénitiens catholiques. — Mais le prince Eugène, chargé de punir cette infraction du traité dcCarlowitz, qui garantissait la Morée aux Vénitiens , gagna la fameuse bataille de Pélerw aradin , prit Temeswar et soumit Rclgrade. Le traité de Passaroviit procura à l'Autriche le bannat de Tcmeswar et
ET JUSTIFICATIVES. 2oq
Belgrade et força les Vénitiens à rerroncer à la Morée , quoique l'invasion de cette province par les Turcs eût été la cause de cette campagne.
Cette paix , et la guerre que le célèbre Thamas-Roulikhau déclara peu après à la Porte , excitèrent au plus haut degré l'Indignation des janissaires de Constanliuople contre le gouvernement. Ahmed, dominé parune avarice sordide, refusa de toucher, pour les frais de la guerre de Perse , aux trésors accumulés dans le sérail et établit un nouvel impôt sur le débit des marchandises. — Tous les marchands turcs de Constantinople sont janissaires. — Un cri général s'éleva contre le sultan et ses ministres. Patrona Calll, marchand de chiffons, se chargea du mouvement populaire et donna l'impulsion. — Les rebelles demandèrent au Grand-Seigneur les têtes de ses ministres. Après les avoir obtenues de ce prince pusillanime, ils proclamèrent que Mahmoud I", neveu d'Ahmed et fils de Moustapha II, était le nouvel empereur des Osmanlis.
Mahmoud crut, en montant sur le trône en i73o, devoir ménager les auteurs de la rébellion. Mais ces hommes, qui appartenaient à la dernière classe du peuple, commirent tant d'injustices et se livrèrent à de tels excès, que les habitants de Constantinople les virent tomber avec plaisir et furent dégoûtés pendant long-temps de tout I. i4
aïo NOTES EXPLICATIVES
mouvement séditieux. — L'Autriche, voulant profiler de ces désordres, déclara la guerre; mais le prince Eugène n'existait plus. Les généraux autrichiens furent battus; Belgrade et Orsova rentrèrent par un nouveau traité en J740, sousla domination delà Porte. Les Russes, micuv dirigés par le célèbre Munich, conservèrent Asoph.
Osman III succéda à Mahmoud I" , en 1754, à l'Age de 53 ans. Quoique vieux , il avait les goûts et la curio site de l'enfance ; ombrageux et défiant autant qu'amateur de plaisirs frivoles et de vaines cérémonies , il changea huit fois de visirs en deux années. Son règne fui court ; aucun événement important ne l'a signalé. Une mosquée impériale , commencée par Mahmoud et achc- ■Véc par son frère Osman III , est le seul monument qui iérve à faire connaître que ce dernier prince a occupé le trône des Osmanlis.
Moustapha III , fils d'Ahmed III , et neveu du dernier sultan , se vit libre et sur le trône , en 1707 , à l'âge de quarante-deux ans ; sa santé était faible, mais la nature l'avait doué d'une grande intelligence ; son esprit éclairé lui faisait connaître les abus enracinés, qui causaient la décadence de son empire ; une dévotion vraie et pure servait dé basé à ses vertus solides. Admirateur de ses premiers ayeux, il désirait rendre à la Turquie sa gloire et sa puissance. Raghib pacha, sou grand-visir, était
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digne de seconder un Ici maître dont il conserva la confiance jusqu'à la mort.
Les troubles de la Pologne , excités par la Russie, et dans lesquels rimpéralrice Catherine faisait valoir sa médiation et menaçait, non par des agents diplomatiques, maispar des corps d'armée, étaient vus avec inquiétude par Je sultan Mouslapha. La France l'excitait à la guerre p our faire vine diversion utile en faveur des Polonais. Mais fidèles aux traités > les Turcs attendaient un acte d'agression pour se déclarer contre les Russes. Des excès commis par des soldais moscovites, à Balta, sur la ligne des frontièi%s polonaises, parurent un prétexte spécieux , et la guerre fut déclarée contre la cour de Pétersbourg.
LesTartares sous les ordres de Crîm-Gueray, khan de Crimée , la commencèrent par l'invasion rapide et l'embràstment de la Nouvelle Servie. Mais la fortune abandonna bientôt les drapeaux des troupes ottomanes pour favoriser les armées russes plus instruites et mieux disciplinées. Chotzim fut pris; les armées des visirs Mehemet-Emir et Moldovandgi furent constamment battues par les 2^|^aux Galitzin et Romanlzor; les habitants grecs dejÈHiorée se soulevèrent contre les Turcs , et furent biett* t punis. Le combat de Tchesmé détruisit toutes les forces navales de la Turquie. De nouvelles vie-
aia NOTES EXPLICATIVES
toires des Russes, accélérèrent la reddition de Bender et la conquête de la Crimée. Le congrès de Focsani l'ut rompu par les prétentions exagérées du cabinet de Pétersbourg. — Moustapha , faible de santé et accablé de chagrins^ ne put résister à tant de disgrâces, et mourut en 1774^ Cï* laissant à son frère, Âbdui-Hamid, le soin de terminer cette malheureuse guerre.
Âbdul-Hamid^ prince faible , timide et peu intelligent, commença son règne sous de tristes auspices. Non-seulement les Russes étaient maîtres de la Crimée et do toutes les provinces ottomanes au nord du Danube, mais Heraclius , prince de Géorgie , s'était déclaré pour l'impératrice Catherine , le pacha de Scutar4, en Albanie , était en état de révolte ; Alibey , chef des mamelucks , et Daher, scheikde Saint-Jean-d'Acre, agissaient comme des princes indépendants. Au milieu de ces diflQcullés, Abdulilamid lit un appelaux Osmanlis, et quatre cent mille hommes marchèrent aussitôt à la voix de leur nouveau sultan.
Mais ces masses indisciplinées ne pouvaient être que tnai dirigées par des généraux presque aussi inexpérimen- 4éset aussi ignorants que leurs soldats. Les derniers revers avaient fait naître la défiance entre les troupes et leurs chefs.— Le maréchal RomantzoNV, n'ayant aucuu 4^^ard au nombre de ses ennemis, se porta, avec soo
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armée toujours victorieuse, au milieu de leurs colonnes éparses, les attaqua .avec vigueur, et excita parmi les Osnianlis une terreur générale qui produisit leur prompte dispersion. — Le grand -visir, resté avec douze mille hommes et le sandjack-shériff, fut obligé de recevoir la loi du vainqueur et signa, en 1774,3 Kaïnardgi, un traité qui assurait l'indépendance de la Crimée et confirmait les derniers changements opérés en Pologne.
