‹ Révolutions de l'Amérique espagnole, ou Récit de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la guerre entre l'Espagne et l'Amérique MéridionaleChapitre 11 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Révolution de la Nouvelle-Grenade. — Junte de Santa- Fé-de-Bogota. — Congrès et assemblées fédérales. — Santa-Fé se refuse d’accéder au lien fédéral. — Guerre civile et siège de Santa-Fé-de-Bogota. — Paix. — - Guerre contre les partisans de la domination espagnole. — Proclamation adressée par le congrès aux provinces fédérées. — État politique tît moral de la Nouvelle-Grenade avant l’expédition de Morillo. — Rapport de Morillo au ministre de la guerre du royaume d’Espagne.

Vingt-deux provinces composent l’état de la Nouvelle-Grenade, qui d’un côté touche au Pérou , et de l’autre aux provinces de Venezuela. San ta-F é-de-Bogota , où il y a 35, 000 âmes, est la capitale de cet état qui, sur 67,000 lieues carrées ,

compte à peu près 2,600,000 habitans»

Nous avons dit que la Nouvelle-Gronade était partagée en vingt-deux provinces : voici leurs noms. Antioquia , Carthagena, Casanare , Choco, Cunca, Cundinamarca , Guyaquil, Jaën , Loxa , Mariquita, Maynas, Neyva, Parnplona, Panama, Popayan, Quito, Quixos, Rio- Hacha, Santa-Marta, Socorro, Tunja , Veraguas.

L’esprit d’indépendance qui animait l’Amérique, gagna Carthagene dès qu’on y connut de quelle manière la junte centrale de Séville se proposait d’agir avec les colonies.

La municipalité osa d’abord restreindre le pouvoir du gouverneur en lui adjoignant deux personnes pour partager le poids de l’administration. Le gouverneur se soumit à ce partage ; mais il paraît qu’il agit bientôt sans consulter ses adjoints.

On profita de cela pour le destituer , et la municipalité , soutenue et approuvée par le peuple et la garnison , déféra l’autorité à don N. Soria , commandant en second les provinces de Socorro et

de Pairiplona se révoltèrent presque en même temps contre leurs corrégidors , dont le despotisme croissant devenait chaque jour plus insupportable. Ces evenemens réunis engagèrent les habitans de Santa -Fé à s’opposer au gouvernement établi : charmés de trouver une occasion favorable pour secouer le joug de l’Espagne 5 ils établirent une junte composée des hommes les plus respectables de Santa-»

Fé. Les membres de cette junte furent élus dans une assemblée publique cabildo abiertOj réunie avec Fautorisation de don A. Araar, vice-roi, le 20 juillet 1810. La junte reconnut la supériorité de la régence de Cadix, et nomma même le vice-roi président ; mais , peu de jours après , ils s’alarmèrent d’une prétendue conspiration formée , disait-on , par le vice-roi et Faudiencia. En conséquence, le vice-roi , sa femme et presque tous les membres de Faudiencia furent arrêtés, envoyés à Carthagena sous escorte, et ensuite en Espagne. La junte , par un manifeste désavouant Fautorité de la régence de Cadix, invita les provinces de la JN ouvelle-Gre-

îiade à envoyer leurs députés à Santa~Fé de Bogota , ou Ton déciderait , dans un congrès général , quelle forme de gouvernement devait être établie durant la captivité du roi.

Les provinces de Tunja , Pamplona , Casanare, Carthagena, Socorro, Antioquia, Citara ou Choco , Neyva et Mariquita se déclarèrent en faveur de la révolution. Santa-Marta les imita, en reconnaissant, toutefois, l’autorité de la régence. Quelques mois après, les Espagnols, profitant d’un mouvement populaire excité par eux-mêmes, parvinrent à renverser la junte établie à Santa-Marta , et ils en formèrent une qui leur était entièrement dévouée le 22 décembre suivant. Le gouverneur de Popayan, don N. Tacon, assembla les principaux de la province :

d’une voix unanime, ils demandèrent la formation dune junte populaire. Tacon différait d’opinion : il ordonna la dissolution de rassemblée , et leva une armée pour attaquer le nouveau gouvernement de Santa-Fé , qui , sentant son danger, envoya des troupes sous les ordres de don

in 5

Baraya , afin d’arrêter Tacon dans sa marche. Baraya obtint un succès complet dans la bataille donnée sur les bords de la rivière Palace , à trois lieues de la ville de Popayan , au commencement de 1 8 1 1 .

La régence , désirant plaire aux Américains * jugea convenable de donner à deux de leurs compatriotes un témoignage d’honorable confiance. Don A Villavicen»

cio et Don C. Montufar , sous la dénomination de commissioncidos regios 3 chargés de soutenir son autorité , arrivèrent dans la nouvelle-Grenade , mais trop tard pour rendre aucun service à ceux qui les employaient. Villavicencio, natif de Santa- Fé parut dans cette ville , lorsque la disposition à la révolte ne pouvait plus être comprimée et Montufar parvint à Quito peu de jours après le massacre du 2 août 1810.

