‹ Révolutions de l'Amérique espagnole, ou Récit de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la guerre entre l'Espagne et l'Amérique MéridionaleChapitre 9 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Révolution de Venezuela. — • Établissement d’une junta suprema . — Ses opérations. — Conduite de la régence d’Espagne à l’égard du nouveau gouvernement dé Venezuela. — Le général Miranda aborde à Caracas ► — Guerre entre les indépendans et les royalistes. — • Constitution. — Tremblement de terre. — Conquête de Venezuela pai les royalistes. — Bolivar et Marino délivrent la république. ■ — Les royalistes reprennent le dessus ( juillet 1814 )• — Boli var tente un nouvel effort pour délivrer sa patrie. — - Ses succès.

L’état de Venezuela, dont la ville de Caracas , qui la première se déclara indépendante, est la capitale, se compose des provinces de Margarita, Varinas, Guayana, Maracaïbo , Cumana et Caracas ; Margarita est une île importante ; Barinas est un district inférieur voisin de la Nouvelle- Grenade, et les quatre autres provinces sont situées entre la rivière d’Oronoco et le cap Vêla. La population de Venezuela

était , eu 1 8 1 1 , estimée à plus de 800,000 âmes ; la ville de Caracas renferme 45 ,ooo habitans.

Le 19 avril 1810, la municipalité de Caracas, à laquelle s’étaient réunis des députés nommés par le peuple , se proclama junte suprême, et déclara que, par la volonté du peuple, elle saisissait les rênes du gouvernement. Elle maintint les droits du roi Ferdinand; mais elle ordonna l’arrestation du capitaine-général et des membres de Vaudiencia ; bientôt après ils furent embarqués et conduitsaux États-Unis.

La première opération de cette junte fut de décréter l’abolition de Valcabala, du tribut payé par les Indiens et de la traite des negres. Elle proclama la liberté civile, celle du commerce , celle de l’agriculture, etc. ; elle décida aussi que ces changemens seraient , sans délais , communiqués aux provinces et notifiés à l’Angleterre.

A peine cette révolution fut-elle connue dans les autres provinces du Venezuela , que toutes voulurent avoir des juntes :

elles furent promptement formées : celle de Guayana reconnut la junte suprême de

io5

Caracas ; mais, quelques jours après, re~ nonçant à son premier engagement, reconnut la régence de Cadix» Ce changement fut occasioné par l’influence des Espagnols membres de cette junte, et qui se trouvaient en beaucoup plus grand nombre que les Américains. La junte de Barinas et celle de Cumana envoyèrent leurs députés à Caracas : ils ne reconnais-* saient pas la junte suprêm e, et demandaient la convocation d’un congrès général. Don Fernando Miyares, gouverneur de Maracaybo , opposé aux innovations de Caracas , renvoya, en les accablant de menaces, les députés du nouveau gouvernement. Ces députés étaient don A. Moreno,D. Jugo, et N. Texera; ils furent arrêtés par Cevallos , commandant de Coro , et quelque temps après jetés dans un cachot à Puerto- Rico. Après de longues souffrances ils furent rendus à la liberté, par l’intercession de l’amiral sir Alexandre Cochrane.

La junte suprême de Caracas informa la régence d’Espagne des changement survenus à Venezuela, déclarant ouvertement les raisons qui l’avaient portée à éta-

io4

blir un gouvernement dont le but était de protéger leurs droits et ceux du monarque emprisonné; elle offrit cordialement tous les secours que pouvait donner Venezuela pour le soutien de la guerre contre la France.

Cette conduite ne fit qu’irriter la régence ; elle n y vit qu’un acte de rébellion , et déclara tous les ports dépendans du gouvernement en état de blocus.

