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VIII. Établissement de nouvelles diètes

Cette manière de recueillir les suffrages d'une nation par les seules voix de ses députés, s'était introduite presque généralement en Europe dans l'espace des deux siècles précé^r dents. Elle n'avait point été connue des anciennes républiques, qui toutes étaient nées dans l'enceinte d'une seule ville, ou dans leterritoirede quelques bourgades. Cet usage ne fut pas moins inconnu aux nations qui détruisirent l'empire romain. Chez la plupart de ces peuples , tout guerrier exerçait personnellement son droit de suffrage ; et leur dispersion dans les

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vastes provinces qu'ils avaient conquises sur Fempire romain, ayant rendu leurs assemblées plus difficiles et plus rares, en fit abolir enfin la coutume. Quelques savants on pensé que l'usage des représentants s'introduisit pour la première fois sous le règne de Cbarlemagne, aux fameuses assemblées du champ de mai ; mais quelles que fussent ces convocations nouvelles , le gouvernement féodal les fît bientôt oublier. Cinq siècles après ce règne , l'aurore de la civilation reparut en Europe ; et à cette époque, des causes semblables ayant eu partout les mêmes influences, on vit dans l'intervalle de quelques années, l'usage des représentants s'établir successivement dans presque tous les pays ; chez les Anglais, en 1365 ; en Allemagne , vingt-sept ans plus tard ; chez les Français, en 1303 ; en Ecosse, dans l'année 1306; en Espagne, vers 1350. Les Polonais l'adoptèrent dans cette année 14G7; quoique seuls de ces nations ils n'eussent jamais perdu , et D'aient point abandonné dans la suite ni le droit , ni la coutume de convoquer dans les occasions importantes le corp& entier de la noblesse , et avec cette autre différence que l'affranchissement du peuple n'ayant point eu lieu parmi eu\^ il n'eut dans ces assemblées aucune voix, aucun représentant. Depuis cette première convocation, la république se trouva constamment engagée dans une suite d'affaires , qui , se succédant sans intervalles , rendirent indispensable le renouvellement des subsides. De là ces convocations s'établirent à des retours réglés et périodiques ; et bientôt les députés , chargés des pleins pouvoirs de la noblesse, reçurent d'elle le droit de la représenter dans toutes les opérations de la puissance législative. La nécessité du consentement unanime^ regardée comme la loi fondamentale de TÉtat, fut maintenue dans ces assemblées nouvelles, par un respect déplacé et mal entendu pour cette loi , et contre le vœu des hommes les plus sages , malgré leurs remontrances »

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malgré leurs perpétuelles réclamations. Vainement ils en annoncèrent les funestes conséquences, l'esprit général remporta sur toutes leurs craintes; et Funanimité fut jugée nécessaire dans une république où la liberté, assise au pied du trône , a toujours à se prémunir contre Tautorité , contre Tintrigue, contre Tespoir du crédit et de la faveur; où le roi , maître absolu de toutes les grâces , aurait pu trop facilement procurer à ses opinions personnelles la pluralité des voix. IMais ce droit de s'opposer seul aux résolutions publiques , plus retenu , plus timide quand chacun n'était chargé que de son propre suffrage , acquit nécessairement une force plus grande, et s'exerça avec plus d'audace quand il fut confié à quatre cents députés chargés des pleins pouvoirs de leurs provinces. Chacun d'eux se crut en droit de confondre les prérogatives de sa naissance avec Tautorité de sa mission , et de s'-arroger personnellement à ce double titre tout le pouvoir que le peuple romain avait donné au petit nombre de ses tribuns , de s'opposer à toute loi nouvelle par ce seul mot : veto. Ces députés , à qui leur mission même donnait un caractère inviolable , ne se per-* mirent jamais, il est vrai, dans leurs délibérations les plu& tumultueuses, de rétablir entre eux Funanimité par le mas^ sacre des opposants. Ils ne se livrèrent point, dans la fureur de leurs querelles, à ces violences qui ensanglantent souvent les diéiines , où toute la noblesse d'une province se rassem-»^ ble confusément et sans choix, et les diètes générales , où toute la noblesse du royaume se rend à cheval et en armes^ Mais nous oserons le dire, cette crainte d'être massacré, ces sabres toujours prêts à frapper l'imprudent ou Faudacîeux qui eût refusé obstinément son suffrage, imposaient une retenue nécessaire à ce droit dangereux. Conserver cette loi du consentement unanime , née dans la férocité des premiers âges, et adoucir cette férocité, n'était-ce pas oter à

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