Toutes les propriétés particulières seront respectées
4- Tout le monde aura la faculté de quitter le territoire de Venezuela.
Caracas tomba en conséquence au pou voir des royalistes. L’armée républicaine fut dissoute , et Miranda , ainsi que beaucoup d’autres, se réfugièrent à la Guayra, dans l’intention de s’y embarquer pour Carthagène. Miranda éprouva, dans cette circonstance, l’ingratitude de quelques-uns de ses compatriotes. Don M. Casas, commandant militaire de la Guayra,le fit arrêter
clans I espoir de sc concilier, par cette trahi, son, la faveur de Monteverde. Miranda et une centaine de patriotes furent plonges dans les cachots de la Guayra et de Puerto- Cabello: beaucoup d’autres furent envoyés à Porto-Rico. On transporta à Cadix don J* Cortès Madariaga, J. Roscio, J. Ayala, J. Castillo , Américains méridionaux ; Ysnardi , Ruiz , Mires et Barrosa , Espagnols au service de la république vénézuélienne. Ces patriotes furent condamnés par les cortès à une réclusion perpétuelle dans Ceuta , d’où, les Américains parvin-
rent à s’échapper au commencement de 1 8 1 4 ; ils se réfugièrent à Gibraltar. Le gouverneur de cette place fut assez lâche pour les livrer aux Espagnols ; et ce fut seulement au milieu de l’année dernière, et grâce aux généreuses remontrances de l’Angleterre à la cour de Madrid, qu’ils obtinrent leur liberté. Les quatre Espagnols traînent encore une misérable existence à Ceuta.
En conséquence de cette capitulation * Gumana et Barcelona reconnurent faut 0-
rite de Monteverde ; et , comme si rien n’eut dû manquer à sa gloire * l’expédition contre Guayana échoua complètement.
Presque à la même époque * les royalistes de Maracaybo envahirent les départemens de Merida et de Truxillo * après avoir défait en plusieurs occasions * dans la vallée de Gucuta , l’armée chargée de défendre ce territoire * sous la conduite de don J. A. Pare des.
Le gouvernement espagnol reprit ainsi son pouvoir sur Venezuela; mais il viola de la manière la plus déshonorante tous les articles de la capitulation* à laquelle il avait dû cependant la tranquille possession de cette contrée au mois d’août ïBia,
Monteverde avait maintenant le pouvoir et les moyens d’assurer la paix car le peuple désirait ardemment le repos aurès deux années de combats et de fatigues auxquelles il était peu accoutumé. Mais au lieu d’employer la douceur et la clémence, il ne songea qu’à satisfaire son ressentiment. En frappant les habitans de Venezuela , les premiers qui eussent levé leten-
dard de Findépendance , les Espagnols croyaient détruire tous les partisans de la république. Tout royaliste devint un dénonciateur , et le plus grand des crimes lut d’avoir soutenu l’indépendance. Toutes les prisons regorgèrent de patriotes; une foule de maisons fut convertie en cachots; et l’on a dit, avec quelque raison , que presque toute la population avait été incarcérée. Non-seulement la régence d’Espagne approuva ces mesures rigoureuses , mais don Juan O Donoju , ministre de la gueire, dans un rapport sur les colonies espagnoles , présenté aux cortès le 2 octo-
bi e 1 8 1 3 , se plaignit « de l’indulgence que
^ ^ on montrée envers les insurgés de
» Caracas. »
La conduite des royalistes ranima la haine des babitans et le courage des parte sans de Findépendance. La province de Cumana , qui avait le moins ressenti les funestes effets de la dernière capitulation ; et qui avait , par conséquent, plus de moyens , fut la première à secouer le joug de Monteverde. Don W. Marin o , jeune homme actif et audacieux, rallia les nié-
contens et s empara de la ville de Maturim Les Espagnols l’y attaquèrent , et furent repoussés ; Monteverde en personne entreprit une nouvelle attaque au commencement d’avril i8i3 , et n^obtint pas plus de succès.
Don Simon Bolivar, d’une des familles les plus distinguées de Caracas , obtint du congrès de la Nouvelle-Grenade le commandement d’un corps de 6000 hommes environ. Avec cette troupe, il se crut capable d ^affranchir sa patrie ; et , traversant les Andes, du côté ou sont situées les provinces de Tunja et Pamplona , il parvint jusqua la rivière Tachira , qui sert de limite à la Nouvelle-Grenade. f
Comme Bolivar est un des plus beaux caractères qui aient honoré la révolution américaine, je veux le faire plus particulièrement connaître à mes lecteurs. Venu en Espagne dans sa première jeunesse , Boli\ ar obtint la permission de voyager en France et en Italie. Au commencement de la révolution de Caracas, il fut chargé avec don L. Dopez Mendez, par la junte suprême , de solliciter la protection de
l’Angleterre en faveur du nouveau gouvernement ; mais comme il n’approuvait pas les projets du congrès de Venezuela, il vécut dans la retraite après son retour à Caracas.
Cependant, touché des dangers de sa patrie après le tremblement de terre , il offrit ses services et fut nommé par Miranda gouverneur de Puerto-Cabello , que la trahison lui fit perdre malheureusement. Bolivar - , qui n’approuvait pas la capitulation conclue par Miranda , obtint , par la faveur spéciale de Monteverde, un passe-port quelques jours après l’entrée des royalistes à Caracas , et s’embarqua sur-le-cbamp pour Curaçoa : de cette île Bolivar fit voile pour Carthagène, où il lut chargé du commandement d’une division.
