LIVRE I
constitutioD, dans sa ruine même, paraissait devenue inébranlable ; mais la république, presque toujours destituée d'une autorité législative et souverîrine, se trouva dans une impuissance absolue de suivre les progrès que Tadministration commençait à faire dans la plupart des autres pays. Tout ce qui exigeait des dépenses continues devint impratièabie. Les armées, presque toujours sans paye, demeurèrent sans discipline et sans recrues. 11 fallut renoncer aux tentatives qu'on avait faites pour créer une marine. Les châteaux et les villes, autrefois fortifiées avant Tinvention de Tartillerie, n'eurent point d'autres remparts que leurs antiques murailles dégradées par le temps. Les arsenaux demeurèrent vides. Les grands établissements qui annoncent la perfection des arts et les soins toujours actifs du gouvernement, ne purent seulement pas être proposés ; et si dans les siècles précédents la Pologne avait marché d'un pas égal avec tous les autres États, elle s'arrêta désormais au point où elle était parvenue, ou plutôt elle rétrograda de plusieurs siècles. Elle n'eut plus d'autre force, d'autre défense que ses confédérations, qui jusqu'à ces derniers temps et à l'aide de circonstances étrangères^ ont toujours sauvé la république , au milieu du sang et du carnage. I^es hommes que la loi ne réunit plus attendent qu'un sentiment commun les réunisse ; mais comme les moyens de nouer ces confédérations sont toujours embarrassés et périlleux'^ comme ils craignent eux-mêqjes ces cruelles extrémités, avant d'y avoir recours ils diffèrent, ils souffrent longtemps. On ne conçoit pas comment une patience presque servile peut se trouver jointe avec un amour si effréné delà liberté; de trop grands intérêts s'opposent toujours à la formation de ces redoutables ligues. Les rois, alarmés de voir naître une autorité au-dessus de la leur, les traversent de toute leur puissance, et préfèrent laisser TÉtat eu péril. Si les rois
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entreprennent de les former, alors c'est la nation qui sV larme. La déGance contre Tambition du prince devient plus pressante que la crainte des armes ennemies r Les dangers augmentent, les remèdes se diffèrent. Un ennemi vainqueur parcourt le royaume ; tout est dispersé , rien n'est soumis. 11 semble que ces résolutions extrêmes aient toujours besoin de rindignation et du désespoir.