‹ Révolutions de Constantinople en 1807 et 1808, précédées d'observations générales sur l'état actuel de l'Empire OttomanChapitre 2 sur 9 · G RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

G RÉVOLUTIONS

Pendant le séjour trop prolongé de la flotte anglaise devant Constantinople , il n'y eut d'autres hostilités de commises que dans l'île de Proti : un détachement de soixante Turcs de Calcédoine avait eu le courage d'y débarquer, et de s'établir dans un couvent de caloyers grecs , point dominant, d'où ils pouvaient empêcher les Anglais de descendre dans l'île pour y prendre de l'eau et du bois.

L'amiral Duckworth , qui avait négligé ce poste essentiel , fît attaquer les Turcs par un fort détachement de troupes de la marine. L'attaque fut vive ; mais , conduite sans prudence et sans discernement , elle n'eut aucun succès. Les Anglais perdirent beaucoup de monde; le commandant du détiichemcnt fut tué , et les Turcs restèrent maîtres du couvent.

Déjà Constantinople hérissé de canons avait pris un aspect vraiment formidable. Non-seulement tous les ouvrages défensifs désignés dans le projet de défense étaient achevés, mais encore des batteries intermédiaires avaient été construites. Cette capitale n'avait plus rien à redouter.

Cependant la négociation continuait^ et les vaisseaux anglais restaient tranquillement mouillés dans la rade des îles des Princes.

Lorsque les ministres de la Porte entraînés par l'enthousiasme du peuple avaient résolu de dé- IVnidre Conslantinople, ils avaient senti en même temps combien il leur était nécessaire de reprendre les travaux défensifs des Dardanelles , et d'y réunir une force respectable , afin d'empêcher la flotte anglaise de recevoir des renforts et des vivres.

Ismaël pacha , ministre intelligent et généreux , qui avait été remplacé dans les fonctions de visir par l'aga des janissaires à l'époque de l'insurrection des habitants de la Romélie contre l'armée de Cadi-Pacha , fut chargé de diriger et de payer les nouveaux travaux, et y porta sa rigidité et son activité ordinaire. Quelques ingénieurs Turcs et deux cents canonniers furent expédiés de Gonstanlinople vers l'Hellespont , et mis sous les ordres d'Ismaél pacha.

Tout y changea d'aspect. Des milliers d'ouvriers pris dans les villages voisins montrèrent autant d'activité qu'ils avaient montré jusqu'alors de négligence et de mauvaise volonté, parce que l'infatigable Ismaël pacha , généreux envers les travaillcius zélés et actifs , était inflexible et barîîarc envers les paresseux. Les canonniers de Constantinople plus instruits et mieux exercés que les artilleurs sédentaires des châteaux

de l'HelIespont , se rendirent très - utiles pour l'armement des batteries et le service des bouches à feu. Les ingénieurs Turcs eurent sans cesse à leur disposition tous les moyens qui leur étaient nécessaires.

L'amiral sir John Duckworth ne tarda pas à être informé des progrès rapides des travaux des Dardanelles, et craignit de se voir renfermé dans la mer de Marmara. Son séjour devant Constantinople devenait inutile; la négociation au lieu de prendre une tournure favorable ne faisait qu'augmenter l'orgueil des Turcs. Les vents de nordest et de sud-ouest qui avaient soufflé depuis son arrivée , et qui régnent presque perpétuellement dans ces parages, ne convenaient pas à l'attaque. Le premier, venant de la mer Noire, accroît la force du courant du Bosphore ; l'autre aurait pu devenir extrêmement dangereux, dans cet espace resserré , aux vaisseaux attaquants , dans le cas d'une tentative malheureuse.

Ces considérations engagèrent l'amiral anglais à renoncer à des sommations inutiles , et à une négociation qui ne pouvait plus avoir d'autre résultat que de compromettre de plus en plus l'honneur de la Grande-Bretagne , et l'existence de la flotte engagée dans la mer de ^Marmara.

Le a mars un vent frais du nord-est paraissait

favorable à l'attaque. Les vaisseaux anglaisélaient sous voile de tics-bonue heure. Leur premier mouvement semblait annoueer qu'ils allaient se porter sur Coustantinople, pour exécuter leurs menaces si souvent répétées. Tous les habitants de cette capitale étaient en mouvement. Lue foule nombreuse couvrait les batteries d'Europe et d'Asie. Toute la population avait les yeux fixés sur cette escadre menaçante. Mais les vaisseaux virèrent tout à coup de bord, déployèrent toutes leurs voiles , et, recevant lèvent en poupe, disparurent bientôt aux regards d'un peuple immense, qui s'empressa de joindre à ses cris de triomphe des remercîmenls à Dieu et au Prophète.

L'expédition des Anglais contre Constanlinople a été généralement blâmée à cause du mauvais succès de cette entreprise. Si les auteurs du projet avaient eu l'idée d imposer la loi à la Porte par l'effet physique du dix vaisseaux de ligne contre une ville de près d'un million d'âmes, et entourée par une forte enceinte , on pourrait les accuser de folie. Mais si leur intention a été , comme leur conduite le démontre, celle de profiter de la pusillanimité ordinaire des ministres turcs , et de la terreur que paraissaient devoir inspirer parmi les habitants de Coustantinople îe pussagp (les Dardanelles, et l'apparition sou-

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