XVI. DisposiUon générale des esprits à la cour de kussie
Au milieu de ces agitations secrètes et publiques de la cour de Russie, tout le sénat, instruit et encouragé par Bestuchefr, s'opposa hautement h l'envoi d'une armée en Pologne. La disposition des esprits dans toute la nation russe, était alors très-singulière , Le règne d'Elisabeth , conforme aux anciennes superstitions , avait ramené parmi les Russes l'obéissance passive et volontaire. On les voyait, à mille lieues de leur pays , pâlir au seul nom de leur souveraine , et la regarder comme un juge présent à toutes leurs pensées. Le règne de Pierre 111 n'avait point altéré cette profonde impression de servitude et de crainte , quoique cet
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empereur eût promulgué eu plein sénat un édit qui accordait la liberté à toute la noblesse russe. La joie immodérée en apparence que les sénateurs en avaient] fait éclater n'avait été qu'une lâche et vaine flatterie pour le prince. Quelques-uns ont raconté quMls avaient alors songé à dételer les chevaux de son carrosse^ et à s'y atteler pour le reconduire en triomphe ; prêts, à Finstant où on les élevait à la condition des hommes, à se ravaler eux-mêmes à la condition des bêtes ; mais les transports de cetteadulation avaient été contenus par la crainte encore plus servile d'approcher et d*importuner leur despote. Cet édit n'avait stipulé d'ailleurs aucun Arott, aucune prérogative réelle. Le tzar ne s'était dessaisi d'aucune partie de son autorité. Toutefois , depuis qu'une souveraine illégitime occupait le trône , il semblait que les nœuds de l'esclavage se fussent relâchés ; une secrète inquiétude , un désir vague de cette liberté , dont le nom inconnu venait de frapper leurs oreilles , agitait les esprits et les détournait de cette soumission aveugle et superstitieuse. Le sénat, moins docile , prétendait que ses opinions influassent sur le gouvernement ; mais il le prétendait sans suite , sans talents et sans courage. Catherine, trop artificieuse pour combattre de front ceux qui osaient s'opposer à ses desseins^ était trop habile pour céder à une contrariété encore si pusillanime ; elle eût craint, en y cédant, de leur inspirer plus d'audace. Elle ne se dissimulait pas combien la résistance inattendue qu'elle éprouvait en Kourlande blessait la considération qui lui était nécessaire pour s'affermir sur un trône usurpé. Elle s'irritait de plus en plus contre la cour de Varsovie ; et dans ces conjonctures , le vieux Reyserliug, qui voyait d'un œil juste la situation des deux cours, convaincu que celle des deux qui menacerait le plus haut ferait trembler l'autrel, ne cessait de demander, pour faire finir Taffaire de Kourlande, Tapparition de quelques régi-