Don N. Cortavarria, député à Puerto- Rico, avec le titre de commis sionctdo régie y fut investi d’une autorité absolue pour réduire Venezuela. Ce représentant de la régence s’adressa d’abord aux habitans de Venezuela, les exhortant à dissoudre le gouvernement, et leur promettant qu’alors les plaintes du peuple seraient prises en considération . D’après la réponse, insérée dans les papiers publics, aux propositions de Corîavarria , il eut recours à d’autres moyens ; des espions et des émissaires de toute espèce, envoyés dans toutes les parties de Venezuela, furent chargés d’opérer une contre-révolution*

Prévoyant les conséquences de l’op-

io5

position du gouverneur de Maracaybo , nommé récemment capitaine général de Venezuela par la régence d’Espagne, et de son union avec le commandant de Goro, un des départemens de la province de Caracas, la junte suprême, envoya des troupes à Carora , sous les ordres du marquis del Toro, pour prévenir Fattaque du gouverneur de Maracaybo. Les départemens de Merida et de Truxiilo, formant partie de la province de Maracaybo, renoncèrent a leur fidélité pour la capitale , et demanderont la protection de la junte de Barinas et du marquis de! Toro, Don Diego del Toro et don Pedro Brizerio furent nommes commandans des troupes envoyées pour protéger ces départemens.

Le marquis del Toro, en conformité des instructions de la junte suprême , leva un corps de trois mille hommes, et ouvrit une correspondance avec don Fernando Miyares, pour le déterminer à faire cause commune avec le gouvernement de Venezuela.

A la fin , fatigué de cette inutile correspondance, et remarquant que les forces de Miyares s’accroissaient journellement des

io6

Espagnols qui émigraient des autres provinces de Venezuela; voyant que les dispositions favorables de la ville de Maracaybo restaient sans effet; que plusieurs tentatives dfinsurrection avaient été étouffées ; empressé surtout de prévenir l’arrivée des troupes de la Péninsule, le général del Toro fit connaître à la junte de Caracas les avantages probables d une attaque contre le département de Coro; celui-ci une fois soumis, Maracaybo se joindrait infailliblement à la cause générale. L’événement prouva que cette attaque aurait dû être faite immédiatement après rétablissement de la junte suprême : telle avait été en effet Fopinion de don J. Cortès Madiriaga, un des membres de la junte, et l’un des principaux auteurs de son établissement.

Le gouvernement de Caracas ayant agréé le plan du marquis del Toro, ce général entra dans le territoire de Coro en novembre 1 8 1 o. Tout lui céda d’abord ; il s’empara meme des faubourgs de la capitale malgré la vive résistance de l’ennemi.

Quarante lieues d’un pays sauvage et sablonneux séparent Coro de Carora, d’oû l’armée

io7

indépendante de Venezuela était partie, et son général ayant négligé les moyens qui pouvaient assurer ses communications , elles furent bientôt coupées. Cette fatale circonstance ayant privé l armée de vivres et de munitions , et les forces maritimes venues de Puerto-Gabello pour seconder l’expédition et attaquer la Vela-de-Coro , n’ayant pu agir à cause des vents contraires , le marquis del Toro se vit forcé d’opérer sa retraite , ce qu’il n’effectua que très-difficilement et après avoir livré plusieurs combats.

Malgré le mauvais succès de cette expédition, les indépendans de Caracas n’eurent qu’à se féliciter de l’avoir tentée , puisqu’elle donna une juste idée de leur force; jusqu’alors on avait regardé comme impossible de réunir promptement une armée assez forte, assez courageuse et assez disciplinée , soit pour tenter un coup de main , soit pour repousser un agression imprévue.

La fin de l’année 1816 fut marquée par une circonstance qui contraria vivement la junte suprême : ce fut l’arrivée du général

îo8

Miranda à Caracas. Aucun motif de haine n’inspira ce mécontentement , mais la junte craignit que l'Espagne ne vît une contradiction entre les principes modérés quelle avait manifestés et la présence de Miranda dans un pays qu’il avait déjà voulu , en

1806, soustraire au joug espagnol, et

dont les principes républicains étaient s 1 connus.

L’époque approchait ou le Congrès générai devait s’ouvrir. La junte suprême avait organisé les colleges électoraux, et le mode d’élection était réglé : vingt mille' hahitans devaient donner un député. Près de cinquante députés furent bientôt élus, et, le 2 mars 1811^ les sessions du Congrès furent ouvertes.

