‹ Révolutions de l'Amérique espagnole, ou Récit de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la guerre entre l'Espagne et l'Amérique MéridionaleChapitre 14 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Junte de Buenos— Ayres. — * Opposition des agens de l’Espagne. — Àrtigas embrasse le parti de l’indëpendance. — Deux partis dans la junte. - — Siège de Monte-Video. — Les Portugais veulent secourir la ville. — Conspiration royaliste. — Second siège de Monte -AAdeo. — L’assemblée cons tîtuy ente renouvelle la forme du gouvernement. — Création d’une force maritime. — Prise de Monte-Video. — Artigas enlève cette ville à l’autorité de la junte de Buencs-Àyres. — Congrès. — Il proclame l’indépendance des provinces de Rio de la Plata. — Invasion des Portugais. — Généreuse conduite d’ Artigas. — * Monte-Video est au pouvoir des Portugais. - — Prise du Chili par les patriotes de Buenos-Ayres.

Entre le Brésil , le Pérou , le Chili , la Patagonie et la mer, sont renfermées les vingt provinces de Rio de la Plata. Onze se rapprochent des Andes, et forment les hautes pi ovmces ^ les neuf autres composent les basses , et c est dans ces dernières que sont situes Buenos-Ayres et Monte-Video, les deux points les plus importans de la république. L’état de Rio de la Plata ,

compte i,3oo,ooo âmes, et Buenos-Ayres,

qui en est la capitale, a une population de 60,000 habitans.

Ainsi qu’on l’a vu au chapitre III du livre I er . (1) , le Congrès des provinces de Puo de la Plata s’ëtant assemblé le 22 mars 1810, dès qu’on connut la dispersion de la junte centrale d’Espagne , on décida qu’il serait formé une junte à Buénos- Ayres. Elle commença ses opérations le 26, par notifier son existence aux habitans de Monte - Video ; ils reçuvent cette nouvelle avec enthousiasme , mais le gouverneur espagnol ayant reçu des renforts , il comprima l’esprit public et maintint son autorité. Les gouverneurs de Cordova, de Chuquisaca et du Paraguay eurent le même succès , et , sous l’autorité du dernier vice-roi, Cisneros , ils se réunirent pour renverser le gouvernement naissant de Buenos-Ayres.

Liniers , ex - vice-roi , leva une armée et s’opposa aux indépendans ; mais les progrès de ceux-ci ayant mis entre leurs mains Cisneros et plusieurs autres partisans de l’Espagne ; ils les embarquèrent pour

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les îles Canaries. Le colonel Qcampo , nommé commandant des forces de Buenos- Ayres , attaqua Liniers qui, abandonne de ses propres troupes, tomba en son pouvoir. Coucha , le dernier gouverneur de Corde va , Liniers, Allende, Moreno et Rodriguez, les principaux opposans h la révolution dans cette partie, furent tous exécutés sur el monte de la Popagaüos .

M. Elliott, capitaine d'un vaisseau de guerre anglais , se déclara pour les royalistes et s’opposa même au commerce de Buenos-Ayres. La junte s’étant plaint de la conduite de M. Elliott à lord Strangford, ambassadeur de sa majesté Britannique à llio-J aneiro , M. Elliot reçut ordre de ne point se mêler des différens sur venus entre les royalistes et le nouveau gouvernement.

La junte de Buenos-Ayres , sentant toute l’importance de la coopération des provinces du Chili, envoya à Santiago don A, A. Jonte, personnage bien connu des hahitans de cette capitale.

Quand la révolution éclata, Jonte , demeuré à Santiago comme chargé d’affaires du gouvernement de Buenos-Ayres , eut

l'adresse de persuader à la junte du Chili de donner , à Buenos-Ayres, un secours de troupes dans une des circonstances les plus critiques pour ce dernier gouvernement.

L armée, commandée par Ocampo, reçut un renfort considérable avec ordre de marcher vers le haut Pérou, où les royalistes , sous les ordres du colonel Cordo va, s étaient assemblés. Don A. Balcarce, major général dans l’armée d’ Ocampo , battit les royalistes dans deux engagemens différens à Santiago, Cotagaitya et à Tupiza. Cordovaet Niéto, présidens de l'audiencia de Chuguisaca, furent faits prisonniers et fusillés. Par suite de ces victoires , l’armée de Buenos- Ayres occupa le haut Pérou jusqu'à la rivière Desaguadero, limite de la vice-royauté du Pérou.

Cette armée , accrue de cinq mille hommes, passa sous le commandement du brigadier Balcarce. Castelli, membre de la junte, accompagnait l’armée, comme gouverneur général du haut Pérou.

