CHAPITRE IV
Guerre déclarée par la régence au gouvernement américain, Les cruautés des Espagnols aliènent totalement l’esprit des Américains contre la mère* 8 patrie. — - Déclaration de la junte de Caracas. - — Inutiles tentatives pour obtenir réparation d’offenses faites par des membres américains des certes. . — Joseph Bonaparte , pour ses propres intérêts dans la vieille Espagne , envoie des émissaires en Amérique offrir l’indépendance. — L’Angleterre propose d’être médiatrice entre l’Espagne et ses colonies. — La restauration du roi Ferdinand n’a* mène pas la paix. —Le général Morillo envo} r e d’Espagne contre Venezuela.
A peine le conseil de la régence ( dit le décret de la régence, lorsqu’elle déclara
(i) Voyez les observations présentées aux eortès par les députés de F Amérique espagnole lè premier août jth *•
Caracas en état de blocus ) eut-il reçu les détails de ce qui se passait à Caracas, dont les habitans, poussés sans doute par des intrigans et des factieux, s étaient rendus coupables en se déclarant indepeadans de la mère -patrie , en créant une junte de gouvernement , pour exercer cette prétendue autorité indépendante , qu il se détermina à prendre les mesures les plus efficaces pour attaquer le mal dans son origine , et empêcher ses progrès : mais, afin de n’agir qu après une mûre délibération, la régence avait consulté le conseil d’Espagne et celui des Indes, et pris des mesures qui répondaient du succès. Mais , comme la province de Maracaybo et le département de Coro n avaient point pris part à de si criminels projets ; qu au contraire ils avaient reconnu le conseil de régence et s'étaient opposés ouvertement a l'absurde idée de Caracas y de se déclarer indépendans , sans avoir les moyens d'obtenir cette indépendance y la régence déclarait la province de Caracas seulement en état de rigoureux blocus , etc.
Cette résolution ne s’étendait pas aux divisions ci - dessus mentionnées , parce qu’elles avaient refusé de suivre le pernicieux exemple de Caracas, et quelles avaient manifesté une constante fidélité.
La rébellion, suivant la régence , ne devait sa naissance qu’à l’ambition sans bornes de quelques personnes, et à l’aveugle crédulité de quelques autres entraînées probablement contre leur gré par les ardentes passions de leurs compatriotes. La régence , disait le décret , avait pris des moyens sûrs pour extirper le mal , et en punir les auteurs avec toute la rigueur qu’avait le droit d’employer l’autorité souveraine , à moins qu’une prompte et volontaire soumission ne méritât un pardon général, que la régence offrait d’accorder seulement dans ce cas. Elle ordonnait que ces résolutions circulassent dans toutes les dominations espagnoles ; qu’elles y fussent répandues ainsi que dans les pays étrangers , afin que personne n’ignorât 1 état de blocus de ladite
if
cote y etc., etc.
Lorsque ce décret fut publié le 3 août i8xo, le conseil de régence avait été offi-
ciellement informé , par la junte de Caracas, des raisons qui avaient détermine cette province à suivre l’exemple du peuple de Venezuela : la junte ajoutait que , dans presque toutes les autres parties de l’Amérique espagnole, la même mesure devrait être adoptée, et qu’on refusait presque généralement de reconnaître l’autorité de la régence. Ces raisons sont contenues dans la réponse de la junte suprême de Caracas au marquis de las Hermazas , ministre d’Espagne, réponse qui a été publiée dans l’exposé de Walton au prince régent d’Angleterre (i).
La réponse de la junte de Caracas excita une grande indignation parmi les membres de la régence et parmi le peuple de Cadix. Ils s’étaient flattés que les Américains espagnols se conformeraient avec soumission à leurs décrets ; et leur désappointement fut au comble lorsqu’ils ap~
(i ) \ oyez le manifeste et les proclamations de la junte deSanta-Fé de Bogota, la proclamation de la junte de Buenos-Ayres, de Carthagène et de Quito* ainsi que le manifeste de la junte de Suîtepec de Mexico , et la lettre delà junte de Caracas au roi d’Angleterre,
prirent que toute l’Amérique espagnole était animée du mênje esprit , quoique les différentes provinces n’agissent pas de concert entre elles. La guerre paraissait le désir dominant du commerce de Cadix , ainsi que des cortès qui avaient été assemblés par la régence. Des invectives et des sarcasmes furent prodigués dans les gazettes de Cadix contre les Américains espagnols. Les missions de don N. Cortivarria à Puerto-Rico , de don N. Elio a Monte-Video , de don Benito Perez à Panama, et de don V. Venegas à Mexico, eurent pour but de mettre en mouvement tous les ressorts propres à amener la guerre civile. Les préjugés, la religion, les promesses flatteuses, les animosités particulières et les menaces furent employés à cet effet. De pareilles intentions firent envoyer des troupes à Monte-Video, à Vera-Cruz, à Coro, à Panama et à Santa -Marta, quoiquà celte époque l’Espagne en eût tant de besoin pour sa propre défense. Des négociations furent entamées dans le meme esprit à la cour du Brésil , relativement aux prétentions de la x-eine à la regence d Espagne.,
en l’absence du roi Ferdinand. Les cortès, qui avaient reçu leur autorité de la xegence , partageaient son animosité contie les Américains. Quelques députés avaient etc envoyés par ceux-ci auprès des cortès , réunis alors dans Fîle de Léon; a peine leur permettait-on de parler de leur pays.
— Si les Américains , disait un des membres des cortès , se plaignent d etre tyrannisés depuis trois cents ans 5 ils éprouveront encore pareil traitement pendant trois mille ans. — Je me réjouis, disait un autre, après la bataille d Albuféra , de 1 avantage que nous avons remporté, parce que nous pourrons maintenant envoyer des troupes pour réduire les insur gens. — Je ne sais pas à quelle classe de bêtes appartiennent les Américains , disait un autre (i).
Voilà sous quels défavorables auspices commença la guerre dans F Amérique espagnole ; et la manière atroce dont elle fut faite , prouve Irréconciliable inimitié des
(0 Voyez le manifeste d’Alvaïez Tolédo ? député aux cortès.
