LIVRE V
y réussissent, ce quMIs n'espéraient pas, le succès de eette accusation devait enlever au roi son ministre, et donner en Pologne tous les biens de cette famille au premier occupant ; soit qu'ils éprouvassent dans la diète la résistance à laquelle ils s'attendaient, cette résistance devait leur servir d'espérance pour confédèrer la plus grande partie de la nation contre le roi, et peut-être pour le renverser du trône. Le comte Malachowski présidait a cette assemblée. Une vieillesse avancée, mais toujours mâle et vigoureuse, lui permettait de se mêler encore avec dignité dans les affaires publiques. H avait, sans aucune faveur de la cour, occupé tous les emplois auxquels les suffrages de la nation peuvent élever un citoyen. Son unique ambition, dans les dernières années d'une si belle carrière, était de faire tenir une diète dont il serait le maréchal. 11 avait eu depuis plusieurs années l'honneur d'être élu , mais la douleur de l'être vainement; et quelque respectable que fût ce vieillard, le bâton de cette dignité, conservé dans sa maison depuis si longtemps, offrait une triste marque des désordres où la république était plongée. Lorsqu'il eut rangé les députés suivant l'ordre de leurs provinces, il dit : « Que la république , tombée dans une espèce de léthargie , pouvait être ranimée par les délibérations de cette assemblée ; que depuis trente années, la seule providence avait préservé le nom polonais des outrages auxquels il semblait destiné, ou, pour mieux dire, de son extinction totale ; que cette patience du ciel paraissait se lasser, et tout bon citoyen devait frémir en envisageant les maux qui menaçaient la patrie , si Tesprit de discorde jetait encore dans cette assemblée le même trouble que dans les précédentes ; mais qu'il fallait mieux attendre du zèle de tous les nonces, à qui la garde des lois et le salut de la patrie étaient maintenant confiés ». H voulut ensuite faire procéder à l'élection d'un ma-
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récbal ; mais plusieurs députés se levèrent, entre lesquels se distingua le comte Poniatowski. Ses concitoyens étaîeDt loin de soupçonner son élévation prochaine. Les apprêts de son départ pour la Russie devenus inutiles , n'avaient servi qu'à rendre publics les obstacles qu'il avait trouvés à son voyage; et hii, cependant, pour atteindre comme par degrés la grandeur qui lui était secrètement promise, s'efiforçait, dans son parti, de se faire remarquer comme un chef. Il avait quitté le rang de sa province pour se placer dans un lieu plus apparent; et on voyait à ses mouvements qu'il répétait tout bas une harangue qu'il avait préparée. Poniatowski et plusieurs députés attachés au même parti, demandant avec chaleur à parler avant leur tour, on leur répondit : « que
ce serait donner atteinte aux lois et renverser l'ordre établi pour les diètes ». Us insistèrent en criant : « que l'affaire dont il s'agissait regardait toute la chambre des nonces et le plus précieux de leurs privilèges » . Les députés s'échauffèrent sur ce point; et Malachowski, annonçant combien cette première discussion devait faire craindre pour le sort des délibérations suivantes, se pressa, pour calmer les esprits, de remettre la séance au lendemain.
Ce jour, outre leurs armes ordinaires, plusieurs cachèrent sous leurs habits des armes à feu ; précaution d'autant plus étrange, que depuis l'établissement des diètes par dé<* pâtés, fait pour la première fois il y a trois siècles, on assurait que jamais un sabre n'avait été tiré dans cette assemblée. Ces violences, trop usitées dans les diétines de provinces, où chacuh n'exerce que son propre suffrage , auraient été, dans une assemblée si auguste, regardées comme un sacrilège ; et si les lois avaient eu toute leur force, les coupables eussent été punis du dernier supplice. Le maréchal ouvrit la séance, eu disant : « Que la liberté de cette diète était constatée par l'abus qu'on en avait fait la veille ;
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qa*ea essayant de re&verser Tordre présent pour tes diètes, on avait joui de cette dangereuse prérogative de pouvoir s'opposer méfue aux lois ; qu*îi espérait qu'aujourd'liui tous les nonces se soumettraient à cet ordre ancien et nécessaire ».
