IX. Maladie du roi
Malgré la douleur qu'Auguste ressentait, de laisser celui de ses enfants qu'il chérissait le plus exposé à tant de périls et d'outrages, il ne crut pas devoir lui envoyer l'ordre d'abandonner la Kourlande, au moment où le sénat, convoqué uniquement pour cet objet, était près de s'assembler. Auguste , accoutumé depuis tant d'années au malheur, avait d'abord soutenu celui-ci avec constance; mais de si longs chagrins avaient détruit ayant l'âge l'ancienne vigueur de son tempérament ; les maux de l'âme le conduisaient lentement vers le tombeau ; il ne put résister à cette nouvelle infortune. Atteint d'une maladie dangereuse, la situation de son fils l'occupait nuit et jour. Il s'écriait que c'était là sa véritable maladie. Les sénateurs, arrivés de toutes les provinces, ne pouvaient rien statuer sur les affaires qu'en sa présence , et cet événement suspendait leur assemblée. Mais le grand intérêt de la succession au trône suspendait aussi parmi eux tous les intérêts actuels. Les Czartoryski eux-mêmes , ralentirent les démarches précipitées qu'ils avaient commencées, parce que la mort du roi pouvait les rendre plus sûres et plus légitimes. D'un autre côté, tous ceux qui pensaient à leur disputer le trône, prenaient des précautions sourdes, imploraient secrètement la protection des puissances étrangères. Ainsi, quoique les rivalités fussent connues, et les haines ouvertement déclarées, elles étaient contenues dans
UDC espèce de calme par Tattente générale de ce graud événement. L^Europe même, qui était près de voir cesser tous les troubles si longs et si sanglants dont elle venait d'être agitée, craignit que la mort d'Auguste n'en suscitât aussitôt de nouveaux ; et le baron de Bretueil^ nouvel ambassadeur de France en Russie, reçut de sa cour Tordre de proposer à la Russie un concert entre la Russie et la France, pour la future élection d'un roi de Pologne. Mais l'orgueil de la tzarine parut presque s'en offenser. « C'était, répondit-elle, la faiblesse et la fausse politique de ses prédécesseurs qui avaient si longtemps laissé à la France quelque influence dans les affaires de la Pologne. Voyez la position de mon empire, et jugez si ce n'est pas à moi seule qu'il appartient de nommer le roi que recevra cette république ! — Si votre majesté en jugeait par la position géographique de son empire russe, répondit le baron de Breteuil, elle aurait raison de le croire ; mais si elle considère Finfluence qu'a depuis longtemps en Europe, et que doit avoir un royaume tel que la France, elle reconnaîtra la nécessité du concert qu'on lui offre , et elle renoncera vraisemblablement au dessein de donner de force un roi aux Polonais; d'ailleurs ce prétendu succès entraînerait une longue suite de guerres, et déciderait seul des événements de tout son règne ». Cette princesse a toujours conservé la mémoire de cet entretien ; et plus d'une fois, dans le cours des autres, ambassades du baron de Breteuil, elle lui en a fait rappeler le souvenir.