‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 31 sur 154 · XVI. Règne de Sobieski, et traité de Rloskou · texte numérisé non relu

XVI. Règne de Sobieski, et traité de Rloskou

Mais cette pacificatioD intérieure surtout dont nous avons parlé, ayant mis fiu aux dissensions qui avaient causé tant de maux aux Polonais, leur choix unanime plaça Sobieski sur le trône ; et sous sa conduite ils vinrent secourir l'Allemagne envahie par les Turks, délivrer la ville de Vienne assiégée par une armée innombrable, et sauver une seconde l'ois l'Europe d'une nouvelle invasion des barbares. Cette victoire trompa r£urope entière sur la situation de cette république. Malheureusement elle entretint Tillusion des Polonais eux-mêmes, à qui leur gloire déguisa leur faiblesse et persuada de plus en plus qu'ils n'avaient pas besoin d'une réforme. La république s'était ranimée par cette réconciliation entre ses citoyens. Mais bientôt les diètes furent rompues de nouveau. L'usage du liberum veto devint plus fréquent d'année en année. Ce seul mot la replongeait, comme par enchantement, dans un sommeil léthargique ; et, chaque fois qu'il était prononcé elle retombait tout à coup, et pour un intervalle de deux années, sans mouvement et sans vie. On en vint même sous ce règne jusqu'à rompre les diètes dès leurs premières séances, et leur convocation n'était le plus souvent qu'une vaine formalité. Toutes les parties du gouvernement qui ont besoiu d'une surveillance active, telles que le commandement des troupes et l'administration du trésor^ conOées à des généraux et à des ministres indépendants de toute autre autorité que celle de la diète^ s'exerçaient alors arbitrairement ; aucune de ces magistratures ne pouvait cependant envahir une autorité souveraine. Jamais rien de semblable n'est arrivé chez aucun peuple. Le pouvoir législatif achevait de se détruire ; et qui que ce fût

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D'eût seulement osé essayer de l*usurper. Le pouvoir exécutif était partagé en trop de mains ; et s'il eût été possible que le roi, les généraux, les ministres et ce grand nombre de magistratures eussent pu s'accorder, et former un com* plot contre la république, aussitôt tout se fût soulevé : le droit qu'avait la nation de se confédérer était un frein toujours présent contre de semblables usurpations.

Cette espèce d'immobilité générale faisait dès ce tempslà comparer la Pologne à un géant enchaîné. Bans une situation si étrange, cette belle victoire remportée sous les murs de Vienne, cette fameuse délivrance de l'Allemagne envahie devint une source perpétuelle de malheurs. Noiiseulement elle avait donné naissance à une guerre que cette république n'était plus en état de soutenir, mais elle donna occcaion à une alliance qui ne tarda pas à devenir plus funeste que la guerre même.

Pendant que la république de Pologne, malgré la gloire qu'elle venait d'acquérir, était dans une décadence si rapide, lesMoskovites, entièrement inconnus au reste de l'Europe, étaient dans un progrès toujours soutenu d'agrandissement et de puissance. Sobieski, alarmé des progrès de ce peuple nouveau , avait plus d'une fois exhorté ses concitoyens à suspendre tout autrp intérêt, toute autre guerre, et à tourner leurs armes contre un voisin que chaque jour rendait plus formidable; mais il fallut au contraire, dans les périls et les embarras de cette guerre contre les Tiirhs , s'allier avec les Moskovites contre cet ennemi commun. La trêve qui suspendait les hostilités entre la Pologne et ce nouvel empire fut alors changée en une paix perpétuelle. Le traité, signé à Moskou en 1686, céda aux Russes, à perpétuité, la plus grande partie de la province d'Ukraine, et les belles villes qu'arrose le Borysthène, dont ils s'étaient emparés pi^dant la. rébellion des Kosaks. Les Russes, à qui on ne devait

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laisser aucune part dans le projet formé pour démembrer la Pologne, furent ainsi les seuls qui parvinrent h en conserver une partie. En vain la noblesse polonaise rejeta un traité si honteux, et voulut examiner cette affaire avec sévérité. La diète qui suivit, ayant été rompue, une année se perdit ; et quand Tannée suivante, une autre diète voulut en prendre connaissance, la mort avait enlevé les deux négociateurs aux informations qu'ils devaient subir. Là république, désavouant toujours ce traité, ne nomma aucun commissaire pour régler les nouvelles limites ; et, jusqu'à ces derniers temps, elles étaient demeurées indécises : étemel sujet de division entre ces deux peuples, qui a pour époque leur traité de paix perpétuelle.

