XXI. la querelle avec tes Jtitars concitiée
A l'autre extrémité de la Pologne, le kan des Tatars,. toujours campé sur les frontières , a la tête de toutes ses l¥)rdes> et craignant d'être dépesé dès qu'il rentrerait dans sa presqu'île , avait cherché, jusqu'à cette époque , tous les moyens d'aigrir et de prolonger ses différends avec la république. Il avait mal reçu les envoyés du grand-^général, et refusé les présens que l'usage voulait qu'ils lui ofCdsseat. Il
leur avait répondu qu'il ne recevait de présents que de ses amis. Dans une seconde audience , il leur avait ordonné de sortir de ses États, en menaçant de ravager les terres polonaises, jusqu'à la concurrence d'une somme exorbitante qu'il exigeait en dédommagement des griefs dont ses sujets, disait-il, avaient à se plaindre. Les ambassadeurs de France à Varsovie et à Constantînople , et le consul de cette nation en Tatarie, employaient, il est vrai, leurs bons offices dans cette affaire . Ce fut par leurs correspondances mutuelles que se firent les premières propositions d'accommodement. Mais les mouvements des Russes, donnant alors à Krîm-Gueray un nouveau prétexte de rester en armes, il se rendit plus facile pour la conciliation de cette querelle. Le consul de France auprès du kan fut , avec l'agrément des Turks et de la France, le seul négociateur pour le roi ; il se rendit en Pologne^ termina cette affaire, moyennant la modique somme de quatorze mille ducats , que le roi distribua à ces Tatars : et aussitôt le kan tourna toute son attention sur le mouvement des Russes,
Quatre régiments de cette nation , faisant ensemble huit mille hommes, entrèrent alors en Lithuanie, avec leur artillerie de campagne. Ils annonçaient la prochaine arrivée de .nouvelles troupes , qui allaient^ disaient-ils, traverser toute la Pologne et s'avancer jusqu'au centre du royaume, afin de prendre les chemins les plus commodes et les plus fertiles pour se rendre en Ukraine. Ces quatre régiments paraissaient suivre directement la route de Vitoo , et quel" ques émissaires de Poniatowski semèrent la nuit dans les rues de cette ville un manifeste anonyme, par lequel il exhortait les Polonais à former une confédération sous l'appui des armes étrangères, et à exterminer ceux qui avaient violé, disait-il, la sûreté publique et anéanti les lois de 1» patrie.
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XXII; La maison Czartoryski cherche à faire con/édërer la
nation.
Les princes Czartoryski avaient formé, à quelques lieueâ de Varsovie, un camp de toutes les troupes de leur maison ; ils y avaient rassemblé quatre mille hommes ; ils envoyaient danis les provinces^ représenter à la noblesse : « Qu'enfin le temps était venu de remédier à tous les désordres des deux derniers règnes ; qu'il fallait profiter des heureuses dispositions de l'impératrice de Russie, se réunir à eux, former une lîgue de toute la nation, et se confédérer sous la protection nouvelle et inattendue que la fortune donnait enfin à la république ». Cette ligue générale était l'objet de leurs démarches. Ils laissaient Poniatowski, toujours faible et artificieux par ca^ ractère, mais livré à ses deux jeunes confidents, et par leurs conseils devenu téméraire et brouillon, précipiter les événements, et tenter, sans avoir de plan fixe, d'amener une révolution pour s'emparer du trône. Ces princes, plus habiles, voyaient, au contraire, avec une jalouse inquiétude, que l'appui même qu'il leur procurerait leur donnait à redouter son ambition ; et ils voulaient seulement, en excitant des troubles devenir chefs d'une confédération qui les rendît, jusqu'à la mort du roi, les maîtres de l'État, et à cette époque les maîtres de la couronne. Leurs émissaires répandaient dans toutes les provinces que l'impératrice consentait au rétablissement de la république, par condescendance pour leur maison; qu'il fallait ne pas laisser échapper une occasion aussi extraordinaire; eux-mêmes confiaient à un petit nombre de citoyens dont ils connaissaient les intentions patriotiques une partie de leurs desseins : et à ces prétextes de zèle pour le bien public, ils ajoutaient encore tous les motifs de crainte. 11 fallait, selon eux, se presser de former
une autorité légale, qui pût traiter avec la Russie sur toutes ses deknaudes, et prévenir Texécution de ses menaces.