‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 134 sur 154 · LIVRE V · texte numérisé non relu

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à son âDie. Il conuueDça par lui demander de, quel ordre il agissait. Bestucheiï n'ayant osé compromettre Tordre secret de Timpëratrice , Woronzoff lui répliqua : « Qu'une * telle démarche, dès qu'elle n'était point ordonnée, était un crime de lèze-majesté ». il courut aussitôt chez Timpératrice; il feignit de lui venir dénoncer ce nouveau genre d'attentat ; et la voyant écouter cette accusation sans colère, il se jeta à ses pieds, lui représenta les dangereuses eonséquences de cette entreprise, et lui demanda, au nom de sa gloire, la punition de Bestucheff. Elle éluda de répondre à des instances si pressantes, et dès le lendemain elle partit pour un pèlerinage que les anciens souverains de Russie avaient coutume de faire à pied, dans les premiers temps de leur règne ; soit qu'elle voulût dans cette conjoncture gagner la faveur du peuple; qu'elle avait toujours dierché à s'attacher , en s'asservissant à toutes les superstitions russes , soit plutôt afin qu'en son absence Bestucheff reprit toute liberté de suivre cette intrigue, sans qu'on pût la forcer ni de Tayouer hautement, ni de la désavouer.

Cependant, comme la faible santé du grand-duc était le prétexte dé cette étrange requête , le comte Panin, gouverneur de cet enfant, se hâta de le montrer au peuple. On le fit paraître à la cour, aux promenades publiques et même à cheval dans les rues. Le peuple l'accueillit avec acclamation. La nuit suivante , une troupe de soldats assemblée sous ses fenêtres le demanda à grands cris pour le proclamer empereur. Panin eut besoin de beaucoup d'adresse pour dissiper cette émeute , sans affaiblir le zèle des soldats en faveur de son pupille ; mais tous les mécontents , et ils étaient en grand nombre , songèrent à profiter de cette disposition des gardes. Déjà ils commençaient à se concerter entre eux, quand l'impératrice reçut au milieu de son pèlerinage un billet dont l'auteur anonyme ne se fit connaître que dans la suite.

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Il ravertissait de cette fermentation ^ et la pressait d^accélérer son retour, si elle voulait conserver la couronne. Elle accourut; les arcs de trionophe élevés aux portes de la ville pour sa première entrée , et sur lesquels son image était peinte , avaient été renversés pendant la nuit. Leurs débris épars sur son passage semblaient lui annoncer le danger qu'elle allait courir; mais sa seule présence dissipa tous ces commencements de sédition. Elle fit publier un édit par lequel elle commandait à ses sujets de vaquer aux difTéreats •bjets de leurs professions , et leur interdisait non-seulement toute conversation , mais toute pensée sur les affaires dont la connaissance e^ réservée au trône , et sur lesquelles une iniiscrète curiosité ne servirait qu'à les distraire de leurs occupations naturelles. Une inquisition sévère et secrète fit justice de tous^ ceux qui avaient conspiré ; et bientôt elle éloigna, sous différents prétextes d'emplois ou de permission de voyager , tous ceux qui avaient refusé de signer cette requête. Le grand-chancelier lui-même fut contraint de s'absenter, et la principale administration des affaires fut alors confiée au comte Panin. Celui-ci , pour détruire dans l'esprit de l'impératrice le projet d'épouser son nouveau fa- . vori , commença à l'entretenir de l'idée plus romanesque d'épouser un jour son ancien amant , devenu roi. Il pr^* dait au département des affaires étrangères, en même temps qu'à l'éducation du grand-duc , et il se fit un système de favoriser toujours, dans le conseil et dans le cabinet , les intérêts de Poniatowski. Il confiait a ses amis , que , chargé également par ses deux places des destins de son pupille» il voulait ménager à la tzarine le moyen d'une abdication « qui lui laissât encore à elle-même un autre trône pour asile. Bestucheff, au contraire, ayant attaché sa fortune à celle d'Orloff , se déclara ouvertement l'ennemi de Poniatowski. 11 avait pénétré l'intention où était sa souveraine , de plaee''

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ee jeune hohinie sur le trône de Pologne. 11 ehe)rchait d'avance à y susciter des obstacles ; et, mêlant beaucoup de génie et de prévoyance à ses viles intrigues, il fit, dans le conseil d'État, le tableau des indlbcurs qui suivraient nécessairement un pareil choix. 11 annonça que tous les événements du règne de* Catherine seraient déterminés par ce seul événement , si jamais il se réalisait.

Ainsi rimpératrice flottait entre deù\ passions , ou plutôt entre deux desseins contradictoires , dont Téclat flattait également son imagination , et qui tous deux pouvaient diversement raffermir sur le trône ; entraînée tour à tour par le souvenir de la première passion véritable qu'elle eût ressentie, et par la présence dMn amant qu'elle s'applaudissait d'à- ' voir approché d'elle. Triste condition d'une souveraine qui, dans les passions mêmes qui répandent le plus de charmes sur les destinées humaines , et dont la licence exposait le plus sa conduite à la censure publique, avait cependant pour mobile une secrète terreur et le soin de sa sûreté !

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