LIVRE I
rhydre de Tanarchie le seul freio qui Tavait rendue soumise et docile ? Ajoutons encore que ces mêmes députés , revenus dans leurs provinces, étaient obligés de rendre , chacun dans son district , un compte exact et scrupuleux de leur mission ; car cette grande question , toujours indécise et souvent agitée avec tant de violence dans la plupart des républiques modernes^ de savoir si les représentants reçoivent un pouvoir souverain , ou s*ils doivent être subordonnés aux instructions qu'ils reçoivent, ne fut jamais une question parmi les Polonais. Chacun de leurs représentants fut toujours astreint à rendre, dans l'assemblée de sa province , le compte le plus rigoureux; et alors ils se trouvaient e\po> ses au péril d'être massacrés s'ils n'avaient pas obéi littéralement aux ordres qu ils avaient reçus. Il fallait donc^ par cette crainte même , porter toujours à la diète générale une opiniâtreté inflexible sur tous les points -dont ils étaient chargés ; et tandis que partout ailleurs dans la république , on eût risqué sa vie en refusant de joindre son suffrage à celui du plus grand nombre, c'était au contraire en se désistant de son opposition dans ces assemblées nouvelles qu'on se fût exposé au péril d'être massacré à son retour. Ainsi l'unanimité, toujours nécessaire dans ces diètes nouvelles , y devenait presque toi jours impossible à obtenir.
C'est en effet par ce droit d'opposition que ces députés , sans jamais faire aucune entreprise pour s'emparer seuls de la puissance législative , sans jamais essayer d'enlever ni au roi , ni au sénat le droit qui leur fut accordé a l'un et à l'autre dans la législation , sont parvenus , dans l'espace de deux siècles , à suspendre en Pologne tout exercice du pouvoir souverain. IMais plusieurs causes ont accéléré ou retardé les progrès d'une si étrange anarchie.
20 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.