Après avoir affranchi les rives de la Magdalena du pouvoir des royalistes, il marcha sur Ocana , et dans le même temps envoya son lieutenant, le colonel Privas, a Tunja, où siégeait le congrès de la Nouvelle-Grenade , afin de demander des rem forts suffisais pour pénétrer dans le terre
toire de Venezuela ; Rivas réussit dans sa mission.
La petite armée de Bolivar surprit les royalistes à Gucuta et les mit en déroute :
après ce succès 5 le colonel Nicolas Briceno et quelques officiers furent dépêchés par lui à Guadalito : là Briceno organisa un corps de cavalerie avec lequel il envahit la province de Barinas^ tandis que Bolivar s’emparait du département de Merida après avoir défait les royalistes à la Grita. Enfin les Espagnols prirent leur revanche et Battirent Briceno ; lui et sept de ses officiers furent aussitôt envoyés au supplice par ordre de Tiscar ? gouverneur de Barinas >qui fit fusiller en même temps huit des plus considérables habitans de cette ville , comme
vf
coupables d'avoir favorisé l’entreprise de Briceno. Cette conduite barbare exaspéra Bobvai ? qui jusqu alors avait montré beaucoup d’humanité envers les prisonniers de guerre espagnols. Furieux de voir ses compatriotes traités comme des bêtes féroces , il déclara qu’il userait désormais de représailles , et que tous les prisonniers qui tomberaient en son pouvoir seraient abam
dormes au ressentiment des patriotes. Depuis ce temps la guerre fut appelée la guerre à mort , la guerra a muerte .
Bolivar divisa son armée, qui croissait chaque jour, en deux corps dont il confia l’un au colonel Rivas. Les deux divisions se dirigèrent vers la province de Caracas, en passant à travers le départetement de Truxillo et la province de Barinas.Les royalistes furent battus à Niquitao,Betyoque, Garache, Barquisimeto, Barinas , et en dernier lieu à Lostaguanes , ou Monteverde avait rassemblé ses meilleures troupes. Sa cavalerie passa durant Faction du côté des indépendans, et leur assura la victoire. Après ce revers , Monteverde se retira avec le reste de ses troupes à Puerto- Cabello. Cependant Bolivar s’avancait rapidement vers Caracas, dont les habitans Fattendaient comme leur libérateur, lorsque Fiero, gouverneur de la ville en l’absence de Monteverde, assembla une junte composée des membres de Faudiencia, du clergé et de letat-major de la garnison; cette junle décida que des commissaires seraient envoyés à Bolivar pour proposer
une capitulation. Les commissaires trouvèrent à la Vittoria ce general, qui, bien sûr d’entrer à Caracas , défendue par une faible garnison , n’en consentit pas moins à la capitulation proposée. Après la capitulation , il engagea sa parole que personne ne serait inquiété pour son opinion , et que chacun aurait la liberté de quitter Y euezuela avec ses propriétés.
Pendant les négociations , le gouverneur de Caracas, sans attendre la ratification du traité, s’embarqua à la Guayra, enlevant tout ce qu’il avait pu prendre à l’état et aux particuliers, et laissant à la merci du vainqueur quinze cents Espagnols qui n’avaient aucun moyen de fuir. Les articles du traité furent, malgré cela , envoyés au général Monteverde, qui refusa de le ratifier, déclarant : Que ce serait déroger a la dignité espagnole , que de traiter avec des rebelles .
Bolivar fit son entrée publique à Caracas le 4 août 1 8 1 3 ; aucune expression ne pourrait rendre l’affectueuse entrevue des troupes de Bolivar et des habitans de Caracas :
la rencontre inattendue de deux amis , long-
temps séparés et malheureux pour la meme cause, peut seule donner une idée de leurs transports et de la vivacité de leurs enxbrassemens. Les prisons de la Guayra s’ouvrirent, et ceux qui avaient survécu à un an de détention, furent rendus à leur patrie, à leurs amis, aux acclamations d’un peuple ivre de joie, et comblant cie bénédictions son libérateur. Malgré l’exaltation du peuple , aucun Espagnol ne fut insulté :
le sentiment du bonheur et de la reconnaissance remplissait seul tous les cœurs.
Ainsi furent délivrées les provinces de la république vénézuélienne , grâce aux efforts de Marine dans l’est, et de Bolivar dans les autres parties. La citadelle et la ville de Puerto-Cabello restaient seuls au pouvoir de Monteverde, vers la fin d août i8i3. Un des premiers soins de Bolivar fut dWvoyer un parlementaire à Monteverde pour offrir l’échange des Espagnols européens, contre les créoles prisonniers à Puerto-Cabello, quoique ceux-ci fussent beaucoup moins nombreux. Maigre les avantages de cette généreuse proposition *
Monteverde refusa obstinément tout traité avec Bolivar.
Sur ces entrefaites , Monteverde reçut d’Espagne un renfort de douze cents hommes* et* se croyant en force pour agir avec succès * attaqua les républicains près d'Agua-Caliente. Complètement battu et grièvement blessé * Monteverde laissa sur le champ de bataille ou dans les mains de l’ennemi presque tous ses soldats* et revint avec les débris de sa troupe à Puerto-Cabello * dont Salomon prit alors le commandement.
