‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 50 sur 154 · XX. Guerres de Charles XI f, Pierre />'', et Auguste It · texte numérisé non relu

XX. Guerres de Charles XI f, Pierre />'', et Auguste It

Ces événements célèbres ont rencontré un historien digne d'eux (1). Mais dansée grand tableau de la valeur brillante de Charles XII, des immenses travaux de Pierre l^' et des vir dssitudes de la fortune d'Auguste, l'intérêt qu'inspirent des hommes si extraordinaires occupe toute notre attention, et le sort des peuples disparaît, pour ainsi dire, dans les ombres du tableau. Comment les Polonais, dont la république était véritablement détruite, ont-ils échappé à l'ambition de tous leurs voisins maîtres de toutes les provinces polonaises? comment s'est conservée leur liberté anarchique sous uu roi qu'ils reçurent une seconde fois malgré eux, et qui s'attacha de plus en plus au dessein de les opprimer? quel fut le degré d'influence que les Russes, à la faveur de cette guerre, acquirent enfin dans cette république? Tous ces faits sont encore inconnuSi; et non-seulement ce récit est nécessaire pour bien entendre la suite des événements que j'ai entrepris de raconter, mais on y trouvera plusieurs traits dont le souvenir mérite d'être conservé pour lui-même.

Dès que la Pologne n'était plus en état d'élire son roi par un choix libre, l'intérêt des États voisins était de placer sur

(I) YolUire, Hùloire de Charles XIL

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ce troue un roi faible, qui u'eût point d^autre armée à ses ordres que ces anciennes armées de la république sans discipline, sans paye et sans recrue. Ce devait être surtout la politique des Suédois , dont la puissance en Europe n'était véritablement assurée que par rabaissement de la Pologne. Mais au temps de la dernière élection , Tenfance de Charles XII ne lui avait pas permis de s'y emparer du rôle qui aurait convenu à ses intérêts, et de s'opposer à la violence qu'Auguste II, à la tête d'une armée saxonne, avait faite à la république, Aussitôt que Charles eut pris les armes, il traita donc Auguste comme un usurpateur ; et secondé par les Polonais mécontents, il le força d'abdiquefr la couronne. Une suite de cette justice rigoureuse fut de destituer, avec la même rigueur^ tous ceux qui tenaient d'Auguste leurs dignités et leur fortune. Les Polonais livrés à la fureur des factions , et dans la joie de voir dépouiller leurs adversaires, ne sentirent pas combien cette imprudente {sévérité pouvait devenir funeste; et de son côté, Charles, qui méprisait les vices de ses ennemis , qui en tirait une raison de ne point redouter leurs forces , Charles toujours persuadé que la vertu devait maîtriser la fortune et faire seule le destin des empires, ne craignit point de former par ces destitutions un parti. puissant en faveur du roi détrôné. Sa première intention avait été de placer sur le trône l'un des trois lils de Sobieski ; mais ce projet échoua par la captivité des deux aînés, retenus prisonniers par Auguste , et par la générosité du troisième, qui crut son honneur intéressé h ne point ravir une couronne à ses frères. Ce fut alors que Charles , à l'imitation d'Alexandre qu'il avait pris pour modèle, et qui renvoya comme roi à la ville de Nyse un simple citoyen qu elle lui avait envoyé comme ambassadeur, ordonna à ces républicains de couronner le jeune Stanislas, qu'ils lui avaient député. Cet ordre, donné avec toute l'autorité qu'assure la

LIVBE II. IS

victoire, indigna tous ceux qui, par un vrai zèle pour leur iiberté, avaient concouru à détrôner Auguste. Ils ne fléchirent point sous le pouvoir du vainqueur. Telle fut surtout la conduite du primat, dont la vertueuse fermeté fut également peinte par les deux partis de couleurs odieuses. Un grand nombre de citoyens, plus attachés à leur devoir qu'à leur intérêt , demeura neutre, parce que les lois n'étaient respectées dans aucun des deux camps; et ceux même qui voulurent prendre leur intérêt pour guide ne discernèrent plus, dans la violence de ces tempêtes, la route qu'ils devaient suivre.

La Pologne, sans défense, sans aucune règle de conduite, sans aucune voie de salut qui dépendit d'elle-même , en proie dans toutes ses provinces aux contributions, aux enrôlements forcés , aux incendies, aux saccagements des villes, abandonna dès lors à la rivalité de deux puissances étrangères le choix de son roi. Elle se flattait seulement, non sans raison, que ce prince, quel qu'il fût, ne recevrait pas de son allié assez de puissance pour opprimer la république. Vue bataille gagnée mettait tout à la discrétion du vainqueur ; ei sous son pouvoir, je roi qu'il protégeait , demeurait odieux au plus grand nombre des citoyens, et le gouvernement conservait son agitation et sa faiblesse.

Aussi chacune des deux factions devint-elle funeste aux souverains étrangers dont les armes la protégeaient, et [qui avaient trop facilement espéré en recevoir à leur tour quelque appui. On sait comment la chute rapide du roi Auguste pensa entraîner la ruine du tzar, et que Charles, dans sa fatale entreprise pour détruire l'empire de Russie, comptait pour une des causes de sa propre ruine, de n'avoir point reçu de Stanislas les secours qu'il s'en était promis.

SO fiÉVOLUTlONS DE POLOGNE.

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