XXVI. Opposition du roi de Prusse aux projets^ d'une révo
hition.
Mais déjà ces mouvements vagues commençaient h inquiéter toutes les puissances voisines. Le roi de Prusse luimême ne les voyait pas avec tranquillité. Les Czartoryski n'avaient pas imaginé alors, ce que bientôt après ils osèrent entreprendre^ d'exécuter leurs projets et de changer le gouvernement de leur pays sans Faveu d'un voisin si justement redouté. La réponse qu'il avait faite à leurs propositions eachait, sous une apparente simplicité, cette profonde tyrannie que nous le verrons exercer dans la suite. Il leur avait répondu qu'il désirait, pour le repos et le bonheur de la Pologne, qu'elle demeurât dans son état actuel ; mais il n'avait rien ajouté qui annonçât une opposition entière et absolue à cette entreprise ; et ils avaient espé ré qu'il serait facilement entraîné par le concours de la Russie, ou du moins qu'il serait contenu par sa déférenjce aux volontés de Timpératrfce.
Ces deux souverains, à cette époque, n'avaient point encore uni leurs intérêts ; mais Catherine recherchait cette même alliance que dans ses manifestes contre son mari elle lui avait reprochée comme une des fautes les plus graves qui mentaient que la couronne lui fût ravie. Elle n'avait pas tardé à reconnaître qu'aucune autre alliance ne conviendrait mieux à son caractère entreprenant, à tous ses desseins d'ambition, de vanité et de vengeance ; <iuc si l'ami, ou plutôt n-
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dole de son mari se rccoDciliait avec clie, Texcmple serait donné aux Russes et au monde entier d'en oublier le détrônement et le meurtre ; et que cette union avec le plus dangereux de ses voisins ajouterait à sa sécurité sur le trône» Si quelque temps elle avait ' cru avoir à s'en plaindre, une lettre de ce prince trouvée dans les papiers de son mari, où il recommandait à ce malheureux empereur de la consulter en toute occasion, et d'en suivre toujours les conseils^ l'avait désabusée de cette injuste prévention Ses ressentiments avaient aussitôt fait place à la reconnaissance, et elle couvrait de ce prétexte honorable le soudain changement de sa politique. Frédéric avait aisément prêté Toreille à se& avances ; tout contribuait à leur rapprochement, et à Tespèce d'intimité qui commençait à s'établir entre eux. Ils avaient l'avantage rare entre deux souverains, de se connaître personnellement l'un l'autre, Catherine ayant passé presque toute son enfance à Berlin et les premières années de sa jeunesse à la cour même de Frédéric. Tous deux^ passionnés pour la gloire, n'avaient entre eux cependant aucune sorte de rivalité. L'amour de tous les talents et un goût semblable pour tous les plaisirs de l'esprit n'étaient mutuellement entre eux qu'un attrait de plus. Tous deux affectaient déjà l'un pour l'autre une admiration, un enthousiasme que leurs grandes qualités pouvaient inspirer et justifier, quoique la trempe froide et réfléchie de leurs caractères les eu rendit peu susceptibles.
Mais elle avait eu soin de lui offrir une amorce plus faite pour le séduire. Elle avait su l'intéresser au rétablissement de Biren en Kourlande, en lui abandonnant de belles terres que Biren possédait en Silésie. Lui, de son côté, sut bientôt l'enivrer d'encens, la flatter sans cesse, pour obtenir le droit de lui donner des conseils ; vanter sans aucune retenue, et avec les ressources inépuisables d'un courtisan
dOÛ BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
et d*UQ bel esprit, Thabileté . qu'elle moutrait dans Tart de régner, son génie, son goût, sa littérature, son courage ; et sous ce voile d'adulation, la jouer quelquefois par les plus perGdes artifices, lui résister à propos, s'en faire redouter, mais toujours , et en toute ocasion, lui céder tous les avantages d'ostentation et de vaine gloire. Tel est le ressort que nous le verrons manier continuellement et avec une adresse infatigable dans tous les événements qui vont suivre. Leur alliance, près d'être conclue, ne l'était pas encore ; ihais quel que fût le secret d'une négociation qu'ils traitaient par eux-mêmes, et par des lettres toujours écrites de leurs mains, on eut bientôt pénétré que la tzarine trouvait dans ee prince une* opposition insurmontable aux complaisances ({u'elle voulait avoir pour les Czartoryski ; et qu'il prit dèslors le système auquel nous le verrons s'attacher dans tout fe reste de cette histoire, de ne point consentir à laisser former de nouvelles constitutions en Pologne^ et de maintenir cette république dans sa déplorable anarchie. On ajouta même, que pour la détourner plus sûrement de se& complaisances, il lui représenta l'inutiËté de se ménager un parti dans cette république ; et pour aller au-devant des plus secrètes intentions qu'elle pouvait avoir, il l'assura qu'au moment où le trône viendrait à vaquer, il serait facile d'ea disposer sans le concours d'uue pareille faction.
Le kan de Krimée s'opposa plus décidément encore à cette entrée des Russes en Pologne. Krim-Gueray apprenant que leurs détachements se montraient près des fron-tières où lui-même était campé, envoya dire à leur gé-^ néral : « Que s'ils touchaient à une seule cabane polonaise-, il irait dans quinze jours déjeuner chez lui, avec cent millo; Tatars ».