Cet événement exaspéra tellement les liabitans de Quito que , sans autres armes que des couteaux et des bâtons, ils attaquèrent les troupes de Lima qui avaient tiré sur le peuple. Le résultat de ce soulèvement aurait pu devenir fatal aux Espagnols , si le gouverneur, le comte Ruig f

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de Castilla et l’audiencia n’avaient décrété une amnistie entière en faveur des habitans , et donné l’ordre aux troupes de Lima de sortir de la ville, ce qu’elles firent bientôt après. Montufar , dont le père , le marquis Selva Alegre avait péri dans le massacre du 2 août, profitantde la crainte des autorités espagnoles , leur persuada de former une junte présidée par Ruiz de Castilla. La régence approuva la junte de Quito , mais elle nomma Molina président.

La junte de Cartagène publia, le 19 septembre 1810 , un manifeste dans lequel elle prouvait l’avantage évident pour la nouvelle Grenade, de la ré union de ses provinces en gouvernement fédéral. Ce manifeste appuyait particulièrement sur la parfaite liberté rendue aux provinces d’adopter le gouvernement qui leur plairait. L abdi cation de Bayonne, disait ce manifeste?

ayant rompu le traite qui unissait 1 Amei i que méridionale à la mère-patrie , la révolution de Santa-Fé a rompu aussi le lien d’union qui existait entre les provinces et

leur capitale. Ce raisonnement égara les

habitans , et même quelques départemens des provinces furent tentés de se séparer pour former de nouvelles provinces. San- Gil, département de la province de Socorro ; Giron département de Pamplona ; Mompox, département de Carthagena et quelques autres adoptèrent cet extravagant projet ; et la ville de Mompox procéda, en conséquence à former une junte et à nommer des députés pour le congrès de la nouvelle-Grenade. Le gouvernement de Carthagena s’opposa à celui de Mompox, et envoya une expédition sous les ordres de Don N. Ayos, qui força Mompox à renouveler son premier serment de fidélité à Carthagena au mois de janvier 1811.

Da junte de Santa-Fé reçut une ambassade de celle de Caracas , et conclut avec elle un traité d’alliance. Don J. Cortès Madariaga, envoyé de la junte de Caracas, retourna à Venezuela parla rivière Meta. 5 La navigation de cette rivière était presque inconnue à cette époque : Madariaga fut le premier qui la prouva possible.

Quelques députés , nommés parles provinces pour composer le congrès général

assemblé à Santa-Fé de Bogota , au mois de décembre 1810, voulurent faire admettre dans rassemblée les députés nommés par les départemens qui demandaient à former des provinces séparées ; mais d’autres s’y opposèrent , en alléguant le danger de sanctionner ainsi des innovations capables d’allumer la guerre civile entre les départemens et leurs capitales , et de multiplier les difficultés qu’ils éprouvaient maintenant à former un gouvernement pour la Nouvelle-Grenade. La junte de Santa-Fé convint de la justesse de ce raisonnement ; don A. Narino , sécrétait e du congrès , réussit à persuader aux membres de suspendre leur session pour méditer a loisir sur l’important sujet de leur délibération.

La réduction de Mompox par les troupes de Carthagena , et l’opposition ouverte des provinces aux prétentions des depaite mens, firent cesser les dissensions. L e congrès s’assembla une seconde fois , et les représentai de Pamplona , Tunja, Neyva , Carthagena , Antioquia , conclurent un pacte fédéral à Santa-Fé de Bogota,

le 27 novembre 1811. Suivant cet acte^ divisé en soixante-huit articles , les provinces devaient garder le pouvoir suprême cie leur administration intérieure , et con- v lier au congrès la conduite des affaires générales. Une cour suprême de judicature serait établie pour décider les questions naissant de Fexécution du pacte fédéral ;

le congrès se réservait le pouvoir exécutif et législatif.

La province de Cundinamarca , n’approuvant pas les articles de la fédération , refusa de céder ses moyens de défense > et les sommes d argent qui devaient être leur nies pour les dépenses générales , suivaut les stipulations du congrès#

La junte de Santa-Fé , capitale de Cundmamarca, convoqua une assemblée de députés de cette province , dont la population se montait à 200,000 âmes. L assemblée prit la dénomination de Colegio électoral constitua ente , et présenta à la province une constitution , qui fut ratifiée par une assemblée spécialement nommée à cet ef- ^et, le iy avril 1812. Cette constitution, divisée en douze chapitres , titulos , éta-

b lissait une monarchie limitée ; Ferdinand VII était reconnu souverain ; en l’absence du roi , le pouvoir était confié à un président , assisté de deux conseillers , nommés par les collèges électoraux. Les colleges électoraux , convoqués tous les trois ans , devaient nommer le président, les sénateurs , les membres de la haute cour de justice et du conseil établi pour la direction des affaires militaires. Les sénateurs et les membres de la cour de justice formaient la représentation nationale , que le président était autorisé à réunir en cas d’urgence. Il était convenu que la représentation nationale s’assemblerait pour recevoir les ambassadeurs des puissances étrangères , ou pour les affaires générales d’une haute importance.

Tacon, gouverneur espagnol de Popayan , avait fui à Los Pastos, apres sa défaite à Palace. Ne pouvant lever une armée capable de s opposer aux troupes de Santa-Fé, il donna la liberté aux es claves très-nombreux a îos Pastos. Ce ftd la première fois, depuis la révolution de F Amérique méridionale * que les escla'V

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furent excités à se révolter contre leurs maîtres. Tacon, à la vérité, leva de cette manière une année, mais pas assez forte pour se maintenir à los Pastos contre les troupes insurgées de Popayan et de Quito.