La Crimée convenait trop bien aux Russes pour qu'ils la laissassent sous la domination d'un prince tartare. Le» intrigues des agents secrets de la cour de Russie et leshaiues qui dlvisait-nt les diverses branches de la famille souveraine des khans de Crimée, excitèrent bientôt de» troubles dans cette péninsule. Un khan, protégé par la Porte, fut déposé; un autre khan, favorisé par la Russie, monta sur le trône. — Ce dernier, dégoûté d'un trône entouré de périls, se vit bientôt réduit à la nécessité do céder tous ses droits à l'impératrice Catherine.
La Porte, indignée contre la Russie, avait déjà voulu lui déclarer la guerre.^ Mais contenue par l'influence de M. de Saint-Priest, ambassadeur de France, elle avait confirmé en 1779, P''*^ ^^ convention d'Aïnily-Cavack, le traité de Kaïnardgi. Après la prise de possession de la Crimée par les Russes , il ne fut plus possible de contenir le mécontentement des Turcs. La guerre demandée à
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grands cris par le peuple fut déclarée en 1787 ; mais les ministres ottomans qui comptaient sur l'appui de la Suède et delà Prusse, et sur les bons olïices de la France (car la France, cédant depuis long-temps à l'inQuence funeste de l'Autriclie, ne servait plus ses anciens et véritables amis que par les intrigues de ses agents diplomatiques), virent paraître tout à coup un nouvel ennemi, lequel se déclara contre eux sans aucun motif de provocalion ; ce fut l'empereur Joseph II. Ce prince, ingénieux pour former des projets qui convenaient rarement an temps, aux personnes, et même à ses intérêts, et toujours mallieureux dans leur exécution , joignit ses forcer à celles de l'impératrice Catherine, dans l'espoir de profiter des dépouilles de l'empire ottoman. N'étant général qu'en théorie, il voulut diriger lui-môme les opérations de ses armées et dissémina ses troupes sur une ligne immense, coupée et sans appui.
Les Turcs, que celte agression injuste n'avait pas découragés, fondirent avec impétuosité sur les troupes allemandes, les battirent sur tous les points, prirent et brûlèrent plusieurs villes de Hongrie, furent au moment de s'emparer de la personne de Josejih II lui-même , et portèrent leurs ravages jusque dans le bannat de Temeswar. Le vieux maréchal Landhon en prenant le commandement en chef des armées autrichiennes, ramena la
ET JLSTIFICATIVES. 2i5
victoire, contint les Turcs, et s'empara de Belgrade et d'(3rsova. Lconold II, qui avait plus de sagesse et moins d'imagination que Jost^ph II son frère, voyant les menaces de la Prusse et de la Suède, et l'orage de la révolution française, détacha ses intérêts de ceux de la Russie, et consentit par le traité de Sistow le 4 avril i ^g-i , à laisser à la Porte tout ce qu'elle possédait avant la guerre.
La lutte entre les Turcs et les Russes eut un autre cours et d'autres résultats.
La prise deChotzimet d'OczaJtow, les victoires navales du prince de Nassau sur Hassan, capitan-pacha, et l'invasion des provinces de Valachie et de Moldavie, avaient abreuvé de chagrin les derniiers jours d'Âbdul-Hamid , qui mourut en 1 789.
De nouveaux désastres signalèrent le commencement du règne de Sélim III. La prise d'Ismaïl , dernier boulevard de la Turquie, par l'intrépide et terrible Suvarow, jeta la terreur dans tout l'empire ottoman, — Mais le«r puissances médiatrices exigèrent la paix. ElFé fut conclue le 9 janvier 1792 par le traité de Yassj, qui confirma et garantit âf la Russie la possession de la Crimée, de l'ilc de Taman, d'une partie du Cuban et de la Bessarabie. — Le Dniester devint la nouvelle frontière des deux empires. — ( Tous ces détails historir/ues ont ètil extraits des histoires de {'empire ottoman , écrites par Canté-
ii6 NOTES EXPLICATIVES
Tnir, KnoUes , Vassif-Efendi et le comte de Sataiferri/.
— Le tableau précédent des principaux événements , qui ont signalé les règnes des dix premiers empereurs ottomans et de leurs successeurs dégénérés, sert d'appui aux observations contenues dans la première partie de cet ouvrage.
On y voit des monarques, élevés dans les camps et accoutumés dans leur jeunesse à commander les armées et à gouverner les provinces, donnant, à leur avènement au trône , l'exemple de la bravoure et de l'activité. Aucune insurrection des janissaires contre l'aulorilé souveraine ne signale cette époque glorieuse d'environ deux cent cinquante ans. Tous les corps de l'État, fiers de servir BOUS des maîtres victorieux , rivalisent de zèle pour accroître la gloire et la puissance de la maison ottomane. Ce fut cet enthousiasme national pour la race d'Osman, qui sauva l'empire après la funeste bataille d'Angora , la prise de Bajazct I" par Tamerlan , et les guerres civiles des enfants de ce monarque captif.
On y voit tous les sultans , élevés dans la caplivitc du sérail refusant de conduire leurs armées, ou ne paraissant momentanément à la têle des troupes que pour y porter le désordre ou la confusion par leur timidité ou leur inexpérience. — Amurath IV, né avec des passions
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fougueuses, devint une exception; mais quelques auteurs prélendenl que l'amour du vin fut peut-être le principe de son courage exalté. Plusieurs circonstances heureuses et quelques grands hommes appelés par hasard au visiriat , soutinrent pendant assez long-temps la gloire et la grandeur de la monarchie des Osmanlis; mais depuis la mort do Soliman 1" , c'est-à-dire depuis la captivité des princes, les limites posées par ce grand empereur reculèrent peu à peu derrière le Danube et le Dniester.
On y voit les janissaire^ obéissants et fidèles sous les empereurs victorieux, devenus indociles et s«''dilieux sous les monarques dégénérés, et se montrant plus insubordonnés et plus audacieux à mesure que leurs souverains étaient plus efféminés et plus timides. On les voit déposant plusieurs de leurs sultans; mais toujours fidèles à la maison d'Osman , ne cherchant que dans cette famille soviveraine les nouveaux maîtresdu trône, ne transigeant pas avec ceux-ci , et leur laissant dans toute son étendue l'autorité de leurs prédécesseurs.
