XX. Les Prussiens meltent deux provinces au pillage
Les Russes , dont l'entrée en Pologne était chaque jour attendue, n'étaient pas les seuls ennemis qu'eût alors cette malheureuse république , si lâchement abandonnée par son
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roi. Les troupes prussiennes étaient au centre des plus belles provinces. Tous les autres pays qui , pendant la dernière guerre, avaient été ouverts à leurs incursions, s'étaient vus forcés de leur fournir de l'argent, des vivres et des soldats. Les seuls Polonais avaient été longtemps garantis de ce pillage par le séjour, non moins funeste, de l'armée russe. Mais aussitôt qu'elle se fut retirée, plusieurs détachements prussiens s'étaient avancés en Pologne, se faisant précéder par un manifeste où le roi s'adressant aux Polonais, au nom de l'amitié, 8*excusait sur la nécessité de sa propre défense, et promettait de payer tout en argent comptant. Tout fut payé en fausse monnaie. On sait que le roi de Prusse, profitant du désordre où étaient les monnaies polonaises, avait su, par les mains des juifs, se rendre maître de leur circulation, et les avait, en cinq ans , fait refondre sept fois, augmentant à chaque fois le degré d'alliage. Aussitôt que la paix générale eut été conclue, de nouveaux détachements vinrent se joindre aux premiers , sous le prétexte de contraindre les sujets prussiens qui , pendant la guerre, s'étaient réfugiés en Pologne, à rentrer dans leurs habitations. Frédéric ne s'attendait pas alors qu'une partie de ces provinces ne tarderait pas h lui appartenir, ou serait incorporée dans ses propres États.
La licence la plus effrénée régnait dans l'exécution de ces ordres cruels. Une plaisanterie de ce prince en avait été le signal. Ses généraux lui ayant écrit, que tout était fort che^, il répondit : « Je suis étonné de vos plaintes sur la cherté des vivres en Pologne ; c'est un si bon pays que vous devez y avoir tout pour rien j>. On forçait chaque seigneur chez qui les fugitifs prussiens s'étaient fixés, de leur payer en argent la valeur de la maison qu'ils avaient bâtie, du terrain qu'ils avaient cultivé, et même une somme arbitraire pour le profit que le pays avait retiré de leur séjour. On saisissait
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les douanes, pour indenmiser, disait-on» le roi de Prusse de la perte qu'il avait faite sur ses monnaies pendant la guerre. On taxait tous les gentilshommes,, sur les prétextes les plus extraordinaires, comme des créances, du temps des croisades. Des koimmes flétris et bannis par la justice, rentraient sur les terres de leurs seigneurs , en y conduisant les troupes prussiennes, pour redemander les confiscations faites sur eux par la loi ; et ceux qui refusaient de satisfaire à ces prétentions étaient conduits enchaînés à Driesen, ville froBtière appartenant au roi de Prusse, où le housgueraestre ^ érigé en juge, les condamnait ^ux restitutions et aux frais du procès. L'instruction donnée aux officiers prussiens était conçue avec une plaisanterie froide et cruelle, et mettait un ordre ironique dans les vexations qu'elle autorisait; nommant les gentilshommes polonais la partii^ souffrante, et les Prussiens la partie gagnante.
Ce fléau parcourut toute la grande Pologne et la Prusse polonaise. On ignorait si ces vioJences avaient l'aveu du roi de Prusse. Son résident à Varsovie, ne sachant comment les pallier, se cacliait et feignait d'être malade. Ce prince refusa dje voir ceux qui coururent a Berlin implorer sa justice ; il répondit aux lettres qu'on lui adressa, que tout cela lui était absolument inconnu. On montra cette réponse aux officiers qui se disaient chargés de ses ordres Ils répliquèreul A q,u'ils n'avaient pas Thonneur d'en recevoir immédiatement de sa majesté, et qu'ils suivaient ceux de leurs gênérm\ ».
On écrivit à la cour de Saxe, pour demander que son envoyé à Berlin fût chargé de porter des plaintes au roi ; mais la maladie du comte Brulh supendait à Dresde tous les soins du gouvernement. La fatigue de son voyage l'avait épuisé; et quand le repos lui eut rendu un peu de force , il resta euçoi-c longtemps, entre le dégoût des affaires passées et