XV. Mouvements de la cour de Russie
Il Taut raconter maintenant ce qui se passait à la cour de Catherine , pendant que ces différentes scènes agitaient la Kouriande, la Pologne et la Lithuanie.
Cette princesse, persuadée qu'elle n'acquerrait de sûreté sur le trône qu'autant qu'elle y serait environnée d'héritiers , et craignant au contraire qu'un mortel ennemi ne s'élevât dans son fils, avait formé le projet d'épouser le comte Orloff, et voulait engager les grands de son empire, malgré la haine qu'ils faisaient éclater contre ce favori, à solliciter eux-mêmes ce mariage. L'ancien chancelier BestucheIT, revenu de son exil, et rétabli seulement au conseil sans avoir ni faveur, ni crédit, espérait se ressaisir de son ancienne autorité en servant encore les passions de Catherine, et en secondant la fortune d'Orloff. îl avait composé une requête par laquelle le sénat et le synode, alarmés, disait cette requête^ de lapante chancelante du grand-duc, suppliaient l'impératrice d'épouser celui de ses sujets à qui elle accorderait le plus d'estime. Il porta cet écrit de maison en maison; quelques-uns le signèrent aveuglément; mais ce* lui qui occupait la place de Bestucheff, le grand-chancelier Woronzoffy osa le premier refuser sa signature. Cet homme, le seul des ministres russes qui depuis un siècle ne soit pas mort dans les supplices ou en exil , et qui en se faisant honneur d'une grande droiture dans ses intentions, s'était toujours conduit avec une prudence excessive, s'était montré flexible comme le roseau le plus souple, et laissait douter s'il était ou très-fourbe ou très-faible, prit cette fois dans sa haine contre Bestucheff, et dans la crainte de voir rétablir son ennemi , une force jusque-là étrangère