On y voit les oulémas, d'abord humbles et timides, acquérant peu à peu des droits, une influence politique et des privilèges, disposant du trône par le moyen des janissaires et se servant adroitement de celte milice pour
2i8 NOTES EXPLICATIVES
aff( rmir leurs avantages et lO-itiniant son indiscipline pour mieux la diriger.
On y voit la puissance législative des monanpies ottomans, d'abord entière et indépendante, cédant peu à peu au\ prétentions des oulémas et rencontrant dans CCS magistrats, soutenus par les soldats, des entrave» insurmontables et un contrepoids plus souvent nuisible qu'utile à l'intérêt général.
On y voit souvent des pacbas se déclarant, pendant plusieurs années et quelquefois durant leur vie entière, indépendants de la Porte ; leur puissance personnelle disparaissant avec eux, parce que, dans cet empire où le souyerain est de droit l'unique dépositaire des pouvoirs de la nation, l'homme est tout par lui-même et rien par -ses ancêtres.
On y voit enfin l'autorité souveraine subordojuiée à des usages abusifs n'ayant aucune force pour entreprendre des réformes indispensables, et la nation , sacrîfîtje aux vues intéressées d'iui corps puissant et ambitieux de prêtres magistrats, s'afTaiblissant tous les jours jusqu'à ce qu'elle subisse enfin le sort qu'eurent les Grecs modernes, lorsque leurs emper«?urs et leurs patriarches niarchai( ni presque siu- la mémeiîgr.e , et que les moines avaient assez de pouvoir pour cxcifer des i-évolulions à Cortstantinnpio.
Page 2 1 , ligne 1 . — 3Icns craignant que lu maison souveraine ne devint trop nombreuse à cause du grand nombre de fcnmics rcn^ fennées dans le harem j etc.
La maison des califes Abassides, d'après le dcnombrcment fait l'an 201 de l'hégire par les ordres du calife Abdallah III, montait à plus de trente-trois mille âmes, tant princes que princesses. ( Voijcz n'Oiiso??.)
Page 22 , ligne 1. — IjCS Turcs rjui ne connaissent pas les rtgences , etc,
— Mahomet IV monta sur le trùîic à l'àge de sept ans; après la déposition d'Ibrahim I", il se trouvait être le plus âgé de tous les princes survivants do la race ottomane et par conséquent Thérilier de la couronne ; on ne nomma point de régent. Sa mère et sa grand'mère furent chargées ( comme nous avons dit plus haut) , d'avoir soin de sa personne. Les grandsvisirs, pendant l'enfance de ce monarque, n'eurent que l'autorité de tous les autres grands-visirs, laquelle est une espèce de régence. —Tous les katlichérifs impériaux étaient signés par le jeune sultan. — Mais les nombreuses rebellions des janissaires cl des spahis, la mort
tragique d&six visirs et de la grand'mère du sultan , et la rébellion de plusieurs pachas pendant les huit premières années du règne de Mahomet IV , ont fait dire à Vassif- Efendi et à d'autres historiens turcs, que si les princes chrétiens avaient attaqué avec vigueur l'empire ottoman pendant ces temps critiques, sa ruine eût été certaine.MaisrAutriche, contenue alorspar la France, n'avait pas acquis le povivoir qu'elle possède. La Russie , déchirée à celte époque par des guerres intestines, était bien loin de ressemblera ce colosse irrésistible qui pèse d'une manière si forte sur la Turquie. — Si l'empire ottoman a couru, d'après l'aveu même des historiens turcs , de si grands dangers pendant l'enfance de Mahomet IV, que deviendrait-il dans les circonstances actuelles, si un sultan à peu près du même âge , montait sur le trône des Osmanlis?
Page 20 , ligne 4« — L'Aîcoran sert de hase à toutes les lois religieuses , civiles et politiques des Musulmans.
Le nombre des tefsirs ou commentaires sur l'Alcorau est si considérable, que d'Herbelot dit, dans sa Bibliothèque orientale , qu'en donnant seulement les titres des ouvrages et les noms des aulcurs, on ferait un gros volume.—Cette multitude d'opinions surunouvrugo aussi
ET JUSTIFICATIVES. an
obscur que l'Alcoran , laisse un vaste champ à la conscience des juges et à l'iulerprétation des muftis.
L'Alcoran contient à la fois les lois sacrées et civiles , dites théocratiques, parce qu'elles sont supposées avoir été dictées par la Divinité elle-même à son prophète chéri.
Les lois sacrées regardent, i* la foi, c'est-à-dire la croyance en Dieu, aux anges , aux livres divins , aux prophètes, au jugement dernier, et aux commandements de Dieu.
2° Le culte , c'est-à-dire les ablutions , les prières , i'aumùne, les jeunes, le pèlerinage de la Mecque.
Les lois civiles théocratiques comprennent les lois judiciaires, les lois pénales, parmi lesquelles figurent la peine du talion, les lois relatives au luuriage, qui autorisent la répudiation de la femme en lui payant une dot ou un prix stipulé dans le contrat; les lois sur les successions, partages d'héritages et dispositions testamentaires ; enfin , les droits des douanes et autres objets administratifs.
Mais indépendamment de l'Alcoran écrit par Mahomet, la jurisprudence musulmane s'appuie sur le haddis ou sunneth , qui est le recueil des lois prophétiques non écrites par le prophète, sur l'idjama-yummeth, qui est le recueil des lois apostoUj^ucs , sur le kyas ou rc-
cucil des lois canoniques, sur le canun-nameh ou législation impériale du sulJan Soliman , sur les anciennes covilumes dites Adet, et sur l'ourf , ordonnances particulières du sultan régnant.
Le haddis ou sunnelh embrasse toutes les paroles, conseils et lois orales du prophète , ses actions , ses œuvres, ses pratiques, son silence même sur différentes actions des hommes , lequel a été interpréîé coînme une approbation tacite. — Ces lois orales furent reueillics par les principaux élèves de Mahomet, que les musulman» distinguent sous le nom d'Aschabs ou premiers disciples.
L'idiiimà y ummelh contient les explicatiojis, les gloses et les décisions légales des quatre premiers califes sur diflerentes matières théologiques, morales, civiles , criminelles, politiques, etc. — Ces gloses et ces décisions sont prcsqu'aussi respectées que les préceptes de l'Alcoran et les lois orales de son auteur.