Bolivar renouvela ses offres généreuses à Salomon; mais celui-ci* non content d’imiter l’exemple de Monteverde * fit charger de fers et jeter dans les cachots le parlementaire de Bolivar .Cetim ortuné était un prêtre nommé don Salvador Garcia* i e m ai quable pai sa douceur et ses vertus.
Istueta* successeur cle Salomon* alla plus loin : pour empêcher les assiégeans de tu ei sui la ’v îlle il exposait pendant le jour les prisonniers américains au feu de leurs batteries , et les faisait jeter la nuit dans des pontons où cinquante mouraient à la fois
de suffocation. Les assiégeans usèrent de représailles, et placèrent les prisonniers espagnols devant leur ligne de bataille.
Alors les Espagnols amenèrent quatre Américains sur le front de leur ligne, et les fusillèrent en présence de leurs compatriotes. Les noms de ces citoyens distingués sont Pellin, Osorio, Pointet, et le généreux Manuel Pulido, digne au plus haut degré du respect et de 1 estime publiques. On juge facilement, d après cela, que toute communication cessa entre les deux partis (i).
Bolivard continua le siège de Puerto Cabello , par terre et par mer , et confia la direction des travaux au jeune D Eluyar.
Bientôt la plus grande partie de la ville tomba au pouvoir des indépendans ; la citadelle seule resta aux Espagnols : La garnison était faible; les vivres manquaient; l’humidité du sol engendrait d’affreuses maladies : Cependant ils rejetaient toute espèce de capitulation. La persévérance
(.) Voyez la lettre du général Bolivar au Général Hodgson, gouverneur de Curaçao > publiée dans 1 expose de Walton.
est incontestablement le trait distinctif du caractère espagnol ; né , eleye dans un climat doux, l’Espagnol est doué dune indomptable fierté ; il agit lentement ; mais, une fois décidé, la fermeté surmonte Findolence : il peut céder quelquefois à la persuasion, jamais à la force: que les Espagnols soient abhorrés en Amérique, que leurs finances s’épuisent, que leurs flottes périssent, peu leur importe pourvu qu’ils dominent dans les contrées qu’ils occupent, pourvu qu’ils remettent sous le joug cet immense continent : quelques revers qu’il éprouve , le gouvernement ‘ espagnol ne se déterminera, peut-être jamais, à reconnaître l’indépendance de ces anciennes colonies, et probablement enverra long-temps encore de nouvelles expéditions en Amérique dans l’espoir de la
ramener sous le joug dont elle est réellement délivrée.
Puerto Cabello , quoique vigoureusement assiégée, tenait toujours. La situation de cette forteresse est si avantageuse, les munitions étaient si abondantes, et la garnison montrait tant de résolution que Bo-
livar renonça au dessein de l’emporter à assaut , en calculant la perte d’hommes qu’une pareille mesure pouvait entraîner, Les royalistes de Coro , renforces par quelques troupes de Puerto Rico , sortirent de leur ville sous les ordres de Cevallos, et, pénétrant dans le territoire de Caracas, attaquèrent et délirent les républicains à Barquisimeto, le io novembre.
Bolivar accourut et culbuta les royalistes à Yigirima, Barbula et Araure le 5 décembre. La victoire de Barbula coûta cher aux patriotes ; ils perdirent le jeune Girardot , distingué par l’intrépidité qu’il avait montré dans les affaires de Palace Cucuta, Taguanes en Venezuela, et Bogota dans la nouvelle Grenade. Le général Bolivar lui donna le nom de Libertador de Venezuela , ordonna un deuil annuel en commémoration de cette perte , et lit assigner une pension perpétuelle à la famille de Girardot. Un bataillon de patriotes avait montré de la faiblesse à l’affaire de Barquisimeto , Bolivar les priva de leurs fusils : armés seulement de piques, ils renversèrent un bataillon ennemi à l a
bataille d’Araure, enlevèrent ses fusils, et rétablirent leur gloire par leur bravoure héroïque.
Bolivar, en rentrant dans le territoire de Venezuela, soutenu par les secours du congrès de la nouvelle Grenade , avait reçu 1 ordre de rétablir le congrès républicain ; il ne jugea pas à propos d’obéir. '
Depuis les derniers triomphes des indépendans , Gai acas était sous 1 empire du gouvernement militaire; et quoique Bolivar u abusai pas des pouvoirs dont il se trouvait mvésti , on ne pouvait pas en dire toujours autant de ses lieutenans.
Le meilleur gouvernement militaire est insupportable. Les murmures éclatèrent de toute part, et Bolivar sentit que 1 autorité qu’il exerçait défait être au moins revêtue de formes légales. I!
convoqua une assemblée générale composée de magistrats , dignitaires , ecclésiastiques, municipalités, colleges, conseils de commerce, le 2 janvier 1814. Il yrend.it un compte exact de ses intentions , de ses opérations dans l’envahissement de Vene- ZU0 la » el résigna la suprême autorité. Le
gouverneur de Caracas , Don C. Hurtado de Mendoza , un des plus fermes soutiens de la cause des indépendans , s’adressant à l’assemblée, démontra la nécessité de laisser le commandement suprême de Venezuela à Bolivar jusqu’à ce que les Espagnols fussent complètement soumis, ajoutant cependant qu’il appartenait au congrès de la nouvelle Grenade de régler une constitution pour Venezuela. Don J.
