‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 5 sur 154 · XX VJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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des hommes éclairés de tous les siècleSy » et à ce compte, il a parfailement réussi.

Rien ne fait mieux ressortir le mérite réel de l'ouvrage, que les critiques incroyables qui en ont élé faites à la séance de llnstilut du 24* août 1810, par des écrivains aujourd'hui parfaitement oubliés. Il faut citer en première ligne celle de M. Dupont de Nemours, traducteur du Roland furieuXy ancien familier de Stanislas-Auguste, qui combat en ces termes les conclusions du jury et son rapporteur : ail (Stanislas) crut que ïamilié personnelle de l'impératrice Catherine empêcherait cette princesse de s'opposer à ce qu'il pourrait tenter pour améliorer le sort de la Pologne. Il se trompa... Mais cette confiance fait honneur à la moralité de son caractère. » On ne saurait pousser plus loin la naïveté dans les jugements sur les hommes. Le souvenir des belles dames de la cour de Varsovie ne Ta pas entièrement abandonné, lorsqu'il s'écrie avec enthousiasme : a J'ai passé plusieurs nuits à ses côtés, non pas occupé des délices de sa cour, qu* ornaient tant de dames si belles,,, y) ; et il aurait dû ajouter : «et si habiles, parleurs viles intrigues et leur galanterie, comme les Grabowska, les Mniszech, les d'Ougroumoff, etc. , à faire avorter dans l'àme de ce roi toute généreuse résolution. » Nous ne pouvons nous défendre de

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citer un autre passage très-curieux, ayant trait àTadhésion du roi au complot de Targowiça :

«Une restait d*autres ressources que les négociations. // invoqua de la manière la plus louchante l'ancienne amitié de la tzarine^ et ne put obtenir un armistice, sauver son 'armée du massacre et Varsovie du pillage, qu*ense dévouant lui-même jusqu'à la douleur de signer Tacte de la confédération [Usez conjuration) de Targowiça, et de céder à ses chefs le peu qui lui restait d'autorité c Il jugea que le seul devoir qu'il eût encbre était de diminuer l'effusion du sang, même aux dépens de sa propre renommée.,. Ce sont là d'amers sacrifices. Il s'immolait pour son peuple, et son peuple crut un moment qu'il l'avait trahi... etc. » C'est là tout simplement l'apologie de la trahison, dont Stanislas-Auguste était, selon M. Dupont, devenu le martyr. Et quelques lignes plus loin, il dit : « Qu'il voulait se démettre de sa couronne en faveur d'un prince russe... etc. » Et voilà comment on écrit l'histoire! Et pourtant cet inepte discours fut écouté jusqu'au bout , et même suivi d'un second tout semblable dans la même séanxîe.

M. Levesque, auteur d'une Histoire de Russie et ancien familier de Catherine II (M. Auguis ajoute : c< dont il reçut les bienfaits » ), fait mieux encore, il calomnie la Pologne et son historien.

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« A ces deux guerres , dit-il, contre la Russie (celles de Turquie et des confédérés), Choiseul voulut en joindre une de plume, et il en chargea Rulhière. Il en fournit aussi les armes. Elles dev. ?nt être acérées et même fortement empoisonnéeiy car c'étaient les papiers de la confédération de Bar. Enfin, il fit les frais de cette guerre ; et R Ihièreeut un traitement de deux mille écus, pour bien servir les malignes volontés du ministre*., etc. » Voilà Rhulière devenu, de par M. Levesque, un diffamateur salarié. Cette calomnie abjecte a été repoussée à la même séance comme elle méritait de l'être. Mais tous les moyens sont bons pour la Russie ; la calomnie produite par le parti russe à Varsovie poursuivait les frères Puîaski dans toutes leurs expéditions, en les traitant de bandits et de pillards; et jusque dans Téxil, en leur faisant refuser l'entrée de la France. Elle avait déjà tué leur père, créateur et premier chef de la confédération ; elle proclamait son fils Kasîmir régicide, pour avoir sauvé la vie au roi, en défendant aux confédérés chargés de l'enlever, qu'il fût attenté à ses jours. En revanche, M. Levesque fait uri éloge pompeux de Catherine, tout aussi désintéressé. Son Histoire critique de la république romaine était au concours, et remportale prix.