«leux partis. Les Espagnols combattent pour reconquérir le territoire qu’ils avaient possédé, et les Américains espagnols pour obtenir l’indépendance. Cruels dans le triomphe, les premiers deviennent encore plus féroces dans l’adversité. Les derniers, courageux dans l’attaque, et conservant dans la défaite de la confiance en leurs chefs, se montrent toujours prêts à se rallier sous leurs bannières. Les premiers possèdent de grands talens militaires ; les seconds , la supériorité du nombre. Les uns et les autres montrent une égale fermeté, une égale audace dans leurs entreprises. Les milliers d’hommes ont déjà inondé de leur sang seize cents lieues de pays , que comprennent les colonies espagnoles dans le nouveau continent ; et, comme si la mort ne moissonnait pas assez de victimes sur les cham ps de bataille, nombre d’individus étaient journellement assassinés de sang-
froid.
Les chefs espagnols et les meneurs donnent les premiers le dangereux exemple de violer les capitulations, de tuer les prisonniers et de rejeter tout moyen d’accom-
modement. Dans cette guerre cruelle , entreprise au nom des certes d Espagne et de Ferdinand VII, je délie, en venté, les Espagnols d’Europe de trouver un seul mot à dire pour excuser ou même pour pallier leur inhumanité et leur manque de foi depuis le commencement de la rêvolution : témoin les faits suivans.
Lorsque Hidalgo approcha de la capitale du Mexique à la tête de quatre vingt mille hommes, il dépêcha son envoyé à Venegas avec des propositions de paix que le vice-roi refusa. La junte de Sultepec fit de pareilles propositions en 1812 , et le résultat fut le même. Le général Miranda remille fort delà Guayra, la ville de Caracas et les provinces de Cumana et de Bareelona au général espagnol Monteverde par capitulation : celui-ci promit d’oublier tout ce qui avait pu être fait contre le gouvernement espagnol et d accorder, à quiconque le demanderait, une libre retraite à Venezuela. Malgré ce traité et ce solennel engagement, le général Miranda , peu de temps après , fut feit prisonnier , jeté dans un cachot à Puerto
Cabello, envoyé ensuite à Puerto Rico, et de là transféré dans la prison de la Carraca à Cadix , où il est mort dernièrement.
Durant une trêve entre les armées du Pérou , commandées par le général Goyeneclie et celle de Buénos-Ayres , sous le commandement du général Valcarce, une attaque fut faite contre les troupes de Buenos- Ayres qui se croyaient parfaitement en sûreté, parce quelles se fiaient au traité existant. Belgrano, général des patriotes, fit prisonniers, en 1812 , le général Tristan et la division de l’armée du Pérou qu’il commandait, et généreusement leur donna la liberté de retourner chez eux après leur avoir fait donner leur parole d’honneur qu’ils ne se battraient plus contre Buenos- Ayres. Peu de jours après ils violèrent cet engagement sacré. Le général Bolivar, après avoir plusieurs fois défait les royalistes commandés par Monte verde à Venezuela, consentit à une capitulation dont aucun article ne fut jamais execute. Le général Truxillo, dans une dépêche à Venegas, se vantait d’avoir admis des par-
lementaires , tandis qu’il était à 3a tete de ses troupes rangées en bataille , et d avon fait tirer sur eux quoiquils lussent munis d’une bannière de la V ierge-Marie, d après Finvitation de Truxillo lui-même. Par ce moyen , disait— il , je me suis debarrasse deux et de leurs propositions. Le général Calleja informait le vice-roi de Mexico que, dans la bataille d A. culco il n avait eu qu un homme de tué et deux de blessés, mais quil avait passé au fil de 1 epee cinq mille Indiens, et que la perte des insurgés se montait à dix mille hommes. Le même général, entrant à Guanaxuato, mit tout à feu et à sang, et fit massacrer quatorze mille vieillards, femmes et enfans. L’horrible conduite de ce général était bien connue en Espagne, lorsque la régence le choisit pour successeur du vice -roi Venegas.
Celle de Monteverde fut également approuvée , puisqu’il fut nommé capitaine général de Venezuela après avoir rompu la capitulation faite avec Miranda. Il donnait pour excuse de son manque de foi qu’il n’avait pas les pouvoirs nécessaires pour capituler avec les insurgés.
Les actes de cruauté des chefs espa* gnols et l’approbation de la régence et des cortès, en exaspérant le nouveau gouvernement de l’Amérique espagnole , accrurent son autorité et lui donnèrent de nombreux partisans. L’esprit révolutionnaire avait d’abord atteint peu de personnes, mais bientôt il se répandit dans tout le continent. La conduite de la junte centrale et des cortès d’Espagne propagea ce même esprit en irritant les peuples, bien décidés alors à profiter des circonstances pour conquérir leur indépendance. Yoici l’acte publié par le congrès de V enezuela :
( ( Au nom du Dieu tout-puissant,
» Nous , les représentans des provinces unies de Caracas , Cumana, Barinas , Margarita , Barcelona , Merida et Truxillo , formant la confédération réunie de Y enezuela dans le continent méridional , assemblés en congrès -, considérant que la pleine et absolue possession de nos droits nous a été justement et légalement rendue le 19 avril 18x0, par suite de ce qui se passait à Bayonne, le trône d’Espagne étant passé dans les mains du conquéx ant , un nou
veau gouvernement ayant succédé à l’ancien, mais sans notre consentement , nous désirons, avant de faire usage de nos droits politiques, dont nous avons été privés pendant plus de 3oo ans, et dont nous reprenons iexercice parla force des éve'nemens, laire connaître au monde entier les motifs et les circonstances qui nous autorisent au
libre usage que nous allons faire de notre propre souveraineté.
