‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 27 sur 154 · XIII. Mœurs de ce temps · texte numérisé non relu

XIII. Mœurs de ce temps

Ainsi se sont perpétués, depuis un temps immémorial, jusque dans la politesse de notre âge, et chez une nation justement célèbre, la liberté, le gouvernement et les lois des Barbares. Il n'est pas besoin d'ajouter que les mœurs générales de cette noblesse prévenaient seules les calamités, les désastres que chaque moment aurait pu enfanter sous un gouvernement devenu si vicieux; toujours amie de la paix, et toujours prête à la guerre, également formée à tous les emplois des camps, à tous ceux de la vie civile, et au séjour habituel de ses campagnes , elle honorait des plus éclatantes distinctions les vertus railitairies, et pratiquait les vertus domestiques dans la douce obscurité qui leur convient. Les dames polonaises vivaient alors dans leurs châteaux, loin de la cour et de ses brigues, loin des diètes et du crédit populaire -, et il se passa encore plus d'un demi-siècle avant que leurs passions se mêlassent dans les intérêts publics.

• XIV. Vaine tentative pour réformer le gouvernement.

Ce tableau, quelle que soit son étendue, serait encore incomplet si nous passions sous silence une tentative qui fut faite pour réformer ce gouvernement. Elle acheva de rendre

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cette anarchie irrémédiable ; mais il en résulta un moyen de rétablir quelquefois, et pour quelques moments, une autorité législative dans la république.

Ces ruptures de diètes , on le conçoit aisément, avaient porté au plus haut degré les animositcs entre les grands et la simple noblesse. Tous ceux qui occupaient le ministère et les principales magistratures étaient forcés d'en étendre arbitrairement l« pouvoir; et toutefois, d'un jour à l'autre, le caprice d'une multitude pouvait les perdre, en leur demandant compte de ce même pouvoir que la loi de la nécessité les forçait d'étendre au delà de toutes les lois. Ils voyaient avec effroi leur patrie sans défense, et ils étaient indignés des droits que s'était arrogés un ordre inférieur. Ils résolurent donc, d^un commun accord, de tenter cette difGcile réforme. C'était au moment où le faible Kasimir, après avoir éprouvé, pendant un long règne, toutes les tempêtes de cette anarchie naissante, était près d'abdiquer Ja couronne pour chercher enOn le repos dans un cloître, lis avaient dessein de choisir un roi parmi les plus grands hommes qui fussent alors en Europe; et sous son autorité, qui serait soutenue, à ce qu'ils espéraient, par sa propre gloire, par leurs propres forces réunies, par le crédit de la France et de ses alliés, ils se promettaient de réduire In multitude à recevoir de nouvelles constitutions. Mais quand le trône fut vacant, par l'abdication de Kasimir, cette multitude rassemblée dans le champ électoral, au nombre de plus de cent mille gentilshommes, se joua de toutes les intrigues qu'on avait tramées pour obtenir ses suffrages ; et par des acclamations insensées, par un mouvement tumultueux et populaire, qui devint assez général, sans avoir eu d'origine certaine, elle plaça sur le trône un gentilhomme (i) ob-

(I) Michel Wisniowieçki, en juin I6G9.

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scur, inconnu, difforme, qui n'était revêtu d'aucune dignité, qui n'avait exercé aucun emploi, qui lui-même rejeta avec un saisissement d'effroi cet honneur inattendu. On se plaisait à insulter à tous les projets des grands, en les forçant de fléchir devant ce ridicule roi. Ceux-ci, entraînés par ce flot populaire, y cédèrent pour un temps. Mais bientôt seize cents d'entre eux, ayant pour chefs le primat du royaume et lé célèbre Sobieski, formèrent secrètement le plan d'une confédération pour détrôner le vain fantôme qu'on leur avait opposé, et « pour soustraire la république à cette sotte tyrannie d'une noblesse plébéienne. » Ce fut leur expression dans une lettre à Louis XIV (I) , par laquelle ils laissaient à son choix de leur donner pour roi ou Turenne, ou Condé, ou un prince de Conti encore enfant, dont Turenne serait le tuteur, prêts, s'il le fallait , disaientils, à confier à l'un des deux héros français un pouvoir absolu. IMais les voisins de la Pologne, dans le dessein d'y perpétuer l'anarchie , embrassèrent aussitôt la facile politique qu'ils ont constamment suivie depuis ce temps. Us s'offrirent à la simple noblesse comme protecteurs de ses prétendues prérogatives. La maison d'Autriche, qui n'avait pas dédaigné de donner une de ses princesses pour épouse à ce roi ioepte et contrefait^ profita du crédit dont une jeune reine faisait jouir dans cette cour l'ambassadeur autrichien. Celui-ci anima la faction opposée aux grands. La noblesse, sous cet appui, se confédéral première ; elle ordonna qu'on ferait le procès aux grands ; et pour en détruire plus sûrement la puissance et s'ouvrir à elle-même plus d'accès aux dignités, elle demanda que dorénavant elles ne fussent plus données à vie, et fussent conférées de nouveau tous les ans.

(I) LeUre de Sobieski à Louis XIV, du 14 juillet 1672, et suivantes, au iU'pàl des affaires étrangères.

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