M. Delisle de Salles, auteur d'une Histoire des

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Hommes, en 41 volumes, et surnommé par ses contemporains le singe de Diderot, nous apprend, et nous sommes très-disposés à le croire , q^ue Rulhière avait esquissé le plan d'une Histoire complète de Ja Pologne depuis son origine jusqu'à son démembrement. Il lui en avait même lu plusieurs parties. VHistoire des Révolutions ne devait être ainsi qu'un épisode de cet ouvrage immense, qui devait embrasser les dix siècles de notre existence politique. Mais M. Delisle se hâte d'appuyer le mémoire de M. Dupont, et propose de mettre l'ouvrage hors de concours, sur cette raison subtile, qu'il a été composé plus de dix ans avant son institution. C'est là un biais tout à fait digne de son ami Massalski, l'ancien évêque de Vilno, qu'il cite comme une des meilleures tètes de la Pologne; ce qui ne Ta pas empêché d*ètre pendu en 1794- pour crime de haute trahison. Il finit par dire que l'ouvrage est immoral (?), et ne mérite sous aucun rapport l'honneur que la commission lui avait fait de le désigner pour le prix décennal.

M. de Rayneval, auteur des Institutions au droit naturel et des gens j homme de cour et diplomate, commence par flétrir Mokronoski, une des âmes les plus belles etles plus fortes de son temps, et reproche à Rulhière de n'avoir pas écrit l'histoire ' du partage de 1795, arrivé quatre ans après sa

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mort. « Ce premier fondement posé », dit l'orateur, il refait en entier à sa manière l'histoire de Rulhière, et le gourmande, comme on ferait d'un écolier, de n'avoir pas suivi le plan nouve^iu qu'il vient de tracer. La simplicité de plusieurs parties du rapport de M. de Ray ne val est vraiment phénoménale. « Catherine II, dit-il, n'a fait que suivre la route tracée par ses prédécesseurs. — Et voilà ce qu'on nous peint comme le comble du despotisme ! — Je me bornerai à observer qu'un prince n'est despote qu'à Tégard de ses propres sujets. Les Anglais exercèrent- ils un acte de despotisme en France, lorsqu'ils donnèrent des secours aux protestants?... etc. » Ce n'est pas du despotisme, soit; mais c'est bien pis encore, c'est la violence secondée par la trahison. Il appelle Joseph Pulaski « un défenseur obscur d'une petite juridiction ». (Voyez son magnifique discours aux confédérés, tome II, p. 300,) « Et ses fils, ajoute-t-il, faisaient la petite guerre en aventuriers. » Il oppose à Rulhière son introduction concernant l'empire russe comme inutile à son sujet (?), et enfin sa manie de lire des fragments de son histoire, qui ne devait pas être publiée de son vivant, dans des sociétés particulières. En vérité, c'est exiger d'un écrivain par trop d'abnégation. Lire son ouvrage à des auditeurs choisis, c'est vouloir l'améliorer, en con-

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sultant Teffet produit sur des organisations différentes. Ce qui rend ce mémoire encore plus singulier, c'est que M. deRayneval avait été précisément choisi par Rulliière pour un des dépositaires de ses manuscrits, et devait, comme son exécuteur testamentaire, posséder toute sa confiance. Hais a on ne voit pas les cœurs. .. », dit le Misanthrope, L'Histoire de V Anarchie de Pologne est un titre de sa façon ; et nous nous bâtons de le restituer à son auteur.

Daunou lésa tous quatre victorieusement réfutés; et c'était facile, en relevant le ridicule et les absurdités dont ces discours offrent de si rares exemples. C'est sans doute dans ce sentiment que M. Âuguis a cru devoir les reproduire. Et pourtant, malgré tous^ ses efforts, l'opinion contraire a prévalu. M. Dupont de Nemours, en reprenant la parole, a fait échouer le projet de la commission par une fastueuse peinture de la grandeur d'àme et du cara.ctère de ce roi fainéant, exécré de sa nation, joué par la Russie, méprisé de tous les autres souverains, même de Louis XV ; et l'auteur de la Physiocralie a prouvé une fois de pïus qu'un bon économiste peut être un fort méchant historien. Voilà pourquoi l'histoire de Rulbière n'a pas obtenu le prix décennal. C'était assurément une injustice, et Tune des plus grandes que le corps académique ait encore commises.

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