‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 123 sur 154 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

d'Etat quand elle avait pour motif un îutérêt particulier. La troisième séance commença donc par la lecture de ce nianifeste,où le nonce^qui s'était absenté, représentait: <« Que la haine et Tambition avaient renversé, dans cette diète, les plus solides projets; que le temps destiné aux affaires se perdait dans les troubles; qu'elle n'offrait aux yeux que le triste spectacle de la ruine de la patrie ; que prévoyant, avec effroi, par ces premières dissensions leur progrès inévitable, sentant la liberté blessée par le séjour des troupes russes au milieu du royaume, ne pouvant, comme il l'avait désiré, s'en plaindre à la face de la république, voyant la sûretédes nonces, dans leur sanctuaire, violée par les armes ^ au point qu'il fallait plutôt se défendre que délibérer, il ne connaissait plus aucun moyen de tenir la diète en liberté ». A cette lecture, un profond silence régna dans l'assemblée. Le vieux comte Malachowski le rompit, en disant : « Qu'il fallait, avan( de désespérer du salut de la patrie, faire une députa tion au nonce absent, et qu'il pourrait être fléchi par les représentations salutaires qu'il entendrait contre un si grand abus de la liberté ». Mais les députés qui furent envoyés à ce nonce, au nom de trois provinces de Pologne, ayant informé la diète que leurs recherches avaient été vaines, et que le nonce était disparu, Malachowski congédia Tassent blée, en demandant au ciel, « que la vengeance divine accompagnât partout ce mauvais citoyen, plus criminel qu'un parricide; » et il termina la diète par ces paroles : « Nous avons fait ce qui était en nous ; il est de notre devoir de ne point abandonner le salut de la république jusqu'à notre dernier soupir ».

2&8 BÉYOLUTIONS DE POLOGNE.

V. AssemMée des ministres et de ta plupart des sénateurs rompue par les Cvirtorystù.

Pour remédier, s'il était possible,, à qudques-uns des maux qu'allait entraîner la rupture de la diète, et prendre quelque résolution sur les affaires les plus pressantes, telles que les demandes du kan des Tatars et Tiovasionde la Kourlande, la plupart .des sénateurs s'assemblèrent dans la maison du primat ; et d'abord ils nommèrent deux d^entre eux pour aller en Kourlande aider le duc Charles de leurs conseils. Ils adressèrent en commun un mémoire à la tsarine, et députèrent, pour le lui présenter au nom du sénat, un des plus zélés partisans de ce prince ; mais avant qu'on eût pris aucune autre résolution, les princes Czartoryski se rendirent dans cette assemblée, et dirent, en refusant d'y prendre part : « Que ce n'était pas dans une maison particulière, que c'était en plein sénat et en présence du roi qu'ils devaient dire leur avis sur des matières aussi graves ». Il fallut donc convoquer une inutile assemblée du sénat. Les haines mutuelles y éclatèrent avec une violence qui.eût seule sufû pour les rendre implacables. Les deux partis déplorèrent également l'état effrayant où la patrie se trouvait réduite , aGn d'en prendre occasion de s'imputer réciproquement tous les malheurs publics. On y donna l'ordre aux grands-maréchaux de chercher et de punir ceux qui les premiers avaient tiré le sabre dans la chambre des nonces ; manière d^abandonner la punition de ces violences, en constatant qu'elles étaient regardées comme un crime. Sans délibérer sur aucune autre affaire, on opina seulement pour la convocation d'une diète extraordinaire, en donnant au roi, suivant les anciennes lois, le pouvoir de la convoquer; mais son intérêt exigeait qu'il at-

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