‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 38 sur 154 · VIII. Autres détails sur leurs mœurs · texte numérisé non relu

VIII. Autres détails sur leurs mœurs

Ce qui est très-remarquahle et entièrement contraire à Topinion commune, c'est que les prêtres n'avaient aucun pouvoir. La noblesse n'entrait jamais dans le clergé ; c'était des esclaves qui achetaient de leurs mattres la permission d'y entrer, ou des fils de prêtres qui embrassaient la profes* sion de leurs pères. Les moines et les évéques, toujours choisis dans le cloitre,.n'ayant pas le droit de confesser, le crédit dangereux que donne la confession ' était entre les mains des curés ; ceux-ci, toujours choisis dans la lie du peuple, ne pouvant s'élever à des emplois plus considérables, n'avaient point de motifs pour en abuser; et leur religion ne donnant aucune règle pour les noœurs, mais consistant toute en pratiques superstitieuses, offrait moins d'occasions que la nôtre à ces usurpations d'autorité. Par là, chez un peuple que la superstition avait abruti ; où les prêtres étaient si respectés, qu'à leur seule rencontre on demandait à genoux leur bénédiction ; où Ton croyait gagner le ciel si en les trouvant ivres dans les rues on les reportait dans leurs maisons, la religion avait cependant donné au souverain seul le pouvoir absolu qu'elle exerce sur les esprits.

La crainte du tzar devint tellement chez les Russes une sorte de religion, qu'ils avaient transporté à son autorité ce principe du christianisme : « qiœ fouies nos peines soîU des épreuves, et que Dieu châtie ceux qu'il aime, « Ils regardaient comme un bienfait du tzar d'être battue par ses or-

dres, et comme une faveur signalée d'être battus de sa main ; tant la superstition peut changer la nature I Cette opinion s'établit chez eux au point qu'un esclave croyait être tombé dans la disgrâce de son maître s'il était longtemps sans en être battu ; et quand les étrangers furent appelés en Russie, les femmes russes qu'ils épousèrent, inquiètes de n'être point battues, les accusaient de froideur et d^indifférence. « Nation d'esclaves , et qui ne parait pas seulement avoir été assujettie, mais qui semble née pour l'esclavage ! » s'é« crient les plus anciens voyageurs (1), étonnés de ce que les Russes n*avaient pas même l'idée d'un autre état. Si quelqu'un en mourant affranchissait ses esclaves, le seul usage qu'ils fissent d'eux-mêmes était de s'aller vendre. Qu'auraient-ils fait de la liberté? Tous les grands étaient eomme eux. Dans la langue russe le mot d'esclave, czlaveh^ est synonyme de celui d'homme (2); et cette espèce de servitude religieuse avait si bien effacé de leurs âmes toutes les idées de la liberté naturelle, qu'on ne trouve pas dans toute l'histoire de Russie une seule révolte d'esclaves : tandis que partout ailleurs Où la servitude domestique est établie, chez les anciens comme chez les modernes, on voit souvent l'Etat même en péril par ces sortes de soulèvements. Les hérétiquejs, car cette profonde ignorance des Russes ne les préserva pas des querelles de religion, les hérétiques, dans les plus violentes persécutions qu'ils éprouvèrent, ne se révoltèrent jamais contre l'autorité du prince. Ils fuyaient dans les déserts, ils se brillaient vifs, après s'être rassemblés au nombre de plusieurs milliers, pour périt ensemble

(1) Le baron d'Herberstein, Rerum moscovUlcarum commenlarii ; Vienne, 1549.

(2) Ce raprochementeit puéril. L*étymo1ogie réelle da mot eïiotriek, bomme, est czolo, front, et wid, éclairé, voyant.

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et volontairement de cet affreux genre de mort. En nn mot, le fanatisme persécuté n*y connut pas la rébellion.

Dans les intervalles que les rigoureux hivers de ces climats obligeaient de laisser entre les incursions, leur amusement était un reste barbare des anciens jeux grecs, une espèce de lutte grossière où la jeune noblesse se battait à coups de poings. Ce n'était pas à vaincre qu'était la gloire , c'était à recevoir avec insensibilité les coups les plus rudes. Le degré d'endurcissement et de résignation où ce peuple était parvenu est très-remarquable. D'anciens voyageurs, en comparant les différents peuples, disent : « qu'un Tatar renversé de cheval, désarmé, couvert de blessures, continue de se battre avec toutes les armes de la rage, et se défend encore en expirant ; qu'un Turk embr&sse les genoux de son vainqueur, tâche d'émouvoir sa pitié et de sauver sa vie. par l'esclavage : et que le Russe, entre les mains de son ennemi, se laisse égorger avec stupidité. »

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