Il opéra sa retraite sur les côtes de la mer du Sud, près du port de San-Buenaventura.

Don N. Rodriguez , qui avait succédé à Baraya dans le commandement des troupes, le poursuivit et le défit complètement à Isquande vers la fin de Tannée 1811.

Don J. Lozano, premier président de Cundinamarca , avait proposé aux provinces de la Nouvelle-* Grenade de diviser leur territoire en quatre parties, et de se réunir ensuite en gouvernement fédéral.

Cet arrangement, suivant lui, devait leur donner les moyens de surmonter les difficultés, suites naturelles d’un nouveau gouvernement. La junte de Carthagena repoussa cette proposition et fut secondée par le congrès de la Nouvelle-Grenade, alors assemblé dans la ville dTbague, pour éviter 1 influence du peuple de Santa-Féde Bogota sur ses délibérations. Lozano, ayant résigné sa place de président de Cnndina-

marca , fut remplacé par don A. Narino* Celui-ci j projetant un nouveau plan de constitution qui le rendît plus puissant , se souciait peu d’un gouvernement fédérai

Les provinces de Mariquita, Neyva et Socorro adoptèrent le plan de Narine ; et celle de Tunja était sur le point d’y accéder aussi , lorsqu’un détachement des troupes de Narino, commandé par Baraya, alors dans la ville de Tunja, la fit changei d’avis , en soutenant lautorité du congres, qui tout à coup transféra sa session à Tunja. Cet événement alluma la guerre civile entre les partisans du congrès et le parti de Narino, vers le commencement de Tannée 1 8 r 2 .

L’armée du congrès, commandée par Baraya, J. Aval a et A. Il ica nie, vainquit les troupes de Narinoà Paloblancodans la province de Socorro, et ses agens réussi" rmt à faire entrer Mariquita et Neyva dans la cause de la confédération.

Encouragé par ces succès, le congies fixa sa résidence dans la ville de Neyva le 4 octobre 1812. Après avoir battu une seconde fois les troupes de Narine» a Venta

quemada , l’armee du congres ouvrit le siëge de Santa-Fé au mois de décembre 1812. Narino offrit alors sa démission de la présidence , mais la représentation nationale ne voulut pas la recevoir. Narino proposa de quitter la Nouvelle-Grenade, si l’on voulait garantir la vie et les propriétés des habitans de Santa-Fé de Bogota; mais les assiégeans insistèrent pour que les assiégés se rendis sent à discrétion, et sur le refus de Narino livrèrent assaut à la ville. Léarruée assaillante fut complètement repoussée et mise en déroute, à l’exception d’une division commandée par Girardot,qui fit sa retraite à Tunja.TJn monument de pierre, avec une inscription explicative de cette victoire signalée , fut élevé dans la partie de la ville de Santa-Fé appelée san-Victorino.

La junte de Quito, craignant des hostilités de la province de Cuença, située sur les frontières de la Nouvelle-Grenade et de la vice-royauté du Pérou , leva une armée pour sa propre défense. L’évêque se mit à la tête des royalistes de Cuença; plusieurs Prêtres servaient dans cette armée en qua-

lité d’officiers. Leurs étendards portaient cette horrible inscription: Armée de la mort, el exercito de la mue rte. Don N.

Molina, nommé président de la junte de Quito par la régence d’Espagne, seconda ce mouvement avec les troupes de Lima qui s’étaient retii’ées à Guayaquil en sortant de Quito après le massacre du a août.

La junte de Quito, tout en reconnaissant la régence d’Espagne, ne voulut pas recevoir Moîina comme président, s il avançait avec l’armée, et porta plainte aux cortes. Les cortès ordonnèrent à Molina de cesser les hostilités ; il refusa d’obéir, sous le prétexte si souvent employé par les Espagnols que les ordres des cortès avaient été obtenus par obreption et subreption , c’est-à-dire , par de faux rapports.

L’armée de Quito, commandée par don G. Montufar, fut défaite par les royalistes de Cuenca.

Don N* Montés* successeur de Molina ?

entra dans Quito le 6 novembre 1812, mettaqj; tout à feu et à sang sur son passage : une effrayante mortalité , suite du désordre, éloigna de la ville un grand nom-

bre d’habitans. Montés irrité envoya un détaclicuieut à la poursuite de Févêque , des religieuses et des autres personnes qui avaient pris la fuite ; en même temps , il fit mettre à mort un habitant sur cinq , de ceux qui étaient restés pour défendre îa ville. Cette scène sanglante est décrite par Montés lui-même , dans une lettre du 1 1 novembre au gouverneur de Guayaquil.

