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XV. Projet de partager la Pologne, en

Aussitôt que, par la fréquente rupture de ses diètes, la Po** lognc se fut mise hors d'état de pourvoir constamment à sa

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défense, une si riche conquête a toujours tenté Tambition de ses voisins. Six ans étaient à peine écoulés depuis que ce fatal abus s^était introduit, et déjà la république paraissait détruite; son gouvernement semblait être dissous; toutes ses provinces étaient envahies; il ne restait plus en apparence, pour achever sa ruine et pour éteindre le nom polonais, qu*à s'accorder sur la part que chaque puissance voisine voudrait ou céder ou conserver dans ce démembrement. Les Russes, toujours alliés des Kosaks , avaient alors suspendu leurs hostilités, par une trêve qui laissait toutes leurs conquêtes entre leurs mains. Le roi de Suède, après avoir vaincu, sous les murs mêmes de Varsovie, les armées et une grande partie de la noblesse polonaise, dans une sanglante bataille disputée pendant trois jours, avait traversé en conquérant la Pologne entière ; et, quoique ralenti dans le cours de ses prospérités, occupait encore de vastes provinces. Le duc de Prusse, plus connu sous le nom d'électeur de firandebourg, vassal infidèle, tenait au sein de la république ses troupes tantôt auxiliaires et tantôt ennemies, et avait déjà obtenu son indépendance pour prix de ses perfldes secours. Enfin les Autrichiens, effrayés des conquêtes rapides des Suédois , avaient pris les armes en faveur de la Pologne ; et ces dangereux défenseurs en occupaient Fancienne capitale comme place de sûreté. Dans ces conjonctures, un ambassadeur de Suède^ le comte de Schlippenbach, proposa, par de secrètes négociations, à ces trois dernières puissances, de mettre lin à leurs querelles, de se partager le pays qui en était l'occasion et le théâtre, et de former une ligue pour se maintenir mutuellement dans leurs usurpations. On ne donnait aux Russes aucune part à ce démembrement ; et le roi de Suède se chargeait d'arracher seul de leurs mains les provinces qu'ils avaient conquises. Cette négociation, découverte par le ministère de France, remplit d'efiroi la cour de Varsovie. Sans

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divulguer d'une manière positive ce fatal secret, elle se pressa d'annoncer aux Polonais que la licence de leur gouvernement les livrerait en proie à leurs voisins aussitôt que ceuxci parviendraient à s'accorder pour le partage d'une riche dépouille. Ce discours de Kasimir, cette prétendue prophétie dont toutes les paroles ont été rappelées de nos jours avec étonnement, et comme si une inspiration divine lui eût révélé un siècle d'avance les désastres qui devaient accabler la Pologne, n'était réellement dans la bouche de ce prince que Texpression de ses terreurs présentes.

Plusieurs causes se réunirent alors pour détourner ce funeste événement. Les confédérations polonaises développèrent dans cet extrême péril une valeur indomptable et ce désespoir généreux qui rend les vaincus si formidables aux vainqueurs. Les animosités récentes entre la Suède et TAutriche ne permirent pas à ces deux ennemis de se concilier. La j)rochaine vacance du trône de Kasimir, donnant à quelques-uns de ses voisins Tespérance déposséder par une élection le royaume en entier, les empêcha de s'unir pour le partager. C'était le temps où s'établissait en Europe ce fameux système de l'équilibre, cette correspondance mutuelle des différents États, tous ambitieux, tous jaloux les uns des autres, et qui, pour leur propre sûreté, veillaient à ce qu'aucun d'eux ne s'agrandît. Cette sage politique, un sentiment d'honneur qui régnait encore dans les mœurs européennes, s'opposaient également à ces alliances^ toujours infortunées, des plus puissants contre les plus faibles. Enfin la France, qui dominait en Europe, se pressa d'employer son crédit à terminer cette guerre ; et la paix fut conclue par sa médiation et sous sa garantie.

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