Poniatowski répliqua : « Quii connaissait les lois, mais qu'il ne se prêterait à rien tant que le comte Brulh serait pirésent ». En prononçant ces mots, il se couvrit; et à ce mouvement, comme à un signal donné, une foule de nonces se levèrent en tirant leurs sabres avec tant de promptitude^ qu'on ne put distinguer dans ce tumulte les agresseurs d'avec ceux qui s'armaient pour leur propre défense; la plupart ayant eu le sabre nu, au seul geste qu'en êrent leurs adversaires. Le général MoKranowski, que la voix publique avait désigné pour maréchal de cette diète, était à son rang dé nonce, précisément en face de Poniatowski, de l'autre côlé de la salle. Tous ceux à qui le respect du lieu empêcha de porter la main à leurs sabres , se dérobant d'entre ces furieux, se jetèrent avec précipitation derrière Mokranowski, prêts à faire ce qu'il ferait lui-même, et paraissant, par ce mouvement subit et unanime, le choisir pour chef et mo* dèle. 11 suit des yeux le tumulte, ets'avançant vers le comte Poniatowski, il lui dit d'un air fier et sévère de faire cesser tout ce désordre ; mais, au même instant, il voit qu'on environne le jeune comte Brulh, et malgré l'inimitié que cette famille lui avait marquée de tous temps, il se jette devant lui, le couvre de sa personne, relève de ses mains les pointes des épées, et dans cet effort, blessé légèrement à une main, il se presse de cacher cette blessure, de peur que la vue de son sang n'irrite encore ces furieux, et que son zèle pour prévenir un massacre n'en devienne ainsi l'occasion. Malachowski le seconde, et tous deux parviennent à calmer ce premier désordre. Mais ce fut alors sur cette même violence que tournèrent les imputations réciproques, chacun accusant
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ses adversaires d'avoir violé le sanctuaire des lois, et demandant qu'avant de traiter aucune affaire, les coupables fussent obligés de sortir pour qu'on délibérât de leur sort. Les uns accusaient hautement Poniatowski , dont le geste avait été le signal du désordre; les autres Timputaient à BadziviJl et aux députés q\i\ lui obéissaient. Quelques-uns lâchaient vainement de ramener les disputes au point d'où l'on étsût parti. Dans cette confusion, Malachowski ayant mis fin à cette seconde séance, chacun resta fièrement à sa place, (^servant ses adversaires dans un silence menaçant ; et il fallut que les chefs fissent entré eux une espèce d'accord pour que les deux partis se mêlassent et sortissent ensemble.
On était accoutumé en Pologne à ces éruptions subites de toutes les haines; et ces mouvements terribles étaient quelquefois suivis d'un calme profond. Mais en vain cette fois quelques-uns des principaux citoyens tâchèrent de se rendre médiateurs. Les Czartoryski se montrèrent implacables, et saisissant pour soulever la nation du prétexte qui lui était le plus cher, ils disaient hautement que la distribution des grâces était un intérêt public, que la nation avait un droit naturel à s'élever contre les mauvais choix; et en s'efforçant à ce titre de décrier le jeune Radzivill, ils donnaient à leur animosîté un éclat qui pût rallier à eux tous les mécontents. Les deux partis se tenaient ouvertement sous les armes, et tout paraissait se disposer à un combat au sein de la capitale ou dans la diète même , lorsqu'un nonce, nommé Michel Szymakowski, porta au dépôt des actes publics un manifeste par lequel il rompait la diète ; soit qu'il se fdt vendu à l'un des deux partis , soit qu'il craignît en effet les suites de tant de haines : car nous rappellerons ici que les Polonais s'étaient fait une sorte de morale sur la rupture des diètes, et regardaient cette action comme méritoire quand elle était faite par quelque motif de bien public, ou comme un crime