» Néanmoins, nous ne commencerons point par alléguer les droits légitimes qu a tout pays conquis de recouvrer ses propriétés et son indépendance ; nous tairons generalement la longue série de maux, d’injures et de privations que le seul droit de conquête a indistinctement fait souffrir à tous les descendans de ceux qui ont découvert , conquis et cultivé ces contrées, piongées dans l’état le plus misérable par la cause même qui devait les rendre plus florissantes. Nous tirerons un voile sur les trois siècles de la tyrannie espagnole en Améuque, et nous retracerons seulement les faits authentiques qui ont dépouille' un ni onde de ses droits sur l’autre, c’est-à-dire
le bouleversement, le désordre et la conquête qui ont amené la dissolution de la nation espagnole.
» Ces désordres ont augmenté les maux de l'Amérique, en rendant inutiles ses réclamations, en fournissant aux gouverneurs espagnols les moyens d’insulter et d’opprimer avec impunité cette partie de la nation à laquelle ils ne laissaient pas le secours et la garantie des lois.
» Il est contraire à l’ordre, impossible au gouvernement d’Espagne , et fatal au bien-être des Américains, que ces derniers, possesseurs d’une étendue de pays infiniment plus considérable et d’une population plus nombreuse que l’Espagne, soient dépendans et sujets d’une petite péninsule dans le continent européen.
» Les cessions et abdications faites à Bayonne , les révolutions de l’Escurial et d'Aranjuez , et les ordres qu’envoya en Amérique le vice-roi, grand-duc de Berg, suffisent pour justifier la reprise des droits que jusqu’alors les Américains avaient sacrifiés à l’unité et à l’intégrité de la nation espagnole.
» Venezuela fut la première à reconnaître et à conserver cette intégrité ; et elle n’a~ bandonna point la eausede la Péninsule , tant qu’il resta à cette dernière le moindre espoir de salut.
» L’Améiûque fut appelée à une nouvelle existence j depuis l’époque oii elle sentit qu’elle pouvait et devait se charger de son propre sort et de sa conservation, etc.
» Les gouverneurs qui s’arrogèrent le droit de représenter la nation après l’arrestation de la famille royale, profitèrent des dispositions que la confiance, la distance, 1 oppression et l’ignorance, inspirèrent aux Américains contre le nouveau gouvernement qui s était emparé de l’Espagne pai la violence, et, contrairement à leurs propres principes , ils nous entretinrent dans notre erreur et dans nos espérances en faveur de Ferdinand. Afin de nous accabler et de nous dévorer sans danger, ils nous pi o mu eut liberté, égalité etfraternité, dissimulant dans de pompeux discours et des phrases étudiées le piège adroit qu’ils nous tendaient, en nous offrant une inuet dégradante représentation.
» Aussitôt qu’ils furent dissous et qu’ils eurent substitué de nouvelles formes de gouvernement à la monarchie détruite en Espagne ; aussitôt que l’impérieuse loi de la nécessité eut imposé à Venezuela l’obligation de se sauver elle-même, afin de pouvoir conserver le droit de son roi , et offrir un asile à ses frères européens contre les maux qui les menaçaient* ils désavouèrent leur première conduite, ils chaugèrent de principes et donnèrent le nom d’insurrection, de perfidie et d’ingratitude aux mêmes actes pris d’abord par eux -mêmes pour modèles , parce qu'ils ne pouvaient plus être admis aux places avantageuses dans 1 J administration des affairespubliques, places qu’ils prétendaient perpétuer pour eux seuls sousle nom d’un roi imaginaire.
» Malgré nos remontrances , notre modération , notre générosité et l’inviolabilité de nos principes contraires aux désirs de la majorité de nos frères en Europe , déclarés en état de rébellion , nous fûmes bloqués , attaqués ; des agens envoyés parmi nous tentèrent d’exciter la guerre civile. Ou s’efforça de ruiner notre crédit
parmi les différentes nations de l’Europe; on implora leur assistance pour nous opprimer. Sans le moindre égard pour nos raisons, sans les offrir à l’impartial examen du monde , et sans autres juges enfin que nos ennemis , on nous priva de toute communication avec notre mère-patrie ; et , ajoutant le mépris à la calomnie, on nous choisit , contre notre expresse volonté , des agens qui , munis de pouvoirs , disposèrent arbitrairement près des corfcès de nos intérêts , sous l’influence de nos ennemis.
» Afin d’anéantir les effets de la représentation lorsqu’ils se crurent obligés de nous en accorder une, ils la réduisirent au plus petit nombre possible , et la firent dépendre des suffrages des corps municipaux placés sous l’influence des gouverneiiis. G était insulter a notre confiance à notre franche manière d'agir, au lieu de reconnaître notre incontestable importance politique.
» Toujours sourd au cri de la justice, le gouvernement s’est efforcé de nous peru ’ e dans l’opinion du monde, en nous dé-
clarant criminels et infâmes , en récompensant par l’échafaud et la confiscation les tentatives faites par les Américains , à différentes époques , pour le bien-être de leur pays. Telle était celle que notre propre sûreté nous dicta dernièrement, afin de ne pas être conduits au dernier degré de l’humiliation , et d’échapper à cet horrible sort, que nous espérons bientôt éloigner pour toujours. Par leur atroce politique, ils ont réussi à rendre nos compatriotes insensibles à nos malheurs, ils les ont armés contre nous, ils ont étouffé dans leur sein les douces impressions de Fami tié, de la parenté, et converti en ennemis les membres mêmes de notre grande famille.
» Lorsque, fidèles à nos promesses, nous étions disposés à sacrifier notre sûreté personnelle pour défendre généreusement les droits de Ferdinand de Bourbon, nous avons entendu dire qu’aux liens puissans qui l’unissaient à lempereur des Français il avait ajouté les liens du sang et de l’amitié ; et qu’en conséquence le gouvernement d’Espagne avait déjà déclaré sa résolution
ni
de le reconnaître seulement conditionnellement (i).
» Nous sommes demeurés trois ans dans une triste incertitude, dans un état d’indécision politique. Une position si équivoque, si dangereuse suffisait seule pour autoriser la résolution que la foi à nos promesses et les liens de la fraternité nous ont fait différer de prendre, jusqu’au moment où la nécessité nous obligea d’aller au-delà de ce que nous nous étions proposé d’abord. Mais la conduite hostile et dénaturée du gouvernement d’Espagne nous contraint d’agir ainsi , et nous dégage de nos sermens conditionnels. Telles sont les circonstances qui nous ont conduits à l’auguste représentation que nous possédons maintenant.