Ch. Rodriguez, président de la municipalité , parla sur le même sujet et fut soutenu par Don D. Alzuru. L’assemblée accepta la proposition du gouverneur de Caracas, et le libérateur de K enezueh fut investi du pouvoir dictatorial jusqu’à la réunion des provinces de Venezuela à celles de la nouvelle Grenade, sous b même forme représentative de gouvernement.
Les Espagnols ne pouvant subjuguer b province de Venezuela, formèrent le pb° d’y porter le trouble et la destructioncet effet , les chefs royalistes de Puerto- Cabello et le gouverneur Espagnol & Guayana résoluren t de soulever les esclaV^
contre leurs maîtres, et, pour exécuter ce projet , envoyèrent dans l’intérieur du pays des hommes couverts de crimes et d’infamie , tels que Boves , Yanez , Rosette, Puy et Palamo. Les premiers étaient Espagnols, le dernier était un nègre depuis long - temps proscrit comme voleur et comme assassin. Boves et Rosette reçurent
des secours d’armes et de munitions du gouverneur de Guayana, et pénétrèrent dans la partie de l’est de la province de Caracas; PuyetPaloma, aidés par les troupes de Coro, Puerto-Cabello et Maracaybo, passèrent dans la partie de l’ouest et se disposèi ent a agir contre Bannas, Merida et Truxil- 1°, Cessoutiens de la cause royale correspondaient régulièrement avec les chefs espagnols des places ci-dessus mentionnées; quelques-unes de leurs lettres furent interceptées et publiées dans la gazette de Caracas , et les papiers et dépêches qui tombèrent entre les mains de Bolivar révélèrent tout le plan.
En donnant la liberté aux esclaves dont le nombre se montait à soixante nulle dans le gouvernement de Venezuela,
en formant un corps de tous les vagabonds > très-nombreux dans un pays qui faisait la guerre depuis trois ans, en promettant à la lie du peuple la fortune des plus hautes classes , il était facile de lever un corps d’hommes redoutables par leur nombre et leurs excès. Puy et Palomo subjuguèrent par leur moyen Barinas , Guanare et d’autres villes. On jugera de leur férocité et de l’esprit qui les animait par l’anecdote suivante. Après la bataille d’Araure , oii Gévallos fut battu , une division de l’armée de Bolivar marcha vers Barinas , oii Puy s’était retiré. Tremblant pour sa propre tête , il donna ordre d’arrêter cinq cent soixante-quatorze personnes qu’il présumait mécontentes , et cinq cents furent fusillées sans aucune espèce de jugement. Dans ce moment , un aide de camp de Puy donna l’alarme en assurant que les républicains approchaient de la ville. Puy demanda avec anxiété : Avonsnous le temps d’exécuter les soixante-quatorze prisonniers restans ? L’aide de camp répondit que non, et ce fut ainsi qu ils furent sauvés. Quelque temps après , les ré-
publicains évacuèrent Earinas , et Puy répandit le deuil et la dévastation autour de lui , en ordonnant un massacre général des habitans.
Boves et Rosette marchaient des rives de FOrenoco vers les vallées de Tuy et d’Araguà.La mort semblait les précéder et tracer leur route par des flots de sang.
Les lecteurs maintenant pourraient à peine croire ce que les papiers publics et les lettres particulières affirmaient à cette époque. Dans une étendue de pays de quatre cent milles , disent ces papiers , depuis FOrenoco jusqu'aux environs de Caracas , ils n’épargnèrent pas un être humain et massacrèrent tous ceux qui ne voulurent pas se joindre à eux. En employant ces moyens de terreur ils parvinrent à réunir huit mille hommes , parmi lesquels il n’y avait que cinquante Européens ou Canariens , et quelques hommes de couleur; tout le reste se composait d’esclaves. Ils surmontaient , par les moyens les plus barbares , tous les obstacles qu’ils rencontroient sur leur chemin. Boves prit possession de la Vittoria, et Rosette d’Ocu-
mare; la première ville à quatorze lieues, la seconde à dix lieues cle Caracas. Y ânes et Puy, après la conquête de Bar in as , s'avancèrent pour joindre Boves et Rosette au commencement de février i8i4* Dans cette conjoncture, les prisonniers espagnols à la Guayra et à Caracas , au nombre de quatorze cents , formèrent une conspiration contre le gouvernement. Plusieurs se réunirent en corps sur la route entre Caracas et la Guayra avec le projet ^.'assassiner les voyageurs. Les troupes de Bolivar , peu nombreuses , comparées à
celles de ses antagonistes , se trouvaient
s répandues dans le pays , tandis qu'il fallait des ressources extraordinaires pour
jfe?
si
llkf
^ sauver Caracas du danger de tomber dans
es mains des esclaves. Si les garnisons de Caracas et de la Guayra étaient retirées des villes pour renforcer l’armée , on devait tout craindre des prisonniers, qui avaient perdu l’espérance d’être échangés depuis la détermination des chefs espagnols de ne jamais traiter avee les insurgés. Le massacre de quelques habitans d’Gcumare , dont trois furent assassinés
clans l’église, augmenta l’indignation de Bolivar. Accablé de soins , dévoré ^inquiétudes , entouré de dangers , exaspere par les atrocités de Benne® i , il avait soif de vengeance. Dans un moment de désespoir^ entraîné par la crainte et par le ressentiment j il ordonna l’exécution des prisonniers ; et , nous sommes affligés de le dire j huit cents hommes furent tués dans cette occasion. Lorsque le commandant de Puerto-Cabello apprit ces exécutions, il fit mettre à mort , par représailles, tous les prisonniers qui se trouvaient en son pouvoir et dont le nombre se montait à quelques centaines.
