‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 28 sur 154 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Du sein de ces désordres naquit un moyen inattendu de rétablir en Pologne une autorité souveraine. La république reçut, pour ainsi dire, des seules mains de la destinée, non un remède à des maux incurables, mais un palliatif qui ferma ses plaies pour un temps, et jusqu'à d'autres périodes plus dangereux, où elle a encore employé, dans une dissolution semblable, ce même palliatif; et c'est aujourd'hui le seul moyen dont le patriotisme et la tyrannie se soient servis tour à tour.

La noblesse, confédérée la première, voulut, avant de se séparer , laisser assez de force entre les mains du roi pour faire le procès aux grands et pour les réduire, filt-ce par une guerre, à subir l'arrêt qui serait prononcé. Elle donna donc au roi le pouvoir de convoquer une diète extraordinaire ; etaûn d'en prévenir la rupture, afin d'empêcher qu'un seul partisan de la faction contraire ne pût d'un seul mot renverser tous leurs projets, il fut résolu d'avance que cette diète serait composée du conseil de la confédération, c'est* à-dire que les maréchaux et conseillers déjà élus par chaque province confédérée prendraient le titre de députés ou nonces de leurs provinces, et qu'ils s'assembleraient suivant la manière des confédérations, en présence du sénat et du roi, et non suivant la manière des diètes, où les députés discutent les affaires entre eux. 11 fut également décidé, par une suite de ce nouvel arrangement, que cette diète ne pourrait être rompue, que l'unanimité n'y serait point nécessaire, qu'aucune opposition, aucune protestation n'y seraitadmise. Ainsi, pour défendre cette même prérogative que la faction des grands voulait leur enlever, ils étaient réduits à en suspendre volontairement l'exercice; tant il était évident à leurs propres yeux qu'elle devait toujours ôter au gouvernement son activité et sa force.

Mais, dans le même temps, les armées et presque tous

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}(s sénateurs se eoDfédérèvent pour la défense de Sobieski ; ef^ sous ce prétexte spécieux, ils se confédérèrent en efi'et pour maintenir tous les avantages attachés aux grandes dignités , et pour enlever à la simple noblesse ses droits prétjndus. Sobieski parvenait alors au comble de 1 1 gloire ; et pendant que le plus grand nombre de ses coucitoyens, soulevés contre lui, proposaient de mettre sa tête à prix, il vengeait la Pologne des insultes qu'elle avait récemment reçues des Tatars ; il remportait sur les Turks une victoire si décisive, que les historiens datent de cette époque la décadence de Tempire ottoman. Ce grand homme, après avoir lepoussé loin des frontières Les ennemis étrangers , revint aussitôt dans sa patrie pour en réformer le gouvernement. Il disposa ses troupes victorieuses de manière à tenir en respect les autres voisins de la Pologne, intéressés à y perpétuer Vanarehie ; et, dans cette situation, il attendit les réponses de Louis XIY. IMais cette faction des grands fut alors abandonnée de la France. £lle se sentit trop faible pour se soutenir par elle-même contre ce corps nombreux de la simple noblesse, qu'ils méprisaient comme milice, mais qu'ils redoutaient comme souveraine ; et ils ne tardèrent pas à prêter l'oreille aux propositions d'accommodement qu'ils reçurent de Varsovie.

Le traité de paix entre ces deux factions devint la base du gouvernement. Toutes deux, dans leurs craintes mutuelles, consentirent à tolérer les abus différents dont l'une et l'autre s'étaient plaintes. Ce traité conserva aux grands toute l'étendue de leurs dignités, tout le pouvoir que le le désordre des diètes les forçait d'exercer arbitrairement ; et, de son côté, la simple noblesse parvint à autoriser les prérogatives qui lui étaient si chères, par une constitution équivoque, où les nouveaux abus furent enveloppés sous le nom général d'anciennes coutumes. Je ne puis me défen-

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