Le kyass est un recueil de décisions canoniques fartes par les imams interprètes des premiers siècles du mahométisme.
Le canun-nameh ou recueil des règlements de Solinuin r% est relatif à l'orgmisation et procédures des tribunaux/ aux usages et coutumes du sérail (le harem non compris), à la discipline et au service des Iroupcâ
lie terre et de mer , au gouvernement de la Porte et des provinces, et aux rapports politiques des Osmanlis, tant intérieurs qu'extérieurs. — Ces règlements firent cesser toutes les disputes qui s'élevaient fréquemment entre les employésde l'État relativement à l'ordre et aux préséances, et lixèrent leurs devoirs et leurs appointements.
Les règlements du sidtan Soliman ont toujours servi de règle de conduite aux princes qui lui ont succédé, et ont toujours été tellement respectés qu'aucun d'entre eux n'a osé y faire des changements ou des modifications importantes.
L'Adet ou coutume, qui varie suivant les différentes provinces de cet empire, lequel a été formé peu à peu des débris de diverses monarchies Qu'est relatif qu'à des usages locaux. Ceux - ci sont respectés et suivis toutes les fois qu'ils n'offrent rien de contraire aux préceptes de l'Alcoran , aux lois orales du sunneth et à la législation du canun-namch.
L'ourf est le pouvoir arbitraire du sultan. C'est par lui qu'il peut condamner à mort un coupable pris en flagrant délit, sans suivre les formalités ordinaii*es des tribunaux de justice. C'est par lui qu'il a le droit de faire de jiouveaux règlements d'administration et de police ou de modifier les anciens : c'est par ce droit terrible qu'il peut condamner à mort journellement, suivant son ca-
224 TSOTES EXPLICATIVES
priceel par ce mouvement moral que les Turcs appellent inspiration, jusqu'à quatorze individus appartenant à sa famille, à son sérail ou bien au service de l'iitat. —
Les jurisconsultes mahométans étudient TAIcoran, le suuneth, Tidjama-yummeth et le kyas, et ne jugent que d'après les lois théocratiques et orales et les diverses décisions, qui les expliquent et en déterminent l'application.—
Les infractions au canun-nameh et aux ordonnances du prince régnant ne sont pas de la compétence des oulémas et ne doivent être jugés que par les officiers civils et militaires du gouvernement. — Cependant, depuis que lesmuftys ontacquis dans l'état une si grande importance politi«pie, le Gra^d-Seîgneur n'ose plus faire aucun règlement ni changer les dispositions de^ anciens empereurs, sans se faire autoriser par un fetfa du chef du sacerdoce et de la* magistrature.
Le président Montesquieu n'avait eu d'après Rcault qu'une idée imparfaite de la législation des Turcs , sur laquelle le Ch" d'Obson et l'abbé Tocleerini ont jeté un grand jour, en publiant, depuis cet illustre écrivain , les fruits de leurs savantes et laborieuses recherches; il est tombé dans de grandes erreurs sur les lois de succession «t d'hérédité, qui existent dans l'empire ottoman.
Celles-ci sont Gxées par le prophète lui-même, dan»
le chapitre 4 de l'Alcoran. ^ Il est dit : . Les garçons « auront comme deux filles ; s'il ne reste que des filles , « et qu'elles soient au nombre de plus de deux, vous « leur donnerez les deux tiers de l'hWfage du défunt, « et seulement la moitié, s'il n'y a qu'une seule fille.
« Le père et la mère du mort devront avoir le sixième « du bien si ce dernier laisse des enfants; et dans le cas . contraire, le père et la mère doivent partager l'héri- . tage dans la proportion de deux tiers pour le mari et « d'un tiers pour la femme.
« Quant aux biens de vos femmes, la moitié vous ap- « partient de droit, si elles nelaissent pas d'enfants; au- . trement vous n'en posséderez que le quart, après le « paiement des legs, des dettes et autres obligations
« On accordera ù vos femmes, après votre mort, Je . quart de votre héritage, ou seulement un huitième si « vous laissez des enfants. »
^ Un homme qui hérite de son frère, mort sans enfants, doit payer au souverain un droit de trois pour cent. A défaut d'un si proche parent, les biens passent aux neveux - Les femmes peuvent également hériter, dans ces successions collatérales, des meubles, des jardins et des maisons; mais les terres labourables de quelque étendue, sont dévolues au souverain, et servent à former des fiefs militaires.
22<5 NOTi:S EXPLICATIVES
L'héritage d'un homme , mort sans enfants et san* proches parents, appartient au miri. — Cependant îe grand Soliman a ordonné dans son canun-nameh , que les biens d'une pareille succession resteraient en dépôt pendant sept ans, pour donner aux héritiers légitimes, s'il en existe, le temps nécessaire de faire leurs }usles réclamations.
Les femmes partagent par égales portions, avec leurs frères, les biens dits vakoufs, qni sont censés appartenir aux mosquées. — (Voyez d'Ohson, Todcrinit Cantimir. Lettres de Busùeck, Anquetil Dwperron et Hertclot.
Page 24 , ligne 24. — Mais les jeunes gens destinés à cette carrière f à celle des oulémas J y doivent faire leurs études dans les médressés ou collèges de théologie et de droit y qui sont attachés aux grandes mosquées y etc.
Tous les temples musulmans s'appelaient autrefois Messdfjidi qui signifie lieu d'adoration, d'où dérive, suivant M. d'Ohson, celui de mosquée. La dénomination de messdgid a été conservée aux édifices peu considérables qui sont destinés au culte. Celle de Dgiami a servi à distinguer les grandes mosquées.
Les temples musulmans se divisent en mosquées impériales, mosquées ordinaires et messdgids.
Les mosquées impériales ne se trouvent que dans les grandes villes de la monarchie , qui ont été la résidence des monarques ottomans ou des califes Abassides, telles que Brousse, Andrinople, le Caire, Damas et Constantinople. Cette dernière capitale contient quatorze mosquées impériales.
Les mosquées ordinaires et les messdgids doivent leur fondation à la libéralité des particuliers. On en compte deux cents de la deuxième espèce dans la ville de Constantinople , et trois cents de la troisième espèce dans les faubourgs de cette capitale.
On célèbre roITice public des vendredis et des deux beyrams dans les mosquées. Mais ces solennités ne peuvent pas avoir lieu dans les messdgids, à moins que quelques âmes pieuses ne consentent à y établir un khatib pour la prédication , et une tribune pour Sa Hautesse. Alors le niesdgid prend le titre de Dgiaini.