Bolivar se mit en campagne , et remporta une victoire signalée sur Boves à la Vittoria. Le colonel Rivas défit Rosette sur les bords de la rivière Tuy; Yanès fut tue a Ospinos. Un tiers des troupes républicaines périt dans ces engagemens , où la disproportion des combattans était si considérable.
Los Llanos , qui approvisionnait Caracas de chevaux , étant au pouvoir des royalistes, la cavalerie de Bolivar se trouvait
si mal montée , qu’après la bataille de Tuy et de la Yittoria, il put à peine poursuivre l’ennemi quelques lieues. Boves et Rosette rallièrent leurs troupes ; et , après avoir reçu quelques renforts , marchèrent de nouveau sur Caracas. Le général Morino, qui venait de Cumana au secours de Bolivar, fut joint par une division de troupes commandées par le général Montilla , et r leurs efforts réunis repoussèrent les royalistes à Bocachica. Peu de jours avant, le général Bolivar avait remporté un pareil avantage à San -Mateo. Ces deux victoires rendirent la liberté à Valencia assiégée par Cevallos et Calzadas commandant deux divisions des troupes royales.
L’histoire de la révolution de l’Amérique espagnole sera lue certainement avec le plus vif intérêt , lorsqu’on pourra faire ' connaître tous les actes de courage héroïque , et les preuves sans nombre de l’esprit universel de patriotisme qui dominait parmi les Américains méridionaux malgré leurs dissensions civiles. Un officier, d’une des familles les plus distinguées de Santa-Fé , fut nommé pour garder un im-
portant magasin , lorsque San-Mateo fut attaqué , le 25 mars 1814* Les royalistes, se flattant de le prendre par surprise , tandis que les armées se battaient à quelque distance, envoyèreiat, à cette intention, un fort détachement de troupes. Le jeune Ricante observait les mouvemens de l’ennemi ; voyant l’impossibilité de résister , il donna ordre à ses soldats d’aller joindre l’armée , assurant qu’il suffisait seul pour îa défense du magasin. Les Espagnols entourèrent le bâtiment, y pénétrèrent ; et dans l’instant oii ils découvrirent Ricanîe, celui-ci mit le feu à la poudre. Le magasin sauta à l’instant même , et , comme il s’y attendait , il périt dans Fexplosion.
Boves, après ses pertes , se retira à Los Llanos, et Cevallos à San Carlos, où le général Marin o les poursuivit ; mais Marine, repoussé le 16 avril , fut obligé de se retirer sur Valencia. Cagigal, qui avait été nomme capitaine general de Venezuela à la place de Monteverde , amena des renforts de Coro ; et, réunissant sous ses ordres les troupes commandées par Cevallos, Calzadas et autres, s’avança de Valencia à
la rencontre des indépendans. Les deux armées firent halte à quelque distance lune de l’autre , pour s’assurer mutuellement de leurs forces. Enfin on en vint aux mains dans les plaines de Caraholo le 28 mai 1814. De part et d'autre on combattit avec fureur ; on fit les plus grands efforts pour remporter la victoire , qui semblait devoir être décisive : elle se rangea du coté des patriotes. Les royalistes , mis en déroute , laissèrent sur le champ de bataille une grande quantité d’armes et de munitions , et perdirent cinq cents hommes tués , blessés ou faits prisonniers.
Bolivar 5 se regardant assuré de la possession de Venezuela j tourna son attention sur Goro et Los Llanos ^ ou l’ennemi s’était retire. Ï1 espérait y en s’emparant de ces territoires , détruire les dernières espérances des royalist es 3 parce que c’était de là qu’ils tiraient toutes leurs ressources.
Urdaneta marcha contre Coro , à la tête de cinq cents hommes ; Marino se dirigea vers San-Fernando * sur la rivière Apure, dahs la province de Barinas , avec une division à peu près de la même force , et le
general en chef garda la troisième paitie de l’armée , pour s’opposer a Boves. Ce dernier n’avait pas pris part a la bataille de CaraBolo, et s’avançait avec un nombreux corps de cavalerie contre Bolivar :
avec le secours de ce corps, les royalistes auraient probablement gagné la dernière bataille, et Bolivar aurait incontestablement vaincu Boves par la supériorité de la discipline des patriotes, si, méprisant un pareil ennemi , il n’avait pas divisé ses forces.
En peu de jours , les trois divisions de l’armée républicaine furent séparées par de grandes distances. Bolivar, attaqué à près de cinquante lieues de Caracas par Boves , à la Puerta , près de la ville de Cura , dans une plaine immense ou la cavalerie assurait la supériorité , fut obligé d’abandonner le champ de bataille , après plusieurs heures de combat. Boves , Cagigal et Calzadas, ayant réuni leurs troupes dispersées, attaquèrent avec succès la division de Marino , qui, privé de toute communication avec Caracas, se retira dans Cumana* A la nouvelle de ces défaites ,
TJrdaneta , déjà trop éloigné pour essayer de secourir Caracas * se hâta de conduire ses troupes à Cucuta , sur les frontières de Santa-Fé.