Quelque temps avant la réunion du Congrès général, la junte avait nommé un comité chargé de rédiger le projet de constitution, qui devait être soumis à l'examen et à la discussion des députés élus par le peuple. Don F. -R. Ustariez, don Formin Paul , le général Miranda , don J. Roscio , et quelques autres membres du comité se réunirent

plusieurs fois, et convinrent de proposer un plan de confédération provisoire , genre de gouvernement le plus convenable, à leur avis , à Y enezuela. Le général Miranda, dune opinion différente, envoya au comité un plan de la constitution qu’il avait eu l’intention de présenter à F Amérique espagnole , s’il avait réussi dans son entre-* prise en 1806. Ce plan, fait pour un pays d’une bien plus grande étendue que Venezuela , différait peu du gouvernement colonial de l’Espagne.

Cette circonstance fit beaucoup d’ennemis à Miranda. Dès le commencement on craignait son influence dans les affaires pu bliques; mais les amis de l’indépendance conservaient une grande vénération pour ses talens et ses vertus , quoique plusieurs l’accusassent d’avoir des vues ambitieuses, et cherchassent à inspirer de la défiance sur son compte. Ils ne concevaient pas que Venezuela pût obtenir l’indépendance sans bouleverser toutes les vieilles institutions, et reformer toutes les anciennes coutumes.

La méfiance ainsi se répandit bientôt à Venezuela et à la nouvelle Grenade; et.

ÏXO

malgré toute l’estime qu’on avait pour Miranda et quelques-uns de ses amis* ceuxci ne réussirent à le faire élire membre du congrès que dans l’insignifiant département d’Araquita , à Barcelona.

Dans le mois d’avril ï8ii, le congrès établit, sous le nom de pouvoir exécutif, un gouvernement composé de trois membres ; leur autorité cependant fut très-limitée: car, d’après l’opinion du congrès , les plus grandes précautions étaient nécessaires pour empêcher le pouvoir exécutif d’empiéter sur les droits du peuple.

Un parti considérable dans le congrès désirait une réunion avec la mère-patrie, mais n’osait le déclarer, parce que le peuple de Caracas tenait fortement à l’indépendance ; le parti contraire était d’ailleurs le plus nombreux. Afin de donner de la force aux partisans de la cause patriotique, le général Miranda proposa d’établir un club où les citoyens se réuniraient pour discuter les questions d’intérêt général : un homme de robe d une grande érudition, don Francisco Espejo , le seconda puissamment dans cette occasion, et le club fut

établi sous la dénomination de société patriotique.

Le 19 avril , jour anniversaire de la révolution , le peuple de Caracas prouva combien il attachait de prix au bonheur qu’il croyait avoir obtenu pour lui et sa postérité : les réjouissances furent universelles. Après le service divin , les habitans se dispersèrent dans les rues , tous vêtus de leurs habits de fêtes , et portant à leurs chapeaux des cocardes de rubans rouges , bleus et jaunes. Des groupes de musiciens, suivis de danseurs , parcouraient la ville en chantant des airs patriotiques; les membres du club patriotique traversèrent en procession les principales rues , portant des bannières appropriées à cette fête ; des personnages considérables de Caracas se joignirent au cortège, et Fon vit dans cette occasion plusieurs groupes d’indiens des en\ 11 ons, jouant et dansant a leur manière , plus naïve que gracieuse : la joie se peignait sur tous les visages, et de mutuelles félicitations de bonheur étaient vivement exprimées. La nuit amena d’autres genres de plaisirs ; Caracas fut entièrement illuminée ;

les édifices publics et plusieurs maisons particulières offrirent des inscriptions, des emblèmes exécutés avec autant de goût que d’esprit. Les groupes de musiciens continuèrent à remplir Fair des sons les plus mélodieux, et l’allégresse des babitans parut augmenter à mesure que la chaleur du jour déclinait. De petits théâtres élevés en différentes parties de la ville, procurèrent de nouveaux plaisirs au peuple , qui manifesta le plus vif enthousiasme.