» Nous, qui mettons notre gloire à nous conduire d’après de meilleurs principes, nous qui ne désirons pas établir notre félicité sur l’infortune des autres , nous regardons et déclarons amis , compagnons de notre sort, et participant à notre bonheur.
(0 On supposait, à cette époque, Ferdmad marié à une parente de Bonaparte.
tous ceux qui, unis à nous par les liens du sang , du langage et de la religion , ont souffert les mêmes maux que nous sous l’ancien ordre de choses, pourvu qu’ils nous reconnaissent absolument indépendans d’eux et de quelque puissance étrangère que ce soit ; qu’ils nous aident à conserver cette indépendance aux dépens de leur vie, de leur fortune et de leurs affections particulières : déclarant et reconnaissant, pour nous aussi bien que pour toute autre nation, que nous sommes ennemis en guerre, amis frères et compatriotes dans la paix.
» Ces fortes et incontestables raisons politiques nous imposent la loi de recouvrer notre dignité naturelle, que l’ordre des évéiiemens nous restitue; elles nous prescrivent de ressaisir les droits imprescriptibles dont jouissent toutes les nations, de rompre tout engagement ou toute association avec les gouvernemens qui ne remplissent pas les conditions avec lesquelles ils ont été établis. En conséquence, nous croyons que nous ne pouvons ni ne devons conserver les liens qui jusqu’ici nous ont unis au gouvernement d’Espagne ; qu’à
l’instar de toutes les autres nations du monde , nous ne dépendons plus que de notre seule autorité ; qu’enfin nous avons le droit de prendre parmi les puissances de la terre le rang d’égalité que la nature et l’Etre Suprême nous assignent , et auquel nous appellent les événemens qui semblent se presser pour notre avantage.
» Nous prévoyons les obstacles, nous connaissons les obligations imposées par le rang que nous allons prendre dans l’ordre politique ; nous redoutons aussi la puissante influence des formes et des coutumes auxquelles malheureusement nous sommes habitués depuis long-temps : mais nous savons aussi que le honteux asservissement dont nous sommes libres de secouer le joug , serait plus ignominieux pour nous et plus fatal à notre postérité , que notre long et pénible esclavage ne le fut pour nous ; nous savons encore que notre indispensable devoir est maintenant de pourvoir à notre conservation , à notre sûreté et à notre bonheur , en changeant toutes les formes de notre première constitution.
» Considérant que, par les raisons que nous venons d’alléguer, nous avons satisfait au respect dû à l’opinion des peuples , a la dignité des nations, parmi lesquelles nous prenons rang maintenant, et avec lesquelles nous espérons entretenir des relations amicales : nous , représenta ns des provinces unies de Venezuela, prenant l’Etre Suprême à témoin de la justice de notre cause , de la rectitude de nos intentions , et implorant son divin appui , nous renouvelons , au moment où nous nous élevons à la dignité qu’il nous rend , le serment de vivre et de mourir litres et fidèles à la croyance, au maintien de la religion catholique et apostolique de Jésus- Christ. En conséquence , au nom du vertueux peuple de Venezuela , et d’après l’autorité que nous tenons de lui , nous déclarons solennellement ici à l’univers entier, qu a dater de ce jour ces provinces unies sont et seront de fait et de droit état libre , souverain et indépendant ; quelles sont dégagées de toute dépendance et de toute soumission au trône d’Espagne , ou a tous ceux qui s’appelleraient ses a gens
ou ses représentai ; qu’un état libre et indépendant, ainsi constitue, a plein voir de prendre la forme de gouvernement le plus convenable à la volonté generale du peuple; qu’il a le droit de déclarer la guerre , de faire la paix , de former des alliances , de régler les traités de commerce, les limites , la navigation , et de faire toute espèce d’actes et de transactions , ainsi que les autres états libres et indépendans ; et afin que notre solennelle déclaration soit valide , ferme et durable , nous nous lions mutuellement , chaque province l’une à l’autre , et nous engageons nos vies , nos fortunes par les liens sacrés de Fhonneur national.
» Fait dans le palais fédéral de Caracas, signé par nous , scellé du grand sceau provisoire de la confédération, et contre-signe par le secrétaire du congrès , le cinquième jour de juillet 1811 , le premier de notre indépendance.
» Juan Antonio Rodriguez Domingijez , président .
» Luis Ignacio Mendoza , vice-président.
» Francisco Ïsnardy , secrétaire . »
Pareille déclaration fut faite à Mexico, Carthagène, Socorro, Tunja, Pamplona, Antioquia, et les autres provinces qui composaient la confédération de la nouvelle Grenade , plus tard par le congrès de Buenos-Ayres.
Lorsque les cortès espagnols reconnurent le Lut des Américains et les conséquences de la conduite impolitique de la régence , ils commencèrent à s’alarmer et permirent au petit nombre d’Américains qui siégeaient parmi eux de se faire entendre. Avant cette époque les mêmes individus avaient présenté aux cortès un projet de décret propre à remédier en partie aux maux que l’Amérique espagnole avait éprouvés sous le précédent gouvernement : les cortès l’avaient rejeté. Ces mêmes Américains firent de nouvelles réclamations le ïô novembre* et le 3 décembre 1 8 1 o elles furent de nouveau repoussées. Cependant en janvier 181 1 * les cor* tès discutèrent enfin ces réclamations , contenant onze articles; mais * au mois de février suivant, ils refusèrent de les admettre, ou du moins les ajournèrent indéfini"
ment. Ces onze propositions que nous allons transcrire y clou lier on t une id.ee des 1 cfor~ mes que les colons espagnols sollicitèrent vainement pendant trois cents ans :
« i°. Conformément au décret de la junte centrale le 1 5 octobre i Boq , qui déclaré leshabitans de l’Amérique espagnole égaux en droits à ceux de la Péninsule , la représentation nationale de chaque partie de l’Amérique espagnole , des Indes occidentales j des îles Philippines , sera, pour chaque classe de citoyens, déterminée, régie par le même mode , les mêmes formes, sans distinction, que le royaume et les îles de l’Espagne européennes.