Après la prise de Quito par les royalistes , Montés donna le commandement de Farinée à Don N. Samano , officier espagnol qui avait servi dans le bataillon des troupes appelées el auæilîar , stationné a Santa-b é de Bogota , quand l|i révolution éclata. Samano prit la ville de Popayan ; les royalistes de Pastos avaient précédemment fait prisonnier Don J a Caycedb, président de la junte de Quito , Macau-

> américain du Word, qui conunan— dait les troupes de Popayan et plusieurs autres officiers : ils les mirent tous à mort. De congrès de la nouvelle-Grenade et Warino , quoique divisés d'opinions sur îa forme du gouvernement, se trouvèrent

d’accord dans la détermination de résister aux royalistes. Leurs troupes réunies au nombre de huit mille hommes , sous des ordres de Narino lui-même, nommé dictateur à cet effet, marchèrent à la rencontre de l’ennemi. Narino délit les Espagnols dans un lieu nommé el Alto del

Palace , et força Samano à se retirer sur Tumbo, à sept lieues de la ville de Popayan; mais ce dernier , renforcé d’une division de l’armée qui n’avait pas pris part à l’engagement, del Alto Palace , sortit de Popayan et vingt camper à Calivio. Narino divisa son armée en trois corps > commandés par Cabal , Monsalve et lui-même.

Ainsi divisés et prépares , ils attaquèrent les royalistes ; des deux cotes les troupes combattirent avec fureur ^ mais enfin les indépendans triomphèrent et mirent en déroute les Espagnols, Aymetic , successeur de Samano ? prit le commandement de l’armée augmentée par des troupes fraîches venues de Quito. Narino 01 ganisa un gouvernement populaii e a Popayan marcha sur Pastos.

Les provinces de Popayan et Pastos >

situées dans cette région des Andes ou les montagnes s'élèvent en approchant de 1 equateur 9 offrent mieux que toute autre partie du pays les moyens d une vigoureuse résistance : les royalistes profitèrent des avantages de cette importante position et fortifièrent les principaux défilés. Ce pays, d’ailleurs très-peu peuplé, est arrosé de rivières qui le traversent dans tous les sens, sans aucun pont; et l’on ne peut se faire une idée des difficultés innombrables que doit éprouver une armée obligée de le traverser avec armes et bagages. Jusqu’ici les victoires remportés par Karioo n’avaient pas été sûmes de grands résultats, le caractère des indépendans de ce pays les rendant incapables de poursuivre leur ennemi vaincu.

ISarino , en marchant sur Pastos , situé à près de 80 lieues de Popayan, attaqua et prit el Alto de Juanambu , succès acheté au prix de la vie de plusieurs officiers distingués. Los Tacines et Aranda tombèrent pareillement en son pouvoir, après plusieurs combats vigoureux dans lesquels il perdit beaucoup d’officiers, entre autres le

jeune Salazar dont la valeur excitait l’admiration générale.

Narino approchait de Pastos , et s’avançait avec une division , lorsque des espions de l’ennemi répandirent, malheureusement, dans le corps de l’armée qui suivait à une assez grande distance, que Narino avait été attaqué , battu et fait prisonnier. Celte nouvelle consterna l’armée et suspendit sa marche. L’ennemi profita du moment pour accabler 1 avant-garde de Narino , qui , lui-même fut fait prisonnier.

Ainsi se vérifia ce rapport prématuré , cause du désastre des indépendans. Après ce premier succès , obtenu au mois de juin 18 1 4 , les royalistes , commandés par Aymeric , poursuivirent le corps d’armée que toute la prudence et la valeur de don J. M« Cabal eurent bien de la peine à sauver et à ramener dans Popayan.

Don A. Narino est du petit nombre de ces caractères entreprenans , qui avaient depuis long-temps vu d’uu œil prophétique l’indépendance du peuple de Santa- Fé , et qui l’avaient même en quelque sorte préparée. Ses opinions et ses vœux , trop

librement exprimes dans sa première jeunesse , lavaient fait emprisonner en 1794* ainsi que plusieurs de ses amis , jeunes gens très-distingués de Santa - Fé de Bogota, Duran , Cabal , Cortès , Umana , Narino 3 Zea et autres , arrêtés en même temps , allaient être envoyés sous escorte en Espagne. Narino trompa la vigilance de ses gardiens , s’embarqua pour Cadix , et se présenta lui-même au gouverneur de Madrid. Malgré cet acte de soumission , le gouvernement espagnol se disposait à le faire arrêter de nouveau , lorsque Narino s’échappa encore , et passa en France. De là, il se rendit en Angleterre en x 796, époque où M. Pitt méditait le projet de séparer le continent américain du gouvernement espagnol. Narino revint alors incognito àlaNouvelle-Grenade,avec l’intention d’y préparer l’exécution de ce projet , mais il fut découvert et renfermé plusieurs années. Dorant cette captivité il éprouva toute espece de souffrances et de privations. A la fin il obtint sa liberté, à condition qu’il nequitterait jamais Santa-Fé , et qu’il serait toujours accompagné d’un soldat. Lorsque

la guerre commença en Espagne , le gouvernement de Santa-Fé, effrayé de l’éloquence et du crédit de ]N arino , lui donna l’ordre de se rendre à Cartliagena ; Narino parvint à se soustraire à son escorte près el Banco , sur la rivière Magdâlena , et se réfugia à Santa-Marta. Un espagnol découvrit le lieu de sa retraite , et le lit connaître au gouverneur, qui s’empara de lui sur-le-champ. Il outrepassa les premiers ordres du gouvernement, en l’envoyant à Cartliagena, où il fut jeté dans les cachots de Bocachica. Au commencement de la révolution , il fut relâché , mais sa santé était fort affaiblie, et ses jambes avaient beaucoup souffert des fers dont il était resté chargé pendant tout le temps de son emprisonnement. Fait prisonnier à Pastos, il ne fut pas exécuté par une exception bien extraordinaire , comme presque tous les prisonniers ; on le conduisit à Quito , ensuite à Lima. Il est maintenant renfermé dans la Carraca , a Cadix. Un de ses bis , Antonio , donna , à Bocachica , un noble exemple de piété filiale et d’affection ; il sollicita la permis"

sion de partager la captivité de son père , dans l’espoir d’adoucir ses souffrances.

