‹ Révolutions de l'Amérique espagnole, ou Récit de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la guerre entre l'Espagne et l'Amérique MéridionaleChapitre 12 sur 21 · IG · texte numérisé non relu

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ie-champ , je ne peux dire quel nombre de troupes il faudra plus tard pour maintenir notre pouvoir ici. Deux points delà plus grande importance, Margarita et Guayana, sont , dans ce moment , attaques par les rebelles de Yenezuela. A Margarita , bien commandés, bien approvisionnés, ils combattent en désespérés. Les troupes du roi sont obligées de s en tenir à la défensive , et si Bolivar arrive avec rexpédition qu’il prépare aux Gayes ; j’ignore quel sera le sort de Margarita et de Cumana.

» L attaque des rebelles sur Margarita est liée à celle de la Guayana, où ils sont nombreux : ils occupent toutes les positions qui environnent Angostura, capitale de la province, et interceptent tous les convois d approvisionnement. Probablement ils forceront la garnison d Angostura à se rendre sans combattre, parce qu’il y a dans cette ville un parti pour les insurgés.

La province de Guayana me paraît si importante , que je renouvelle l’observation que j’osai faire une fois devant sa majesté à Madrid, c’est que Guayana une fois per-

due , Caracas et Saota-Fé de Bogota couvrent de grands dangers. J’engage votre excellence à vouloir bien prendre une carte de ces contrées , à observer les rivières Orenoco , Apure et Meta , qui sont beaucoup plus navigables que je ne Fimaginais avant d’avoir quitté Madrid. La même observation peut s’étendre à plusieurs rivières en los Llanos . Si les rebelles parviennent à s’emparer du cours de ces fleuves, ils coupent par le fait toutes nos communications , ils empêchent Farrivage de toute espèce d’approvisionnemens et réduisent à la dernière extrémité les villes situées dans les régions montagneuses* Les rebelles de Venezuela ont adopté le projet de soutenir la guerre avec des guérillas nombreux ; ils imitent en cela le plan suivi en Espagne dans la dernière guerre»

Et si Bolivar, ou quelque autre chef en crédit parmi eux, prenait le commandement de ces guérillas , ils deviendraient bien dangereux.

» On pense , en Espagne , que l’esprit de révolte est ici concentré dans un petit

espace, il faut détromper votre excellence sur ce point : dans Venezuela spécialement l’esprit de révolte est général ; dans la viceroyauté que j’occupe, je crois le germe de la rébellion étouffé ; néanmoins j’insiste sur l’article des renforts. La garnison de Carthagena éprouve journellement des pertes par les maladies ; et il est necessaire que la force militaire stationnée dans la Nouvelle-Grenade soit plus forte du double qu’au milieu du dernier siècle.

» Si nous perdons Margarita , les insurgés s’y fortifieront; et, par leurs pirateries , ils intercepteront notre commerce dans le golfe du Mexique. 11 faudra nécessairement alors envoyer une expédition pour reconquérir Margarita ; et , si la Guayana est prise , l’expédition deviendra plus difficile. Les rebelles de Casanare et de Tunja se joindraient à eux; et, si la péninsule de Paragpana était attaquée dans le département de Coro , il resterait peu d’espoir de succès pour les troupes du roi. Mais ces dangers n’existeront pas de long-temps si nous recevons des renforts qui pour-

raient , cliemîn faisant, conquérir Margarita et cette partie de la côte maintenant au pouvoir des insurgés.

» Je nûd point l’intention d’ajouter aux inquiétudes de sa majesté; je veux seulement , en présentant un tableau fidèle , démontrer la nécessité de redoubler d’efforts pour assurer des conquêtes obtenues au prix de tant de sang et de fatigues. Grâce à la Providence! mes soldats ont courageusement supporté la faim et les privations de tous genres; mais pouvons nous espérer que le ciel leur accordera toujours la même résignation ? De prompts secours d’hommes , d’armes et de munitions sont nécessaires ? pour que nous puissions porter les derniers coups et obtenir une sûre et entière possession.

11 faut diriger nos principaux efforts contre Venezuela et les provinces adjacentes qui sont défendues par les officiers les plus habiles et les plus entrepi enans de l’Amérique. Il faut que les troupes destinées contre Venezuela soient nombreuses , parce que la division de Barinas irait en

cas de besoin, au secours de Santa-Fé. Que Dieu conserve votre excellence.

y » Pablo Morillo.

