LIVRE T. ai
perdu toute cousidératioD pour l'autorité du sénat, eut conçu de perpétuelles défiances contre Tambition des grands , et se fut livrée à toute Tanimosité des sectes de religion ; quand les progrès de la mollesse et du luxe dans l'Europe entière eurent banni la simplicité des mœurs, et que Tavidité qui suit toujours le luxe eut introduit dans les diètes la vénalité des suffrages ; enfin, lorsque la correspondance des différçnts États de l'Europe , plus étendue de jour en jour,, eut donné entrée aux factions étrangères et forcé les Polonais d'admettre dans leur capitale des intrigants autorisés,, alors le désordre de leurs diètes n'eut plus aucun frein. Ce droit de contradiction, que la noblesse n'aurait dû employer que pour la défense de ses privilèges , fut exercé sur les affaires publiques suivant l'intérêt personnel , la défiance ombrageuse , le caprice ou la trahison.
L'histoire aurait peine à suivre le progrès de ces désor-> dres. [1 fut d'autant plus rapide que jamais on n'avait pu faire admettre dans ces diètes une méthode constante pour délibérer et conclure. La violence des brigues renversa toute méthode qu'on essaya d'y établir. L'ancienne coutume de ne traiter les affaires des particuliers qu'un jour marqué de chaque semaine ne résista pas longtemps à l'impatience de tous les intérêts personnels -, et ils se trouvèrent perpétuellement mêlés et confondus avec les véritables sujets des délibérations publiques. Des provinces entières eurent l'imprudence de sacrifier ainsi tout l'État à leurs intérêts privés ; et quelques diétines ordonnèrent a leurs députés de ne laisser proposer dans la diète générale aucune affaire , avant que les leurs ne fussent terminées. Plusieurs députés apportant de leurs différents palatinats une pareille instruction , le cours des affaires se trouva suspendu , et quelques diètes finirent avant d'avoir pu commencer.
Bientôt il devint facile à quiconque voulut s'opposer à
exemple si facile à imiter, le pouvoir souverain allait être véritablement détruit.
Telle est Torigine et la première époque de ces ruptures de diète, regardées, chaque fois qu'elles ont eu lieu, comme une calamité publique; funeste usage que des écrivains modernes ont pris pour l'exercice d'un droit incontestable, mais en effet le plus grand des abus où devait enGn parvenir cette dangereuse loi de Tunanimité. D'après ce premier exemple , la plus grande partie de la nation fit consister le plus beau droit de la liberté polonaise dans cette facilité de rompre la diète soit par une subite évasion , soit par le seul mot : Nie pozwalam^ je ne consens pas* Ceux qui exercent cette fatale prérogative ont coutume de se dérober par la fuite, et pour échapper aux ressentiments de lenrs concitoyens, ils demeurent cachés des années entières. Leurs noms ne se prononcent plus qu'avec horreur; la mémoire de leur action devient une flétrissure dans leur famille. D'autres, plus courageux, s'exposent avec intrépidité aux premiers mouvements d'une nation courroucée; et quelquefois elle a respecté en eux un abus qu'elle blâme, et dont pourtant elle s'enorgueillit.
En vain plusieurs provinces,sansjamais contester le droit, réclamèrent contre ses abus ; en vain les évéques menacèrent d'excommunier ceux qui en feraient usage ; en vain on représenta en pleine diète que c'était perdre la république, lui ôter le moyen de se gouverner «t de pourvoir à sa défense ; plusieurs députés répondirent : « qu'ils aimaient mieux exposer l'État aux invasions étrangères que de souffrir la moindre atteinte à leur liberté. »
Le liberum veto, malgré toutes les réclamations, s'est donc maintenu dans toute sa puissance, toujours mau-» dit et toujours respecté. Depuis ce temp?, en effet, la