XVIL Alliance du tzar et d'Auguste K,

Telle était la situation de la Pologne quand Auguste II,. électeur de Saxe, élu roi par une faction peu nombreuse, en fit appuyer les suffrages par une armée saxonne. Nous terminerons^ cette peinture générale de Tanarchie et des mœurs polonaises, par un court exposé de cette élection d'Auguste et de sa politique, qui ont donné accès aux Russes dans toutes les affaires de ce royaume. Il avait eu pour concurrent ce même prince de Conti, que la faction des grands avait autrefois demandé pour roi ; et si le primat qui présidait à Télection avait eu moins de respect pour les mauvaises lois de sa patrie, sll eût consenti que plus de quatre-vingt mille gentilshommes, qui s'étaient formés en bataille dans le champ électoral, eussent proclamé le prince français, et forcé les suffrages de quelques centaines d'opposants, Conti eût remporté le dangereux avantage d'avoir cette oation à gouverner; mais dans les temps de corruption

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et de v^alité, tous ceux qui ont reçu de la nature de gran-* des âmes et ud génie véritablement élevé , se trouvent trop éloignés de Tesprit public, et il leur est impossible de bien connaîtra les hommes avec qui II sont à traiter. Tel fut le primat Rad;2iei'owski. Il se flattait encore d'obtenir en faveur du prince français une élection unanime, et il différa au lendemain* Le parti du prince saxon s'accrut au contraire pendant la nuit par d'indignes manœuvres, et il fut assez nombreux dans la matinée suivante pour hasarder une doublé élection. Ce parti fut bientôt soutenu par la présence d'Auguste, par un couronnement précipité, par une armée dédit mille Saxons, et par des prodigalités sans bornes ; tandis que le prince de Conti apportait dan» toute sa conduite une extrême réserve, de perpétuels délais, une épargne conforme aux embarras de finance où son pays se trouvait alors,' et la crainte de s'engager trop avadt et de se trouver compromis. La nation, abandonnée de ce prince, céda avec quelque honneur ; et depuis cette époque elle a toujours reçu ses rois par la force des armes étrangères^

Cependant ce pouvait être un bonheur pour cette république, que d'être enGn gouvernée par un roi, que l'ancien^ neté et la grandeur de sa maison, les richesses et les forces de ses États héréditaires, leur proximité, ses alliances per-* sonnelles avec un grand nombre de souverains , les alliances de sa politique avec un grand nombre d'États, auraient fait justement respecter des Polonais, et craindre de leurs voisins. Mais Auguste, élevé dans les préjugés des souveraina;^ crut qu*il lui serait facile de régner arbitrairement dans un pays en proie à tant de désordres. Il ne vit pas que dans ces désordres mêmes s'étaient formés de grands courages ^ des âmes hautes , qui aimaient mieux cette liberté et tous ses dangers qu'une tranquille servitude; que ses courtisans y pleins de souplesse et d'avidité, étaient prêts à devenir ses

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adversaires les plus intrépides ; qu'au milieu des bassesses de la cour, des discordes civiles, de la vénalité, ou plutôt de TanéantisseiTient des diètes, il y avait encore de l'audace, une sort« d'honneur soutenu par Toslentation, et quelques grandes âmes prêtes à s'enterrer sous les ruines de la république. Au lieu de sentir que la nation pouvait avoir de l'indifférence sur le choix de son roi, parce qu'elle se promettait de défendre contre lui tous ses privilèges, il con^^ut de cette facilité même avec laquelle il s'était acquis le royaume, l'espoir dangereux d'y rendre son autorité absolue. Il viola toutes les conditions qui lui avaient été prescrites ; et, pour conserver auprès de lui, sous le nom des troupes auxiliaires^ l'armée saxonne, qu'il avait juré à son couronnement de renvoyer en Saxe, il chercha à engager la république dans une nouvelle guerre. Il réveilla les anciennes querelles au sujet de la Livonie suédoise, et s'allia avec Pierre I**" pour conquérir ensemble cette province.

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