Les temples de la Mecque et Mediuc ont conservé cependant l'ancienne dénomination de Messdgid, à laquelle on a ajouté le mot de schérifoxx sacré.
Les monarques ottomans n'ont le droit de fonder des mosquées impériales que lorsque la victoire a favorisé les
entreprises de leurs armées, et qu'ils ont obtenu le litre de Gazi ou vainqueurs.
La plupart des fondateurs des grandes mosquées impériales et particulières se sont fais un devoir d'élever à côté de leur temple un collège uniquement destiné à l'étude du droit et de la théologie , dans lequel on n'admettait que les personnes voiaées à la carrière des oulémas. — Ce fut en vain que les empereurs Mahomet II , Selim I" et Soliman I" , tons protecteurs zélés des sciences , voulurent établir dans ces médressés l'étude de la géographie , de l'histoire , de la médecine , de la physique , de la métaphysique , de l'astronomie et des mathématiques, comme du temps des Arabes sous les règnes glorieux des califes Aaron - Raschild et Almamon. Mais leurs vues n'ont pas été secondées par leurs successeurs et l'étude du droit et de la théologie est devenue l'objet unique de l'attention des élèves des médressés.
Les étudiants de ces collèges sont divisés en dix classes, i' de grammaire, 2* de syntaxe, 5" de logique, 4° ^e morale , 5" de rhétorique , 6° de théologie , 7* de philosophie, 8° de jurisprudence, g* de l'Alcoran, 10* des lois orales du prophète.
Dans toutes les grandes villes les mosquées principales ont un médressé. Les mosquées impériales en ont
jusqu'à trois et même quatre. Celle du sultan Soliman en a un spécialement consacré à l'étude de la médecine.
Les élèves des médressés apprennent aussi le turc , l'arabe et le persan. Le turc primitif est l'idiome du peuple. L'arabe est la langue de l'Alcoran et de tous les commentateurs qui ont écrit sur ce livre sacré; le persan^ plus doux et plus harmonieux que les deux autres, est employé principalement pour la poésie. — Un mélange de ces trois idiomes forme le langage de la cour, que tous les savants orientalistes trouvent aussi noble qu'harmonieux.
Mais entre les médressés établis auprès des grandes mosquées, il existe souvent encore, par suite delà môme fondation , des imareths ovi hôtelleries et des hôpitaux pour les malades , ainsi que des bibliothèques pour les étudiants", et des mektebes ou écoles publiques ouvertes aux enfants des familles indigentes.
Les imareths distribuent journellement la nourriture à un grand nombre de pauvres ainsi qu'aux étudiants , qui occupent les chambres des collèges ou médressés appartenant à cette même fondation. Les imareths seuls de Conslantinople nom-rissent tous les jours plus de trente mille dmes.
Les malades admis dans les hôpitaux des Mosquées sont bien nourris et soicnés avec un zèle charitable. Mais
23o NÔTKS EXPLICATIVES
les secours de la médec ne y sont presqu'enlièrcment
négligés.
Les enfans indigents, admis dans les mektcbs ou écoles publiques, y apprennent à lire, à écrire, la religion et les premiets éléments de la langue turque.
Les bibliothèques publiques , qui sont au nombre de trente-cinq dans la seule ville deConstanlinople , renferment beaucoup d'ouvrages sur la religion et peu sur les sciences. Mais on y voitbeaucoup d'écrits historiques et des recueils de poésie, surtout dans le genre allégorique et erotique. Ces bibliothèques sont ouvertes au public pendant toutes les saisons de l'année , excepté les vendredis et les mardis.
( Voyez d'Oiison et Toderini. )
Page 52 , ligne i . — Tandis que le mufty rta a craindre que la destitution et l'exil.....
Bajc^zet, jeune et malheureux prince, dont Racine, le premier de nos poètes tragiques , a immortalisé le nom en mettant sur la scène française sa catastrophe déplorable, lîajazel commençait à donner ombrage au tei*rible Amurath IV, le vainqueur de Bagdad. — Il paraissait aimé. Dans quelques assemblées secrètes des oulémas, sa douceur était comparée à la rigueur du sultan. — Anmraih, pour se venger, fit étrangler en secret le mufty,
ET JUSTIFICATIVES. aSi
soupçonné de favoriser Bajazet, ainsi que quelques oulémas, ses complices, sans considérer si leurs personnes étaient sacrées. Il ne s'informa pas si la multitude murmurait ou non de cet attentat , que le seul Sélim I" avait osé se permettre ; mais il affecta le "jour même de leur supplice de se montrer dans Constantinople, sans suite, sans crainte , et tous les yeux baissèrent devant lui. {YoyezV Histoire Ottomane, par le comte de Salaberry).
Le mufty FéizuUah, remis par le sultan Moustapha II aux Janissaires , qui Tavalent demandé à grands cris dans inie rébellion , où le corps des oulémas s'était détaché de son chef et avait créé un anti-mufly , fut traité par cette soldatesque avec une grande barbarie. Ou enfonça des clous dans les genoux du malheureux vieillard pour le forcer à déclarer où étaient ses trésors cachés. Lorsque ce mufty eut succombé aux affi euses tortures qu'on lui fit souffrir, les janissaires, d'après l'avis des oulémas, ne permirent pas que sou cadavre fût enterré , et le jetèrent dans l'Ebre.
Ces trois exemples de la mort violente d'un mufty ont été donnés par deux princes victorieux , dont la gloire militaire égalait la cruauté, et parle peuple lui-même; mais dans cette dernière circonstance , les oulémas , qui craignaient que la mort tragique du mufty Féizullah ne servît à détruire le principe qui déclare sacrées les per-
aH NOTES EXPLICATIVES
$onneS des tous les prêtres magistrats , furent les premiers à dire que la mort de ce pontife était juste , puisqu'il devait Être classé pour ses crimes au nombre des infidèles, et que par conséquent il ne devait pas être enterré avec les autres musulmans- Page 76 , ligne 10. — Le traite de l'attaque et
de la défense des places de Vauhun soit
imprimé , etc.
