LIVRE I
que fiers , ombrageux , inflexibles sur tout ce qui avait quelque rapport à l'intérêt de leur liberté ; habitués de temps immémorial, par la nécesssité du cousentemeut unanime, à sacrifier facilement leurs opinions , leurs ressentiments , leur reconnaisssance , à rompre leurs engagements , à se rétracter sans honte ; on vit toujours parmi eux , au milieu des fureurs de parti, une facilité de conciliation inconcevable pour tout autre peuple ; les querelles les plus tumultueuses se dissipent en menaces : tout est en armes, et tout s'apaise et se reconcilie. Un seul exemple fera connaître et leur noble fierté , et leur antique désintéressement. Quand les empereurs d'Allemagne prétendirent que ces grands noms d'empereur et de césar, attribués à leur puissance, leur donnaient un droit de souveraineté sur tous les peuples voisins, ils en* treprirent d'y soumettre les Polonais, L'armée allemande ayant été vaincue , l'empereur Henri V montrant un coffre rempli d'argent et d*or à l'ambassadeur qui était venu traiter avec lui des conditions de la paix , lui dit : « / oeVà aveo quoi je réussirai, n Celui-ci portait quelques ornements d'or; il les ôta eu silence, et pour toute réponse il les jeta dans le cof^ fre que l'empereur tenait ouvert. Les historiens ajoutent que cet empereur, sans s'offenser de ce dédain et sans admirer ce désintéressement , répondit seulement , en refermant le coffre : « Je vous remercie! » Heureuse cette république si, environnée de voisins qui pensent comme cet empereur, elle eût conservé de nos jours ce noble désintéressement qui eût encore assuré son indépendance !
VU. Agrandissement de la république.
Deux provinces composèrent longtemps toute la Pologne ; mais par l'accession de presque tous les peuples, voisins à uu
16 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
gouvernement qui leur paraissait si heureux et si libre, cette république devint dans l'espace de cent et quelques années, un des plus grands États de l'Europe. Nous ne rappellerons point ici comment la Russie Rouge, qui avait porté le nom de royaume, ensuite le grand-duché de Lithuanie, et enfin la province de Prusse, obtinrent successivement d'y être incorporés. Ces vastes pays , réunis sous un même gouvernement vers le milieu du quinzième siècle , ne formèrent plus qu'une même république ; mais alors ces lois si antiques et si simples, qui avaient suffi jusque là au bonheur de la no« blesse polonaise , se trouvèrent trop favorables à Tindépendance pour un corps de noblesse désormais si nombreux. Les affaires publiques se multiplièrent en proportion de la plus grande étendue de l'État ; et d'abord il fallut pour défendre la province de Prusse contre les chevaliers teutons , ses anciens oppresseurs, entretenir des garnisons dans ses villes. Ce fut à ce sujet , et pour asseoir un subside général et uniforme, que dans l'année 1467, le roi Kasimir II convoqua pour la première fois des députés ou nonces de toutes les provinces.