‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 23 sur 154 · X. Esprit nouveau qui se /or ma dans la république · texte numérisé non relu

X. Esprit nouveau qui se /or ma dans la république

Toutefois, dans le premier siècle où ces diètes nouvelles s'établirent , les Jaghellons , rois de Pologne et grands-dues de Lithuanie, régnaient encore sur ces deux États avec un pouvoir que leur nom, leurs grandes actions, leur mérite personnel , le mérite même d'avoir ajouté à la Pologne une si belle province, rendaient de jour en jour plus étendu. La grande considération , ou plutôt l'autorité réelle dont ils jouissaient , suspendit pendant plus d'un siècle les funestes çffets du privilège nouveau que la noblesse venait de s'ar-

rogcr, SOUS le prétexte apparent de conserver ses ancîennps prérogatives. Si cette maison , toujours respectée , ne fût pas venue à s'éteindre , il est vraisemblable que les Polonais eussent perdu peu à peu, comme tous les autres peuples de l'Europe , le droit d'élire leurs souverains , ou du moins que les cérémonies de cette élection fussent seulement demeurées comme de vaines et antiques forAialités. Mais le dernier des Jaghellons mourut, et la conjoncture où le trône devint vacant, rendit cet événement plus important encore.

Dans tous les autres États de l'Europe , le pouvoir des souverains n'avait cessé de s'accroître. Les nations européennes, à peine délivrées de la tyrannie féodale, commençaient partout à craindre d'être tombées sous le joug d'un seul maître. Presque partout on cherchait, les armes à la main , à se former enfin des gouvernements réglés. Ces querelles terribles avaient été suscitées par les querelles de religion , et remplissaient l'Europe de guerres civiles, de séditions et de massacres. A cette époque^ dans l'année 1573, les seuls Polonais, par la mort de leur roi et la va» cance du trône, rentrèrent paisiblement dans tous leurs droits. Eux seuls dans l'Europe entière, sans troubles, sans effusion de sang , et par de tranquilles délibérations , réformèrent à leur gré le gouvernement. L'autorité royale reçut parmi eux des bornes d'autant plus étroites , que partout ailleurs elles les avait franchies. A cette même époque, la Hongrie et la Bohême s'étaient laissé ravir le droit d'élire leurs souverains; et les Suédois, délivrés d'une oppression étrangère, venaient d'assurer à la maison de leur libérateur une couronne jusque là élective. Ainsi les Polonais furent désormais les seuls dans l'univers chez qui tout simple citoyen pût encore espérer de devenir roi. Ils attribuèrent à la sagesse de leur gouvernement ce qu'ils devaient en par-

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tieà cette faveur du sort. Il se forma parmi eux un nouveau sentiment d'orgueil , un nouvel esprit de défiance contre l'ambition de leur souverain. La nation , instruite par l'exemple de ses voisins, se trouva plus disposée à empiéter sur l'autorité de ses rois qu'à laisser perdre la moindre de ses prérogatives. Bientôt en effet la disposition des armées et l'administration de la justice furent soustraites des prérogatives royales. Ce fut sous le règne d'Etienne Batory qu'une longue guerre empêchant ce prince de parcourir le royaume , la noblesse lassée «d'attendre inutilement dans les provinces , qu'il vînt y présider à ses séances , se nomma elle-même des arbitres ; et de là ont pris naissance ces grands tribunaux souverains , qui changent tous les quinze mois par de nouvelles élections. Ce droit d'administrer la justice , que les possesseurs des grands Qefs avaient usurpé sur les prérogatives royales dans presque tout le reste de l'Europe , et que les rois, au temps dont nous parlons, commençaient partout à leur disputer et à leur ravir, le corps entier de la noblesse polonaise parvint alors à se l'arroger. Le gentilhomme pauvre et inconnu , nommé député à ces tribunaux , redevient , pour un temps , l'égal et même le supérieur des plus grands de l'État. Ce fut encore sous ce règne que les armées perpétuelles établies dans les autres pays obligèrent cette république à ne plus se fier, pour sa défense, ni aux seules convocations de la noblesse, toujours lente à se rassembler, ni à des levées faites dans les besoins pressants. On créa donc des armées perpétuelles, l'une pour la Pologne et l'autre pour la Lilhuanie. Mais «Iles furent mises sous le commandement de deux généraux, que le roi, après les avoir choisis , ne pouvait destituer. On se garda bien d'assurer des fonds suffisants [iour la solde de ces armées, et la noblesse se réserva le droit -d'en assurer de nouveaux à chaque diète. Enfin les querel-

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les de reiigioD excitèrent dans TÉtat une suite de mouvements dont il est nécessaire de donner ici quelque idée.

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