L'usage de la presse n'a été introduit à Constantinople que sous le règne d'Ahmed III , par les soins éclairés du grand-visir Ibrahim-Pacha et du mufly AbduUah-Efeudi. — Le fameux renégat Basmadgy-Ibrahim fut le premier qui en donna le projet dans un mémoire où il exposait tout au long les avantages de l'imprimerie. Le grand-visir et le mufty connaissant l'empire des préjugés, ne négligèrent aucune des formalités légales pour faire réussir cette innovation et prévenir les murmures du peuple. Cependant ils se virent obligés de respecter l'opinion des oulémas, (jui jugèrent contraire à la religion de permettre l'impression du Courann ou d'aucun livre qui traitât de la doctrine et de la loi du prophète; ces ouvrages, objectaient-ils, leur ay^nt élé transmis en manuscrits, devaient égalemoiit être transmis à la postérité sous les mêmes caraclèrcs. ( Voyez d'Ouso». )
ET JUSTIFICATIVES aoS
!!ë^lablîssement eut qiielque éclat pendant la vie de son auteur le renégat lbr:jluni. Mais il était presque abandonné lorsque le sultan Abdul-llamid eut la sagesse de lui donner une nouvelle vie par un kattichérif qui nomma pour directeurs de l'imprimerie le beylikdgy, ou vice-grand-chancelier, Raschid-Efcndy et Thistoriographe de l'empire, Ahmed-Vassif-Efendy. — Le sultan Sélim III a beaucoup protégé et encouragé cet utile établissement. Les ouvriers, bien salariés, devinrent habiles. Les caractères, fondus avec soin, ne présentèrent plus dans les nouveaux ouvrages imprimés cette sécheresse qu'on reprochait aux premiers livres qui sortirent des presses du renégat Ibrahim.
Je profiterai de cette occasion pour dire quelques mots sur l'établissement du kiatk-hané, on papeterie, formé par le sultan Sélim III , au dessus de la belle vallée connue sous le nom de Fniite du Grand-Seigneur , vis-à-vis Thérapia. — Les Vénitiens fournissaient depuis plusieurs siècles la plus grande partie du papier d'une forme particulière, qui est en usage dans le Levant , et retiraient de très-grands avantages de ce commerce. — Une papeterie avait été établie , du temps du sultan Mahmoud , dans la fertile et agréable vallée traversée par le ruisseau qui se jette au fond du port de Constantinople; mais elle n'avait eu aucun succès. — Le sultan Sélim chargea
i34 NOTES EXPLICATIVES
Beydgy-Efendi , qui devint ministre , dans le temps du visiriat de Moustapha-Baïraclar, de la nouvelle papeterie. — Celui-ci, secondé par Sélim-Aga (né Anglais), obtint le plus grand succès. — Cet établissement fournit une grande partie du papier qu'on consomme dans les ministères et à Constanlinoplc.
Page 1^5, ligne ii. — Les mosquées doivent leur acci oissemcnt considérable de fortune aux legs pieux des souverains et des riches particuliers , aux fondations des mosquées impériales , et surtout au sjstème des vakoiifs^
Nous avons donné pins haut quelques détails sur la fondation des mosquées, des médressés et des imareths, nous allons faire connaître plus particulièrement la nature des vakoufs.
Les vakoufs se partagent en trois classes. La première comprend ceux des mosquées, qui forment pour ainsi dire les biens ecclésiastiques de la nation. — La seconde est relative aux vakoufs publics , ou fondations établies pour le soulagement des pauvres. — La troisième est celle des vakoufs coulumiers.
Les vakoufs de la première classe , ceux des mosquées , se composent de tous les biens, meubles et immeubles,
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qui y sont consacrés tant pour leur entretien et leur réparation , que pour la subsistance des ministres qui les desservent. Chaque vakouf a un mutcvelis , ou vin régissseur. Celui-ci soumet tous les six mois, ou bien une fois par an , ses comptes à un nazir ou inspecteur.
Les fondateurs de V4koufs ont le droit de désigner, dans l'acte même de donation, dans quelle classe ou dans quelle famille doivent être pris le régisseur et l'inspecteur des biens de la fondation. Plusieurs d'entre eux ont ordonné que les régisseurs et les inspect» urs de leur vakouf seraient toujours pris parmi leurs descendants directs , ou dans les branches collatérales de leur famille , et ont assuré ainsi à leurs enfants et à leurs parents la jouissance d'une partie de ces biens qui, ayant une destination sacrée, ne pouvaient plus être assujétis à la loi des confiscations — Ils ont été également garantis par ces dispositions contre l'esprit dissipateur des héritiers. — Les nazirs et les mutévélis des mosquées impériales sont ordinairement les premiers personnages de l'empire. Le* grand- visir est de droit le nazir des mosquées fondées par Mahomet II , Sélim I" et Soliman I"; le mufty l'est de celles qui ont été construites et dotées par Bajazet II et Ahmed I".
Les chefs des eunuques blancs avaient été jusqu'au
règne d'Amurath III inspecteurs de toutes les mosquées,
s3$ NOTES EXPLICATIVES
qui n'ont pas été fondées par les sultans ci-dessus désignés. Mais P'-xti'ême avidité de ces nazirs , etriiifluence toujoi:rs croiwanle des kislar-agas sur des sultans eflfé' minés V ont fait ôter aux chefs des eunuques blancs cette in; pcciion Uonorable et très-utile , pour la remettre au cb.f des gardiens intérieurs du harem. — Ce dernier, qui est chargé exclusivement de Tadministration de tous les vakoufs appartenant aux villes saintes de la Mecque et Médine, est en outre le nazir de cinq cents mosquées ordinaires, dont les fondateurs ont confié rinspection à ce premier ministre du sérail.
11 y a plusieurs bureaux dans la tcrfterdarie, ou ministère drs Onances, qui sont chargés uniquement de l'enregislninrnt de tous les legs pieux et fondations destinés à reutreiicn des mosquées et mesdgids , et de leurs dépendances, telles que les collèges el hôpitaux. — Ces bureaux tiennent aussi compte des sommes, que le» mutévélis doivent verser au miri.
' Connue les receltes des mosquées sont inOniment supérieures aux dépenses , les nuitévélis et les nazirs faisaient autrefois des proiits très-considérables qui étaient perdus pour la mosqtiée et pour TÉtat. Mahomet II , désirant mettre Cn à ces abus et procurer au miri une partie des avai^lages que les régisseurs et les inspecteurs «i réservaient exclusivement, afferma ces emplois pour
une ou deux années par un bail, dans lequel le fermier s'obligeait, après avoir payé les ministres du cuUe, les pensions constituées sur le vakouf et les dépenses d'entretien , à verser une somme convenue dans les caisses du gouvernement.