» 3i°. Usera permis aux habitant libres et natifs de f Amérique espagnole de planter et cultiver tout ce que leur climat produit ; on leur accordera des licences pour encourager l’industrie , afin qu’ils donnent
us grande extension possible.
» 3°. L’Amérique espagnole jouira delà liberté d’exporter ses propres denrées ainsi que le produit de ses manufactures , soit dans la Péninsule, soit chez ses alliés et chez
aux manufactures et aux arts la pl
les nations neutres , et d’importer tout ce dont elle aura besoin; en conséquence tous ses ports seront ouverts.
( Les de ux précédentes de mandes furent accordées, mais les ordres envoyés pour leur exécution ne furent jamais publiés.)
» 4 °. Il sera libre aux Américains espagnols de faire le commerce avec les colons
espagnols en Asie. Tous les règiemens contraires à cette liberté seront abolis.
)> 5°.Laliberté du commerce sera accordée à tous les ports de l’Amérique espagnole et des îles Philippines avec les autres parties de l’Asie; toutes lois existantes contraires à cette liberté seront annulées.
» 6 °. Tout estancos y tout monopole en faveur du trésor public ou du roi , seront supprimés ; mais le trésor public sera indemnisé par de nouveaux droits sur les mêmes objets.
» 7 0 . Les ouvriers des mines d’argent seront libres dans l’Amérique espagnole; mais l’administration du produit demeurera aux officiers du département des mines , indépendant des vices-roi, caph
tairies generaux et des officiers de la real hacienda.
( Cette demande fut accordée et l’ordre de l’exécuter publié dans les provinces sous la domination des Espagnols. )
» 8°. Tout Espagnol américain sera éligible, comme les Espagnols, à tous les emplois honorables et lucratifs civils, militaires, ecclésiastiques, soit à la cour^ ou dans toutes les autres parties de la monarchie.
» 9 °. En raison de la protection naturelle que se doivent les deux royaumes, la moitié des emplois publics dans l’Amérique espagnole sera remplie par des sujets espagnols nés en Amérique.
» io°. Afin que les stipulations ci-dessus soient ponctuellement exécutées, une junte consultative sera formée dans chaque capitale, afin de proposer des personnes propres à remplir les emplois vacans.
>} 1 1 • Considérant le grand avantage que produit la culture des sciences, et le bienfait que peuvent retirer les Indiens de l’instruction , les cortès rétabliront les jésuites. »
La conduite des différens gouvernemens qui ont agi au nom de Ferdinand VII et celle de Joseph Bonaparte forment un singulier constraste: les premiers refusèrent constamment, le second promit Imdts pendance aux Américains; cependant le sort des commissaires que la France envoya dans l’Amérique espagnole , porteurs des actes de cessions faites par le roi d’Espagne en faveur de Napoléon Bonaparte , et par celui-ci en faveur de son frère Joseph , fut une preuve convaincante pour la famille de Bonaparte que les Américains n’épousaient pas sa cause. Voyant ensuite que les sommes d’argent que recevait journellement la Péninsule, du nouveau monde , contribuaient si évidemment à prolonger la guerre en Espagne , le ministre du nouveau roi , afin de priver la junte centrale de ses ressources , forma le plan d’exciter une révolte dans f Amérique espagnole. Les principes de ce plan se trouvent dans l’instruction donnée à M. Desmolard, agent nommé par Joseph Bonaparte à Baltimore. En voici la copie :
Instructions données par Joseph Napoléon à M. Desmolard, son commissaire ou principal agent à Baltimore , et à tous ceux qui , munis de ses ordres , iront dans V Amérique espagnole pour y exciter une révolte .
« Le seul but de ces agens , dans le moment actuel, doit être de persuader aux créoles que Sa Majesté impériale et royale n’a d’autre but , en donnant la liberté à l’Amérique espagnole , depuis tant d’années plongée dans l’esclavage, que d’obtenir, pour prix d^une si grande faveur, l’amitié des habitans et le libre commerce avec les ports des deux Amériques que de rendre l’Amérique espagnole indépendante de l’Europe ; Sadite Majesté offre tous les secours nécessaires de troupes composées de vaillans guerriers. Sa Majesté s’étant entendue , à cet égard, avec les États-Unis du nord de l’Amérique. Chaque commissaire ou agent en chef s’étudiera à connaître le district dans lequel sa mission le fixera , ainsi que le caractère de ses habitans : il n’éprouvera plus alors de difficultés dans le choix des personnes les plus propres à recevoir les instructions néees-
saires pour gagner le peuple et lui faire sentir tous les avantages de l’indépendance; il lui fera observer que les sommes immenses qui vont s’engloutir en Europe circuleront alors dans les provinces de l’Amérique , accroîtront leurs ressources , leur commerce et leur prospérité ; qu’enfin leurs ports seront ouverts à toutes les nations. Ils appuieront sur l’avantagé qu# doivent procurer la liberté de Fagriculture
et la culture de tous les objets présentement
prohibés par le gouvernement d’Espagne, comme le safran, le vin, les olives, le lin , le chanvre , etc. ; les bénéfices qu’ils retireront de rétablissement de manufactures de toute espèce, de l’abolition du monopole sur le tabac , la poudre à canon et les estampes, etc. Pour parvenir plus facilement à leur but , la plus grande par* tie de ces peuples n’étant pas civilisés , l eS agens chercheront à se rendre agréables aux gouverneurs, aux intendans, cures et prélats ; ils n’épargneront ni l’argent »' aucun autre moyen de gagner leurs bonnes grâces , spécialement celles des ecclésial tiques ; ils doivent engager avec adresse