La satisfaction du peuple fut cependant passagère. Le gouvernement , frappé , pour ainsi dire, de paralysie, manqua d’énergie, et le congrès parut incertain sur le plan politique qu’il devait suivre. Les Espagnols avaient déjà, plusieurs fois, cherché à renverser le nouveau gouvernement ; on s’était borné à bannir simplement les mécontens, ou à emprisonner les plus dangereux.

Une plus alarmante conspiration fut sur le point d'éclater au mois de juin 181 1 : à cette époque , la confiance dans l’énergie du gouvernement avait déjà diminué , et l’enthousiasme du peuple s'affaiblissait cha~

que jour. Les partisans de l'indépendance saisirent cette occasion ; les assemblées de la société patriotique devinrent plus fréquentes ; l’opinion des chefs était « qu une » déclaration de complète indépendance » était la seule mesure qui pût sauver le » pays de la raine dont il était menacé. »

Le peuple de Caracas, principalement composé de mulâtres , écoutait avec intérêt les argumens qui leur offraient les moyens d’obtenir une existence politique.

Enfin, quelques membres du congrès firent eux-mêmes la motion de déclarer Venezuela entièrement indépendante de l’Espagne. Après beaucoup de débats, cette motion fut adoptée le 5 juillet 1811.

Cette nouvelle déconcerta les conspirateurs , sans détruire cependant la conspiration. Le gouvernement, secrètement averti,

fit arrêter les personnes suspectes. Néanmoins , malgré cette précaution , le reste des mécontens commença à s’assembler dans la partie de la ville appelée Los-Teques , le 1 1 juillet a trois heures après minuit. Ils devaient commencer par s’emparer des casernes , dont un sergent espagnol,

an service du nouveau gouvernement , avait promis de livrer les portes. Une fois en possession de ce lieu , dépôt d'armes et de munitions , ils devaient attaquer ensuite la ville > où quelques centaines de conspirateurs , disposés à agir au premier coup de canon tiré des casernes , seconderaient leurs opérations. Les membres du pouvoir exécutif, et quelques membres du congrès devaient être exécutés le même jour, les autres envoyés en Espagne.

Le gouvernement se hâta de prendre les mesures ordonnées par les circonstances ; mais, comme il se déliait des Espagnols qui faisaient partie des troupes, il jugea convenable de découvrir à ses partisans toute letendue de leur péril ; ce fut ainsi que le peuple de Caracas , apprit le danger dont il était menacé. A peine les conspirateurs réunis en armes parurent lis à Los-Teques, que le peuple les attaqua:

après quelque résistance, ils furent vaincus et emprisonnés.

Le jour précédent , les Espagnols résidans à Valencia, à trente-huit lieues de Caracas , dans l’intérieur du pays, s’as-

semblèrent en nombre considérable , et s’emparèrent des casernes de la ville , gai ™ dées par une faible garnison. Les habitans mécontens du congrès, qui s’opposait à leur désir de se séparer de Caracas et de former une nouvelle province, se joignirent aux conspirateurs : les troupes furent incorporées, les habitans pourvus d’armes à feu que les Espagnols avaient secrètement fait entrer dans la ville, et Yalencia fit ses préparatifs pour repousser les attaques du gouvernement de Caracas.

La position du gouvernement devenait embarrassante. Plusieurs conspirateurs avaient été pris et mis en prison ; mais ils refusaient de nommer leurs complices , parce qu’ils les savaient très-nombreux , et comptaient sur eux pour leur délivrance.

Attaquer sur-le-champ la ville de Yalencia eût été le meilleur moyen d’arrêter îe mal; mais les troupes furent retenues pour pioteger Caracas. Le gouvernement se détermina cependant à appeler les ch toyens aux armes, et envoya le général Toro contre Aalencia. Dix conspirateurs furent en même temps jugés et mis à mort;

ïx6

les têtes de ces infortunés furent , suivant la sentence, placées au bout de longues perches à l’entrée de la ville ; inutile atrocité , qui prouva le peu d’influence qu’avaient exercée sur les mœurs les changemens politiques de Venezuela, puisqu’ils n’avaient pas fait abolir l’usage d’étaler aux yeux ces révoltans témoignages de la vindicte publique.