» Du quartier à Mompox, le 7 mars, 1816. »

Dans une autre lettre au ministre de la guerre , Morillo annonçait qu’il avait rétabli l’audiencia royale de Caracas ^ suivant les ordres du roi ; mais il regardait cette mesure comme désastreuse pour les intérêts de l’Espagne , parce que , la révolte de Venezuela étant loin d être apaisée ? le gouvernement de ce pays devait être tout militaire. Morillo observait aussi que les municipalités , composées d Américains , et investies de trop grands pouvoirs 9 pouvaient en conséquence agir fortement contre les intérêts du roi. Il conseillait de diminuer le pouvoir des municipalités 3 pouvoir qui leur avait été accordé d’après des lois des Indiens , en considération de ce que les municipalités étasent alors composées de colons j, et il finissait

ainsi :

« Personne ne sait mieux que moi qu'un gouvernement militaire est le plus dur et

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le plus despotique de tous les gouvernemens. C’est le plus tyrannique et le plus destructif , mais c’est le plus énergique :

c’est celui que les rebelles ont adopte.

Quel autre gouvernement conviendrait dans un pays en révolte ouverte contre les ordres du souverain? dans un pays livré à tous les genres d’horreurs et d’exces!

Lors des premières expéditions dans les colonies envahies par les rebelles , on s est généralement élevé contre le gouvernement militaire : indubitablement c’était une erreur de la part de ceux qui ne connaissaient pas ces pays , et qui ajoutaient foi aux émissaires des rebelles. On croyait f d’après leurs rapports , que les troupes du roi n'avaient qu'à paraître ? et à se conduire avec clémence, pour assurer la possession de ces provinces ; on croyait que les habituas béniraient le jour qui les réunirait à leur mère-patrie : Margarita , Cumana et Barcelona ont prouvé la fausseté de cette opinion.

n Dans le moment présent , les restrictions imposées aux chefs par les lois des Indes paraissent insuffisantes , particuliè-

renient à Venezuela. Les Américains méridionaux ne veulent plus obéir aux Européens, et encore moins aux Espagnols. Ils désirent être gouvernés par leurs compatriotes ; et, s'ils cèdent aux circonstances et obéissent au roi, c’est uniquement avec l’espoir d’un temps plus heureux.

» Chaque province de l’Amérique demande un gouvernement différent : ce qui paraît bon à Santa-Fé de Bogota , est jugé mauvais à Venezuela, quoique ce soient des provinces voisines les unes des autres.

A Santa-Fé , il y a fort peu de noirs et de mulâtres ; à Venezuela , une grande partie des blancs a péri dans la révolution. Les babitans de Santa-Fé sont timides, ceux de Venezuela hardis et sanguinaires. A Santa-Fé, beaucoup décrits ont été publiés durant la révolution , et les savans ont tout réglé avec leurs plumes ; mais à Caracas , de tres-bonne heure ils ont tiré l’épée. De ces différens caractères provient la différence des oppositions que nous avons rencontrées ; toutefois la dissimulation et la perfidie des peuples sont les mêmes dans toutes les provinces. Probablement les ha-

bilans de cette vice-royauté n’auraient pas si fermement résiste aux troupes du roi , si ceux de Venezuela n otaient venus les soutenir. C’est à leur instigation seule que les habitans de Carthagena prirent le parti de combattre avec vigueur. La division de 1 armée qui attaqua Zaragoza et Rem edi os, lut disciplinée par eux ; enfin , poussé par eux , le gouvernement d’Antioquia proclama deux lois la guerre à mort ,, et fît savamment fortifier les défilés de la province par des ingénieurs de Venezuela. Ce fut par 1 activité de ces memes insurgés que Santa-Fe lut obligé de se soumettre au congrès , et d adopter leurs sanguinaires idées. Les rebelles de Venezuela ont tout conseillé , tout fait ; ils sont comme des bêtes féroces , quand ils combattent dans leur propre pays. S’ils avaient d'habiles commandan s , il faudrait plusieurs années, des flots de sang et d’énormes dépenses pour les soumettre.

» Quand j’arrivai à Venezuela pour prendre le commandement de l’armée royale, je fus saisi d’horreur, en apprenant le nombre des tués dans chaque ba-

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taille > soit gagnée , soit perdue. Persuadé qu’un pareil acharnement prenait sa source dans les ressentimens de l’esprit de partis , je cherchai à les calmer, en déployant cette clémence sans bornes que m’a tant recommandée le roi ; quel effet a-t-elle produit? de nouvelles révolutions, de nouvelles trahisons. Si le peuple de Venezuela se soumet enfin , ce ne sera , j’en ai la conviction , que pour attendre l’occasion favorable de se révolter. Pour réduire ce peuple , des troupes plus nombreuses sont nécessaires ; et , comme je le répète de nouveau à votre excellence , il faut que le capitaine général de Venezuela soit investi du pouvoir militaire. Soyez bien assuré que le succès ne sera pas l’ouvrage d’un jour, et qu’il ne peut être obtenu que par la persévérance et par l’activité : c’est une guerre féroce, comme celle des noirs contre les blancs.

MoKirro. »

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