ces derniers à persuader à leurs pénitens, lorsqu’ils les reçoivent à confesse , qu’il faut saisir l’occasion favorable d’assurer leur indépendance , en profitant des offres de l’empereur des Français ; que Napoléon est envoyé de Dieu pour châtier l’orgueil et la tyrannie des monarques , et que ce serait un péché mortel et irrémissible que de résister à sa volonté. Les agens saisiront toutes les occasions de leur rappeler l’oppression qu’ils éprouvent delà part des Européens, et le mépris avec lequel ils sont traités par eux ; ils retraceront aussi à la mémoire des Indiens les cruautés des premiers conquérans de l’Amérique , les infâmes traitemens qu’ils prodiguèrent à leur roi légitime ,* ils détailleront les actes d’injustice auxquels les Indiens sont journellement exposés de la part des indignes fonctionnaires nommés par les vice-rois et les gouverneurs au préjudice de ceux qui ont droit aux emplois, aux récompenses * ils dirigeront l’attention du peuple sur les talens supérieurs de quelques créoles qu’on laisse dans l’oubli , sur les gens de mérite de la classe obscure, et feront remarquer
le contraste avec les officiers publics et les ecclésiastiques européens, incapables de soutenir le parallèle ; ils leur feront envisager la différence qui existe entre les États- Unis et l’Amérique espagnole, le bien-être dont jouissent ces Américains , leurs progrès dans le commerce, l’agriculture et la navigation, le plaisir d’être délivrés du joug européen et de ne dépendre que d’un gouvernement choisi par eux-mêmes ; ils assureront que l’ Amérique, une fois séparée de l’Espagne, deviendra la législatrice de l’Europe. Tous les agens, tant supérieurs que subalternes, doivent tenir note de ceux qui se déclarent amis de la liberté ; les agens subalternes transmettront leurs listes aux agens supérieurs , qui feront leurs rapports à mon envoyé aux États-Unis : celuici m’en informera, afin que je puisse récompenser chaque individu. Mes agens s’abstiendront de déclamer contre l’inquisition ou l’église , et, dans leurs conversations , ils insisteront plutôt sur la nécessite de ce saint tribunal et sur Futilité du clergé* La bannière insurrectionnelle portera ces mots : Vive la religion catholique , apo$~
folique et romaine ! Périsse le mauvais gouvernement ! Ils feront en outre observer aux Indiens combien ils seront heureux quand , redevenus maîtres de leur pays , ils seront délivrés du tribut tyrannique qu’ils payent à un monarque étranger. Enfin ils diront au peuple que leur prétendu monarque est au pouvoir du restaurateur de la liberté , du législateur universel, Napoléon : en un mot, ces agens doivent/ par tous les moyens possibles, chercher à montrer au peuple l’avantage qui résultera pour lui du nouveau gouvernement.
;) La révolution ayant été ainsi préparée, et tous les principaux membres qui doivent y prendre part dans les villes et L ;s provinces ayant ainsi été gagnés, il faudra que les chefs elles agens subalternes accélèrent l’insurrection, afin que la révolte éclate surlesdifférens points le même jour et à la même heure; c’est un point essentiel qui facilitera grandement 1 entreprise. Les principaux agens dans chaque province de leur département, et les subalternes dans les lieux qui leur seront assignés, gagneront les domestiques des gouverneurs, intendant et autres
personnes puissantes , et, parleur moyen ils empoisonneront ceux de cette classe qui leur paraîtront opposés à l’entreprise. Cette opération doit précéder la révolution , afin d’écarter tout obstacle. La première chose dont il faudra s’occuper, sera d’arrêter l’envoi du trésor à la Péninsule ; ce qui pourra facilement s’effectuer en ayant de bons agens à Vera-Cruz où se rendent tous les vaisseaux arrivant d’Europe. Il faudra sur - le - champ renfermer dans la forteresse leurs officiers et leui'S équipages jusqu’à ce que la révolution soit fort avan' cée. Les agens transmettront de fréquens rapports sur les progrès de la révolution à mon envoyé aux États-Unis. Pour cet effet , il sera convenable de reconnaître les points de la côte les plus favorables , et d’y tenir des bâtimens touj ours prêts à mettre à la voile au premier signal.
» Joseph Napoléon.
» A mon envoyé Desmolard. »
Les agens envoyés par Joseph Bonaparte pénétrèrent dans différentes partiesdu nouveau continent. L’und’euxfutdécouvert et fusillé dans la ville d’Abana. Une copie de
l’instruction ci-dessus fut trouvée a Cai a.-* cas dans le bureau du secrétaire de la junte suprême , et envoyée par la junte a l anural en station à la Barhade, comme une preuve de la nécessité des précautions a prendre contre les intrigues de Napoléon.
La mauvaise réception qu’éprouverent les agens français persuada au gouvernement anglais qu’il n’y avait points dans le pays, de parti pour Joseph Bonaparte ; qu’il n’y en avait pas même un bien nombreux pour l’indépendance de l’Amérique espagnole. L’Angleterre , solennellement engagée à seconder les héroïques efforts des Espagnols pour repousser l’invasion de Napoléon Bonaparte, combattait pour sa propre cause en défendant la leur. Elle se trouva donc naturellement portée à exercer son influence en faveur des gouverneurs espagnols lorsque les troubles de l’Amérique méridionale commencèrent. Lord Liverpool , le 29 juin 1810, écrivit au général Layard, gouverneur de Curaçao ce qui suit : « Sa Majesté britannique a de fortes raisons d’espérer que les habitans de Caracas reconnar-
Iront l’autorité de la régence d’Espagne. »
Cette lettre fut communiquée au gouvernement de Cadix et à celui de Caracas , et publiée dans l’un et l’autre lieu. Le colonel Robertson , secrétaire du général Layard, arriva environ à cette époque à Caracas , probablement avec le dessein de décider le gouvernement à réaliser l’espoir du ministère britannique ; mais le colonel Robertson ayant observé le mécontentement presque général contre le gouvernement de Cadix , ne se hasarda point à faire connaître l’objet de son voyage.
Le gouvernement anglais ne renonça point à son projet de rétablir l’union entre l’Espagne et les provinces alors en insurrection dans l’Amérique méridionale.
Au mois d’avril x 8 1 1 , l’Angleterre offrit sa médiation, que les cortès acceptèrent le 6 juin. Voici les conditions qu’ils propO' seront :
i°. Les provinces révoltées, las provin cias disidentes , jureront fidélité aux cortès et à la régence , et nommeront leurs dé"
putes pour siéger aux certes,
2 \ Les hostilités entre les armées seront suspendues, et tous les prisonniers relâchés.