Près de Valencia s’élèvent deux montagnes qui dominent la ville : el Pico de Mariarct et el Morro de Valencia . Les royalistes fortifièrent l’un et l’autre. Le général Toro attaqua el Pico de Mariant y et malgré la vigoureuse résistance de l’ennemi, parvint à forcer ce passage, mais ce ne fut pas sans perdre beaucoup de monde. Le gouvernement , doutant de l’habileté militaire du marquis del Toro , nomma pour son successeur, le général Miranda , auquel ce choix rendit une partie de l’influence qu’il avait perdue. Miranda emporta la position du Morro de Valencia, et donna l’assaut à la ville, qui céda après une faible résistance. Quelques royalistes, retirés dans les casernes appelées

de Los Pardosy continuèrent à combattre et firent éprouver de grandes pertes aux independans. Encouragés par cette résistance ^ les Espagnols commencèrent à faire feu sur les troupes de Caracas des fenêtres , des tours des églises et du sommet des maisons. Plusieurs officiers , parmi lesquels le Brigadier Del Toro, fu-* rent grièvement blessés, et les troupes montrèrent bientôt un extrême découragement. La retraite fut alors décidée, et Miranda regagna Mariara , à quatre lieues de la ville, sur la route de Caracas.

Les independans reçurent un renfort, et le mois d’août suivant Valencia fut assiégée de nouveau et conquise. Miranda proposa alors d’envahir le territoire de Coro, avec quatre mille hommes qu 5 il commandait : le gouvernement accepta cette proposition ; mais ses ennemis , que son dernier triomphe avait irrités , s’opposèrent de tous leurs moyens à son projet , et furent secondés par le congrès.

Le congrès s’occupait alors de la nouvelle constitution qui devait assurer la îi~ berté de Venezuela. Le projet de cette

constitution avait été rédigé par don F, R. Us tariez ; lui et plusieurs autres personnes jouissant de la plus grande considération^ avaient donné à entendre, dans leur première opinion, qu’en cas d’une séparation définitive avec l’Espagne , le meilleur gouvernement pour Venezuela serait un gouvernement fédéral , modelé sur celui des États-Unis d’Amérique. Afin de répandre cette opinion, on inséra dans la Gazette de Garacas de nombreux articles, uniquement pour prouver les avantages de la constitution des Américains du Word : Burke, irlandais, parfaitement au fait des constitutions anglaises et américaines , rédigeait ces articles. Don F. R.

Us ta riez, et don J. Roscio, établirent une correspondance avec quelques individus de Santa-Fé de Bogota et de l’intérieur de Venezuela sur ce même sujet, qui semblait intéresser chaque individu. L’enthousiasme en faveur d’une constitution fédérale gagna même la nouvelle Grenade ; et l’espérance d’atteindre un degré de prospérité égale à celle dont jouissaient les Américains du Word sous leur go u ver-

nement paternel imposa silence à tous les argumens en faveur de quelque autre constitution , quoique Ton eût pu en trouver une mieux, adaptée aux usages et au carac^ tère des Américains méridionaux.

Après plusieurs mois de débats continuels , la représentation de V enezuela offrit à l’approbation du peuple , le 23 décembre 1811, la constitution promise formant un volume divisé en neuf chapitres.