De ce moment , la confusion régna parmi les patriotes , et bientôt il n’exista plus d’armée pour protéger Caracas. Le gouvernement militaire de Bolivar avait déplu au peuple , et les hahitans de Los Llanos s’étaient ouvertement déclarés pour les royalistes j par haine contre certains généraux de Bolivar, et surtout contre don J. Campo- Elias qui avait fait exécuter plusieurs de leurs compatriotes pris dans un précédent engagement. Le siège de Puerto-Cabellolut levé, et l’armée embarquée pour Cumana, ou Bolivar se rendait par terre avec le reste de son armée, tandisque toute la population de Caracas, se trouvait menacée d’une entière destruction par l’approche des royalistes. Boves s’avançait en effet vers Caracas et la Guayra , qui se rendirent à lui au mois de juillet i8i4- La ville de Valencia tenait toujours; les royalistes laissèrent Boves pour en continuer le siégé. A la fin, lorsqu’une plus longue résistance devint
impossible , la garnison accepta une capitulation proposée par les assiégeans. Mais les officiers républicains, avertis de la mauvaise foi des royalistes, dexuandeient quune messe solennelle fut célébrée devant les deux armées , et qu’au moment de 1 elévation , le général royaliste fît serment d’accomplir religieusement les articles du traité. Cette cérémonie achevée , on livra la ville aux royalistes ; et bientôt apres les officiers républicains et une grande partie des soldats furent fusillés. Parmi eux périt
ainsi l’éloquent Espejo, certainement digne
d’un meilleur sort !
Bolivar revint avec l’armée patriote dans la province de Barcelfma , et fut défait à Araguita. Le succès ne suivait plus Bolivar ; son premier bonheur l’avait abandonné ; le commandant de sa flotille refusait d’obéir à ses ordres. Bolivar sentit que tout espoir était perdu , du moins pour le moment ; et , suivi de plusieurs de ses officiers , bien décidés à partager sa mauvaise fortune, il s’embarqua pour Carthagène.
Rivas et Bermudes, avec quelques troupes, se séparèrent de lui et marchèrent
vers Maturin , déjà fameuse par la cam-
en peu de temps le rendez-vous des patriotes désespérés , qui n’avaient à attendre aucun quartier des royalistes.
Morales et ensuite Boves , qui tentèrent de les forcer dans cette position , essuyèrent une défaite complète et une perte considérable. Rivas et Bermudes obtinrent de grands avantages dans plusieurs autres engagemens ; mais les royalistes, recevant journellement de nouveaux renforts, réussirent enfin à les vaincre à Urica le 5 décembre 1 8 1 4* Maturin alors tomba au pouvoir des royalistes, qui payèrent cette conquête de la vie de leur favori Boves. Ils se vengèrent en fusillant Rivas fait prisonnier, et en envoyant sa tête à Caracas pour y être publiquement exposée.
Bermudes s’embarqua avec quelques troupes pour File de la Margarita, où il soutint le gouvernement républicain , jusqu’au moment où une expédition d’Espagne, commandée par le général Morillo , parut sur la côte de Venezuela. Cette expédition consistait en dix mille hommes em-
1) arqué s à Cadix sur environ cinquante vaisseaux de transport, protégés par trois frégates. Après avoir laissé environ deux mille hommes dans les differentes villes situées sur la côte de V enezuela, et renforce son armée d’une partie des troupes stationnées à Caracas , Morilio quitta Puerto-Cabello au mois de juin i8i5, avec l’intention d’assiéger Carthagène. Une des frégates, le San-Pedro d’Alcantara, avait péri près de Margarita.
Nous avons déjà dit que Bolivar s’était embarqué pour Carthagène après la bataille d’Araquita. De Carthagène il se rendit à Tunja. Le congrès de la Nouvelle- Grenade , établi dans cette vil e, le chargea de contraindre par force la ville de Santa- Fé de Bogota à reconnaître son autorité.
Bolivar réussit et marcha ensuite avec trois mille hommes pour réduire la province de Santa-Marta. Carthagène, d’après les ordres du congrès, devait fournir pour cette attaque des troupes et des armes.
Bolivar atteignit la ville de Monpox, sur la rivière de Magdalena, et de là informa le gouvernement de Carthagène
de la demande du congrès. Le gouverneur militaire de Carthagène , don M. Castillo , ennemi personnel de Bolivar, se servit de son influence sur le président pour empêcher l’exécution des ordres du congrès, sous prétexte des vues ambitieuses de Bolivar et de sa conduite sanguinaire en'Venezuela. Cet incident retarda l’attaque de Santa-Marta. Bolivar marcha sur Cartha- gène , dans l’espoir de forcer le gouvernement à obéir aux ordres du congrès. Une guerre civile s’alluma , et les royalistes de Santa-Marta profitèrent de ce moment pour s’emparer de Monpox et de plusieurs autres places que le gouvernement de Carthagène avait laissées sans défense , afin de s’opposer à l’entreprise de Bolivar. Ce fut dans cette conjoncture que la nouvelle de l’expédition d’Espagne parvint à Carthagène. Bolivar abandonna son projet et quitta l’armée. Ses troupes se réunirent à celles de Carthagène pour défendre cette ville.
Les royalistes entrèrent à Carthagène le 6 décembre , après environ quatre mois de siège. Avant cette époque, Bolivar s était
rendu à la Jamaïque avec le plan de secourir Cartliagène en débarquant une expédition sur ses rivages. Dans cette intention, il s’embarqua aux Cayes. La prise de Carthagène ayant déconcerté son projet , il dirigea de nouveau son attention sur Venezuela.
