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jectures; mais ils attestent d'une manière positive, ainsi que la note citée plus haut sur le traité , de Kaïnardji (en 1774), que Rulhière avait Fintention de conduire son ouvrage bien au-delà du terme où il s'arrête aujourd'hui.
Cependant j quand même ces deux derniers livres auraient été achevés, pourra-t-on jamais les retrouver, comme on l'a fait des précédents?
C*est douteux ; et même nous pouvons affirmer qu'ils ne le seront pas. Rappelons-nous que l'histoire des troubles de Pologne aéf é demandée àRu- Ihière, alors secrétaire de Monsieur (Louis XVIII), pour l'instruction particulière du dauphin, « ad usum delphini : » que la plupart des documents sur lesquels il a travaillé lui ont été fournis par le ministèredes relations extérieures; qu'une rente viagère de deux mille écus lui a été servie pour cette seule destination; qu'après son décès, le roi a fait redemander son ouvrage, qu'il pouvait considérer comme sa propriété; enfin, que les livres manquants sont justement ceux qui traitent des rapports secrets ou publics du ministère français avec les confédérés, et de la déchéance de Stanislis- Auguste : matières dangereuses, et qu'on avait le plus grand intérêt à dissimuler, dans la situation où se trouvait alors la cour des Tuileries. Toutes ces circonstances rapprochées expliquent suffisamment la disparition des derniers livres.
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qui sans doute auront rejoint les autres papiers de Ruihière, brûlés par sa famille après le 10 août, et ses deux comédies, le Méfiant et le FâcheuXy aujourd'hui perdues pour jamais. Laissez donc des ouvrages posthumes à publier par vos héritiers! autant vaudrait les jeter au feu de son vivant. Sa famille avait-elle le droit de commettre cetautO'da-fé sur les écrits d'un parent illustre, et de sacrifier à de folles terreurs un chef-d'œuvre qui devait lui assurer l'immortalité? Ces pages avaient-elles rien qui pût la compromettre, môme aux plus mauvais jours de la révolution? Mais telle estrillusion commune aux grandes âmes; il se croyait à l'abri de toute spoliation, entre les mains de ceux qu'il couvrait de sa renommée !
Quoi qu'il en soit, Y Histoire des Révolutions de Pologne vivra aussi longtemps que la nation dont elle retracé la' gloire et les malheurs , et sera l'un des plus beaux fleurons littéraires de la France au dix-huitième siècle. C'est en même temps une œuvre d'art, par la pureté du style, et une œuvre d'érudition, par laVigoureuse exactitude des faits. Mais aussi, personne parmi les contemporains ne réunissait à un égal degré les rares qualités qu'il fallait posséder pour traiter un pareil sujet; cette profonde intuition de son époque, cette belle faculté de généraliser, d'animer, de grouper les événements, de mettre en relief j us-
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qu'aux moindres détails pour les faire concourir à la beauté de Tensemble, de rendre en quelque sorte le lecteur témoin de ce qu'il raconte ou décrit ; et par-dessus tout, cet amour de la justice et de la vérité, le seul guide infaillible dans Tes appréciationshistoriques. Rulhièreexcelleàpeindre les caractères; et tous ses portraits, souvent grandioses, parfois bizarres, sont d'une ressemblance vivante. Déplus, il aie secret de les faire ressortir par le contraste et les oppositions. Voyez d'une part ces belles figures de Soltyk, de Krasinski, de Mokronoski, de Braniçki, Paç, Potocki, de la famille entière des Pulaski . immolée, jusqu'au dernier de ses enfants, à la cause nationale; de Kasimir Pulaski surtout, ce héros de vingt-deux ans , terrible dans une mêlée , doux et confiant partout ailleurs, auquel obéissent, par un accord instinctif, les chefs les plus anciens et les plus vénérés de la confédération ; sans parler de ces silhouettes légères, vraies pourtant, de Zaluski, des deux Rzewuski, du père Marc, de Beniowski, de Drierzanowski , de Sawa! De l'autre côté , ces portraits de Catherine II, de Frédéric II , de Marie-Thérèse, des Czartoryski, de Bruhl, de Stanislas-Auguste!
Types indélébiles, marqués en traits de feu, sous lesquels ils nous apparaîtront désormais dans l'histoire! Et plus bas, à leurs pieds, ces
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esclaves en épaulette, ces transfuges de tout pays, toujours aux ordres de la Russie, comme Keyserling, Saldern, Weymarn, Braneçki ; ou ces monstres à face d'homme, qui ne combattent qu'en massa;Crant leurs prisonniers, comme Drewitz et Suwaroff ! Ce n'est qu'à regret que nous voyons dans cette galerie historique les noms des deux derniers, de Drewitz surtout, scélérat sans courage, qui ferait bien meilleure figure sur un échafaud; mais par sa férocité même, Drewitz plus que tout autre appartient à l'histoire militaire de la Russie, qu'il résume tout entière, comme Kasimir Pulaski personnifie la nôtre. Entre ces deux adversaires se trouve tout l'intervalle qui sépare à jamais la Pologne de la Russie; tous deux sont la plus haute expression de l'esprit individuel des deux peuples. On le sent bien à les voir de près, ces deux peuples ne pourront jamais se fondre en un seul, pas plus dans une grande fédération rêvée par les panslavistes de Paris et de Moskou, que sous le sceptre parricide des Romanoff. Les Drewitz et les Pulaski se rencontreront désormais face à face dans toutes les périodes de leur histoire; tant que cette lutte sans issue ne sera pas éteinte par un effort décisif de la civilisation, par le cri unanime de l'Europe.
Et le fond du tableau, la scène qui doit leur servir de théâtre, n'est pas traitée avec moins de
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talent. Voyez la descriplion de la /Russie, placée à la fin du 9* livre ; celle du Péloponèse, dans le 11''; du pays tatare, dans lesuivant; le combat naval et l'incendie de la flotte turque dans la baie de Tchesmé, tableau magnifique, effrayant de grandeur, plus tard reproduit par un peintre français pour le boudoir de la tzarine ! Tous ces I écits de bataille attestent des connaissances militaires très-étendues, fruit de l'étude et de Texpérience personnelle; Ruibière était d'une famille de soldats, et avait commencé sa vie dans les camps. Il en fait preuve dans la description des places fortes d'Okopy, de Chocim, de Bender, de Czenstocbowa ; dans les deux campagnes de Turquie, en 1769 et 1770; dans les luttes des confédérés avec toutes les forces de la Russie, en. 1770 et 1771.
L'esprit d'observation et la pénétration politique de Rulhière se signalent dans les intrigues de la Russie pour préparer le soulèvement de la Grèce ; dans les querelles des dissidents en Pologne; dans les rapports de Frédéric avec Kaunitz, de Kaunitz avec Choiseul, ces deux champions masqués qui, sous le couvert d'une grande alliance entre les souverains, trahie aussitôt que formée, se font une guerre d'influence dans tous les cabinets de l'Europe , négocient des traités pour se porter des coups plus terribles, et prépa-