Les nouvelles de la retraite de l’armée de Popayan , de la victoire de Boves sur les républicains de Venezuela , du rétablissement du roi Ferdinand VII et de la chute de Bonaparte , arrivèrent presque en meme temps au congrès de la Nouvelle-Grenade*

Les dangers qui menaçaient l’indépendance de cette partie de F Amérique méridionale parurent dans tout leur jour,, et déterminèrent le congrès à publier une proclamation , dans laquelle , après avoir récapitulé les vicissitudes qu’éprouvaient les armées de la république , il finissait ainsi :

« Telle est la situation des affaires militaires de la Nouvelle-Grenade; chaque succès des républicains est acheté par des flots de sang , et coûtent cher aux provinces de Venezuela, où des hordes d’assassins sont réunies par les agens du roi pour arrêter les progrès des amis de la liberté : nos frontières sont constamment inquiétées par les royalistes de Maracaybo et de Barinas ; les uns et les autres tiennent en

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alarmes continuelles les défenseurs de Pamplona et de Casanare ; les habitans de Santa-Marta refusent obstinément de coopérer avec nous ; enfin Carthagena ne reçoit point de secours du gouvernement général* obligé de pourvoir à la défense dePo~ payan que menace une nouvelle invasion»

Tels sont les npmbreux obstacles qui s’opposent à la délivrance de l’infortuné Quito; tels sont les objets qui réclament impérieusement l’attention des provinces confédérées * et la déclaration de notre indépendance serait bien inutile* si nous ne persistons pas dans l’intention de la soutenir. Nous possédons tous les moyens de parvenir à ce but glorieux * et nul pouvoir ne sera assez fort pour nous empêcher de l’atteindre* si nous sommes résolus a employer toutes nos ressources. Sans doute de pénibles fatigues * de grands dangers nous attendent; sans doute d’éminens sacrifices nous seront imposés pour la cause commune* mais de tels efforts appartiennent à des hommes qui veulent s’élever à la dignité d’un peuple libre ; ils sont indispensables puisque nous n’avons

rien à espérer et beaucoup à craindre des nations de l’Europe

» Un généreux désir de rétablir l’équilibre parmi les puissances de l’Europe a-t-il décidé la Grande-Bretagne à s’opposer avec une constante énergie aux projets de Bonaparte , et à soutenir la cause de 1 Espagne? C’est pour nous un problème indéfinissable. Malgré les cessions de Bayonne, et les flots de sang français versés dans la Péninsule , Ferdinand est rétabli* sur son trône, et l’Espagne, délivrée maintenant des Français , a le pouvoir et la volonté d envoyer une formidable armée en Amérique pour nous remettre sous le joug.

» N ous avons hélas ! fréquemment ressenti les effets de la perfidie et de la cruauté de l'Espagne , malgré la constitution par laquelle les Espagnols promettaient, pour mieux nous tr q toper , de nous rendre sur tous les points , les droits naturels de 1 homme. Cette même constitution, sanctionnée par les ser mens , proclamée dans toutes les colonies espagnoles, n a protégé ni la vie, ni la fortune des Américains,

n'a mis à l’abri de l’insulle ni leurs femmes, ni leurs lilles , ni les ministres sacrés des autels. Le décret du roi, daté de"V alence le 4 mai, vient d’abolir cette constitution tantvantée : que peuvent attendre les Américains de ceux qui ont trempé les mains dans le sang de leurs compatriotes. 1 Que peuventils attendre des Espagnols lorsque les cortès même sont déclarés une assemblée illégale et ennemie du roi? Et vous membres des cortès toujours dans 1 erreur , toujours injustes envers les Américains, qu’espérez-vous , puisque yous etes poursuivis comme criminels de haute trahison; puisque la nation espagnole est îendue à son premier état d’abjection , et que le trône est entouré de yos ennemis, qui veulent assouvir leur vengeance dans votre

sang? »

» Depuis la restauration des Bourbons au trône de France et d’Espagne, sans

décider si les dispositions sécrétés de ^ f triche , si le repentir des princes éleves e tombés avec Bonaparte peuvent nous e ^ utiles; s’il est important pour nous q l’Angleterre ait montré quelques sentit -

de compassion pour nos malheurs , que les nations de l’Europe rallument bientôt le flambeau de la guerre : il n’en est pas moins vrai que notre sûreté nous prescrit d’envisager notre situation sous son véritable point de vue, et que nous devons supposer les cabinets de l’Europe occupés de fixer notre sort incertain.