Dans le premier, la religion catholique et romaine est déclarée religion de Fétat ; dans le second , on propose la division du congrès général en deux chambres ; la représentation et le sénat sont conjointement investis du pouvoir de déclarer la guerre, de faire la paix, de lever des armées, etc., etc. ; l’élection des représentais est confiée aux colleges électoraux , et celle du sénat aux législatures provinciales. Le troisième chapitre traite du pouvoir exécutif, remis à trois personnes choisies par les colleges électoraux ; ces personnes sont investies du pouvoir de nommer les généraux de l’armée , de désigner les officiers auxquels l'administration et la perception du revenu

public doivent être confiées. Le quatrième chapitre institue une cour suprême de justice j qui doit décider les questions civiles et criminelles dans les matières concernant le pacte fédéral , et pareillement rétablissement d’un jury, etc. Le cinquième détermine les bornes de l’autorité provinciale, la garantie mutuelle des provinces entre elles, et décide que Guayana et Maracaybo seront admises dans la fédération, aussitôt qu’elles seront dégagées du joug de FEspagne.Le sixième et le septième proposent que la constitution soit revisée et soumise à la sanction du peuple. Le huitième déclare la souveraineté du peuple , les droits de 1 homme en société , ceux des étrangers de toute nation qui seront admis dans Venezuela, pourvu qu’ils respectent la religion nationale ; 1 abolition de la torture , etc., etc. Le neuvième et dernier chapitre est consacré à des sujets généraux, tels que hâter la civilisation des Indiens , déclarer les mulâtres et pardos éligibles aux emplois de letat, confirmer l’abolition de la traite des nègres, abolition décrétée par

îa junte suprême de Caracas le i 4 j 11 ^let j8io.

A l’imitation des États-Unis d’Amérique, le congrès fixa une partie de territoire dans laquelle les autorités de la confédération devaient résider : la ville de *Y alencia fut désignée , et le congrès y tint ses sessions au commencement de mars 1812.

Dans ce temps là tout prospérait à Venezuela : le gouvernement était respecté , la force militaire suffisante pour le soutenir, et l’esprit public unanime; le commerce se ranimait ; et, Venezuela désirant particulièrement étendre celui qu’elle faisait avec l’Angleterre, une réduction de quatre pour cent sur les droits de douane fut accordée aux produits des manufactures anglaises- Trois mille hommes , sous le commandement du général Moreno , campaient sur les bords de l’Orenoco , prêts à traverser la rivière pour attaquer les royalistes dans les villes de Guayana ou d’Angostura, dont les habitans, dans plusieurs occasions, avaient prouvé leur attachement pour le nouveau gouvernement, sans oser le déclarer ouvertement.

Le colonel Xalon, avec un bataillon de bonnes troupes, occupait Barquisimeto, dans le cas où les royalistes de Coro tenteraient une attaque de ce côté ; mais cette prospérité fut de bien courte durée.

Le 26 mars 1812, entre quatre et cinq heures du soir, la province de Venezuela fut bouleversée par un de ces épouvantables tremblemens de terre qui désolent de temps en temps ces contrées : pendant une minute et quinze secondes la terre, agitée en tous sens, se soulevait en proie à d’horribles convulsions : près de vingt mille personnes périrent victimes de ce désastre.

Les villes de Caracas, de la Guayra, May que ti a, Merida et de San-Felipe, furent entièrement détruites; Barquisimeto, Valencia, la Vittoria et autres souffrirent considérablement. Cette catastrophe arriva précisément la veille du Vendredi Saint , au moment où le peuple se rend en foule dans les églises pour assister aux processions d’usage dans le culte catholique de ces contrées ; des troupes, commandées en pareille occasion pour accompagner les processions, les attendaient à la porte des

ia3

églises. Plusieurs de ces édifices et la principale caserne de Caracas s ecroulerent et engloutirent sous leurs ruines un grand nombre de soldats et plusieurs milliers d’habitans. Les armes et les munitions de toute espèce , destinées à la défense du pays , furent ensevelies sous les décombres ; et, ce qu’il y eut de pis , un invin^ cible ennemi de l’indépendance de Venezuela, le fanatisme , éleva sa tête menaçante du milieu des ruines.