L’armée ainsi renforcée se préparait à envahir la partie du Pérou gouvernée par

Fespagnol Abascal, alors vice-roî ; maïs Finyasion fat suspendue en raison des propositions faites par la municipalité de Lima à Castelli de suspendre les hostilités , parce quelle voulait travailler à la paix. La municipalité communiqua en même temps les onze propositions qu’elle avait présentées aux cortès , en assurant que ces propositions avaient été acceptées par ces derniers: elle les offrait présentement comme bases de la paix. Castelli envoya ces communications à la junte,, et conclut en même temps un armistice avec Goyeneche, général de Fermée royaliste.

Ne voyant plus de danger du côté du Pérou , la junte envoya huit cents hommes, commandés par don M. Belgrano , contre Velasco, gouverneur espagnol du Paraguay, qui avait levé une armée destinée contre Buenos-Ayres. L’armée du Paraguay, commandée par don N. Yedros rencontra les troupes de Buenos-Ayres sur les bords de la rivière Tacuari, et les défit. Après cet échec, Belgrano entama une négociation, et, dans une conférence avec \ edros, obtint la faculté de se retirer sans

être inquiété. L’année suivante les liabitans de l’Assomption , dans le Paraguay > déposèrent le gouverneur Velasco, et formèrent une junte indépendante de celle de Buenos-Ayres ; mais elle fit alliance avec elle.

La junte de Buenos-Ayres n’avait plus d’autre ennemi à craindre que don F. X.

Elio , nommé par la régence d’Espagne capitaine général des provinces Rio de la Plata , parmi lesquelles se trouve comprise celle de Monte-Video ou la banda oriental .

Don J. Artigas , natif de Monte-Video , capitaine au service d’Espagne , à la suite de quelques différons avec le gouverneur de la colonie del Sacramento 9 abandonna la cause royale , s’attacha au gouvernement de Buenos-Ayres, vers le commencement de 181 1 , et obtint un secours d’armes et de munitions , à l’effet d’exciter une révolte dans la banda oriental . La junte ordonna, en outre, que les troupes revenues du Paraguay passeraient dans la banda oriental , afin de seconder les operations d’ Artigas , qui organisait des guérillas. Le commandement de Farinée fut

donné à Rondeau officier américain , qui avait été fait prisonnier par les Anglais à Monte - Video , en 1807* D’Angleterre il se rendit en Espagne ^ ou. il servit quelque temps dans la guerre de la Péninsule. Artigas et Rondeau défirent plusieurs fois les royalistes ; enfin ^ à la bataille de las Piedras^ au mois de mai 1 8 1 1 , les troupes espagnoles et leur chef furent obligés de se rendre. Les patriotes marchèrent alors sur Monte-Video , et * renforcés par de nouvelles troupes de Buenos- A yres , se déterminèrent à assiéger la ville.

Il s était formé deux partis dans la junte :

don C. Saavedra , président de la junte 3 était a la tete de 1 un ? et le docteur Mofeno , secrétaire , à la tête de l’autre. Moreno accusait Saavedra de vues ambitieuses ; celui-ci , en revanche , reprochait à Moreno d'être le chef de la populace. Saavedra , pour fortifier son parti , fit décider que les députés nommés par les provinces pour former un congrès général, siégeraient dans la junte établie 5 dont les membres devinrent ainsi plus nombreux. Ce plan réussit ; Moreno ne conserva pas son in-

fluence , et donna la démission de sa place.

La junte l’envoya par la suite , comme député en Angleterre , avec des instructions pour demander la protection du gouvernement britannique : il mourut dans la

traversée.

Les dissensions de la junte s’étendirent jusque dans l’armée, et y produisirent également deux partis. L’armée campée à Guaqui et Yaraicoragua , et divisée en trois corps , était commandée par les colonels Diasvelez et Viamont , et le brigadiei Balcarce, général en chef. Diasvelez et Balcarce s’étaient déclarés pour le parti de Moreno , et Yiamont pour celui de Saavedra. Goyeneehe , profitant de ces dissensions , attaqua Diasvelez le 20 juillet 1B1 1, malgré l’armistice ; Diasvelez , surpris et séparé des autres divisions , fut aisément vaincu ; et la nouvelle de sa défaite occasiona la dispersion du reste des troupes.

Goyeneehe prit possession du haut Pérou ; Yiamont et Puyredon , président de l 'audiencia deChuquisaca, choisis par les ü oupes pour les commander de préférence à

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leurs premiers chefs , se retirèrent dans la province de Salta.

Goyeneche ne parvint pas à calmer les insurrections dans les différentes provinces que la dernière victoire avait mises en son pouvoir. Cochabamba, Chayanta et Santa- Cruz de la Sierra furent inondées de guérillas qui harcelaient les troupes royales et empêchaient Goyeneche de poursuivre sa victorieuse carrière. Irrité de ces difficultés * il fit fusiller tous les prisonniers et tous les partisans de la révolution qui tombèrent entre ses mains; mais, malgré Féporn vante générale qu’inspira une telle mesure, il ne put vaincre les guérillas , ni pénétrer dans le bas pays. Saavedra , nommé commandant en chef, reçut ordre de lever une nouvelle armée, et de la pourvoir de fusils et d’officiers.