Mais les fermiers de ces baux annuels ou trop limités , ne travaillaient qu'à profiter du court espace de la régie ou de leur inspection , vexaient les habitants des domaines vakoufs et fatiguaient les terres pour eu retirer de plus grands produits. — Ce fut sous le règne de Moustapha II que par les conseils du grand - visir Elmas- Pacha^ les baux annuels furent convertis en fermes •viagères sous le titre de matikianés, afin de mettre fin aux inconvénients et aux désordres qui résultaient d'une régie trop limitée dans sa durée, et afin d'engager les nouveaux fermiers à mettre, pour leur propre intérêt, plus de zèle et de fidélité dans une administration dont ils devaient jouir pendant toute leur vie. Les régisseurs des malikiaiiés sont obligés de payer d'avance le prix de leur acquisition , et de verser dans les caisses du trésor public une redevance annuelle.
Les avantages résultant du système des malikianés firent adopter cette mesure pour la plupart des revenus de l'État. — Le sultan , MouslaphalII, votilant généraliser cette méthode, dont l'utilité et les avantages étaient
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constatés par l'expérience, ordonna , d'après les conseils de son grand-visir, Raghib- Pacha, que les vakoufs des grandes mosquées impériales seraient également soumis au régime des fermes viagères.
Mais cette mesure fut abandonnée par le faible sultan Abdul-Hamid, qui, n'ayant pas la force de résister aux sollicitations pressantes des officiers de son sérail et de la Porte, rendit au kislar-aga, au grand-visir et au mufty, l'inspection suprême des 'mosquées impériales. Cependant ces grands officiers avaient obtenu du sultan Moustapha III , à l'époque où les vakoufs des mosquées furent soumis à la mesure des tnalikianés , Une indemnité annuelle très-considérable , qui était de 200,000 piastres pour le chef des eunuques noirs , de 100,000 piastres pour le grand-visir, et d'une somme égale pour le mufty.
Les vakoufs, dont les fondations sont relatives au soulagement des pauvres et au bien général de la nation, sont réglés par des principes semblables ù ceux qui régissent les revenus des mosquées, et ont été soumis au système des malikianés, après avoir souffert pendant long-temps de la négligence et des déprédations des premiers régisseurs.
L'excédant des recettes des mosquées impériales sur les dépenses, qui est considérable même après que
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le kislar-aga , le grand-visir et le mufty ont prélevé les sommes qu'ils ont coutume d'en retirer, est versé dans les caisses du hanne, et est destiné à former une masse, à laquelle on ne doit toucher que dans les circonstances les plus critiques et pour les besoins les plus pressants de l'État.
Tous les biens vakoufs sont inaliénables, parce que la propriété est censée , aux termes de la loi , transportée à Dieu même, et que les hommes n'en ont que l'usufruit.
La loi qui proscrit l'usure et tout intérêt quelconque dans le commerce se relâche cependant de sa rigueur en faveur de ces biens. — Ainsi lorsqu'un vakouf a besoin de réparations urgentes , et qu'il ne se trouve pas dans la caisse d'épargnes des fonds sufllsants pour y pourvoir , le régisseur est autorisé à emprunter l'argent nécessaire jusqu'au taux de i5 pour loo d'intérêt. Il est également permis à cet administrateur de placer les économies des vakoufs à un intérêt égal à celui pour lequel il peut faire des emprunts. — Il a également le droit d'employer ces économies en acquisitions d'immeubles , qui prennent aussitôt le nom de vakoufs et jouissent de tous les avantages attachés à ce titre. —Mais le consentement du magistrat comme représentant du souverain est indispensable pour ces opérations, attendu que le Grand-Seigneur est l'administrateur suprême des biens publics.
a4o NOTES EXPLICATIVES
Les vakoufs relatifs aux mosquées et au soulagement des pauvres, portent la dénomination de vakoufs légaux, parce que leur fondation est dictée et sanctionnée par les lois religieuses.
Mais les vakoufs de la troisième classe , auxquels on on a donné la dénomination de vakoufs coutumierSy ne sont autorisés que par la coutume , adet. Ils sont distingués des autres par leur nature et par des caractères qui leur sont propres.
D'après les lois actuellement en vigueur sur les vakoufs coutumiers, le propriétaire d'un immeuble libre a le droit d'en faire la cession à une mosquée, à titre de vakouf, pour la somme, qu'il, reçoit, de dix, douze ou quinze pour cent de la valeur estimée. Ce propriétaire continue à jouir de son bien comme d'un don qu'il est censé tenir de la générosité de la mosquée, et lui paye une rente proportionnée à l'intérêt de l'argent qu'il a reçu, — Il obtient par cet arrangement l'avantage de rester maître de l'immeuble , de le conserver à l'abri de toutes poursuites judiciaires pour ses dettes passives , parce que tout vakouf est un bien sacré , sur lequel nul créancier ne peut former de prélentions, de le transmettre à ses enfants de l'un et de l'autre sexe, qui partagent ces hérédités par égales portions , d'en disposer librement en le cédant ou en transportant ses droits sur
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une autre personne et de le soustraire au retrait vicinal qu'exerce tout propriétaire sur l'immeuble contigu au sien , pour avoir en cas de vente la préférence sur tout autre acquéreur. — Les avantages de la mosquée dans cette transaction sont d'avoir une h5'pothèqne solide pour son argent placé à gros intérêts, d'être déchargée de toutes les réparations nécessaires, de toucher des droits a.ssez importants, lorsque le propriétaire dispose de ce vakouf en faveur d'une autre personne, et enfin, d'hériler de cet immeuble avec tous les embellissements , les augmentations et les décorations faites par le propriétaire, si celui-ci vient à mourir sans enfants. Ce dernier avantage est d'autant plus grand, que les petits- fils sont exclus de la succession de leur grand père si celui - cL survit au père de ces enfants, attendu , dit la loi, que le défunt ne pouvait pas transmettre à ses fils un droit dont il ne jouissait pas encore lui-même.
Malgré les préjudices qui résultent de la nature de ces fondations pour les parents et les héritiers éloignés, les propriétaires se laissent éblouir par les avantages dont ils jouissent personnellement dans ces aliénations. — Comme la loi les accorde indistinctement aux musulmans et aux non-musulmans, les propriétaires de toutes nations et de toutes religions s'y laissent entraîner, de sorte qu'au-
24a NOTES EXPLICATIVES
jourd'hui, une grande partie des immeubles se trouve engagée envers les temples mahoraétans.