Dans une circonstance moins remarquable , un pareil événement naürait exercé aucune influence sur l'opinion publique ; mais j malgré la prospérité croissante de Venezuela, un levain de mécontentement fermentait dans certaines classes de la société. Les principes démocratiques, base de la nouvelle constitution , en amenant la réforme indispensable de certains privilèges du clergé, avaient créé de nombreux ennemis au gouvernement parmi les ecclésiastiques. Immédiatement après le tremblement de terre, les prêtres proclamèrent que Dieu condamnait la révolution , et menacèrent de son courroux

tous ceux qui osaient la favoriser, lis donnaient pour preuve de la colère céleste l’époque même du tremblement de terre, arrivé la veille du Vendredi Saint, jour où la révolution avait commencé. Ce n était point cependant le jour anniversaire de la révolution, car le Vendredi Saint, fête mobile , ne se célèbre pas à pareil jour tous les ans. Ils n’en parvinrent pas moins à persuader au peuple que l’enfer s ouvrait pour l’engloutir.

Tel fut alors 1 effet de la superstition.

Les hommes sans préjugés ne se laissèrent point intimider : mais ils étaient en trop petit nombre pour résister à la multitude des gens séduits > et ne purent empêcher 1 opinion publique de pencher en faveur de FEspagne.

D’un autre côté > les royalistes de Corn* dans le dessein de faire une diversion ? attaquèrent les troupes républicaines chargées de la défense des frontières^ et, après un avantage signalé , s’emparèrent de Garer a le jour même du tremblement de terre. Les troupes campées à Barquisirneto sous les ordres de Xalon se prépa-

raient à marcher contre les royalistes à l'heure même du tremblement de terre :

une grande partie des soldats fut ensevelie sous les casernes qui s’écroulèrent au moment du départ ; leur chef fut grièvement blessé.

Le déficit du trésor public ajoutait encore aux difficultés du moment. Le gouvernement venait de lever une armée * d'accroître le nombre des emplois,, de fournir aux frais considérables de deux expéditions militaires , d’établir une fonderie, de canons j etc., etc. , tandis qu’il avait tari en même temps plusieurs sources du revenu de l’état ^ telles que Yalcabala , etc- Le congrès s’était vu forcé* en conséquence, de créer et de mettre en circulation un million de papier-monnaie, qui avait encore cours , mais avec une perte considérable , depuis le tremblement de terre. A dater de cette époque , la confiance dans le gouvernement déclina de jour en jour , et Ton fut obligé de prendre les mesures les plus sévères pour maintenir la circulation du papier-monnaie.

Le congrès sentit que les circonstances

, exigeaient des ressources extraordinaires.

II eut recours à celles que mettent ordinairement en usage les républiques dans les rnomens de crise, en investissant les membres du gouvernement du pouvoir dictatorial. Il ajourna ses sessions, afin que ses membres pussent servir dans Farinée ou retourner dans leurs provinces pour y ranimer l’énergie du peuple.

Miranda, chargé du commandement de Farinée, avec de pleins pouvoirs , marcha au-devant des ennemis à la tête de deux mille hommes pourvus du peu d’artillerie échappée au désastre général.

Le général Monteverde s’avança de Carora sur Barquîsimeto , dont il s’empara sans opposition. Là son armée reçut des renforts considérables de la part des habitues , qui s’empressèrent de s’enrôler sous ses bannières. Araure était la première place à attaquer sur le chemin de Caracas : un détachement commandé par le colonel F. Palacio-Sojo gardait cette place qui devint une conquête aisee par la conduite de la garnison , qui refusa de corn" battre. Le colonel fut fait prisonnier.

Près d’Araure commencent de vastes plaines appartenant, partie a la province de Caracas, partie à celle de Bar inas. Ces plaines fournissent de vivres et de bestiaux les villes situées dans la région montagneuse du territoire de Venezuela. Mo nie ver de , pénétré de l’importance de leur possession, envoya des troupes pour occuper Barinas , et, avec ses principales forces , attaqua luimême San-Carlos, défendu par M. C araban o . San-Carlos fit une vigoureuse défense; mais la cavalerie des indépendans ayant passé du côté de Tennemi , celui-ci obtint la victoire.

