‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 11 sur 154 · XCIV NOTE GENERALE · texte numérisé non relu

XCIV NOTE GENERALE

en résulte aussi, que les articles à débattre et à convenir entre celte république et l'empire de Russie, ne peuvent l*élre avec foute Pefflcacilé voulue que si la république , moyennant une confédération , est préalablement rendue à elle-même. Bien souvent les ministres de Russie en Pologne présentent des mémoires, concernant des plaintes et des réquisitions diverses , dont la plupart resteront pourtant à l'état de réclamations stériles , tant que la république ne sera pas réorganisée par un pouvoir effectivement dominant.

« La salle des États de la république de Pologne est une barrière toujours dressée contre l'empire de Russie. La forme du gouvernement en Pologne importe essentiellement au système de toute l'Europe, et particulièrement à la prépondérance de la Russie dans le Nord. Depuis la diète de 1726, le libre et légitime exercice du pouvoir de la république est en suspens. Des incidents ou des occasions qui pourraient survenir dans le coars du temps , finiraient par ^anéantir, si le seul moyen praticable ne la relève de son impuissance, par la main secourable d'une souveraine que la Providence a prédestinée à fonder la félicité, non seulement des peuples qui lui sont assujettis , mais du genre humain tout entier !

« Bien que le roi de Prusse ait supposé certaines vues à la prochaine confédération en Pologne appuyée par la Russie , il n'a point paru en être mécontent. La cour de Vienne n'aurait aucune bonne raison de s'en formaliser, et ne voudrait point se brouiller avec la Russie à cette occasion , surtout si l'Impératrice lui donnait l'assurance qu'elle ne permettra aucun tort ni préjudice à la personne et aux droits royaux d'Auguste IIL Les dispositions actuellement pacifiques des Turks, donnent la certitude qu'ils ne feront aucune réclamation à ce sujet ; la France est trop distante et trop épuisée, pour qu'elle puisse s'opposer à la réconstitution de la république de Pologne, nul autre intérêt ne pouvant servir de mobile à sa résistance, que sa jalousie politique contre le crédit prédominant et la puissance réelle de la Russie.

« Plusieurs de ces idées et principes ont déjà , il est vrai, été formulés et présentés à l'Impératrice dans nos mémoires consécutifs; mais cette fois, réitérés par l'ambassadeur, mieux exposés, déduits , augmentés et mis en liaison systématique par l'habile plume du comte Keyserling , ils formeront un tableau dans lequel la perfection des qualités, des sentiments et des talents de la sou* veraine reconnaîtra aisément le véritable état des choses, pour dé* cider ce qu'elle croira juste , conforme à la sagesse, à la magna-^

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iiimité de ses intentions, et pouvant contribuer à Vimmortalisa' tion (sic) de la gloire de son règne!

« Si contrairement à l'intégrité de la république , à la sécurité des chefs du parti russe en Pologne, la Tolonté de l'Impératrice se refusait à leur donner les appuis quUls se sont flattés d'obtenir, ils osent la supplier qu^afinde soulager la grandeur de leurs maux , afin de les préserver des persécutions croissantes , afin de pré parer Favenir prémédité par l'Impératrice, cette bienfaisante soayeraine veuille au moins leur accorder les articles suivants :

« r) Que les quatre régiments aux ordres du général-major « Soltikoff restent à Kowno, du moins jusqu'au mois de mai de « Tanné suivante ( 1764 ), auquel temps un nouveau tribunal sera R établi à Vilno. Le secours de ces troupes , quoique en nombre « peu considérable, suffira pour maintenir dans les terreurs que « leur entrée a déjà causées les exaltés et les malveillants en Li- « thaanieet en Pologne, réprimera Taudace de leurs meurtres et n de leurs violences. Le prétexte du séjour ainsi prolongé de ces « troupes est plus facile à trouver que n'en peut avoir le roi de Pon logne, pour garder dans ce pays quatre régiments saxons et quatre '< paiks de lioulans; les lois les plus expresses de la république, et « surtout le traité de 1717 sous la médiation de Pierre I", ayant « stipulé que le roi ne pourrait avoir à sa solde que 1200 hommes (( pour sa garde personnelle. Les subsistances pour ces quatre « régiments russes , en vivres et en fourrages , seront faciles à « prélever, en ordonnant les fournitures à l'économie de Szawlé» « sur les terres appartenant aux Zabiello et à leur parenté ; obser- « vaut d'ailleurs les poids et mesures, payant comptant la moindre « livraison, donnant des billets pour l'acquit du reste.

ft 2°) Que les subsides en argent soient augmentés ; ceux que la « générosité de l'Impératrice a déjà donnés ayant été employés à « ce que chacun des principaux gérants du parti russe eût une « troupe à sa garde , contre les attentats et les outrages adressés n à leurs personnes, et auxquels ils seraient encore plus exposés « si on les voyait dans la nécessité de congédier ce peu de soldats. « Dans tous les pays, dans des occurrences pareilles, le maintien '( d'un parti requiert des frais analogues. Depuis nombre d'au- « nées, la France en fait constamment de considérables, pourentre- " tenir en Suède unparti aristocratique. (Voyez p. 264, tome I).

« 3°) Que pour le moins 4,000 Tusils d'infanterie et autant d'ar- » mes pour la cavalerie soient expédiés moitié à Brzezany et raoi- « lié à BycUow; ce qui serait une préparation utile et préviendrait

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(t tout retard dans les envois de ces armes, dans le caf; d*iin hen soin subit et pour Pusage que l'Impératrice voudrait déterminer. « 4°) Que les chefs d'année, les commandanls el les oflicicrs (t aux avant-postes, fassentnattre et courir des bruits plus ou moins » équivoques selon le besoin, sur l'entrée en Pologne des troupes « russes de la Livonie, de l'Ukraine et du côté de Smolensk ; et « cela pour faire durer la crainte dans Tesprit des mauvais ci- <« toyens, favorisés par la cour de Saxe. »

« 11 reste à voir de quel effet sera la réponse de la part du roi, à la note que ^Impératrice a fait remettre en dernier lieu par son ministre au résident M. de Prass. Cette note est toute amicale, mais elle est terminée par des conditions nettement articulées. Si Pon voulait en esquiver les pins essentielles,, par des subterfugos équivalant à des refus, ce serait dès lors une nouvelle offense à riionneur et à la gloire de Plmpératrice. »

Voici la réflexion que M. d'Hénin, dans sa dépèche du 15 octobre 1763, ajoute à l'envoi de ce singulier Mémoire :

« Les Czartoryski n*ont point l'intention de détrôner le roi de Pologne; mais ils veulent : lo, abolir le liberum veto; 2o, changer la forme de la distribution des fgrâces; 3*^, fixer les tribunaux; 4<>, favoriser les étrangers^ sans lesquels la Pologne languira toujours (?). Les mêmes objets leur tiennent encore à cœur ; mais ils les sacrifieront, du moins pour le moment, au désir de mettre la couronne dans leur famille. »

Les deux pièces ci-dessus, curieux échantillons du style barbare de la chancellerie de ces princes, ne sont point traduites du polonais, mais littéralement extraites de la correspondance de M. d'Hénin, alors résident de France à Varsovie, avec Pabbé de Bernis, ministre des relations extérieures de Louis XV.

(Manuscrits de Rulhière; Correspondances, 1763. )

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