3°. Les cortès feront une attention particulière aux plaintes des Américains espa-
4°. Les commissaires rendront compte des progrès et des effets de la médiation commencée il y a huit mois.
5°. Tant que la médiation continuera, les cortès permettront un libre commerce entre l’Angleterre et les provinces insurgées.
6°. La médiation doit être conclue en quinze mois.
7 °. Si les commissaires ne peuvent obtenir de F Amérique espagnole l’adoption de ces propositions, le gouvernement anglais s'engage à prêter secours à l’Espagne pour soumettre les rebelles par la force.
8°. Le gouvernement espagnol , pour son propre honneur, déclarera ouvertement au ministre anglais les raisons qui déterminent les cortès à accepter la médiation de FAngleterre.
Malgré les conditions peu libérales , pro-
go
posées par les cortès , le 2 octobre de la même année , le gouvernement anglais désigna pour commissaires MM. Morin , Stuart , et l’amiral Cockburn. Mais , présumant que ces propositions ne produiraient pas grand résultat , ils s adressèrent encore aux cortès l’année d’apres , et proposèrent les conditions suivantes , comme devant plus facilement atteindre le but désiré.
i°. Une cessation d’hostilités aura lieu entre l’Espagne et l’Amérique espagnole.
2 0 . Il sera accordé une amnistie et un
entier oubli de tous les actes commis, mêmedes opinions exprimées par les Américains espagnols contre les Espagnols ou
leur gouvernement.
3°. Les cortès confirmeront et main-
tiendront tous les droits des Américains espagnols, auxquels il sera justement et libéralement permis d’avoir leurs representans parmi les cortès.
4°. L’Amérique espagnole jouira d’une entière liberté pour son commerce ; néa°' 'moins quelques privilèges pourront être permis à FEspagne.
5 °. Les emplois de vice-rois, gouverneurs , etc. , seront donnés indifféremment aux Américains et aux Espagnols.
6°. Le gouvernement intérieur et toutes les branches de l’administration publique seront confiés au xcabildos ou municipalités , qui agiront de concert avec les chefs des provinces ; et les membres du cabildo seront ou Américains méridionaux , ou Espagnols possédant des propriétés dans le pays.
7 0 . L’Amérique espagnole jurera fidélité à Ferdinand V II , aussitôt qu elle sera mise en possession de ses droits , et qu’elle aura envoyé des députés aux cortès.
8°. L’Amérique espagnole reconnaîtra la souveraineté des cortès , comme représentant Ferdinand VII.
g°. L ^Amérique espagnole s’engagera à entretenir une mutuelle et amicale correspondance avec la Péninsule.
io°. L’Amérique espagnole s’obligera à coopérer avec les cortès et les alliés pour préserver la Péninsule du pouvoir de la France.
il®. L’Amérique espagnole s’engagera
à envoyer de généreux secours à la Péninsule pour continuer la guerre.
Les débats des cortès sur ces propositions durèrent plusieurs jours et furent tenus secrets ; enfin elles furent rejetées , n’ayant obtenu que quarante-six voix , quarante députés américains et six européens. Le principal motif du rejet fut que les Américains espagnols n’avaient pas demandé la médiation de l’Angleterre , et que l’Angleterre avait de sinistres vues eu l’offrant-
Ce ne fut pas le seul désappointement que le gouvernement anglais éprouva de la part des cortès , relativement aux affaires des colonies américaines. Le ministre britannique résidant à Cadix sollicita vivement rautorisation d’ouvrir un commerce avec l’Amérique espagnole , dès que le 5 cortès furent rassemblés : elle fut brusquement refusée. La régence néanmoins u 1 ' sista de nouveau sur cet objet auprès de l a législature nationale ; il fut pris en considération dans des séances secrètes. Vers > e milieu d’avril xH r i , cette nouvelle Iran spira : soudain les papiers publics fu reI,t
remplis d’invectives contre le cabinet de Saint-James. Parmi plusieurs publications à ce sujet , l une est particulièrement îe— marquable ; c’est le manifeste de la CsOnsulado ou conseil de commerce , sous 1 autorité du président ^ des consuls , députés et autres membres , convoqués le 20 juillet 18 1 1 , à l’effet de discuter la question. Ce manifeste tendait à prouver « qu’un libre commerce avec les provinces américaines causerait à l’Espagne le plus grand mal qu’elle eût encore éprouvé; que ceux qui désiraient rétablir étaient des imposteurs , et méritaient des punitions exemplaires , un bannissement perpétuel ; que le sort de l’Espagne et son existence politique dépendaient de la solution de cette question. Les noms de ceux qui proposent un si désastreux commerce , ajoutaiton , devraient être transmis à la postérité , et voués d âge en âge à l’indignation publique. Les Américains n ont pas demandé rétablissement de ce libre commerce ; ils s'élèveraient même contre cette mesure ^ comme préjudiciable à leurs intérêts.
L'Espagne , assurait-on , se ruinerait in-
failliblement en servant ainsi d’instrument à 1 etranger , et la chute de son commerce et de ses manufactures entraînerait nécessairement celle de sa liberté. Enfin on représentait le projet proposé comme subversif de la religion , de l’ordre et de la société. »
Quoique les députés de l’Amérique espagnole et plusieurs Européens soutinssent que la proposition d’un libre commerce était une mesure politique et nécessaire, la majorité des cortès céda aux représentations du consulat de Cadix , et rejeta formellement , le x 3 août 1 8 1 1 , la demande du ministre anglais.
Ta ndis que la médiation proposée par le gouvernement anglais et les demandes des députés de F Amérique espagnole demeuraient sans succès auprès des cortès , les armées du gouvernement révolutionnaire obtenaient d’importans avantages dans l’Amérique. Elles possédaient tout le territoire qui comprend Buenos-Ayres , Venezuela et la nouvelle Grenade , à 1 exception de quelques places fortes et de quelques provinces , et les Mexicains pa-
triotes s 'étaient emparés de plusieurs places dans le gouvernement de Mexico SOUS Morelos, Rayon, Vittoria et autres ; quelques projets de révolté avaient été découverts dans Mexico meme, et Lima avait été menacée d’insurrection.