» Lorsque les Espagnols répandaient sans pitié le sang de nos concitoyens les plus distingués * au nom de Ferdinand^ et lorsque nous jugions la Péninsule incapable de s’affranchir elle-même du joug de la France j n’était-ce pas un devoir pour nous d’assurer notre liberté et notre indépendance? Jusqu ici la nation espagnole s’est opposée à nos efforts , le roi lui-même veut envoyer ses armées pour nous soumettre. Les agens de Ferdinand nous parleront peut-être, dans le premier moment, de la bienveillance du roi; et tandis qulls feront entendre, l'hostie à la main, des promesses d’amnistie, de récompense, de titres, de crosses, etc.; en un mot, tandis qu’ils emploieront tout pour flatter nos préjugés et endormir notre vigilance.

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leurs épëes se tourneront contre nous , et tous les maux imaginables fondront sur nous. Peuple de la nouvelle Grenade, tel sera votre sort , tel sera celui de votre postérité ! Après un tel tableau pourriez-vous balancer à prendre une noble résolution ?

Nous vous le répétons encore, votre destinée dépend entièrement de vous.

» Lorsque l’Espagne se fée dite de s’être affranchie de la tyrannie de Bonaparte , ne devons-nous pas avoir pour but de nous féliciter pour la même cause? Le temps peut-il justifier l’usurpation? Les cessions des princes de Mexico, Cusco et Bogota, à la première époque de l’invasion de l’Espagne en Amérique , ne furent pas moins arrachées parla violence que les abdications de Bayonne ; et les cruautés commises en Amérique par les Espagnols ne furent pas moins horribles que les atrocités dont ils accusent l’armée française ! Ce n’est ni

Ferdinand , ni les Bourbons seuls , qui prétendent à nos vies et à nos fortunes, c'est la nation espagnole , cette même nation si cruelle dernièrement envers nous.

Si nous avons le malheur de tomber en-

core sous son pouvoir, chaque Espagnol nous couvrira d’opprobre et de mépris.

Nous ne jouirons même plus du bienfait de Fair, qui est libre pour tous les animaux.

» Et ce bonheur domestique , ces droits que la nature départit à tous les hommes , ces droits plus chers que l’existence , nous serons réduits à les implorer comme une grâce de nos tyrans. Le produit de notre industrie deviendra la propriété de F Espagne; nous gémirons dans un avilissant esclavage, et le triste son de nos chaînes troublera la cendre de nos héros, morts glorieusement en combattant pour notre liberté et notre indépendance :

telle est F affreuse et prophétique peinture du sort qui nous attend ; la victoire seule peut nous en garantir.

» Avant notre révolution, nous n’avions pas même le droit de prononcer le nom de patrie. Quoi qu’il nous en ait déjà coûté pour l’obtenir, ce droit qui nous appartenait par toutes les lois de la nature , nous ne devons point abandonner notre juste entreprise , puisque le succès a souvent

couronné nos efforts ! Le congrès , décidé aux plus vigoureuses mesures , vient d’envoyer un commissaire réclamer l’appui de l’Angleterre , de ce gouvernement protecteur des libertés de l’Europe , et qui nous a plus d’une fois invités à secouer le joug de l’Espagne.

» Le congrès compte sur les efforts des provinces et sur leur indissoluble union.

» Camillo Tori\es, président,

» Crisanto Valenzuel a , secrétaire.

» Tunia, I er . septembre 1814» «

Malgré les circonstances critiques du moment, le président de Cundinamarca, don Ber o ar do Alvarez, successeur de Karl no , refusa obstinément d’entrer dans la confédération ; quoique son refus contrariât les excellentes mesures que prenait le congrès pour la défense du pays. Mais enfin , persuadé que le vœu de la province se prononçait en faveur de la confédération, et vivement sollicité par le gouvernement général , il députa don J . Lozano pour traiter avec le congrès de l’union de Santa-Fé, D’après le traité conclu, laprr>

yince de Cundinamarca devait entrer dans la confédération , Alvarez refusa de ratifier ce traité , mais proposa une alliance que le congrès ne voulut pas accepter.

A la fin de i8i 4, Bolivar arriva à Tunja , oii le congrès avait fixé de nouveau ses sessions : les provinces de Casanare , Pamplooa , Tunja, Neyva, Clioco , Popayan, Carthagena , Mariquita , Socorro et Antioquia, agissaient de concert entre elles, sous la direction du gouvernement général, qui essayait encore de forcer le président de Cundinamarca à reconnaître son autorité.

La division de Farinée vénézuélienne , qui, sous les ordres d’IJrdaneta, s’était retirée à Cucuta , après La défaite de Bolivar à la Puerto , reçut ordre de se rendre à Tunja. Accrue par des renforts , et commandée par Bolivar , elle marcha , en décembre 1 8 1 4 - , contre Santa-Fé. La ville avait déjà éprouvé un assaut , et le faubourg principal se trouvait au pouvoir de Bolivar , lorsque Alvarez accepta une capitulation. Aux termes de cette capitulation, Cundinamarca devait se joindre aux provinces confédérées, et

jouir des mêmes droits et privilèges que les autres. Le college électoral de Saut aie s’assembla , ratifia la capitulation , et invita le congrès à fixer sa résidence dans la ville : bientôt après les membres s’y réunirent.