Il faut connaître les énormes distances qui séparent les capitales du territoire de Venezuela , le mauvais état des routes , la rareté de la population , pour se faire une idée des difficultés que le gouvernement eut à surmonter pour lever une armée capable d’arrêter un ennemi qui s’avancait rapidement, animé par le fanatisme et en»

coui âge par la consternation qui régnait dans le parti opposé. Si l’on avait pu disposer contre Monteverde de l’armée employée à l’expédition de Guayana , nul

doute quil n’eût été forcé à la retraite; mais cette armée était trop éloignée et res»

sentait d’ailleurs l’influence de cette chaîne devénemens qui semblaient se succéder pour la destruction de la république de Venezuela.

Les provinces de Barinas , Cumana et Caracas avaient fourni les troupes envoyées contre Guayana La flottille des indépendans , destinée à protéger le passage de FOrenoco, éprouva quelques pertes dans un engagement qui eut lieu le 2 5 mars.

Nonobstant cet échec , une partie des troupes passa sur l’autre rive, et se serait emparée de Guayana , sans la nouvelle des succès de Monteverde, qui la découragea et occasiona en meme temps la désertion des soldats et l’irrésolution des chefs.

Les troupes républicaines évacuèrent Valencia, et Miranda concentra ses forces dans les défilés de la Cabrera près le lac Tacarigna ou lagune de Valencia. La Cabrera est un étroit passage qui sert de continuation à la route des montagnes.

Après la perte de San-Carlos et l’évacuation de Valencia, c’était incontestablement

la meilleure position pour arrêter Y ennemi et l’empêcher d’envahir Caracas par l’ouest:

mais les habitans de ce canton , partisans des royalistes , découvrirent àMonteverde un passage inconnu, au moyen duquel il évita , non sans quelque difficulté , les défilés de la Cabrera* Miranda se retira en conséquence sur la Victoria , à soixante v lieues environ de Caracas, dans la vallée située entre les rivières Aragua et Tuy. Les royalistes suivirent la retraite des indépendans , qu’ils atteignirent et attaquèrent vigoureusement : mais ils furent repoussés avec une perte considérable.

La sage conduite de Miranda commençait à rétablir l’ordre dans Caracas et la discipline dans l’armée , lorsque les Espagnols prisonniers dans la citadelle de Puerto-Cabelio s’en emparèrent, favorisés par la trahison du commandant. Le colonel Simon Bolivar , qui commandait dans la ville, jugeant impossible de reprendre le fort sans compromettre le salut de celle-ci , s’embarqua pour la Guayra avec ses officiers. La nouvelle de cet événement parvint le 5 juillet à l’armée principale , lors-

quelle célébrait l’anniversaire de l’indépendance vénézuélienne , et la jeta dans un grand découragement. L’ennemi trouva dans Puerto-Cabello une quantité considérable de munitions , dont il manquait entièrement. Il rouvrit sur-le-champ ses communications par mer avec Coro et Puerto-Rico , d’où il tira des renforts qu’il était obligé de faire venir auparavant, par , terre, de plus de cent cinquante lieues.

Le général Miranda s’aperçut que la désertion faisait des progrès : les royalistes occupaient la contrée qui approvisionnait Caracas; les troupes républicaines, peu nombreuses, comparées à celles de l’ennemi, étaient assez mal armées; enfin le tremblement de terre , dont les secousses se renouvelaient par intervalles , entretenait les craintes superstitieuses qu’il avait excitées. Les Espagnols de Caracas et de la Guayra se montraient si disposés à la révolte qu’il devint nécessaire de s’en assurer. Enfin l’ennemi qui s’avancait, annonçait l’intention de détruire Caracas de fond en comble, s’il s’en emparait de vive force. Dans ces circonstances,

Miranda , avec l’approbation du pouvoir exécutif, proposa une capitulation dont les articles furent convenus entre le général Monteverde et don J. Sata-Y-Busy accompagné de quelques officiers désignés par Miranda. Voici les articles de cette capitulation ? tels qu’ils furent signés et ratifiés :

i . La constitution offerte par les cortès à la nation espagnole sera établie à Caracas,

a. Personne ue sera inquiété pour ses opinions.

Page 1