Les ennemis de Saavedra profitèrent de son absence pour le faire déposer; ils l'accusèrent d’une ambition démesurée, de mesures arbitraires , et surtout d'avoir influencé la junte par le décret du 6 avril ïSii, qui exilait Larrea, Pena, Posadas et autres adversaires de son pouvoir ; ils

alléguaient, pour demander un changement dans la forme du gouvernement, le trop grand nombre des membres de la junte, qui rendait ses décisions lentes et conséquemment insuffisantes pour sauver le pays dans le présent état de crise. La municipalité, d’après les réclamations élevées , convoqua une assemblée deshabitans au mois de septembre de la même année ; et, dans cette assemblée, il fut convenu qu’on formerait un nouveau gouvernement, composé seulement de trois membres et de deux secrétaires. Don M. Sarratea, don F. Chiclana et don J.-J. Passe furent élus membres du gouvernement.

Don B. flivadavia et don J. Ferez, secrétaires. Un règlement , connu sous le nom de el estatuto , fixa le mode et l’ordre de renouvellement pour les membres du gouvernement, de la manière suivante :

Une assemblée, composée des députés des municipalités des provinces , devait se réunir tous les six mois pour nommer le successeur d’un des membres du gouvernement sortant à la même époque ; aux termes du même règlement, une junte

spéciale, renouvelée chaque année, était chargée de protéger la liberté de la presse.

Celte junte et la municipalité prononçaient en dernier ressort sur les infractions

faites à cette liberté.

Artigas et Rondeau assiégèrent succeosivement Monte-Video : le capitaine général Elle 9 ne pouvant faire une plus longue résistance 5 implora la protection du gouvernement portugais au Brésil. La princesse Charlotte , sœur de Ferdinand VII, employa toute son influence sur le ixiimsti e Souza dans cette occasion ? et parvint a faire donner à Elio , par ie gouvernement portugais , un secours de 4° 00 hommes.

La princesse Charlotte 1 aida aussi ? en. lui envoyant de l'argent et meme une pai tie de ses joyaux. Le général Souza , frère du ministre , commandait les troupes portugaises; et ^quoiqu’elles fussent en marche, Elio fit des propositions de paix au gouvernement de Buenos- A vres , qui les accepta en novembre 1 8 1 1 . En vertu de ce traité les Portugais devaient se retirer sur leur territoire , et les troupes de Buenos-Ayres évacuer la banda oriental jus-

qua la rivière Uruguay. Le siège de Monte-Video fut levé; mais les troupes portugaises ne se retirèrent pas , et commirent même des hostilités sur le territoire de Rio de la Plata.

A cette époque l’armée de Buenos- Âyres éprouva dans le Pérou une nouvelle défaite à Rio-Nazareno <, près de Smpacha. Le général Tristan 5 qui commandait 1 avant-garde des royalistes , prit

possession de la province de Saîta. Le gouvernement de Buenos-Àyres se trouvait dans une dangereuse position y n ayant de forces suffisantes ni pour renforcer 1 armee du Pérou y ni pour s’opposer aux Portugais en même temps. Cependant Sarratea leur envoya encore quatre mi de hommes; et le général Relgrano, commandant au Pérou j reçut ordre de se reployer dans le Tucunian. Les Por tugais s’alarmèrent de Fâpp^oehe des troupes de Buenos- Ayres : à la mort du ministre Souza ^ arrivée sur ces entrefaites ^ son successeur le comte de Las-Galveas fit des propositions de paix. Le lieutenant colonel Redema'ker envoyé au gouvernement de Bue--

nos-Ayres avec clés instructions et des pouvoirs pour conclure un armistice , le signa au mois de juin 1812. L’armistice étant illimité, les Portugais retirèrent leurs troupes du territoire de Buenos-Ayres ; et, la paix, étant rétablie entre les deux gouvernemens, ils se garantirent mutuellement leurs possessions.

Peu de temps avant la conclusion de ce traité on découvrit à Buenos-Ayres une conspiration contre le nouveau gouvernement. Les conspirateurs comptaient mettre à mort les membres du gouvernement et tous les partisans de la révolution.

Don M. Alzaga , riche négociant de., Buenos-Ayres , était le chef de cette faction. Redemaker, l’envoyé portugais , invité à se joindre à cette conspiration , craignit les maux qui en pourraient résulter, et prévint l’administration quelle eût à se tenir sur ses gardes : bientôt elle connut tout le plan de la conspiration, dont les principaux chefs furent arretés, jugés et condamnés à mort. Alzaga et plus de vingt Espagnols subirent leur sentence.

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