Q2 RÉVOLUTIONS
supérieur. Près de soixante hommes furent mis hors de combat par ce seul boulet. Mais la plupart de ces énormes projectiles , qui laissaient sur la mer une trace blanche par le choc violent de leurs nombreux ricochets , furent lancés en vain , parce que les bouches à feu qui les vomissaient, étant d'immenses cônes tronqués de bronze, sans bouton de culasse , sans boui'let et sans tourillons, couchées à terre , arrêtées dans leur recul, et entièrement immobiles , ne pouvaient être chargées qu'avec lenteur. Leur immobilité obligeait les canonniers d'attendre, pour faire feu, que les vaisseaux ennemis se montrassent dans la direction immédiate de leurs pièces.
Des projets avaient été présentés à la Porte pour pouvoir diriger ces canons dans toute l'étendue de l'arc compris entre les joues de leurs larges embrasures. Mais ces projets, quoique approuvés, n'avaient pas été mis en exécution, et ne le sont pas .encore. Le perfectionnement facile de ces armes monstrueuses assurerait à des batteries de côte bien établies un immense avantage sur les vaisseaux qui oseraient s'embosser devant elles (i).
(i) Plusieurs travaux impt riants furent tracés et construits aux Dardanelles pendant l'été de 1807, sous la direction de MM. Foy et Haxo. — Ces deux officiers d'un
L'amiral sir John Duckworlh étant de retour dans la rade de Ténédos, s'empressa de remercier le ciel d'avoir pu échapper, sans la perte d'un seul vaisseau de ligne , aux dangers qu'il venait de courir, et renonçant à une négociation devenue inutile, fit aussitôt voile pour se rendre à Malte, et de là en Egypte (1).
Avant de reprendre l'histoire des révolutions de Constantinople, nous suivrons les Anglais dans cette dernière expédition, qui avait pour but d'arracher à l'empire ottoman une de ses provinces les plus riches et les plus intéressantes.
Lorsque les Anglais remirent , conformément au traité d'Amiens, l'Egypte entre les mains des agens de la Porte, les mamelucks désiraient reprendre l'influence et l'autorité qu'ils avaient eues sur cette province avant l'arrivée de l'armée française. Le cabinet de Londres auprès duquel
tiès-grand mérite sont devenus lieutenants - généraux durant la gvierre d'Espagne, où ils ont acquis une brillante réputation.
(1) D'après les gazettes anglaises , la perte des Anglais fut, dans le premier passage, de 38 hommes tués et 100 blessés.
Dans le second passage, de 197 hommes tués et 4>3 blessés. Les deux corvettes périrent.
^ RiiYOLliTIONS
ils avaient envoyé un de leurs chefs, Elfy bey ,
icur avait promis son appui.
Il était de l'intérêt de la Porte d'achever ce que les Français avaient commencé , et d'anéantir celte soldatesque indépendante. L'administration des pachas offre des inconvénients à cause de l'avidité insatiable » et de l'indocilité de quelques-uns d'entre eux. Mais ces pachas meurent; la Porte hérite toujours de leurs richesses, et reprend en entier, après leur mort, l'exercice de son autorité souveraine. Il n'en était pas de même du corps de maniolucks. Cehji-ci sans cesse alimenté par l'achat de nouveaux esclaves, nés chrétiens, ne mourait pas; son inlluence, soutenue par des guerriers nombreux et réputés invincibles, était inébranlable. L'autorité du pacha du Caire se réduisait à une vaine représentation. Le Grand- Seigneur ne recevait qu'une très-faible portion dos revenus de cette riche province.
Après l'évacuation de rKgyple par les Anj^lais la circonstance était favorable pour exterminer les mamelucks. La guerre d'Egypte avait fait périr les plus braves d'entre eux ; la désunion régnait parmi les chefs.
La Porte s'empressa d'envoyer des Albanais pour soutenir le pacha du Caire contre les entreprises des mamelucks , et défendit la vente eu
DE CONSTANTINOPLE. qS
Égvpte des esclaves circassiens ou géorgiens, qui depuis la formation de ce corps, en avaient toujours été la principale force. Les Albanais plus nombreux combattirent d'abord les mamelucks avec succès ; mais naturellement indociles ec mécontents de l'inexactitude du gouvernement dans le paiement de leur solde, excités d'ailleurs sous main par les ennemis de la Porte , ils se joignirent bientôt à ceux qu'ils devaient combattre, et commirent d'horribles excès.
Cette union fut courte , parce que les beys mamelucks désiraient commander et que les Albanais voulaient être indépendants. Un des chefs de ces derniers , jMehemed-Ali , ayant pris sur ses compatriotes un ascendant qu'il devait à sa valeur , à ses talents militaires et à son adresse , fut favorisé par la Porte, en reçut de l'argent et et des renforts , parvint à réunir la plus grande partie des Albanais sous son commandement , se déclara de nouveau contre les mamelucks, après avoir fait assassiner plusieurs de leurs chefs par trahison , leur fit une guerre cruelle et exterminatrice, les vainquit par la supériorité du nombre et les força à se réfugier dans la haute Egypte (i).
(i) Cependant La Porte oubliant ses véritables intérêts et cédant à l'influence du cabinet de Londres , avait