Telle était la situation politique de 1Amérique espagnole lorsque, après le désastre inouï de Moskou et la destruction de l’armée française , les puissances réunies du Nord envahirent la France par la Suisse , les Anglais et les Espagnols par les Pyrénées. Attaqué même par le roi de Naples son beau-frère , abandonné par la nation , dont il n’avait pas , dans les derniers temps ^ consulté les vœux , Bonaparte perdit l’empire. Tout lui était bon pour sortir de letnbarrassante situation où le plaçait l’invasion des alliés. Deux prisonniers de distinction étaient en son pouvoir, le roi d’Espagne et le chef de l’Église catholique : il espéra tirer parti de leur liberté , il la leur rendit.
Ferdinand rentra dans son royaume sous les auspices les plus favorables, pour confirmer la bonne opinion que ses sujets
avaient conçu de ses vertus. Les souffrances de sa jeunesse avaient excité la pitié des Espagnols et des Américains ; la trahison par laquelle il avait été enlevé de son royaume leur inspirait pour lui un tel intérêt , que leur attachement approchait de l’adoration. L’Espagne , ruinée par six années de la guerre la plus désastreuse, l’Amérique espagnole en proie aux dissensions civiles^ déchirée par l’animosité extrême des
partis ! quelle heureuse occasion pour
Ferdinand de se montrer le restaurateur de la tranquillité , le médiateur entre ses sujets, et d’apparaître enfin au milieu des partis comme un ange de paix ! La restauration de la monarchie , le retour du roi terminaient la guerre de la Péninsule entreprise pour les obtenir; ce retour devait terminer aussi la guerre dans l’Amérique espagnole , puisque l’absence seule de Ferdinand l’avait fait naître. Dans le fait , à la nouvelle de la chute de Bonaparte et de la restauration du roi d’Espagne , les Américains, saisis d’étonnement, plongés dans une sorte de stupeur, restèrent dans l’inaction ; et certainement ils eussent remis
l’épée dans le fourreau , si la moindre apparence de paix leur eût été offerte en ce moment.
Le roi Ferdinand, dans son décret du 4 juin 1 8 1 4 ? notifia son retour à F Amérique méridionale, et donna Tordre de mettre bas les armes. En même temps une armée fut équipée à Cadix, et Morillo nommé commandant en chef.
Dix mille hommes choisis parmi les meilleures troupes d’Espagne , portés sur une flotte telle qu’on n’en avait jamais vu sur la cote de Venezuela , débarquèrent devant Carcipano au milieu d’avril i8r5.
L’alarme se répandit parmi ceux qui avaient combattu pour la cause de Findépendance ; tout espoir de réconciliation fut détruit : la révolte de l’Amérique espagnole contre Ferdinand VU date de cette époque.
De Carcipano le généraFMorillo se rendit à Margarita , de là à Caracas ; et , le mois d’août suivant, il assiégea Cardiagène. Les dissensions entre Bolivar et Castillo, tous deux commandant les forces de l’Amérique méridionale, avaient diminué
les moyens de dëfense de Carthagène , et l’avaient même privée des approvisionnemens nécessaires. Les habitans néanmoins , soutenus par deux mille hommes de troupes régulières, se préparèrent à une vigoureuse résistance. Le premier novembre, les assiégeans tentèrent une attaque contre la ville , ou plutôt contre la Popa, qui dominait la ville ; ils furent repoussés. Cependant les provisions manquaient ; les bàtimens qui approchaient du port étaient pris par les vaisseaux de guerre espagnols qui le bloquaient ; plus de trois mille personnes étaient mortes de famine ; une plus longue résistance était impossible : le 5 décembre 1 8 1 5 , le gouverneur et la garnison évacuèrent la place , et le jour suivant les troupes du roi y entrèrent.
Line fois en possession de Carthagène , le général Morillo entreprit et exécuta la conquête de la nouvelle Grenade, de la manière suivante : Calzada, avec une partie de l’armée restée à Caracas, envahit la province de Pamplona et de Tunja; une autre division pénétra dans les provinces d’Antioquia et de Popayan , et le
commandant en chef suivit la rivière Magdalena jusqu’auprès de San-Btrthoîome.
Tandis qu’une partie de ses troupes côtoyait la rivière jusqu’à la ville de Honda y Morillo se dirigeait vers Ocana et Sangil , dans la province de Socorro. Les troupes royales eurent plusieurs escarmouches avec les indépendans, et obtinrent toujours l’avantage ; enfin , à la bataille de Cachiri périt l'élite des défenseurs du congrès de la nouvelle Grenade. Après cette défaite le congrès se sépara, et le faible corps échappé au carnage s’éloigna du champ de bataille et prit la route de los Lianos, sous le commandement des généraux Gerviez et Ricante.
Le général Morillo s’empara de Santa- Fé de Bogota au mois de juin 1816, et y resta jusqu’au mois de novembre. Plus de six cents personnes , de celles qui avaient composé les congrès et les gouvernemens provinciaux, ou commandé l’armée indépendante , furent fusillées , pendues ou exilées ; un grand nombre d’autres furent plongées dans les cachots en attendant le même sort. Parmi les victimes on cite
l eS botanistes don. J- Guidas et don J. Lo— zano , auxquels le congrès de la nouvelle Grenade avait ordonné de publier l’ouvrage du docteur Mutis ; don J .-M. Cabal, chimiste distingué; don C. Torres, remarquable par ses connaissances ; don J G. Gutierrez-Moreno et don M.-R. Torices , tous deux connus par leur entier dévouement à la cause de l’Amérique ; don.
Antonio-Maria Palacio-Faxar, don J.-M.
Gutierrez , Miguel Pombo , don F .-A Ulloa, et plusieurs autres, tous recommandables par leurs talens et par leur caractère. Les femmes des personnes exécutées ou bannies par ordre de Morillo furent aussi exilées.