Si une maison vakouf est détruite par le feu , le propriétaire a le droit de réduire le cens annuel auquel il était tenu envers la mosquée. Le terrain reste vakouf ; mais la maison reconstruite peut devenir libre ou vakouf suivant les nouveaux arrangements qui seront pris entre le propriétaire et le mutévely. — Si elle reste libre , le propriétaire ne doit payer pour le terr.iin que le cens annuel réduit après l'incendie. Mais il doit être exact à remettre cette redevance anntielle; car, s'il néglige de faire ce paiement pendant trois années consécutives, la mosquée a alors le privilège de s'approprier l'immeuble et d'en disposer comme il lui plait. — ( Voyez d'Ohson , Cantémir, ctToderini. )
Page 126, ligne 3. — La peste ^ par les ravages qui éteignent en peu de temps des familles enticres, semble destinée à ftworiserV avarice des prêtres d'une religion qui défend de s'en garantir.
Le prophète Mahomet dit dans son Alcoran, c Que « l'élu comme le réprouvé sont prédestinés au bonhe«ir « ou au malheur éternel, étaxit encore l'un et l'autre « dans le sein de leur mère. »
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Les muftys et les plus savants oulémas, convaincus que cette décision du prophète détruisait l'efiet du libre arbitre , sans lequel Thomme , instrument du destin, ne peut être volontairement coupable d'aucune mauvaise action, ont cherché à eu restreindre l'application, et ont prétendu en outre que la prédestination ne regardait que l'état spirituel, qu'elle n'embrassait pas tout le genre humain, mais seulement une partie des mortels destinés à être , même avant leur naissance, élus ou réprouvés, et qu'elle n'a enfm aucun rapport à l'état moral, civil et politique des hommes. — Mais leurs distinctions, leurs arguments et leurs sophismes n'ont servi qu'à rendre la question plus obscure , et n'ont produit aucune conviction dans l'esprit des musulmans. — Les mahométans ont continué à croire que puisque le destin avait déterminé d'avance leur bonheur ou leur malheur futur dans l'autre vie , leurs joies et leurs disgrâces dans ce bas monde devaient avoir été également prévues et fixées irrévocablement par la volonté immuable de Dieu. Ce fatalisme, consacré sous le nom de Kismet, mot qui est sans cesse dans la bouche des musulmans, les console dans leurs disgrâces, et les porte à regarder tout murmure contre l'infortune comme un acte d'irréligion et comme un doute criminel contre les décrets du ciel.
a44 NOTES EXPLICATIVES
Si la prédeslinalion, qui tend à bouleverser toutes le» idées morales des hommes, donne aux musulmans une si grande résignation dans le malheur, elle perpétue parmi eux des préjugés funestes et les empêche de prendre des précautions contre la peste, cette maladie que la salubrité naturelle du climat en éloignerait facilement et à jamais; elle met , en outre, dans leurs actions, une conlradiclion continuelle produite , d'un côté , par leur confiance dans les arrêts du destin , et de l'autre, par l'amour du plaisir et le désir de la conservation , lesquels disposent les hommes à chercher tous les moyens de détourner loin d'eux ou d'adoucir les maux dont ils sont menacés ou affligés.
Page i33, ligne i5. — II est à craindre (jue les ressources que la France retirait du commerce du Levant , aidant la guerre de i '793 , n'aient disparu pour toi/Jours , etc.
Le peu d'importance de nos relations commerciales avec le Levant depuis la paix de 181 5 , malgré le zèle de nos agents diplomatiques et la bonne volonté de nos négociants de la Provence , prouvent combien cette crainic est fondée. — Les mêmes causes continuant à agir feront décliner notre commerce de plus en plus jusqu'à ce que le Levant parvienne, par une heureuse révolution , à se
délivrer des entraves qui, gênant son industrie, ses fabriques et son agriculture, diminuent ses richesses et détruisent sa population.
Page 1 80 , ligne i o. — Les ^villes sont administrées par des ajans qui , laissant aux cadis la justice j exercent l'autorité civile et militaire.
Les ayans sont chargés de veiller à la sûreté et à la fortune des particuliers, au bon ordre intérieur de la ville , et de s'opposer aux avanies et aux vexations des pachas. La plupart de ces ayans sont choisis par le peuple. Quelques-uns d'entre eux , à qui leurs talents et leurs richesses donnent une grande prééminence sur leurs concitoyens , étendent leur influence et leur autorité , non-seulement sur la ville dont ils sont chefs ou maires, mais encore sur un grand nombre de villages, et quelquefois même sur un territoire très-étendu. Les grandes villes , au contraire , ont plusieurs ayans.
Les ayans ont un divan ou conseil, auquel ils appellent les principaux citoyens de la ville et les hommes de loi. C'est dans ces divans qu'on discute les intérêts du pays et qu'on rédige les représentations à faire au pacha de la province , ou bien les plaintes à élever contre lui auprès des ministres de la Porte.
L'ayan et son conseil, composé des habitants les plu« riches et les plus respectables , forment la corporation municipale de la viUe. Mais , outre ce conseil municipal qui représente le corps entier des habitants, les diverses .professions forment dans chaque ville des corporations particulières, dont les chefs sont chargés de défendre les intérêts collectifs ou individuels des membres de Vassociation. — Si la voix de ces chefs n'est pas écoutée par les agents de l'autorité , la corporation entière se réunit et force souvent ses oppresseurs, par ses cris, ses menaces ou ses plaintes , à lui rendre justice et à se désister de leurs poursuites*
Les villages n'ont que des kiayas qui sont soumis directement au pacha, lorsqu'ils ne dépendent pas d'un ayan principal. Ces kiayas , pris toujours parmi les habitants les plus riches ou les plus instruits du village, ont dans leur commune la même autorité que les ayaus exercent dans les villes.
Les chrétiens et les Juifs ont aussi dans chaque ville ou village leur kiaya particulier. Ceux-ci sont chargés de protéger leurs frères de la même religion et de régler la répartition des impôts ou des avanies ordinaires ou extraordinaires qui sont exigées , soit par le gouvernement , soit par les pachas et par leurs agents.
ns DES >01£S EXPLICATIVES DU P&LSIIEB VOLVJUS