L’arrogante conduite des Espagnols causa une division dans l’armée. Plusieurs corps de troupes du pays, qui avaient d’abord consenti à combattre sous leurs bannières, se réunirent aux soldats dispersés et débandés après la bataille d’Urica, et formèrent différens corps de guérillas.
Après une guerre obstinée qui a duré cinq ans , et à laquelle presque toute la population de Venezuela a pris part , toute différence d’opinions a disparu parmi les patriotes ; ils sont tous réunis maintenant contre l’ennemi commun et pour la cause du pays. Les guérillas, commandés par Monagas, Piar, Roxas, Saraza, Llanos et autres, occupèrent la partie intérieure des provinces de Guayana , Cumana, Barcelona, Caracas et Barinas , harassèrent les déta-
chetnens espagnols , et les battirent souvent.
Tel était 1 état de Venezuela lorsqu Arisxnendi releva l’étendard républicain dans l’xlë de la Margarita. Après avoir plusieurs fois battu la garnison espagnole, il prit possession de cette île pendant que Murillo
entrait dans Carthagene.
Stimulé par l’espoir d’un plus flatteur avenir, Bolivar disposaune expédition destinée à seconder les efforts de Margarita. Il se joignit à Brion, natif de Curaçoa, auparavant
employé dans la marine de Venezuela, depuis naturalisé citoyen de Carthagene en raison de ses services, et réunit les émigrés de Venezuela à ce qui restait de la garnison de Carthagene. Brion était un homme riche ainsi que d’autres attaches a m patriotes; ils se chargèrent de paye* les frais de l’expédition. Brion, en récompense de son dévouement, fut nommé commandant des forces maritimes ern ployés en cette occasion. Elles consistaient en deux vaisseaux de guerre et treize
bâtimens de transport, la plupart armes ,
et montés par près de mille combattant.
Ils mirent à la voile aux Cayes , à la fin de mars 1816, et, au commencement de mai , ils débarquèrent à la Margarita , après avoir pris aux Espagnols deux vaisseaux de guerre à la suite d un sanglant engagement dans lequel Brion fut blessé.
Les Espagnols abandonnèrent presque toute File et gardèrent seulement la forteresse de Pampatar.
De Margarita, Bolivar fit voile pour Carupano, environ à cinq lieues à l’ouest de la ville de Cumana, dont il chassa les royalistes. Après avoir armé quelques corps de guérillas qui s’étaient avancés pour le joindre, il fit voile pour Ocumare.
Nulle expression ne pourrait peindre la i âge des Espagnols lorsqu ils apprirent le succès de Bolivar. Pour prouver jusqu’où le désespoir pouvait les porter, je raconterai 1 anecdote suivante, bien authentique, copiée du journal du capitaine Hardy* sur le vaisseau Mermaid.
Cumana ,Ie 12 juin 1816.
(< Voici le trait de barbarie dont j’ai été témoin. Une femme, appartenant à Fune
des familles les plus respectables de Cumana , ayant parlé contre le gouvernement espagnol et en faveur du parti patriote, fut placée sur un âne et promenée dans les rues, suivie d’une garde de dix soldats; au coin de chaque rue, et en face des maisons de ses plus proches parens , elle reçut un certain nombre de coups de fouet sur son dos nu ; l’arrêt portait qu’elle en recevrait deux cents. La pauvre souffrante avait les yeux bandés , et supportait cet inhumain traitement avec un extraordinaire courage.
Ses cris étaient faibles ; mais je pus voir, malgré le mouchoir quelle tenait sur son visage, que ses larmes coulaient en abondance.
» Je ne lui vis donner qu’une douzaine de coups de fouet. Quelques hommes de ma troupe, qui étaient sur le rivage, virent exécuter la sentence en entier. Ma sensibilité était beaucoup trop blessée pour que la curiosité pût la surmonter. Je fis des recherches particulières deux jours après sur le sort de cette infortunée : on me dit qu elle refusait toute espèce de nourriture ainsi que tout secours de la médecine; et
quelques jours après j’appris qu’elle était morte, et que sa modestie et son excessive délicatesse l’avaient empêché de survivre à l’humiliation dont on avait voulu la flétrir. »
Sur la côte de Caracas, entre Guayra et Fuerto-Cabello, on trouve les ports d Ocumare et de Choroni. Les environs de ces villes sont cultivés par des esclaves, et on y récolte l’indigo , le sucre et le cacao. Ces quartiers sont séparés des plaines de Yalencia et d’Aragua par la branche des Andes qui traverse le Venezuela. Arrivé à Choroni , Bolivar partagea son armée, forte de 1000 à 1200 hommes , en deux pai très y sir Grégor IVIac Grégor, qui commandait I avant-garde, débarqua et s’avança dans le pays, tandis que le reste de l’armée se rendait à Ocumare. Maracay et Cabrera avaient déjà cédé aux armes de Mac Grégor, et il menaçait la Vittoria quand une armée royaliste, commandée par Moralès , que Morillo avait mis en campagne sur la nouvelle de l’expédition de Bolivar , se présenta pour arrrêter les progrès des indépendans. Bolivar lui-même
qui commandait Barrière-garde * eut tout le choc des Espagnols à supporter ; il perdit 200 hommes et ses meilleurs officiers, et se vit oblige de se rembarquer. Sir Grëgor Mac Grëgor , isole par cet échec, changea le plan quil avait suivi jusqu’alors , et marcha par les plaines sur Barcelona.
