‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 22 sur 154 · IX. Formation (Pune grande et d'une petite noblesse · texte numérisé non relu

IX. Formation (Pune grande et d'une petite noblesse

Parmi un corps si nombreux de noblesse , qui avait pour principe Fégalité absolue, il se formait cependant, par un effet inévitable de la durée des sociétés, une inégalité réelle de fortune , de considération et de puissance. D'abord Fadmission des anciennes maisons russes (autrefois souveraines, et la plupart encore maîtresses de leurs principautés ), au rang de simples citoyens, porta la première atteinte à cette antique égalité. Eosuite, parmi les familles polonaises , le plus ou le moins de bonheur et d'économie , la faveur ou la disgrâce de la cour, perpétuée plus ou moins longtemps dans les mêmes familles , la réunion ou le partage des biens par les successions ou les mariages , établirent enfin une énorme disproportion dans les fortunes. Quelques maisons accumulèrent d'immenses richesses, entretinrent plusieurs milliers de soldats , et ajoutèrent à la considération dont elles jouissaient la pompe d'un nombreux cortège domestique et militaire. D'autres maisons moins heureuses, et quelques-unes par la seule vertu de leurs ancêtres, restèrent dans une médiocrité qui perdait chaque Jour de son prix. Il y eut dès lors en Pologne , contre l'esprit même de ce gouvernement , une grande et une petite noblesse, si on peut se servir de cette expression en parlant d'un pays où elle serait encore désavouée. Les grands ne furent plus , comme autrefois , ceux qui , à force de services ou par la faveur du roi, étaient parvenus aux premières dignités, mais ceux qui possédaient d'immenses propriétés héréditaires; ou même temps que leur puissance les rendait licrs et indépendants, leur luxe les rendait insatiables de nouvelles grâces. Plus assidus , plus accueillis à la cour, ils

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devinrent suspects à la multitude. On craignit qu'ils ne favo» risassent Tautorité royale et les projets contre la liberté. Il se forma, il est vrai, dans les mœurs polonaises, par une suite nécessaire des droits et des besoins mutuels, un genre de politesse qui leur est particulière , mais humble, affectueuse dans les petits; grave, mais caressante dans les grands. Leur égalité comme citoyens se laisse encore entrevoir jusque dans les prosternations asiatiques oii ceux-là semblent toujours près de s'abaisser, et surtout dans l'affabilité que ceux-ci conservent au milieu du faste qui les environne. Mais il se forma en même temps une dissension sourde , une jalousie intestine. D'un côté, le sénat, composé le plus souvent de toutes les grandes maisons , et de l'autre côté Tordre de la noblesse furent divisés entre eux par de perpétuelles défiances. Le velo^ ce droit indéfini de s'opposer 3eul aux délibérations publiques, devint d'autant plus cher à la multitude , qu'il rétablissait véritablement tous les citoyens dans une parfaite égalité, et qu'il suffit en plus d'une occasion pour déconcerter les menées les plus artificieuses et les factions les plus puissantes.

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