‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 18 sur 154 · VI. Sa première sxmplicUé · texte numérisé non relu

VI. Sa première sxmplicUé

Autrefois, les assemblées générales où cette multitude de gentilshommes se rend à cheval et vient exercer, dans un camp , sa puissance législative, étaient aussi rares qu'elle» l'ont été de nos jours; et il faut soigneusement remarquer que les diètes par députés n'avaient point lieu. Ces diètes composées en grande partie desimpies représentants chargés de pleins pouvoirs de leurs provinces, et qui rentrent aprè» leur mission dans la classe commune des citoyens, n'ont été connues que dans les États modernes; et cet usage étranger au gouvernement de Pologne ne s'y est introduit que depuis trois siècles. Avant cette époque, les Polonais avaient rarement des affaires publiques. On trouve fréquemment dans leur histoire, de ces temps heureux où l'État, en

paix avec tousses voisins, jouissait également dans Fintérieur d'un calme profond. Cette noblesse pleine de vertus guerrières, fut toujours amie de la paix. Les lois qu'elle s'œt imposées ne lut permettent point les conquêtes. Elle ne peut ni être assemblée plus de trois semaines, ni être conduite à plus de trois lieues de la frontière. Ils se vantent de n'avoir jamais attaqué aucune nation : défendre leur liberté et les limites de l'État, et même parfois celles de leurs voisins, voilà l'idée qu'ils avaient de l'honneur.

Ainsi, malgré la loi fondamentale du consentement unanime, il y avait très- peu d'occasions où la nature des affaires, les rendant personnelles à chaque citoyen , exigeât que ce consentement fût formellement donné ; et la noblesse éparse dans ses châteaux, abandonnait sans inquiétude le soin des affaires privées à un roi librement élu, et sans cesse surveillé par des ministres qu'il ne pouvait destituer, et par un sénat composé des évêques, des palatins et des castellans.

Il y' a déjà plusieurs siècles qu'ils ont laissé prendre à leurs chefs le nom de roi. Son trône n'est point héréditaire. C'est un prix toujours offert à l'ambition et aux vertus, comme chez tous les anciens peuples dont nous avons parlé. Ce fut même jusqu'à ces derniers temps la seule place de l'État qui pouvait être donnée à un étranger. Autrefois le commandement des armées et l'administration de la justice faisaient partie des ses devoirs, ou si l'on veut de ses prérogatives. Il décidait tous les procès civils et criminels suivant des lois écrites. Il passait sans cesse d'une province à l'autre, pour y rendre des jugements au milieu delà noblesse. C'était aussi chez les Germains et les Francs une des fonctions royales, avant que les grands possesseurs de fiefs exerçassent dans leurs terres cette administration de la justice. « Par ma foi, disait Henri de Valois, ces Polonais n'ont fait de moi qu^ un juge, » Par un mélange singulier de jus-

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tice et de violence, la noblesse exécutait elle-même les sentences à main armée. Celui qui n'aurait su ni défendre son château contre un injuste agresseur, ni le reprendre s'il lui était ravi, n'aurait pas'su, à ce qu'ils croyaient, défendre la patrie. Mais la plus étendue et la plus belle des préroga- . tives accordées au roi était de -conférer à sa volonté toutes les dignités, toutes les charges et ce grand nombre de riches domaines qui doivent être, suivant Texpression po* lonaise : le pain des bien méritants. Aucun appointement n'étant assigné aux charges, personne n'étant payé pour servir la république, ces domaines étaient destinés pour être, au choix du roi, le prix des services rendus à la patrie^ il en eut de tout temps la nomination, jamais la propriété. Par là cependant les emplois et les récompenses étaient regardées comme des grâces de la cour. Le génie du roi dominait dans l'Ëtat ; et sans autorité directe dans les affaires, ses vertus ou ses vices ont toujours influé sur la destinée de la république. D'une autre côté, il se trouva toujours, et même dans ces derniers temps, des hommes généreux qui dédaignèrent ces bienfaits de la cour, quand on ne pouvait les obtenir par des moyens honorables; et d'ailleurs les Polonais, parfois courtisans assidus jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu ces bienfaits, dès qu'ils en étaient en possession ne se croyaient point engagés par la reconnaissance. C'était les grâces de la cour pour ceux qui y prétendaient . c'était les biens de la république pour ceux qui en avaient obtenu la jouissance.

Mais ce qui a surtout empêché que les rois ne profitassent de cette libre disposition de toutes les grâces, pour se composer un ministère et un sénat qui leur fussent dévoués, ce qui a opposé à leur ambition une barrière que jamais elle n'a pu franchir, c'est que dans tous les périls de l'État la constitution a toujours permis de former une ligue générale, sous

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tes liens d'un serment, et sous Fautorité d'un nouveau chef que la noblesse se choisit. Loin d'avoir adopté cette maxime des monarchies, que la guerre civile est le plus grand des maux, ils ont donné à leurs soulèvements même une forme Jégale. D'âge en âge, tout Polonais disait à ses enfants : « Brûlez vos maisons, et errez dans votre pays les armes à la main, plutôt que de vous soumettre au pouvoir arbi' traire ! » Le consentement unanime n'est plus nécessaire dans ces ligues. La pluralité des suffrages s'établit dans toutes leurs assemblées. Elles réunissent en elles seules l 'autorité de toutes les magistatures. Les tribunaux cessent, parce que toutes les affaires des particuliers doivent être suspendues, quand la patrie a besoin du secours de tous les ci' toyens. C'est pour cette république ce qu'était la dictature dans l'ancienne Rome ; pareilles encore à la dictature, en ce qu'elles ne subsistent que pour un temps limité. Un Polonais soumis à la puralité des suffrages croit être soumis au despotisme ; et même aussitôt que la confédération se dissout. , tous les règlements qu'elle a faits cessent avec elle. Il faut, pour devenir des lois, qu'ils reçoivent alors leur sanction d'une diète unanime , et la république reprend sa forme accoutumée.

Tel est dans sa première simplicité le plus ancien gouvernement républicain qui soit aujourd'hui sur la terre; nous y pou^ vons considérer, comme dans un miroir fidèle, le premier état de presque toutes les nations modernes. Les abus qui ont altéré chez les Polonais une constitution si simple , ne s'y sont introduits que sous le nom et sous la forme des anciennes coutumes. Mais avant d'entrer dans ce nouvel examen , coinmençons par observer que les vertus et mêmes les vices qui se sont formés dans leurs mœurs par la perpétuité de ce gouvernement , ont également contribué a le maintenir. Non moins inconstants et légers dans toutes leurs autres passions.

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