Le congrès possédait maintenant une pleine autorité ; et , quoique menacé par les royalistes de Venezuela, de Quito et de Santa-Marta , il regardait le salut de l’Amérique comme assuré , et jugeait les moyens suffi sans pour repousser toutes les attaques. Quelques réformes dans lad™ xninistration favorisaient l’unité d’action , et permettait au gouvernement de prendre de fortes mesures en cas de nécessité.

Conformément à ces réformes , ordonnées par trois décrets, Fnn du 2 3 septembre, les deux autres du 21 octobre 18 1 4?

le congrès devait être composé de deux députés de chaque province , excepté celles de Casanare,de Weyva et de Choco, lesquelles , étant comparativement moins peuplées que les autres, ne devaient avoir qu’un représentant. L administration des finances et de la guerre fut exclusivement

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confiée à l’assemblée fédérale. Le pouvoir exécutif, remisa trois personnes nommées, par le congrès, -don M. R.Torices, Garcia Rubira et M. Pey, bien connus par leurs principes républicains et leurs talens distingués ; les gouverneurs des provinces , élus par les collèges électoraux , devaient toujours agir comme délégués du gouvernement général dans toutes les affaires relatives à la confédération.

Les provinces confédérées jouissaient à cette époque de la perspective d une future prospérité. Quelques-unes des charges qui opprimaient le peuple avaient été

diminuées : de ce nombre était le mono-

pôle sur le tabac et les liqueurs spirituel!ses,* F alcdbala , tribut payé par les Indiens , etc. Le congrès avait invité les étrangers à fixer leur résidence dans les provinces confédérées , par le décret du 1 3 juillet x8i/p, qui leur offrait protection et les moyens d’exercer leur industrie. Une manufacture d’armes à feu avait été établie à Antioquia ; une de chapeaux a Santa*- Fé de Bogota, etc., etc. La presse jouissait d’une entière liberté , plusieurs eccîé-

siastiques respectables favorisaient la cause generale. Ceux qui prétendaient que le pape Alexandre VI avait eu le droit de faire cession des Indes au roi d’Espagne se trouvaient en bute à la haine publique. L’expédition botanique sous la direction du célèbre Mulis , déjà riche d’importantes découvertes , se poursuivait sous la protection particulière du nouveau gouvernement. Don Sin Foroso Mutis , Riso , Caldas et Lozano allaient en publier la relation ? lorsque la mort prématurée de Mutis l’empêcha d’achever ses utiles corrections.

Les citoyens contribuaient avec empressement de leurs personnes , de leurs biens au soutien du gouvernement; et les moines de F ordre de Saint-Dominique donnèrent pareillement un exemple de patriotisme * en cédant au gouvernement une grande partie de l’argent qu’ils avaient amassé depuis un an dans le sanctuaire de Chigumquira. Le congrès , pour prévenir les machinations des Espagnols, décréta leur expulsion des provinces confédérées jusqu’à rétablissement définitif de î’indépen-

dance , mais en leur laissant la libre disposition de leurs propriétés.

Le congrès envoya des renforts à 1 armée de Popayan, occupée, sous les ordres de Cabal , à contenir les efforts des royalistes; et des troupes conduites par Urdaneta marchèrent pour protéger la province cle Pamplona, que les royalistes de Maracaybo avaient souvent essayé de subjuguer , se retirant toujours dans les bois sur les bords de la rivière Solia lorsqu’ils étalent poursuivis par les indépendans. Le tiers du territoire de Santa-Marta était au pouvoir de l’ennemi : ce fut là que se dirigèrent les principales forces de la confédération.

La reprise de Santa-Marta eût grandement facilité aux provinces confédérées les moyens de résister à l’expédition alors prête à partir de Cadix sous les ordres de Morille pour attaquer la nouvelle Grenade.

Bolivar, nommé capitaine général des armées de la nouvelle Grenade et de Venezuela, commandait les troupes dirigées contre Santa-Marta : dans ses préparatifs Ü déploya tous les moyens capables d’as-

surer un succès si ardemment désiré; mais les différentes suites de l’opposition du gouvernement de Carthagena à la nomination de Bolivar , et le ressentiment que celui-ci manifesta trop violemment en faisant le siège de Carthagena , détruisirent entièrement l’excellent plan formé par le congrès et rendirent inutiles les efforts des provinces.

Les royalistes effectuèrent la conquête d’une grande partie de la province de Carthagena, tandis que les troupes indépendantes combattaient honteusement aux portes de la ville pour leurs différens particuliers. Morille arriva , juste à temps , pour profiter de la confusion que faisaient naître ces dissensions civiles. Bolivar capitula avec le gouvernement de Carthagena et quitta la province; mais ses troupes restèrent pour protéger la ville, quoiqu elles fussent considérablement diminuées par la guerre et par le climat malsain des bords de la rivière de Magdalena, Morillo , profitant de cette circonstance, assiégea Carthagena, que le gouvernement de Santa-Fé de Bogota se trouva dans

Fimpossi hilité de secourir. Neanmoins on fit de grands efforts pour lever une armée , afin de repousser les royalistes , qui , de trois côtés différais , envahissaient les provinces indépendantes. Les membres du gouvernement se placèrent eux-memes à la tête de Farmée : chaque individu redoubla d’énergie ; mais le temps des succès était passé. Nulle résistance ne put arrêter les royalistes ; Carthagena tomba bientôt en leur pouvoir, et les républicains essuyèrent défaite sur défaite.