Voici la proclamation que Bolivar répandit en débarquant à Ocumare.
Simon Bolivar , chef suprême de la République 9 et capitaine-général des armées de V enezuela et de la Nouvelle- Grenade , aux habituas de la province de Caracas .
Du quartier-général, à Ocumare , 6 juillet ï8i6*
« Une armée formidable par son artillerie, ses munitions, ses armes de toutes espèces s’avance sous mes ordres. L’heure de la délivrance a sonné.
» Bientôt vos tyrans seront détruits ou expulsés ; bientôt je vous rendrai la liberté
et la paix.
» Cessons, cessons la guerre a mort : laissons cette atrocité à nos ennemis. Nous
pardonnons à ceux qui se soumettront, quand même ils seraient espagnols, et ceux qui serviront la cause de V enezuela seront considérés comme amis , et employés suivant leur mérite et leur habileté. Toutes les troupes appartenant à l’ennemi, qui voudront se joindre à nous, jouiront de toutes les récompenses que le pays peut répandre sur ses bienfaiteurs.
» Nul Espagnol ne sera mis a mort, à moins' que ce ne soit en bataille. Nul Américain ne souffrira la moindre injure pour s être joint au parti du roi, ou pour avoir commis des actes d’hostilité contre ses concitoyens.
» Cette malheureuse portion de nos frères qui a gémi dans l’esclavage, est maintenant reconnue libre. La nature, la justice et la politique demandent l’émancipation des esclaves. Désormais il n’y aura plus qu’une seule classe de peuple dans Venezuela. Tous seront citoyens.
» Après avoir pris la capitale, nous convoquerons la représentation nationale en congrès général , afin de rétablir le gouvernement républicain. Tandis que nous
m archerons sur Caracas, le général Marinô, à la lête d’un corps nombreux, attaquera Cumana. Le général Piar, soutenu par les généraux Roxas et Monagas, se rendront maîtres des plaines. Llanos se portera sur Barcelona, tandis que le généixd Arismendi, avec son armée victorieuse, occuperaMarguaita. »
» Simon Bolivar.
Sir Gregor-Mac - Gregor se trouva luimême dans une fort dangereuse position, après la défaite de Bolivar : mais il se tira de ce danger par la connaissance quil avoit acquise du pays , et la confiance qu’il inspirait à ses troupes.
Sir Gregor-Mac-Grejgor est écossais. Il servait dans l’armée anglaise en Portugal où il fut promus au grade de capitaine.
Par suite de quelque malentendu avec un officier supérieur, il quitta l’armée et vint à Caracas en 1811. Après le tremblement de terre, il servit dans la cavalerie de Venezuela qui, dans le combat de Los Guayos, souffrit considérablement sous son commandement. Après la capitulation de Miramda, sir Gregor-M aç~Gr egor se rendit
à Carthagène et, et depuis ce temps il a constamment soutenu la cause des indépend ans ,
Les royalistes victorieux le poursuivirent avec acharnement apres la défaite de Bolivar. Ils comptaient tellement sur le succès, qu’ils envoyèrent une note officielle à Caracas portant que Mac-Gregor avait été tué après une défaite complété, lis nommaient même le soldat qui 1 avait dépouillé de son uniforme sur le champ de bataille.
L’armée des patriotes se trouvait à plusieurs centaines de milles de Barcelona.
De ce lieu seulement elle pouvait espérer du soutien , et les royalistes avaient dépêché toutes leurs troupes pour la détruire.
Néanmoins , les indépendans eurent de grands succès. Ils repoussèrent Morales dans la bataille d’Alacran , et le défirent complètement à Juncal. Ces victoires les mirent en possession de Barcelona au commencement d’octobre , et la communication fut ainsi ouverte entre Mac-Gregor et les autres généraux qui étaient dans les provinces de Cumana et de Guavana,
Les Espagnols évacuèrent Pampataf le 2 novembre. Llle Margarita , devenue complètement libre , le général Arismendi prit une partie de ses troupes et mit à la voile pour se joindre aux patriotes à Barcelona. Bolivar qui , après la défaite d’Ocumare , était retourné aux Cayes 5 amena de nouveaux renforts à Margarita, où il débarqua en décembre 1816. Dans une nouvelle proclamation , il convoqua la représentation de Venezuela en congrès général , et se rendit ensuite à Barcelona , où il organisa un gouvernement provisoire. Il fut attaqué dans ce lieu par les rovalistes Réal et Morales aux mois de février et de mars , mais il les repoussa vigoureusement , et leur fit éprouver de grandes pertes. Le 11 du mois d avril dernier, Piar défit les troupes royales à Guayana , et les' força à se renfermer dans la forteresse de Guayana - la -Vie j a et dans la ville d’Angostura. Paez obtint également de grands avantages dans une bataille donnée près San-Fernando de Apure , sur les royalistes , qui , au nombre de deux mille, étaient venus de San ta-fe sous le corn-
mandement de Morillo pour secourir Caracas. Le 9 avril fut néanmoins un jour fatal aux patriotes ; ils perdirent la ville de Barcelona, et , au commencement de mai 5 leurs ennemis reçurent d’Europe un renfort de 1600 hommes choisis parmi les meilleures troupes de l’Espagne.