‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 48 sur 154 · XVIII. Agrandissement de Vempire · texte numérisé non relu

XVIII. Agrandissement de Vempire

La tranquillité de ce règne répara tant de calamités ; et pour bien faire connaître l'état de cette nation au moment où Pierre P^'monta sur le trône, nous ajouterons que sous les trois premiers souverains de cette maison quelques arts de l'Europe s'établirent avec lenteur. On fit venir un Allemand qui excellait dans l'art de la fonderie ; on demanda à l'électeur de Saxe des ouvriers pour exploiter des mines. La ville de Tula, renommée pour ses forges et pour la bonté des armes qu*ony fabrique, doit sa fondation à cette époque ; et l'artillerie, cette redoutable invention qui est devenue Tunique force des peuples policés, se trouva entre les mains d'un peuple barbare.

Dans le même temps, le soulèvement des Kosaks de l'Ukraine, opprimés pour la religion grecque, soumit à la Russie cette belle province, lui donna pour sujets cette nombreuse milice, animée contre la Pologne d'une implacable haine Ils remirent entre les mains des Aloskovites Kiow , cette an-

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cienne capitale de la première moDareliie ruFs? , et d'autres villes où la même religion se conservait encore et perpétuait le souvenir de leur origine. Ceux-ci, profitant habilemem de raoarchie où la république de Pologne commençait à tomber^ saisissant pour Tattaqucr les temps où elle était occupée par d'autres guerres , conservant qnsuite leurs avantages par des trêves ménagées à propos , étendirent enfin leur domination sur la rive gauche du Borysthène. Tandis qu'ils s*avançaient ainsi en Europe par les fautes de leurs voisins, aux extrémités de l'Asie un peuple tatare, ayant subjugué la Chine, laissa vides les contrées qui séparent ces deux empires, et leurs frontières devinrent communes. Les chasseurs russes avaient , à l'aide des armes à feu, parcouru sans résistance toutes ces contrées lointaines , lorsqu'enfîn dans l'année 1645, en arrivant sur les bords du fleuve Amour, ils aperçurent avec surprise des hommes armés comme eux , et la domination russe reconnut aussitôt des limites.

Déjà l'empire de Russie était un des plus vastes qu'il y ait eu dans le monde ; il renfermait tout le nord de l'Asie et uae grande partie du nord de l'Europe, et son existence n'était encore connue que de ses voisins. Pour maintenir sous le joug moskovite cette immense étendue de pays conquis, garder des citadelles et des retranchements , on cessa d'employer cette nombreuse cavalerie composée de la noblesse russe, et qui autrefois inondait tout à coup les contrées voisines; on se servit alors d'infanterie. Ce corps ne fut dans les premiers temps qu'un ramas des plus vils étrangers , exercés à faire usage des armes à feu , et que cette raison fit nommer strélits , d'un mot slave qui signifle tireur. Il s'augmenta peu à peu jusqu'au nombre de quarante mille hommes , choisis parmi les esclaves russes. La noblesse eut des gouvernements , des commandements

de villes, prit du souverain des provinces à ferme , et d'esclaves fanatiques qu'ils étaient, ils devinrent de lâches courtisans. La gloire d'avoir une origine ancienne s'introduisit dans leurs familles, et la plupart s'en cherdiaieDt une étran- •gère. Mais le tzar s'étant fait apporter tous ces titres faux ou vrais , les fit brûler en sa présence^ et détruisit ces archives de noblesse si contraires à un pareil gouvernement. I^ premier titre russe, celui de knèz, conservé dans les familles qui, au déooembrement de l'ancienne monarehie , avaient exercé dans leurs villes une autorité souveraine, fut prodigué à tout déserteur tatar qui, suivi de deux esclaves, vint se faire baptiser. La Sibérie vit se former des villages entiers de ces princes , et ce titre fut plus avili de Jour en jour. Toute cette noblesse devint oisive, vaine, lâche 'dans les périls, s^abandonna a une mollesse grossière ^ joignit le faste à la pauvreté et demeura fourbe et cruelle.

Cette lutte où dans les jours solennel» s'étaient exercé leurs ancêtres ne fut plus que l'amusement du peuple, et ce peuple, endurci par les anciennes mœurs, devint la force de l'empire et la garde du souverain ; soldats séditieux contre les ministres qui leur déplaisaient, mais conservant jusque dans leur rébellion tout le respect antique pour la personne du tzar. Ils le prouvèrent quand on voulut, au mépris d'un aîné languissant et imbécile y faire passer la couronne sur la tête de son frère^ qui fut depuis Pierre V^. Ils massacrèrent tous les auteurs de cette destitution. Ils voulurent qu'au moins les deux frères régnassent ensemble ; et, après avoir rempli la cour de carnage , dès qu'ils eurent un souverain légitime, ils allèrent ensemble, et portant deux à deux des billots et des haches, lui présenter leurs tétes«

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