Enfin ? malgré l’extraordinaire bravoure qu’ils déployèrent à la bataille de Cachiri, et le succès qu’ils obtinrent à Remedios , ils furent complètement vaincus ; etMorillo entra dans Santa-Fé de Bogota en juin 1 8 1 6. Pour faire connaître la situation de Farinée royale dans la nouvelle Grenade, à cette époque , je veux insérer ici une fidèle copie d’une lettre du général Morille , datée de Mompox, le 7 mars 1816. Cette lettre, adressée au ministre delà guerre en Espagne , fut trouvée avec plusieurs autres papiers abord de la Leona, capturée pendant la traversée de la Havane à Cadix,

par le corsaire el Congreso de Buenos- Ayres. Cette lettre fat publiée dans el ïndependienie à Buenos-Ayres.

« Au ministre de la guerre, en Espagne.

y ) Monsieur, à mon arrivée à Venezuela , je donnai à votre excellence toutes les informations relatives à la tranquillité et à la sécurité de cette partie des dominations de Sa Majesté. De Carthagena je vous donnai de semblables détails , et je vous fis connaître la situation générale de la vice-royauté de la nouvelle Grenade. Je suis maintenant obligé de vous démontrer T urgente nécessité de renforcer l'armée sous mes ordres , et d’envoyer des troupes fraîches à Venezuela.

» Les maladies ont beaucoup diminué mes troupes , j ai d’ailleurs été obligé d’eri envoyer au Pérou et à Puerto-Rico, et d’en laisser d’autres dans les places que les rebelles ont prises dernièrement. Je peux dire , sans exagération, que mon armée , maintenant véritable squelette , est trèsinsuffisante pour les devoirs quelle doit remplir, spécialement dans le territoire de Venezuela.

» Quand je pris Fîle de Margarita , les rebelles émigrèrent à Cathagena , à Santa- Fé de Bogota , oii des troupes disciplinées se disposaient à la résistance ; d’autres se réfugièrent aux Antilles, espérant, ce qui est arrivé, que mes forces diminueraient, et qu’ils pourraient effectuer une autre révolution à Cumana , Margarita et la Guayana, Ils sont soutenus dans ce projet par les mécontens de France et par quelques spéculateurs d’Angleterre.

» Quand je m’emparai de Cartîiagena , les insurgés se réunirent aux Cayes , avec l’intention d’attaquer la partie de la cote la moins défendue , ou , dans le cas de nonsuccès , de piller et de se rembarquer aussitôt. Ils ont réussi dans ce dernier projet , et maintenant ils achètent des armes avec le produit des denrées coloniales qu’ils pillent. Je suis informé qu’ils ont à celle heure , au Port-au-Prince , un dépôt de 1 2,000 fusils au moins , comme je l’ai déjà dit dans ma première communication.

» Par cet exposé , votre excellence sentira que les rebelles , en perdant du terram , concentrent leurs forces , et par ce

moyen , deviendront supérieurs sur tous les points qu’ ils voudront occuper.

» Je prie votre excellence de considérer que les troupes employées à Venezuela, lorsque le peuple reconnaissait l’autorité du roi , étaient deux fois plus nombreuses que celles qui sont chargées en ce moment de réduire les rebelles. Cependant mes soldats, malgré la diminution dé leur nombre , le dépérissement de leurs forces, sont obligés de livrer chaque jour de nouveaux combats. La même observation peut s’étendre à la nouvelle Grenade, Autant que j’ai pu l’observer dans ma marche , j’ai des raisons de croire la province de Carthagena loyale et sincère dans sa soumission ; mais les autres provinces n attendent que l’occasion pour reprendre les armes. Les curés sont particulièrement mécontens ; pas un ne paraît attaché au gouvernement royal.

» J’ai déjà exprimé mon désir que votre excellence envoyât ici des missionnaires.

J ajoute maintenant qu’il est indispensable d’envoyer aussi des hommes de lois. Si le roi a toujours l’intention de subjuguer

ces provinces , il faut prendre les mêmes mesures que lors de la première conquête.

« Dans ma première dépêche, je faisais déjà observer à votre excellence que nous manquions de troupes pour maintenir dans la sujétion les vice-royautés : je répète que des secours sont indispensables cai , en supposant même le pays soumis, il nest pas possible de se fier à la division commandée par Calzada , ni à celle de 1 avant-garde sur la droite de la rivière •ivlagdalena , parce qu’elles sont composées de créoles qui, probablement, au premier instant, déserteront et fuiront à Venezuela, et augmenteront la force de l’ennemi. Les divisions sont néanmoins composées de braves gens susceptibles d’être disciplinés ; mais il vaudrait mieux les envoyer au' Pérou, où ils rendraient de plus grands services. A présent ils sont suffisamment occupés dans Antioquia, Popayan et Choto y toutes provinces rebelles.

« Je fais ces propositions en supposant que des renforts me seront envoyés immédiatement; car, si je n’en reçois pas sur-

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