XII. Alarmes en Europe
Les villes anséatiques De tardèrent pas à reconnaître la faute qu'elles avaient faite en armant ces barbares. « Si les Moskovites ont jamais une flotte, disait-on, s'ils s'établissent d'une manière permanente sur les bords de la mer Baltique, ils pourront, avec de nombreuses armées, pénétrer eh Allemagne ; et comment résister à ces armées de trois cent mille combattants, que l'esclavage contient dans la plus exacte discipline? » Telles furent, au rapport des historiens (1), la prévoyance et les craintes des hommes éclairés de ce temps-là. Ces villes , dont l'union, la sagesse et la liberté donnaient alors un ci grand exemple au monde , sacriGant leur intérêt passager à la sûreté commune, firent un accord entre elles pour empêcher que les arts de la marine, de la guerre et de l'artillerie ne pénétrassent chez ces barbares. Elles s'interdirent mutuellement tout commerce avec eux ; elles prononcèrent contre les infracteurs de ce traité la peine d'infamie, la dégradation de tout privil^e, et la saisie de tout ce qu'ils destineraient paur la Moskovie. Afin d'autoriser une résolution qui dut paraître si étrange, elles citèrent les malheurs occasionnés récemment à la chrétienté, par une faute qui devait servir de leçon^ Elles remirent sous les yeux de tous les peuples commerçants , que la cupidité dies. Génojs ayant fourni aux Turks des armes, des munitions et des vaisseaux, ceux-ci, qui réunissaient alors comme les Russes, la force des barbares, la discipline des esclaves et le courage des fanatiques, avaient traversé la mer , achevé la ruine de l'empive grec, et fondé un nouvel empire.
(I) M. de Tliou.
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L'avidité des particuliers trompa la vigilance des magistrats. Les petits marchands de Lubeck, voyant une fortune assurée dans cette espèce de contrebande, continuèrent de vendre aux Russes des armes et des munitions. Les Anglais, qui cherchaient par le nord un passage aux Indes orientales, découvrirent avec étonnement, sur les bords de la mer Glaciale, la nation moskovite ; et, concevant aussitôt Tespérance de lier un commerce avantageux avec elle, commencèrent à fréquenter le port d^Archangel, qu'ils avaient trouvé sur cette mer, et y apportèrent tous les ouvrages de Tindustrie européenne. L'ambition des princes fut également imprudente et les rendit bien moins prévoyants que ne l'avaient été de simples députés de petites républiques. La maison d'Autriche donna la première ce dangereux exemple ; et pour subjuguer le royaume de Hongrie, désirant que les Polonais fassent occupés par d'autres guerres, elle se pressa de faire alliance avec les Moskovites. Elle ne négligea aucun' moyen d'attirer ces barbares en Europe.