‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 121 sur 154 · LIVRE V. 2-il · texte numérisé non relu

LIVRE V. 2-il

pour la défense du duc Charles. Mais les Czartoryski répondirent que c'était au roi àmaiutcnir son fils, s'il le pou^ vait; que cette aifaire personnelle à ces deux princes ne devait point intéresser la république : et néanmoins ils demandaient avec audace toutes les grâces pour leur partisans. Ils annoncèrent que le refus aurait des suites pour le ministre et pour le roi même : et Tannonçèrent si publiquement, que la cour en cédant eût perdu son autorité; et Brulb quoiqu'accoutumé depuis longtemps à se rendre aux menaces, se crut forcé à leur tout refuser. Toutes les grâces furent accordées à des citoyens dont le crédit dans la nation et les forces domestiques pouvaient donner à la cour des amis et des défenseurs. TiCs ressentiments et les haines étaient donc au plus haut point de fureur, lorsque la diète s'ouvrit le 4 octobre 17G2, avec la pompe qui d'ordinaire accompagne ces grandes assemblées. Après avoir imploré la bonté du ciel, cérémonie toujours si auguste, quoique si vaine depuis tant d'années, l'ordre équestre, suivant Tusage, se sépara du sénat et se rendit au lieu ordinaire de ses séances. Tous les chefs des deux partis^ ayant tour à tour été élevés par la faveur du roi aux premières places de l'État, devaient, par le droit même de leurs dignités, assister à cette diète dans la chambre du sénat ; et chacune des deux factions avait eu le crédit de faire élire pour députés des provinces tous les jeunes gens qu'elle voulait s'attacher. Tout ce qu'il y avait parmi la jeune noblesse de plus distingué, par l'éclat du nom, par l'esprit, les talents ou le courage , se trouvait donc rassemblé dans cette seconde chambre. On appréhendait mutuellement que, dans cette fureur des factions^ le parti opposé n'eût recours aux dernières violences pour se rendre maître de cette chambre des nonces, et ne tentât même de massacrer ses adversaires, pour anéantir d'un seul coup tout l'espoir de l'autre faction.

j.jj BfiVOLUTîONS DE POLOGNE.

Ces craintes n'étaient pas sans fondement, et cet horrible dessein fut réellement agité dans te patti de ta cour. La proposition en fut faite au comte Brulh, par un jeune prince Radzivill, qix^ nous ferons bientôt connaître, à qui les Czartoryski venaient de disputer de grandes places vacantes par la mort de son père. La foule des gentilshommes quilui étaient attachés, soit dans les troupes, soit dans le service de son palais, le rendait maître d'une grande partie des députés. Le deuil de sa seule maison paraissait remplir et la diète et laçapitale, etannoni^it la puissance de ce jeune prince. Radzivill, irrité contre les Czartoryski, proposa qu'aux premières contradictions dans la diète, ou plutôt à un geste qu'il ferait, et qui servirait de signal, tous les siens fondissent sur la faction contraire» Cette proposition portée au roi par le comte Brulh , lui inspira une juste horreur, et la conduite même que tint bientôt cette faction ne put le décider à y consentir. Les projets que de son côté elle méditait, pouvaient devenir non moins sanguinaires. Pendant que les nonces se rendaient à leur chambre le prince Adam Czartoryski s'approcha dans la foule du (ils aîné du comte Brulh ; et soit insulte ironique, soit mouvement d'amitié entre deux jeunes gens qui, dans l'ancienne liaison de leurs familles, avaient passé ensemble leurs premières années, il lui dit : a Vous allez entendre bien du bruit contre vous ; mais soyez tranquille pour votre personne, vous n'y perdrez pas un cheveu, c'est uniquement votre père qu'on veut insulter en vous ». Ën'effet, les Czartorvski ne voulant d'autre ordre dans r£tat que celui qu'ils y mettraient euxmêmes, avaient résolu de jeter le trouble dans cette diète par une insulte faite au premier ministre saxon Ils allaient proposer d'en chasser son (ils, attendu, disaient-ils, qu'un étranger ne devait point entrer dans l'exercice de la législature, et que Brulh n'était pas gentilhommepolonais ; et soit qu'ils

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