‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 37 sur 154 · VI. Leur conformité avec les juifs · texte numérisé non relu

VI. Leur conformité avec les juifs

Enfermés entre des déserts, sans aucune communication' avec les peuples civilisés^ ils se trouvèrent réduits, pour toute instruction, aux livres sacrés des juifs, traduits enlangue slavonne^ au Nouveau Testament, aux Actes des Apôtres, et aux homélies de saint Chrysostome, le& seuls écrits dont ils eussent Tidée. Ils ne connurent d'autre code que les institutions judaïques , si favorables au despotisme par la confusion du sacerdoce et de la souveraineté, si févoces par la haine qu'elles inspirent qpntre tout étranger. Ce fut là^ et non dans la nature, qu'ils puisèrent tous leurs principes de société et de morale. Ces institutions, faites pour un peuple sans territoire, incertain de conquérir un domicile, au temps où il reçut cette législation, et uniquement destinées à conserver ce peuple , comme nous le voyons depuis tant de siècles, mêlé parmi d'autres nations sans se confondre avec elles, ne pouvaient convenir à des citoyens rassemblés dans leurs propres villes, et moins encore à une nation conquérante. Néanmoins toutes les coutumes russes se ressentent de ces institutions. Mêmes cérémonies, mêmes purifications, mêmes usages civils, même infidélité dans le commerce, même opinion d'être le peuple élu de Dieu. Jjes Russes se glorifiant de cette ressemblance, bâtirent leur cathédrale sur le modèle du temple de Jérusalem. Dans toutes leurs capitales, la rivière la plus voisine du palais fut appelée le Jourdain ; et les juifs, étonnés de cette conformité singulière de mœurs et d'usages, n'ont point douté, aussitôt qu'ils l'ont connue, que la nation russe ne fût une de leurs tribus^ autrefois dispersées en Asie.

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VIL Le despote regardé comme une dmniié.

On conçoit combieD, chez un tel peuple, il fut facile à Tautorité de s'appuyer sur la superstition, surtout quand il eut canonisé plusieurs de ses souverains, et ensuite lorsqu'un de ses princes, ayant établi sa cour sur la rivière Moskova, auprès d'un tombeau miraculeux, on le crut en ee lieu sous une protection particulière du ciel, et que cette opinion fut conGrmée par une suite de prospérités qui réunirent à cette domination toutes les petites principautés russes. Tzar et Dieu ne formaient dans leurs esprits qu^ine même idée. Dieu et le tzar avaient la propriété de tous leurs biens. Aux questions difficiles ils répondaient : « Il n'y a que Dieu et le tzar qui le sachent ». Le tzar savait ce que les amis se disaient dans leurs confidences, et ce qu'un homme pensait étant seul. Ils croyaient tenir de sa puissance la vie et la santé, la beauté de leurs femmes, et jusqu'à la vigueur de leurs chevaux. Les respects qu'ils lui rendaient étaient un véritable culte : « Le tzar sur son trône, dit un prêtre européen (1) qui séjourna quelque temps dans cette eour, a non-seulement ta majesté d'un roi, mais la majesté d'un pontife, et les hommages, qu'on lui rend sontde vraies cérémonies religieuses, » Qu'une seule génération soit élevée dans cette croyance^ l'ouvrage est con-. sommé. C'est ensuite à l'autorité à maintenir ce chef-d'œuvrq. de la superstition, à regarder comme suspect tout homme qui veut s'instruire, toute règle de morale comme un principe séditieux. La volonté du maître devient la seule règle du bien et du mal. Ces hommes n'osant ni agir ni penser>

{}) I*08sevin, Moscovia^ seude rébus A/oscqi?Uiê ; yiinp, 158^.

d'après eux-mêmes, ne s'engageront et ne parleront jamais qu'avec des réserves perGdes. Voilà ce que devinrent les Russes. La volonté du tzar fut leur unique loi, et son in« térét leur unique morale.

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